À LA RECHERCHE DU PLAISIR (Silvio Amadio, 1972)

71PWp4iiqeL__SL1000_À la recherche du plaisir (titre original : Alla ricerca del piacere). De Silvio Amadio (a dirigé Gloria Guida à quatre reprises). Italie. 1972. 1h40. Avec : Barbara Bouchet, Rosalba Neri et Farley Granger (La corde et L’inconnu du Nord-Express d’Hitchcock). Genre : giallo/thriller/érotique. Sortie dvd/blu-ray : 15/06/2017 (Le chat qui fume). Maté en blu-ray le vendredi 7 juillet 2017.

De quoi ça cause ? Greta Franklin (Barbara Bouchet) part en Italie suite à son embauche comme secrétaire auprès de l’écrivain Richard Stuart (Farley Granger). Mais son but premier est de retrouver Sally, son amie, disparue alors qu’elle occupait le même poste. Eleonora (Rosalba Neri), la femme de Stuart, bisexuelle, lui fait bientôt des avances, puis la drogue pour assouvir ses désirs. Lors d’une soirée, Stuart diffuse un petit film amateur dans lequel Greta reconnaît Sally. Décidée à enquêter sur ce couple sulfureux, elle ne s’aperçoit pas qu’elle tombe dans le piège qu’il lui tend. Un piège dangereux, peut-être même mortel… (source : Lechatquifumedvd.com)

Mon avis Télé Z : Barbara Bouchet et Rosalba Neri. Deux des étoiles les plus brillantes du cinéma bis européen dans le même film. Une affiche qui vend du rêve. Un fantasme vingt-quatre images par seconde. Rien que pour ça, À la recherche du plaisir mérite sa réputation de petit classique. Cette rencontre au sommet représente un véritable choc érotique. La séquence saphique les mettant en scène est peut-être bien la plus belle jamais vue sur un écran. Rosalba la perverse drogue Barbara la douce et la chorégraphie du désir s’emballe. Les corps se laissent aller sur un ralenti enivrant, la musique caresse de ses élans hypnotiques et sensuels cette danse charnelle aux volutes oniriques. Renversant. Astre blond au regard bleu azur, la Bouchet est la femme vêtue de soleil et rayonne jusqu’à l’incandescence. La pellicule brûle, mais brûle de bonheur. La Patrizia de La longue nuit de l’exorcisme endosse ici les frusques d’une nana courageuse dont la quête de vérité et de justice l’emmène sur des sentiers périlleux. Quant à la Rosalba, l’autre muse d’Éros, elle traîne son ardente et affriolante silhouette du côté obscur. Ses yeux excités par la chair et la mort subliment ces ténèbres au fond desquelles se cachent le vice et la duplicité. La Comtesse de Vries de Les vierges de la pleine lune distille un venin au goût d’enfer et de paradis, une saveur d’une irrésistible ambivalence qui ne demande qu’à être dégustée. Une sacrée femme fatale. Les décors vénitiens, aussi flamboyants soient-ils, ne peuvent rivaliser avec ce duo mirifique. Avouons toutefois que Silvio Amadio se sort à merveille de ce thriller qui se rattache au giallo plus pour l’aspect machination de son intrigue que pour l’attirail visuel lié au genre (à quelques exceptions près). À la recherche du plaisir fait davantage penser à une bande gothique moderne, avec sa demeure luxueuse enfouissant ses secrets dans des souterrains interdits aux fouineurs. Le principal lieu de l’action – cette baraque appartenant au couple de bourgeois décadents, Granger/Neri – est cerné par la lagune, cimetière maritime bien pratique pour dissimuler des cachotteries inavouables. Plutôt inspiré, Amadio sait mettre en valeur la part d’ombre et de lumière de Venise et se sert même de celle-ci pour agrémenter sa mise en image (lors d’une réplique en voix off, des plans de la ville se reflètent dans l’eau du canal). Le suspense n’est pas non plus en reste, alimenté par un jeu du chat et de la souris qu’un Farley Granger aussi classieux que manipulateur mène de main de maître (les premières pages de son polar décrivent la réalité de son crime et déstabilisent la Miss Bouchet). Impossible de causer de Alla ricerca del piacere sans évoquer l’excellente musique de Teo Usuelli, dont le travail se révèle aussi important que celui du réalisateur. Lyrique, angoissante et sexy, ses compositions soulignent parfaitement toutes les émotions d’un film où le plaisir se loge aussi bien dans les mirettes que dans les esgourdes. 5/6

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Barbara Bouchet et Rosalba Neri, à la recherche d’un plaisir qu’elles ont visiblement déjà trouvé…

SEPT MORTS SUR ORDONNANCE (Jacques Rouffio, 1975)

18463816Sept morts sur ordonnance. De Jacques Rouffio (à voir aussi : Le sucre, La passante du Sans-Souci). France/Allemagne/Espagne. 1975. 1h44. Avec : Michel Piccoli, Gérard Depardieu et Jane Birkin. Genre : thriller. Sortie France : 03/12/1975. Maté à la téloche le dimanche 28 mai 2017.

De quoi ça cause ? Après avoir exercé un temps au Maroc, le docteur Pierre Losseray (Michel Piccoli) a rejoint l’hôpital public d’une petite ville de province, où ses talents de chirurgien ont fait sa réputation. Inquiet de la baisse régulière du nombre d’opérations dans la clinique qu’il dirige d’une main de fer, le vieux professeur Brézé (Charles Vanel), entouré par ses trois fils et son gendre, voudrait le convaincre de rejoindre son établissement. Mais comme l’avait fait quinze ans auparavant l’un de ses confrères, le docteur Berg (Gérard Depardieu), Losseray résiste aux pressions du puissant mandarin. Quand, remis d’un infarctus, Losseray reprend le chemin du bloc, des doutes sur son état de santé fournissent une arme redoutable au clan Brézé… (source : Arte.tv/fr)

Mon avis Télé Z : Plus de quarante ans après sa sortie, Sept morts sur ordonnance interpelle toujours autant. S’inspirant d’un fait divers survenu à Reims dans les années 60 (le suicide de deux chirurgiens à quinze ans d’intervalle), le scénario de Georges Conchon traite d’un double cas de harcèlement moral, infligé à deux praticiens faisant de l’ombre à un notable influent. Construit comme un thriller, la structure du film met en parallèle le destin de deux hommes inconnus l’un pour l’autre, mais dont le destin tragique est amené à se répéter. Les flashbacks s’intègrent au récit de façon naturelle et abrupte, une approche très « film noir » qui décuple le suspense de l’intrigue. À ce titre, la première de ces séquences rétrospectives – d’une violence inouïe – provoque un véritable choc sur le spectateur qui s’habitue progressivement à ce chamboulement narratif (les évènements du passé ne sont pas toujours chronologiques). Dès lors, le film de Jacques Rouffio déroule sa mécanique implacable et explose lors d’une conclusion sans appel et d’une grande amertume. Le milieu hospitalier (et d’une manière générale, professionnelle) peut être cruel, surtout quand celui-ci est dirigé par un clan, une mafia dont le pouvoir abusif et les manipulations insidieuses brisent non seulement les individus mais aussi leur famille. Souffrance au travail, autoritarisme de la hiérarchie, corruption des élites : des sujets plus que jamais d’actualité, les marques d’une société vérolée de l’intérieur. Entre de mauvaises mains, la Santé tue. Et pas seulement les patients. Car Sept morts sur ordonnance fixe, sans dévier du regard, l’horrible vérité qui se cache derrière toute réalité : tandis que les braves meurent en silence, les salauds dorment en paix. La férocité et la lucidité d’un Costa-Gavras ne sont pas loin, et à l’instar du réalisateur de Section spéciale, Rouffio en profite pour convoquer les pires heures de l’histoire française (un dialogue fait référence au passé de collabo du père Brézé). Comme pour montrer que, même après la guerre, celle-ci se prolonge toujours sous une forme différente… Juste et puissante, l’interprétation fait honneur à cette œuvre frontale et engagée. Piccoli et Depardieu campe avec brio des chirurgiens dont la combativité s’étiole face la pression exercée sur eux. En face, Charles Vanel joue les patriarches obséquieux et réellement vénéneux, une vieille ordure intouchable n’hésitant pas à broyer les autres pour son propre intérêt. Et n’oublions pas la grande Jane Birkin dont l’adorable frimousse a rarement été aussi malmenée à l’écran. 5/6

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Quand la peur recouvre d’ombres les yeux de sweet Jane.

ZEDER (Pupi Avati, 1983)

zeder-locandinaZeder. De Pupi Avati. Italie. 1983. 1h40. Avec : Gabriele Lavia (présent dans trois Argento : Les frissons de l’angoisse, Inferno et Le sang des innocents), Anne Canovas et Paola Tanziani. Genre : thriller/fantastique. Sortie dvd/blu-ray : 07/04/2017 (The ecstasy of films). Maté en blu-ray le samedi 20 mai 2017.

De quoi ça cause ? Stefano (Gabriele Lavia), jeune journaliste, retrouve par hasard un document bien étrange, se référant aux travaux de Paolo Zeder. Incrédule, mais poussé par la curiosité, Stefano enquêtera inlassablement afin de retrouver les auteurs de ce document. Il lui faudra démêler le vrai du faux d’évènements inexplicables et sans lien apparent les uns avec les autres. Il deviendra tour à tour spectateur, acteur et victime d’une histoire pleine de rebondissements sanglants. Et si Paolo Zeder, l’illuminé, avait découvert l’inexplicable ? (source : TheEcstasyOfFilms.com)

Mon avis Télé Z : En ce début de 80’s, Zeder prouve que le cinoche de genre all’italiana est encore vivant. Si, dans ce domaine, le pays de Serpieri entame son crépuscule à la même période, Pupi Avati continue à marquer le fantastique de son empreinte. Après La maison aux fenêtres qui rient (giallo traumatisant de 1976), le cinéaste relate son obsession pour la mort et surtout pour ce qu’il peut encore subsister après celle-ci. Un thème qui rapproche Avati d’un Fulci, mais sur la forme le premier prend ses distances avec le second. Aux fulgurances gores de l’auteur de Frayeurs, le Pupi préfère jouer la carte de la suggestion façon Tourneur (la séquence de la piscine renvoie ici au sublime La féline, 1942). Les ellipses permettent au spectateur d’imaginer le pire et seul le résultat des forfaits du mal est montré à l’image (l’intro, gothique à souhait, située dans une grande demeure aux sous-sols crapoteux, en est un bel exemple). Cela dit, Zeder s’autorise ponctuellement quelques meurtres brutaux, sans pour autant renier les partis pris, plus sensitifs que démonstratifs, de la mise en scène. La figure du zombie ne répond pas davantage aux canons en vigueur mais fait pourtant froid dans le dos. La preuve avec ce visage cadavérique que diffuse un moniteur vidéo, faciès d’outre-tombe dévoilant soudainement sa bouche édentée pour éclater d’un rire sardonique. Un passage d’autant plus cauchemardesque que le mort-vivant en question se déplace telle une silhouette spectrale défiant toute notion de temps et d’espace (plus flippant encore : ses regards caméra qui s’adressent autant au héros qu’au spectateur). D’autres effets filent la chair de poule comme ce sol qui semble être remué de l’intérieur et ces soupirs malsains digne de la sorcière putride de Suspiria… La présence d’une ancienne colonie planquée en pleine campagne ne nous rassure pas plus. Avati utilise judicieusement la puissance d’évocation de cette étrange structure en béton, dont les murs fissurés dissimulent un terrible secret (le bâtiment, authentique, ne donne vraiment pas envie de visiter l’endroit). Si l’on peut regretter que le script n’exploite pas suffisamment le passif des lieux (un cureton surnommé le « défroqué » y côtoyait des enfants), le film apporte de l’épaisseur à l’horreur ambiante en convoquant la part d’ombre de l’humanité, celle qui mène irrémédiablement au chaos. Avant d’en arriver là, le réalisateur a pris soin de développer une intrigue mystérieuse, prenant comme point de départ un message caché dans une machine à écrire. Le reste se montre à la hauteur avec une enquête mêlant l’ésotérisme à la science, tout en faisant référence aux croyances mythologiques. Un programme original dont la vision de l’au-delà s’affranchit de toute foutaise chrétienne, ce qui n’est pas anodin pour une péloche transalpine. La photographie de Franco Delli Colli transcende également la morbidité et le désespoir qui suintent par tous les pores de Zeder. Une œuvre ô combien singulière, située quelque part entre Réincarnations (Gary Sherman, 1981) et Simetierre (Mary Lambert, 1989). 4,5/6

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Le téméraire Gabriele Lavia refuse de rouler un palot à l’une des nombreuses victimes de Zeder…

GET OUT (Jordan Peele, 2017)

487327Get out. De Jordan Peele. États-Unis. 2017. 1h44. Avec : Daniel Kaluuya, Allison Williams (la Marnie Michaels de la série Girls) et Catherine Keener. Genre : thriller. Sortie France : 03/05/2017. Maté en salle le mardi 9 mai 2017.

De quoi ça cause ? Couple mixte, Chris (Daniel Kaluuya) et sa petite amie Rose (Allison Williams) filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy (Catherine Keener) et Dean (Bradley Whitford) lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable. (source : Madmovies.com)

Mon avis Télé Z : Surtout connu pour le succès rencontré par des franchises horrifiques telles que Paranormal activity, Insidious ou encore Sinister, le producteur Jason Blum sait aussi prendre des risques avec des œuvres moins commercialement exposées (souvenez-vous de son petit coup de pouce sur le mésestimé The Lords of Salem ). Get out fait à coup sûr partie de cette dernière catégorie. Abordant un sujet plus que jamais d’actualité, Jordan Peele débusque le racisme insidieux qui se cache derrière les bonnes manières de la bourgeoisie américaine. Insinuations et autres sous-entendus ponctuent toute la première partie d’un long-métrage qui prend le temps d’installer son histoire, de la rendre crédible. La situation, somme toute assez banale, le devient de moins en moins à mesure que le récit progresse. Par petites touches aussi discrètes qu’efficaces, des regards inquiétants, des réactions étranges et des évènements bizarres viennent parasiter un quotidien bien trop beau pour être honnête. La comédie sentimentale du début se change alors en thriller paranoïaque (l’intro nous avez prévenu sur ce point). Le cauchemar ne cesse d’aller crescendo et culmine lors d’un climax ne reniant en rien sa nature « genrée » (on se croirait dans un survival). La violence physique et viscérale du dénouement sert en réalité d’exutoire, un peu à la façon du Django unchained de Tarantino (qui parle lui aussi du douloureux rapport entre l’oncle Sam et sa population noire). Seul bémol : l’intrigue secondaire voyant le meilleur pote du héros mener sa petite enquête. Imposant à l’ensemble une légèreté dissonante et un humour grivois, les interventions du personnage désamorcent la tension et ruine un final qui aurait pu être aussi définitif que celui de La nuit des morts-vivants de Romero. Maladroitement agencée (mais à des années-lumière de la bouffonnerie dans laquelle sombrait le Tusk de Kevin Smith), cette rupture de ton ne parvient pas à effacer les qualités d’une œuvre aussi grinçante qu’astucieuse (le suspense est alimenté par de chouettes idées) qui titille la mauvaise conscience américaine. 4/6

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Daniel Kaluuya face aux parents de sa petite copine. Le piège se resserre.

TROPIQUE DU CANCER (Edoardo Mulargia & Gian Paolo Lomi, 1972)

791849tropique01Tropique du Cancer (titre original : Al tropico del Cancro). De Edoardo Mulargia et Gian Paolo Lomi. Italie. 1972. 1h34. Avec : Anita Strindberg, Anthony Steffen (également co-scénariste du film) et Gabriele Tinti. Genre : thriller/giallo. Sortie dvd/blu-ray : 01/04/2017 (Le chat qui fume). Maté en blu-ray le samedi 29 avril 2017.

De quoi ça cause ? Vivant depuis de nombreuses années à Port-au-Prince, le Docteur Williams (Anthony Steffen) traîne une réputation de fabricant de drogue. Sa dernière création est un puissant hallucinogène permettant de plonger dans un univers érotique ouvrant sur ses désirs les plus secrets. Peacock, énorme fortune de l’île, pédophile notoire, convoite la formule, tout comme un certain Murdock, fraîchement arrivé en ville. Après avoir caché son invention, Williams voit débarquer un vieil ami, Fred Wright (Gabriele Tinti) et son épouse, la sublime Grace (Anita Strindberg). Commence alors une série de règlements de comptes de plus en plus violents, tandis que Grace, au son des tambours vaudous, découvre ses désirs enfouis. (source : Lechatquifumedvd.com)

Mon avis Télé Z : Un giallo sous les sunlights des tropiques, voilà qui est original. Si Haïti constitue pour le vacancier lambda une destination de rêve, Tropique du Cancer préfère transformer « la perle des Antilles » en enfer du vice. La chaleur n’adoucit pas les mœurs et les cadavres pourrissent toujours plus vite au soleil. Edoardo Mulargia et Gian Paolo Lomi tirent le meilleur parti de leur décor exotique et soulignent l’inquiétante étrangeté des lieux. La baraque du docteur Williams aurait appartenu au docteur Moreau ou au comte Zaroff, que cela ne nous étonnerait pas (le personnage joué par Tinti fait même référence à la demeure de la famille Addams). À Port-au-Prince, le mysticisme et la magie noire dominent les ombres et ont de quoi filer des cauchemars aux touristes. À la manière d’un documentaire, les réalisateurs saisissent sur le vif un stupéfiant rituel vaudou, à la fin duquel des femmes à oilpé et en transe se bagarrent pour choper les couilles d’un taureau sacrifié. La crudité du mondo movie est ici convoquée, tout comme dans la scène se déroulant dans un abattoir (les défenseurs de la cause animale sont priés de passer leur chemin et de se mater plutôt Belle et Sébastien). Dans ces terres ravagées par l’esclavage et la dictature, rien d’étonnant à ce que des types louches s’y disputent une toute nouvelle drogue. L’intrigue tourne autour de cette fameuse substance illicite et invite à la fiesta la figure typique du tueur giallesque. Les codes visuels et narratifs du genre sont donc bel et bien respectés (un peu trop peut-être). Le suspense fonctionne même si l’assassin ne se montre pas toujours très créatif dans l’art de la mise à mort (exception faite du supplice infligé à la victime défigurée dans une usine). Le duo Mulargia/Lomi se rattrape avec une parenthèse érotico-onirique renvoyant directement à l’ouverture du Venin de la peur de Fulci. Le plus beau passage de Tropique du Cancer où l’excellente Anita Strindberg succombe à ses fantasmes moites. Outre la présence ô combien solaire de la suédoise, le film jouit de la participation de solides comédiens tels qu’Anthony Steffen (sobre et tourmenté), Gabriele Tinti (tantôt cool, tantôt vénère) et Umberto Raho (en second couteau d’exception). Du beau linge pour un giallo à l’atmosphère particulière, assez conventionnel par bien des aspects, mais très plaisant et joliment charpenté. 4,5/6

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Anita Strindberg, emportée par ses désirs et tétanisée par la peur.

FATAL GAMES (Michael Lehmann, 1988)

tumblr_o6r1hhjfe71tb5bt3o1_500Fatal games (titre original : Heathers). De Michael Lehmann (Hudson Hawk avec Bruce Willis). États-Unis. 1988. 1h38. Avec : Winona Ryder, Christian Slater et Shannen Doherty. Genre : comédie/thriller. Sortie dvd : 03/09/2009 (Filmedia). Maté en dvd le mardi 11 avril 2017.

De quoi ça cause ? Au lycée Westerberg High, il fait bon s’appeler Heather… En effet, Heather Chandler, Heather McNamara et Heather Duke sont amies et font la pluie et le beau temps, décidant qui est « in », méprisant qui est « out ». Elles ont décidé que Veronica Sawyer (Winona Ryder) était « in ». Pourtant, la jeune fille souffre du climat qui règne au lycée, et se confie à J.D. (Christian Slater), le jeune homme qu’elle vient de rencontrer. Pour J.D., la solution est simple et radicale : tuer les trois Heather. Une idée amusante, sans doute. Mais J.D. ne plaisante pas… (source : Dvdfr.com)

Mon avis Télé Z : Méconnu en France, Fatal games est pourtant l’un des meilleurs teen movies des glorieuses 80’s. Pourquoi ? Parce qu’il ose montrer la face sombre de l’adolescence sous des dehors de comédie. Un mélange peu orthodoxe qui fait toute la singularité d’une œuvre considérée comme culte outre-Atlantique. Mais ce n’est pas tout. Michael Lehmann et son scénariste Daniel Waters portent un regard satirique sur une jeunesse américaine prête à toutes les bassesses pour devenir (et rester) populaire. L’hypocrisie et la cruauté de ce microcosme sont aussi alimentées par la désinvolture et le manque de discernement des adultes (parents et enseignants sont incapables de comprendre et d’endiguer le mal-être des lycéens). Dans cette société viciée par le paraître et la bêtise, la cellule familiale s’avère elle-même un poison, une source d’aliénation (le psychotique J.D. semble suivre les traces de son paternel, promoteur immobilier sans scrupules). Cependant, le plus subversif dans Heathers reste la relation malsaine liant les deux héros. D’abord conçue comme une blague potache, la vengeance perpétrée par J.D. et Veronica à l’encontre des imbéciles du bahut, se transforme très vite en meurtre prémédité. Le premier manipule la seconde en faisant revenir à la surface la part de noirceur enfouie en elle. Un jeu dangereux qui fait écho aux nombreux faits divers qui ont ensanglanté les campus états-uniens depuis. Rien que pour ça, entreprendre un remake (fidèle) du film de Lehmann serait impossible aujourd’hui… D’autant plus que ce dernier se plaît à brouiller subtilement les frontières entre réalité et fantasme, légèreté et gravité. Déstabilisant certes, mais surtout jouissif, à l’image de ces trop rares apartés oniriques (cf. la dernière cérémonie funéraire directement issue d’un cauchemar de Veronica). Et puis, il y a l’inoubliable Winona Ryder – l’un des plus beaux souvenirs des années 80 et 90, l’une des actrices les plus douées de sa génération – sans qui Fatal games ne serait pas aussi marquant et définitif. 5/6

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Un avertissement funèbre pour Winona Ryder. Fatal games of death.

BLOW OUT (Brian De Palma, 1981)

blow-out-itBlow out. De Brian De Palma. États-Unis. 1981. 1h42. Avec : John Travolta, Nancy Allen (trois autres De Palma à son actif : Carrie au bal du diable, Home movies et Pulsions) et John Lithgow (deux autres pour lui : Obsession et L’esprit de Caïn). Genre : thriller. Sortie France : 17/02/1982. Maté à la téloche le dimanche 19 mars 2017.

De quoi ça cause ? Ancien flic, Jack Terry (John Travolta) est employé à Philadelphie comme spécialiste des effets sonores par une petite société de production de séries Z. Une nuit, alors qu’il réalise des enregistrements dans un parc, il assiste à la sortie de route d’une voiture qui finit sa course dans une rivière. Plongeant immédiatement pour porter secours aux accidentés, Jack parvient in extremis à extirper la passagère du véhicule. À l’hôpital, après avoir pris des nouvelles de Sally (Nancy Allen), la jeune femme qu’il a sauvée, il apprend que le conducteur, retrouvé mort, était le gouverneur McRyan, un politicien pressenti pour la course à la Maison-Blanche. Persuadé d’avoir entendu un coup de feu avant le drame et convaincu que cette mort n’est pas accidentelle, Jack se lance dans une enquête minutieuse… (source : Arte.tv/fr)

Mon avis Télé Z : « Le cinéma ment 24 fois par seconde » disait Brian De Palma. Le héros de Blow out tente de débusquer la vérité à travers toutes les techniques du 7ème art. Les artifices du mensonge – le son, l’image et le montage – sont utilisés pour montrer une réalité dangereuse pour celui qui veut voir au-delà des apparences. La quête de Jack Terry (John Travolta, en rupture de dancefloor) est dès lors impossible car elle tente de relier deux mondes différents, celui de la fiction et celui du réel. Comme le spectateur devant son écran, il se montre impuissant face aux évènements et ne peut changer le cours des choses. Une impasse tragique qui débouche sur un final désespéré, suivie d’un clin d’œil ironique d’une noirceur absolue. Ni happy end ni love story pour les fouineurs qui sont parvenus à déceler le vrai visage de l’Amérique. Un pays où la concurrence politique se fait assassiner afin de changer le cours de l’histoire (écho du traumatisme causé par le meurtre de JFK), où les témoins gênants sont éliminés un à un (par un John Lithgow glaçant) et les faits bidonnés pour mieux endormir la populace. Dans l’un des plans iconiques du film, la bannière étoilée semble d’ailleurs engloutir Nancy Allen… Formaliste de génie, De Palma se plaît à rendre le plus cinématographique possible une histoire dont le principal sujet est le cinéma. Comme Travolta passant des heures devant ses appareils pour dénicher le son et l’image parfaits, le réalisateur fait de chaque séquence un morceau de bravoure visuel (cf. les fameux split screen, l’une des marques de fabrique du cinéaste). Servant autant le script qu’il flatte les mirettes, ce travail d’orfèvre est également épaulé par la photo de Vilmos Zsigmond (la lumière idéale pour un film noir en couleurs) et la musique de Pino Donaggio (très beau thème romantique scellant une idylle funeste). De par son incontestable maestria et sa profonde tristesse (qui détonne quelque peu dans le paysage hollywoodien des 80’s), Blow out n’a pas pris une ride et demeure une pièce de choix dans la carrière de son metteur en scène. 5,5/6

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Le cinéma : un art qui joue avec la mort.

SPLIT (M. Night Shyamalan, 2017)

046535_jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxSplit. De M. Night Shyamalan. États-Unis. 2017. 1h57. Avec : James McAvoy, Anya Taylor-Joy et Betty Buckley (la série Huit, ça suffit ! mais pas seulement : Carrie, Frantic). Genre : thriller/fantastique. Sortie France : 22/02/2017. Maté en salle le dimanche 26 février 2017.

De quoi ça cause ? Kevin (James McAvoy) a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher (Betty Buckley), mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey (Anya Taylor-Joy), aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats. (source : Allociné.fr)

Mon avis Télé Z : Après le bain de jouvence constitué par The visit, M. Night Shyamalan confirme son grand retour avec Split, son meilleur opus depuis Le village (2004). En pleine possession de ses moyens, le cinéaste orchestre un suspense qui – à l’image de son protagoniste – possède plusieurs visages. Commençant comme un thriller soigneusement enrobé de mystère, le film va semer petit à petit les graines de sa mutation jusqu’à un dernier acte ouvertement (mais sobrement) fantastique. Rappelons-nous que le génie de Shyamalan se trouve dans sa capacité à pousser le réel, le quotidien vers des rivages surnaturels totalement tangibles. À partir d’un trouble mental et de données scientifiques, l’intrigue accouche d’un « monstre » nourri par la souffrance humaine. C’est d’ailleurs sur ce dernier point que la confrontation entre Kevin et Casey prend tout son sens et montre que la violence change bien souvent les victimes en bourreaux. La mise en scène méticuleuse de l’auteur d’Incassable (cadrage et montage sont réglés au cordeau) ne rate rien de cet affrontement aussi psychologique que physique et fait honneur au grand Hitch (la façon dont Patricia, la personnalité féminine de Kevin, est dévoilée à l’écran renvoie à Psychose). Impossible également de ne pas rester bouche bée devant l’audace d’un twist final qui en laissera plus d’un(e) sur le derche. Les possibilités offertes par l’ultime séquence de Split sont foutrement excitantes. Et pour éviter de spoiler, je ne m’étalerais pas sur la nature exacte de ce putain de rebondissement. En revanche, je peux vous dire à quel point la performance multiple de James McAvoy relève du grand art. Le Robbie Turner de Reviens-moi jongle ici avec plusieurs personnages, passe d’une émotion à l’autre sans prévenir et se montre capable d’être à la fois flippant, drôle et poignant. Face à lui, Anya Taylor-Joy ne démérite pas et défend admirablement un rôle complexe et ambigu dont les cicatrices, extérieures comme intérieures, sont indélébiles. Et autant dire que nous ne sommes pas prêts d’oublier les grands yeux noirs de la révélation de The witch. 5,5/6

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Anya Taylor-Joy tentant d’échapper à son passé et aux démons de son ravisseur…