COLOSSAL (Nacho Vigalondo, 2016)

05FICHE TECHNIQUE Colossal. De Nacho Vigalondo. Canada/États-Unis/Espagne/Corée du Sud. 2016. 1h49. Avec : Anne Hathaway, Jason Sudeikis (la barbe lui donne ici des faux airs de Chuck Norris) et Dan Stevens. Genre : fantastique. Sortie France : 27/07/2017 (e-Cinéma). Maté à la téloche le dimanche 24 septembre 2017.

DE QUOI ÇA CAUSE ? Gloria (Anne Hathaway) est une jeune new-yorkaise sans histoire. Mais lorsqu’elle perd son travail et que son fiancé la quitte, elle est forcée de retourner dans sa ville natale où elle retrouve Oscar (Jason Sudeikis), un ami d’enfance. Au même moment, à Séoul, une créature gigantesque détruit la ville, Gloria découvre que ses actes sont étrangement connectés à cette créature. Tout devient hors de contrôle, et Gloria va devoir comprendre comment sa petite existence peut avoir un effet si colossal à l’autre bout du monde… Source : allocine.fr

MON AVIS TÉLÉ Z De nos jours, on ne s’étonne plus de retrouver directement en dvd/blu-ray ou en VOD des œuvres se distinguant par leur originalité. Voir Colossal sur petit écran ne m’étonne donc pas. Ce qui ne m’empêche pas de trouver dommage que la distribution des films en salle soit aussi standardisée. Des propos qui relèvent de la vieille rengaine, me direz-vous. Cela dit, qu’un cinéaste aussi inventif que Nacho Vigalondo ait pu financer un tel projet est déjà en soi un miracle. Le long-métrage existe, il est visible et – en 2017 – c’est une victoire pour les artistes qui se contrefoutent des modes et des diktats des majors. Pourtant, à première vue, Colossal semble profiter du succès des récentes réappropriations hollywoodiennes du kaiju eiga, le film de monstre à la japonaise. Cependant, Vigalondo n’emprunte pas le même chemin que Pacific Rim ou le dernier remake de Godzilla. Le cinéaste espagnol détourne plutôt le genre pour lui donner une couleur plus intime et décalée. L’histoire commence en effet comme une (fausse) comédie romantique qui, par la suite, prend la forme d’un drame sentimentalo-surnaturel. Les relations entre les personnages s’obscurcissent lorsqu’une extraordinaire découverte révèle leur vrai visage. Une étrange autant que stimulante dichotomie s’opère alors entre le retour chaotique de la principale protagoniste dans son bled natal et les spectaculaires apparitions d’une gloumoute géante en plein Séoul. Dès lors, deux échelles interagissent entre elles, l’une humaine, l’autre… colossale, la première ayant la responsabilité de ce qui se passe dans la seconde. Une façon pour Gloria (Anne Hathaway, convaincante en girl next door), jeune femme un peu paumée et en manque de repères, de combattre ses vieux démons et de s’affirmer. Ses décisions peuvent sauver des milliers de vies à l’autre bout de la planète et l’amènent à se conduire comme une héroïne silencieuse. Face aux parasites qui ne la comprennent pas et la tirent vers le bas, nous comprenons vite que les « méchants » du film ne sont pas ceux que l’on croit. Se présentant d’abord comme un gars charmant et sympathique, Oscar (Jason Sudeikis, dans un registre qui l’éloigne de ses emplois habituels dans la comédie U.S.) n’est en fait rien d’autre qu’un type autoritaire et frustré par sa condition. Ce cliché de la romcom (au départ) se transforme rapidement en salaud ordinaire dont le sexisme latent est un défi de plus lancé à l’encontre de Gloria. Dans le même temps, celle-ci affronte sa « némésis » comme s’il s’agissait d’un vilain de comic book movie, à la différence que les super-pouvoirs sont ici détenus par leur double kaijuesque. Ne laissant rien au hasard question écriture, Vigalondo peut se reposer sur la suspension d’incrédulité du spectateur pour crédibiliser l’incroyable. Par le biais d’un flashback aux images superbement évocatrices et d’un modus operandi ludique lié aux irruptions des créatures sud-coréennes, le bonhomme parvient à livrer une œuvre fantastique dans tous les sens du terme. Le climax, aussi inattendu qu’ingénieux, en constitue une preuve supplémentaire. Pour en arriver là, le réalisateur de Timecrimes (2007) a veillé à ce que l’équilibre entre ressorts psychologiques et saillies spectaculaires reste stable. Pas de destructions massives ostentatoires dans Colossal, mais des passages aussi brefs que marquants dont le but est avant tout de servir l’histoire et non pas d’épater la galerie. Les effets visuels n’en sont pas moins soignés et rivalisent avec le plus nanti des blockbusters (sans compter la réussite que représente le design du titan de Gloria). Malgré sa visibilité réduite dans l’Hexagone, il faut donc découvrir le petit dernier de super Nacho. Pourquoi ? Parce que rares sont devenues les péloches de genre qui, tout en faisant un pas de côté salutaire et payant, témoignent d’une réelle envie de cinéma. 4,5/6

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Dans Colossal, les problèmes d’Anne Hathaway prennent des proportions gigantesques…