L’IMPLACABLE NINJA : the way of the Cannon part 1

« DE TOUS LES ARTS MARTIAUX, SEUL LE NINJUTSU CONDUIT À LA MORT… »

Ils étaient déjà là en 1967 dans le James Bond On ne vit que deux fois, en 1975 dans le Tueur d’élite de Sam Peckinpah et en 1980 dans La Fureur du Juste avec Chuck Norris. Discrétos et sans se faire pécho, ils ont tranquillement infiltré le cinoche occidental sans que celui-ci ne les remarque. Normal puisque « Ils » désigne… les Ninjaaas !!! Des as du camouflage venus du Japon féodal et rompus aux arts martiaux ! Des super espions et des machines à tuer qui se retrouvent, en 1981, au centre du premier grand succès de Cannon Group : L’Implacable Ninja. Cette œuvre séminale est à l’origine de la ninja mania qui déferle sur les écrans du monde entier durant les turbulentes 80’s; et relance par la même occase l’intérêt du public pour la baston exotique. Après des débuts difficiles au sein d’une Cannon acquise en 1979 (le bide du musical BIM Stars aka The Apple), Menahem Golan et Yoram Globus se font enfin des couilles en or et s’imposent d’emblée comme les rois de la série B qui débourre. L’accueil plus que favorable reçu par L’Implacable Ninja justifie l’existence d’au moins deux suites : Ultime Violence (Revenge of the Ninja, 1983) et Ninja III (Ninja III : the Domination, 1984). Deux autres titres formant une trilogie excentrique, décomplexée, réjouissante. Des témoins d’une autre époque, du temps où une compagnie indépendante faisait la nique aux majors hollywoodiennes, à (re)découvrir le cul posé sur son tatami, le katana bien en pogne. Chose rendue possible grâce à l’indispensable coffret dvd/blu-ray concocté par ESC Éditions et dispo depuis 2017 chez votre marchand de saïs (tel est le nom donné aux petits « tridents » d’Elektra).

Tout juste sacré ninja par ses pairs japonais, Cole (Franco Nero) débarque aux Philippines pour rendre visite à son pote Frank Landers (Alex Courtney). Ce dernier gère avec son épouse Mary Ann (Susan George) une exploitation agricole dans les environs. Problème : leurs terres sont convoitées par Venarius (Christopher George), un businessman véreux faisant pression sur les Landers pour qu’ils lui vendent leur propriété. Mais Cole s’interpose et rétame la tronche de tous les sbires de Venarius. Pour se débarrasser du redresseur de torts, le malandrin n’a donc plus d’autre choix que de dégainer son arme absolue : Hasegawa (Shô Kosugi). Un ninja, lui aussi, mais plutôt du genre malfaisant et qui, en plus, en veut personnellement à Cole…

Quand un justicier défend les innocents d’une petite ville contre les abus d’un despote local : un pitch que l’on connaît par cœur et qui n’est rien d’autre que le concept de L’Agence tous risques, la série de notre enfance. Mais aussi d’un nombre incalculable de péloches. Citons pour le fun, le bien balancé Road House dans lequel le regretté Patrick Swayze inflige à son ennemi un arrachage de larynx à main nue. Sans être aussi extrême, L’Implacable Ninja (Enter the Ninja en VO, clin d’œil évident au cultissime Enter the Dragon avec Bruce Lee) contient lui aussi ses petits instants de tendresse, rassurez-vous. Notamment lorsqu’un porte-flingue se reçoit une dizaine de shurikens sur la gueule (un effet gore qui resservira d’ailleurs pour les besoins du deuxième opus).

Pour le reste, le film résulte d’une méthode ayant fait les beaux jours du cinéma populaire, celui du métissage entre deux cultures ou plusieurs genres différents. Ici, l’art du ninjutsu se déguste à la sauce occidentale. Cependant, le spectacle conserve sa part d’exotisme, dégage même une atmosphère particulière, tournage à Manille oblige. Sentiment renforcé par la séquence d’ouverture d’Enter the Ninja où, dans une jungle silencieuse, le ninja blanc Franco Nero affronte des ninjas rouges et un big boss vêtu entièrement de noir, le tout dans une nature à dominante verte. Des motifs colorés mêlés à de jolies acrobaties, et s’épanouissant sur une bande-son vierge de tout dialogue, qui font démarrer le long-métrage de Menahem Golan sous les meilleurs auspices.

Malheureusement, il faudra attendre le climax pour que des ninjas repointent le bout de leur cagoule, les guerriers de l’ombre se faisant finalement plutôt rares dans le coin. Un comble. La plupart du temps, Franco Nero combat en « civil », à visage découvert. Un choix peu judicieux tant le moustachu ne se montre pas franchement à l’aise en artiste martial. Logique puisque celui-ci ne possède aucune aptitude dans ce domaine et a dû remplacer à la dernière minute un certain Mike Stone, ex-champion de karaté et auteur du script à l’origine de L’Implacable Ninja. Jugé inapte à jouer la comédie une fois arrivé sur le plateau, ledit Stone est relégué à la chorégraphie des combats. Et, sans rancune, accepte de devenir la doublure du Keoma d’Enzo G. Castellari…

Si retrouver le grand Franco Nero relève toujours du plaisir de cinéphile, force est de constater que son manque d’assurance handicape sérieusement l’entreprise. Conséquence : le cadrage et le montage sont contraints de masquer en permanence la doublure de l’italien, ce qui rend les empoignades pas toujours crédibles et lisibles… Le vent tourne lorsque la révélation Shô Kosugi, un authentique pro du sport de combat, intervient dans le récit et offre au film ses meilleurs moments (l’incendie de la plantation des Landers, l’affrontement final avec Nero). L’athlète nippon s’impose comme le vrai bad guy de l’histoire, évinçant sans peine un Christopher Frayeurs George plus cabotin que réellement intimidant…

Niveau casting, impossible de passer à côté de la rayonnante et toujours inspirée Susan George, la Amy de l’enragé Straw Dogs (1971) et la détentrice d’une filmo qui ne se limite pas au chef-d’œuvre de Peckinpah (Die Screaming Marianne de Pete Walker, Far West Story de Sergio Corbucci, Larry le dingue, Mary la garce de John Hough, Mandingo de Richard Fleischer…). Si, dans Enter the Ninja, la comédienne britannique n’échappe pas au traditionnel rôle de faire-valoir, elle parvient néanmoins à lui apporter force et caractère (la blonde empoigne son shotgun quand le danger rôde et se montre plus robuste que son mari dépressif et alcoolo). Un bon point dans la besace de la toute première bande d’action estampillée Cannon et dont le geste encore un peu hésitant sera corrigé par le monstrueux Revenge of the Ninja

Enter the Ninja. De Menahem Golan. États-Unis. 1981. 1h39. Avec : Franco Nero, Susan George, Shô Kosugi…