LADY BIRD (Greta Gerwig, 2017)

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Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi. Source : allocine.fr

Un teen movie en tout point exemplaire : on n’en attendait pas moins de la part de Greta Gerwig. Remarquable devant comme derrière la caméra, l’actrice/réalisatrice/scénariste/productrice a puisé dans ses propres souvenirs d’ado pour mettre en scène son Lady Bird. Native de Sacramento, la Megan du The House of the Devil de Ti West a fait un bond dans le passé en revenant dans la ville qui l’a vue grandir. Gerwig filme la capitale californienne avec beaucoup de tendresse et un brin d’irrévérence, convoquant ses mémoires de jeunesse pour mieux les confronter à son œil d’adulte. La photo aux teintes automnales de Sam Levy dégage un certain réalisme magique, comme l’illustre ce superbe plan du Tower Bridge, phare éclairant la nuit de celles et ceux qui le contemplent. Pour rester dans un contexte autobiographique, le récit se déroule non pas de nos jours mais en 2002/2003. Soit l’époque des années fac pour la cinéaste, lorsque – dans l’après 11 septembre – l’Amérique de W. débute sa seconde guerre du Golfe. Autour des affres d’une jeune femme de 17 berges, le monde continue de tourner et ce même s’il ne tourne pas rond. Alors que les horreurs de l’Histoire s’étalent dans les journaux télévisés, Christine « Lady Bird » McPherson tente de donner du sens à ce gros foutoir que représente son existence. Il suffit de voir sa chambre pour s’en convaincre : les affaires s’y entassent et les rêves s’y bousculent. Les murs servent même de journal intime et arborent les pochettes de disque de Bikini Kill (« The Singles ») et Sleater-Kinney (« Dig Me Out »). Du punk rock né de la révolution musicale et féministe « riot grrrl ». Portant la révolte en elle, l’héroïne de Lady Bird ne peut se résoudre à moisir dans un lycée catho et fait preuve d’une belle insolence pour tromper son ennui. Quand elle ne grignote pas les hosties comme des chips, elle n’hésite pas à rembarrer devant toute la classe une intervenante anti-avortement (dans l’assistance, on peut remarquer la présence d’une figurante d’exception en la personne de Danielle Patti Cake$ Macdonald). Si certaines situations sont l’occasion de se moquer du conservatisme se cachant derrière les établissements d’enseignement privé et les grandes baraques pavillonnaires, le ton ne se fait jamais trop acerbe. L’écriture prend soin de nuancer le caractère des personnages, évitant ainsi toute caricature et imprégnant chacun de cette joyeuse mélancolie qui flotte dans l’atmosphère. Entre la douceur et l’amertume, la légèreté et la gravité, le romantisme et la crudité, le charme opère grâce à la justesse et à la fantaisie du regard gerwigien. Ce qui n’est pas incompatible avec les préoccupations sociales qui régentent la vie de ses protagonistes. Les difficultés rencontrées par la middle class s’entrechoquent avec l’oisiveté et le snobisme de quelques gosses de riches. Être populaire, venir en cours en 4×4, se payer les meilleures facs, il n’existe rien de plus cool pour une teenager. Facile de se perdre dans ce miroir aux alouettes lorsque l’on est un peu trop tourné vers soi-même et que notre désir d’évasion occulte parfois les autres. Le rapport mère/fille, fait de complicité et de dispute, cristallise ce fossé générationnel opposant deux conceptions des choses. Si grandir dans l’incertitude et au sein d’une société pleine de « pièges » n’a rien d’évident, vieillir permet de mieux faire le tri entre l’utile et le futile. À l’instar d’Isabelle Adjani dans La Gifle, l’autodénommée « Lady Bird » a des qualités et des défauts, pique des crises de nerfs, fait des erreurs mais finit par apprendre d’elles. À nous de la prendre telle qu’elle est : plurielle et profondément humaine. Les actrices et les acteurs, tous formidables, contribuent à rendre le long-métrage encore plus séduisant, touchant, épatant. Figure discrète mais marquante du petit comme du grand écran, l’excellente Laurie Metcalf apporte toute l’autorité et la profondeur nécessaires à son rôle de maman dépassée par les aspirations de sa gamine. Notons également la découverte (en ce qui me concerne) de Beanie Feldstein, la sœur de Jonah Hill, que l’on espère vite retrouver dans d’autres péloches. Mais le trésor suprême de Lady Bird demeure l’extraordinaire Saoirse Ronan. Bluffante de la première à la dernière image, la « Galway Girl » se déchaîne, s’enflamme, s’exalte et fait défiler la vie et ses passions en vingt-quatre images par battement de cœur. Il n’y a que Saoirse pour troubler de la sorte notre fréquence cardiaque…

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Lady Bird. De Greta Gerwig. États-Unis. 2017. 1h34. Avec : Saoirse Ronan, Laurie Metcalf et Tracy Letts. Maté en salle le 04/03/18.

FATAL GAMES (Michael Lehmann, 1988)

tumblr_o6r1hhjfe71tb5bt3o1_500Fatal games (titre original : Heathers). De Michael Lehmann (Hudson Hawk avec Bruce Willis). États-Unis. 1988. 1h38. Avec : Winona Ryder, Christian Slater et Shannen Doherty. Genre : comédie/thriller. Sortie dvd : 03/09/2009 (Filmedia). Maté en dvd le mardi 11 avril 2017.

De quoi ça cause ? Au lycée Westerberg High, il fait bon s’appeler Heather… En effet, Heather Chandler, Heather McNamara et Heather Duke sont amies et font la pluie et le beau temps, décidant qui est « in », méprisant qui est « out ». Elles ont décidé que Veronica Sawyer (Winona Ryder) était « in ». Pourtant, la jeune fille souffre du climat qui règne au lycée, et se confie à J.D. (Christian Slater), le jeune homme qu’elle vient de rencontrer. Pour J.D., la solution est simple et radicale : tuer les trois Heather. Une idée amusante, sans doute. Mais J.D. ne plaisante pas… (source : Dvdfr.com)

Mon avis Télé Z : Méconnu en France, Fatal games est pourtant l’un des meilleurs teen movies des glorieuses 80’s. Pourquoi ? Parce qu’il ose montrer la face sombre de l’adolescence sous des dehors de comédie. Un mélange peu orthodoxe qui fait toute la singularité d’une œuvre considérée comme culte outre-Atlantique. Mais ce n’est pas tout. Michael Lehmann et son scénariste Daniel Waters portent un regard satirique sur une jeunesse américaine prête à toutes les bassesses pour devenir (et rester) populaire. L’hypocrisie et la cruauté de ce microcosme sont aussi alimentées par la désinvolture et le manque de discernement des adultes (parents et enseignants sont incapables de comprendre et d’endiguer le mal-être des lycéens). Dans cette société viciée par le paraître et la bêtise, la cellule familiale s’avère elle-même un poison, une source d’aliénation (le psychotique J.D. semble suivre les traces de son paternel, promoteur immobilier sans scrupules). Cependant, le plus subversif dans Heathers reste la relation malsaine liant les deux héros. D’abord conçue comme une blague potache, la vengeance perpétrée par J.D. et Veronica à l’encontre des imbéciles du bahut, se transforme très vite en meurtre prémédité. Le premier manipule la seconde en faisant revenir à la surface la part de noirceur enfouie en elle. Un jeu dangereux qui fait écho aux nombreux faits divers qui ont ensanglanté les campus états-uniens depuis. Rien que pour ça, entreprendre un remake (fidèle) du film de Lehmann serait impossible aujourd’hui… D’autant plus que ce dernier se plaît à brouiller subtilement les frontières entre réalité et fantasme, légèreté et gravité. Déstabilisant certes, mais surtout jouissif, à l’image de ces trop rares apartés oniriques (cf. la dernière cérémonie funéraire directement issue d’un cauchemar de Veronica). Et puis, il y a l’inoubliable Winona Ryder – l’un des plus beaux souvenirs des années 80 et 90, l’une des actrices les plus douées de sa génération – sans qui Fatal games ne serait pas aussi marquant et définitif. 5/6

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Un avertissement funèbre pour Winona Ryder. Fatal games of death.