OVERLORD : Herbert West chez les nazis

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ATTENTION : UN PEU DE SPOIL, BEAUCOUP D’AMOUR

Le nazi zombie n’a jamais été représenté aux Césars, ce qui est bien dommage. Pourtant, imaginez un peu. Cérémonie des Césars 1981. Jeanne Moreau est sur scène, devant son pupitre, sort le petit bulletin blanc de son enveloppe et annonce au gratin du cinéma français : « …et le César du meilleur film est attribué à… Le lac des morts-vivants ! ». Explosion de joie dans la salle, Jeanne saute dans la fosse comme au Hellfest, Jean-Claude Brialy ne peut retenir ses larmes et se met à hurler : « Promizoulin ! Promizoulin ! ». Bref, c’est le tourbillon de la vie. Si ce moment de grâce absolue ne peut exister dans une réalité non alcoolisée, le nazi zombie, sous-genre de l’horreur tendance Bis, a toujours eu une place de choix dans le cinoche d’exploitation. La tendance s’est même accélérée dans les années 2000, 2010 avec les Outpost, Dead Snow et autre Frankenstein’s Army. Contrairement à ses petits camarades, Overlord atterrit directement dans les salles et non en dvd ou vod. Oui, vous avez bien lu : une pure série B peut encore se savourer dans les multiplexes. Rare par les temps qui courent. Pour une fois, on va pouvoir profiter du spectacle sur grand écran. Ça tombe bien, celui proposé par cette production J.J. Abrams vaut franchement le détour.

Le titre Overlord fait bien entendu référence à l’opération du même nom. Les héros du film de Julius Avery appartiennent aux troupes alliées débarquant sur les plages normandes le 6 juin 1944. Et même un peu avant puisque lesdits héros, des parachutistes de l’oncle Sam, ont une mission bien précise : faire péter une antenne située au sommet d’une église squattée par les suppôts d’Hitler. L’enjeu est de taille car s’ils échouent, l’ennemi vert-de-gris pourrait capter l’arrivée des forces anglo-saxonnes et changer le cours de l’Histoire. Et comme si la situation n’était pas assez compliquée, un autre danger menace et prend forme dans les ténèbres d’un village occupé… Dès son époustouflante séquence d’intro, Overlord nous plonge dans le vif du sujet et caractérise ses personnages en quelques plans et deux, trois répliques. Dans la carlingue d’un avion prêt à lâcher ses soldats américains sur les côtes françaises, nous découvrons l’humaniste et timoré Boyce (Jovan Adepo), cette grande gueule de Tibbet (John Magaro, vu dans Orange is the New Black) ou encore le Caporal Ford (Wyatt Russell, le fiston de Snake Plissken), une obscure tête brûlée qu’il ne vaut mieux pas titiller. Et puis soudain, les enfers se déchaînent : les balles transpercent la carcasse de l’avion, les bombes font des trous béants dans l’appareil, les hommes sont largués précipitamment dans les airs au milieu des explosions. La caméra suit de très près ces combattants jetés en pâture aux flammes et livrés au chaos. Le résultat est aussi immersif qu’impressionnant.

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Du début jusqu’à la fin, Overlord demeure une péloche guerrière de première bourre. Voir le film en salle permet de se prendre en pleine poire la puissance de feu libérée par son jeune et inspiré cinéaste (dont c’est ici le deuxième long après un Son of a Gun sorti chez nous en 2015, mais seulement sous forme de rondelle digitale). À l’écran, les mitrailleuses défouraillent sec, éclatent les chairs et font vrombir les sièges ! Grisant ! D’un point de vue narratif, la mission cruciale de notre commando d’expendables n’est jamais écartée et ce même quand le fantastique se tape l’incruste et impose des enjeux supplémentaires. Et parce que l’action se déroule durant la Seconde Guerre mondiale, il y a forcément du bad guy teuton à l’horizon. Chaque membre de la Wehrmacht a la gueule belliqueuse de l’emploi, c’est-à-dire celle du gars qui a laissé la tendresse au vestiaire. Le plus sauvage d’entre tous reste l’officier Wafner. Un faux gentleman et un vrai sadique, un psychopathe capable de faire un baise-main à une nana et de lui foutre son luger dans la bouche si elle n’est plus très coopérative. Une ordure d’anthologie campée par le danois Pilou Asbæk (ne vous fiez pas à son prénom, le gazier en impose vraiment un max). Vous avez certainement déjà croisé sa bobine avenante dans Game of Thrones (il y est Euron Greyjoy, un autre type délicat, sensible et attachant).

Comme vous le savez, Overlord n’est pas un film de guerre comme les autres. À ce genre, il en ajoute un autre, celui de l’horreur. Il le fait d’ailleurs de façon progressive, en semant d’abord des indices louches sur le parcours des GI’s et en intégrant ensuite l’inimaginable au récit. Et le plus beau dans ce délire, c’est que ce métissage « monstrueux » n’entame pas la crédibilité de l’ensemble. Petite précision : Avery n’emprunte pas vraiment la voie du zombie flick à la Romero ou The Walking Dead. Point de horde de revenants du IIIe Reich ici mais plutôt des expériences scientifiques menées par un savant fou sur des patients pas franchement consentants. Si les morts reviennent à la vie, c’est surtout à la manière d’un Re-Animator. À la différence près que ce docteur Maboul d’Herbert West n’a jamais eu l’intention de créer une armée de super troufions… À ce propos, certaines visions ont de quoi refiler des cauchemars et n’auraient pas déplu au Stuart Gordon des 80’s (surtout celle d’une tête sans corps tentant malgré tout d’appeler à l’aide…). La touche gothique suggérée par ce décor sinistre et effrayant (un gigantesque labo planqué dans les sous-sols d’une église) évoque la folie des vieux serials fréquentés par le rire sardonique et le regard méphistophélique d’un Bela Lugosi. Mais en plus sérieux toutefois et avec une bonne dose de gore en prime.

Avant de vous lâcher la grappe, juste un petit mot sur la révélation féminine d’Overlord. Elle s’appelle Mathilde Ollivier (avec deux « l », normal pour un ange), joue les femmes d’action et non les faire-valoir, a le charme fou d’une Léa Seydoux et s’apprête comme cette dernière à tutoyer les étoiles. Une bonne raison (une de plus) pour payer son ticket et s’envoyer ce show extrêmement bien gaulé où le plaisir du spectateur n’est jamais ignoré.

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Overlord. De Julius Avery. États-Unis. 2018. 1h50. Avec : Jovan Adepo, Wyatt Russell, Mathilde Ollivier…