LE DOSSIER ODESSA (Ronald Neame, 1974)

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Hambourg, 22 novembre 1963. Alors que le monde est plongé dans la stupeur depuis l’annonce de l’assassinat du président Kennedy, Peter Miller, jeune journaliste ambitieux, met la main sur le journal d’un vieil homme qui vient de se donner la mort. Juif allemand, Salomon Tauber y a consigné les détails de sa déportation dans un camp des environs de Riga, dirigé avec une impitoyable cruauté par le capitaine SS Eduard Roschmann. En enquêtant sur l’ancien tortionnaire, Peter apprend par le chasseur de nazis Simon Wiesenthal qu’un réseau clandestin, baptisé Odessa et constitué d’ex-SS, s’occupe de fournir de fausses identités aux membres du défunt parti national-socialiste, et qu’Eduard Roschmann, qui a réussi à échapper aux Alliés en 1947, pourrait se cacher en Allemagne. Poursuivi par les sbires de l’organisation, le journaliste est bientôt enlevé par les services secrets israéliens, qui redoutent une attaque dévastatrice sur leur pays, fomentée par l’Égypte avec l’appui d’Odessa. Au terme d’une brève phase de formation auprès des agents du Mossad, Peter tente, au péril de sa vie, d’infiltrer le puissant réseau occulte… Source : arte.tv/fr

Le passé ne s’enterre pas et nous survit, surtout lorsqu’il est marqué par la folie et l’abomination. Le Dossier Odessa commence avec un présent lui aussi contaminé par ce même mal. L’assassinat de JFK montre que l’Histoire se répète inexorablement, sans se lasser. Ailleurs, la guerre continue. Au Vietnam, par exemple. Le journaliste Peter Miller laisse entrevoir un avenir meilleur. Il représente une jeunesse qui ne peut rester indifférente face à l’injustice et comprend que l’inertie peut entraîner la barbarie. Ne pas reproduire les erreurs de ses aînés nécessite une vigilance constante. La prise de conscience se fait ici à travers la lecture du journal d’un rescapé des camps de la mort. Il vient de se suicider. Sa descente aux enfers nazis nous est révélée en flashback, via des séquences en noir et blanc proches du documentaire. Les images font froid dans le dos. Les exactions du SS Roschmann, le « boucher de Riga » (tortionnaire ayant réellement existé), agit sur le héros comme un électrochoc. Derrière l’horreur, il y en a encore une autre : malgré la fin du troisième reich, la bête immonde bouge encore. Elle a réussi à passer entre les mailles du filet et se cache maintenant quelque part. Un fait impensable dans cette Allemagne de l’Ouest se croyant en paix avec ses démons. La nouvelle génération ne doit pas laisser un tel crime impuni… L’engagement est donc au centre du film de Ronald Neame (artisan surtout connu pour ses deux disaster movies, L’Aventure du Poséidon et Meteor). En rompant avec la « pudeur » d’une Hollywood encore incapable – à l’époque – de parler frontalement du génocide juif, Le Dossier Odessa rend un vibrant hommage aux victimes de l’Holocauste. Le script, adapté d’un roman de Frederick Forsyth, s’empare du sujet avec sérieux et rigueur. Simon Wiesenthal, survivant de la Shoah et chasseur de nazis, est d’ailleurs convoqué à l’écran. Il est même crédité au générique comme consultant. Une participation qui donne de l’authenticité au projet et vient habilement se mêler à la fiction. Si l’organisation Odessa est une invention, elle s’inspire néanmoins de la réalité. Le film décrit comment – après la Seconde Guerre mondiale – d’anciens SS ont infiltré toute la société allemande, au nez et à la barbe du monde entier. Un réseau souterrain, fort bien organisé et bénéficiant d’importants moyens, leur donne une nouvelle identité, une nouvelle situation, une nouvelle planque. Voilà comment les bourreaux d’hier reprennent leur vie comme si de rien n’était et parviennent à échapper à toute condamnation. Un constat révoltant qui offre un socle solide à l’ensemble, tout en exploitant le thème des sociétés secrètes. De quoi amplifier le degré de paranoïa d’un thriller d’espionnage construit comme une chasse à l’homme. Passionnant sur le fond, captivant de bout en bout, Le Dossier Odessa n’évite pourtant pas toujours les facilités. L’enquête est parfois cousue de fil blanc, les événements s’enchaînent de façon un peu trop mécanique et un certain manichéisme se dégage des personnages (sans compter que le rôle féminin tenu par Mary Tamm ne sert qu’à valoriser le principal protagoniste). Certes, la machine est bien huilée, dans le sens où le rythme ne se relâche jamais. Mais niveau écriture et mise en scène, la subtilité du Alan J. Pakula des 70’s n’est pas au rendez-vous… Néanmoins, impossible de tirer la tronche devant la péloche de Neame. La gravité et la force de ce qu’il évoque emporte totalement l’adhésion et laisse le spectateur sur une impression positive. L’excellent Jon Voight (deux ans après Délivrance et onze ans avant Runaway Train) n’y est pas non plus pour rien. Les plus attentifs ont peut-être remarqué l’apparition furtive du comédien Herbert La Marque du diable Fux, une « gueule » à la filmo aussi longue que le bottin (rien à voir avec Rob).

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The Odessa File. De Ronald Neame. Royaume-Uni/Allemagne. 1974. 2h03. Avec : Jon Voight, Mary Tamm et Maximilian Schell. Maté à la téloche le 16/04/18.