LE CYNIQUE, L’INFÂME, LE VIOLENT (Umberto Lenzi, 1977)

2d-cynique_infame_violent_combo_br.0Le cynique, l’infâme, le violent (titre original : Il cinico, l’infame, il violento). D’Umberto Lenzi. Italie. 1977. 1h38. Avec : Maurizio Merli (disparu en 1989), Tomas Milian (disparu cette année) et John Saxon. Genre : polar/poliziesco. Sortie dvd/blu-ray : 07/04/2017 (The ecstasy of films). Maté en blu-ray le jeudi 8 juin 2017.

De quoi ça cause ? Luigi Maietto, dit « le Chinois » (Tomas Milian), vient de s’évader de prison. Son premier souhait est de faire mordre la poussière au responsable de sa condamnation à vie, l’ex-commissaire de police Leonardo Tanzi (Maurizio Merli), en lui envoyant deux tueurs. En dépit de graves blessures, il se fait passer pour mort et se cache à Rome pour y donner la chasse à son persécuteur. Le Chinois, qui se croit débarrassé, a repris son activité au sein de la pègre organisée, en s’associant au « boss » italo-américain Frank Di Maggio (John Saxon). Tanzi monte un plan machiavélique pour anéantir « le Chinois » en l’opposant à Di Maggio. Une guerre sans merci va commencer. (source : TheEcstasyOfFilms.com)

Mon avis Télé Z : De tous les personnages, difficile de dire qui est réellement le cynique, l’infâme et le violent. Chacune de ces étiquettes pourrait très bien convenir à n’importe quel membre du trio magique du film de Lenzi. Ce qui est certain, c’est qu’il n’y a ici aucun bon mais seulement des brutes et des truands. Le plus cynique ? Sans doute le « Chinois », lui qui fait preuve d’une constante insolence et se fout sans cesse de la gueule de son interlocuteur. Le plus infâme ? Certainement Frank Di Maggio, un caïd de la pègre qui frappe des balles de golf en visant la tronche d’un pauvre gus, et qui envoie ensuite ses molosses finir le travail. Le plus violent ? Il ne reste plus que Leonardo Tanzi, ex-flic aux méthodes expéditives et justicier bien moins tendre qu’un Avengers. Alors que l’Italie subit ses années de plomb, le poliziesco (ou poliziotteschi ou néo-polar italien ou encore eurocrime) retranscrit à l’écran toute la brutalité, l’agitation et la frustration de la société transalpine des 70’s. Le nihilisme d’une époque se retrouve donc dans Le cynique, l’infâme, le violent. La loi du plus fort, du plus friqué et du plus armé domine, la justice ne parvient plus à protéger les plus faibles. La séquence d’ouverture montre une Rome qui n’a plus rien à voir avec La dolce vita. Les rues sont gangrenées par l’insécurité et nul n’est à l’abri d’une agression. Dans ce monde sauvage et viril jusqu’au bout du canon, les femmes n’ont pas le beau rôle et se font soit tabasser, soit défigurer (les scènes choc sont une constante dans le genre). Mais les ordures qui commettent ces atrocités finissent par le payer. Pour ramener un peu d’ordre dans le chaos ambiant, Maurizio Merli se la joue inspecteur Harry et lutte contre la violence par la violence. Le scénario nous le présente d’abord à la retraite ou suspendu (ce n’est pas très clair), passant son temps libre à corriger des polars pour une maison d’édition. Ensuite, l’ex-commissaire enquête pour son propre compte et s’amuse à monter ses ennemis les uns contre les autres. Et pour arriver à ses fins, Tanzi n’hésite pas à perpétrer un casse ! Comme quoi, même si l’intrigue est parfois cousue de fil blanc (on a parfois l’impression que notre homme remonte un peu trop facilement la piste des bad guys), celle-ci sait au moins faire preuve d’ironie. Dans un emploi qu’il maîtrise à merveille (cf. Brigade spéciale ou Opération casseur), Merli – regard d’acier, mâchoire serrée – se montre plus vénère que jamais (au bout d’un moment, on ne compte plus les pains qu’il distribue). Face au blond moustachu, un autre cador du poliziesco : Tomas Milian. Plus sobre que d’ordinaire, le bonhomme se distingue par des répliques sarcastiques qu’il déclame avec un aplomb extraordinaire (du grand art en la matière !). Et il n’y a que Milian pour paraître à la fois pouilleux et classieux, comme si le Cuchillo de Colorado et Saludos hombre essayait de se prendre pour le Michael Corleone du Parrain. Toujours au rayon casting, John Saxon – dans l’une de ses nombreuses escapades italiennes – représente la cerise sur le gâteau et achève de faire d’Il cinico, l’infame, il violento un polar solide comme un roc. Spécialiste du genre, Umberto Lenzi mène tout ce petit monde avec son efficacité coutumière et trouve un allié de poids en la personne du compositeur Franco Micalizzi, dont le score funky colle si bien aux images. Mais dans ce type de cinoche badass et nerveux, la musique n’est pas là pour adoucir les mœurs. 4,5/6

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Tomas Milian en mauvaise posture : on trouve toujours plus cynique, infâme et violent que soi.