ROBE DE SANG (Tobe Hooper, 1990)

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En transformant une cape rouge découverte dans une malle en une superbe robe de soirée, une belle étudiante tombe sous le coup d’une malédiction plusieurs fois centenaire. Diaboliquement séduisante, elle se métamorphose sous son influence maléfique en une dangereuse prédatrice… Source : movinside.fr

Celles et ceux qui, dans les nineties, ont eu le droit de veiller tard pour mater « Les Jeudis de l’angoisse » (M6) se souviennent peut-être de Robe de sang aka I’m Dangerous Tonight aka Red Evil Terror. Un téléfilm confié à Tobe Hooper au moment où sa carrière vacille (cette dernière ne reprendra du poil de la bête qu’au milieu des années 2000 avec le très honorable diptyque  The Toolbox Murders/Mortuary). Si l’âge d’or du Texan commence quelque peu à s’éloigner (1974-1986 : douze ans de bonheur s’étalant sur nos écrans fantastiques), le réalisateur de Lifeforce sait encore mener un projet jusqu’à son terme, quand bien même celui-ci ne lui permet pas de se surpasser. Sa commande cathodique, Hooper l’emballe avec savoir-faire à défaut d’y mettre un max de passion. Cette histoire de fringue aztèque s’emparant du corps et de l’esprit de ses hôtes peut se voir comme une version textile du Christine de Big John (toute proportion gardée, bien sûr). Un argument surnaturel pas plus mauvais qu’un autre, sorti tout de même d’une nouvelle de Cornell Woolrich (dont les écrits ont donné au cinéma Fenêtre sur cour ou La Sirène du Mississipi, ce qui n’est pas rien). Les producteurs et scénaristes Bruce Lansbury et Philip John Taylor (deux spécialistes de la fiction TV, surtout le premier) n’ont pas salopé leur adaptation. En premier lieu, leur script évite de tomber dans un schéma répétitif, piège tendu par la nature slasheresque de son sujet (les meurtres se succèdent autour de la fameuse robe, qui plus est dans un milieu estudiantin et des banlieues pavillonnaires – mais pas que). Loin de se contenter d’une seule protagoniste, la malédiction se transmet en réalité d’un individu à un autre, par simple contact avec l’étoffe maudite (on peut également songer au génial Hidden de Jack Sholder). À mi-parcours, le scénar en profite aussi pour développer une intrigue secondaire qui – de manière habile – relance l’ensemble de plus belle (une fille en rouge assassine des mecs pour se payer sa dose de junkie, un rôle tenu par la grande Dee Hurlements Wallace !). Dommage que la plupart des personnages pâtissent d’une caractérisation assez primaire, voire stéréotypée (la cousine bimbo, le sportif bellâtre, le flic blasé – ce dernier étant campé par cette vieille baderne de R. Lee Ermey, la pilule passe plutôt bien). Cependant, Amy (l’héroïne interprétée par Mädchen Amick) bénéficie d’un traitement un peu à part puisqu’elle ne se résume pas seulement à sa beauté virginale. C’est avant tout son intelligence qui lui permet de combattre les effets destructeurs du mal, c’est grâce à la force de son esprit qu’elle peut résister à cette attraction fatale. Un bon point, surtout dans le cadre étriqué d’une prod télé. Car, comme chacun sait, les limites imposées par la petite lucarne empêchent tout débordement (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui). Il faut donc s’accommoder de quelques filets de sang et de deux ou trois notes sexy assez frileuses. Toujours ça de pris. Avouons toutefois que cette timidité horrifico-érotique prévisible ne nuit pas trop à Robe de sang. Conscient du caractère modeste de l’entreprise, Tobe Hooper ne se laisse pas aller pour autant. Les séquences nocturnes jouissent d’un soin particulier, la fin ouverte fait preuve d’une ironie tout à fait inattendue et le cinéaste s’amuse à citer les classiques des années 70/80 (des plans de Terminator et d’Halloween sont repris tels quels), tout en faisant un petit clin d’œil à sa propre filmo (le visage crispé de la grand-mère en fauteuil roulant renvoie aux grandes heures de la famille tronçonneuse). Mais le point fort de I’m Dangerous Tonight demeure son casting extrêmement plaisant, composé d’habitué·e·s du fantastique, de vétérans du Bis, de gueules de porte-bonheur et de beautés évanescentes ou létales. Outre les susmentionné·e·s Dee Wallace et R. Lee Ermey, notons la présence fugace de William Berger. Cette figure marquante du cinoche pop européen (Le Dernier face à face, L’île de l’épouvante) joue ici les anthropologues lors d’une intro dévoilant un joli sarcophage à la Indiana Jones. Pour sa part, Anthony Perkins se voit offrir un emploi plus consistant. Seulement, ses interventions sporadiques dans le récit s’avèrent curieusement agencées (l’acteur, en fin de carrière, peine à trouver sa place dans le film). Quant à la toute jeune Mädchen Amick, elle constitue le véritable trésor de ce Robe de sang. La Shelly de Twin Peaks se montre très douée pour la comédie, passant avec assurance de l’étudiante réservée à la bombe incendiaire. Et puis, plus craquante que la Mädchen, tu meurs ! De quoi faire fondre le p’tit cœur de boucher de notre cher Leatherface.

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I’m Dangerous Tonight. De Tobe Hooper. États-Unis. 1990. 1h28. Avec : Mädchen Amick, Dee Wallace et Anthony Perkins. Maté en dvd le 28/05/18.