MISS SLOANE (John Madden, 2016)

150363.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxMiss Sloane. De John Madden. États-Unis/France. 2016. 2h12. Avec : Jessica Chastain, Mark Strong et Gugu Mbatha-Raw (et aussi Sam Waterston et John Lithgow). Genre : thriller. Sortie France : 08/03/2017. Maté à la téloche le dimanche 9 juillet 2017.

De quoi ça cause ? Elizabeth Sloane (Jessica Chastain) est une femme d’influence brillante et sans scrupules qui opère dans les coulisses de Washington. Face au plus grand défi de sa carrière, elle va redoubler de manigances et manipulations pour atteindre une victoire qui pourrait s’avérer éclatante. Mais les méthodes dont elle use pour parvenir à ses fins menacent à la fois sa carrière et ses proches. Miss Sloane pourrait bien avoir enfin trouvé un adversaire à sa taille. (source : Allociné.fr)

Mon avis Télé Z : Pendant plus de deux heures, Miss Sloane nous plonge en immersion dans les arcanes du lobbying à l’américaine. Un univers impitoyable dans lequel tous les moyens sont bons pour influencer sa proie et l’inciter à prendre les décisions qui vous conviennent. Les stratégies mises en œuvre sont aussi bluffantes que retorses, le scénario dévoilant avec une précision absolue les ressorts d’un monde où règne la manipulation et la duperie. Le film ne choisit pas la facilité en abordant le tabou du port d’armes à feu aux États-Unis. Entre les pros et les antis, une guerre éclate en coulisses. Les premiers défendent le droit de tirer sur son voisin, tandis que les seconds ne demandent qu’un contrôle plus rigoureux, en vertu d’un projet de loi bientôt soumis au vote. Chaque partie sert ses propres intérêts et n’hésite pas à instrumentaliser la souffrance des victimes de la libre circulation des flingues. En réalité, ces groupes de pression poussent les politiques à se dévoyer et leurs manigances engendrent bien souvent chantage et corruption (trafic d’influence, conflit d’intérêts…). Des procédés qui ruinent la démocratie de l’intérieur et récompensent surtout les plus pourris. Telle est la conclusion, amère et lucide, de Miss Sloane. Une œuvre à l’image de son héroïne : passionnante, complexe et sous perfusion de Red Bull. Madeline Elizabeth Sloane est ce qui s’appelle une tueuse. Une femme qui ne vit que pour le boulot et la gagne. Opiniâtre et coriace, elle est prête à tout pour arriver à ses fins, quitte à se compromettre dans l’illégalité, voire même à se brûler les ailes. Brillante, elle assure toujours ses arrières et anticipe à chaque fois les coups de ses ennemis (le twist final en constitue la magistrale preuve). Assurément la meilleure dans ce jeu d’échecs. Indépendante et peu portée sur les sentiments, Madeline Elizabeth Sloane souffre pourtant en silence. Ayant tout sacrifié pour devenir la reine du lobbying, elle se donne à 100% jusqu’à se rapprocher dangereusement du point de rupture. La solitude fissure le bloc de glace dans lequel elle se protège des relations humaines. Le script a la bonne idée de ne jamais tenter de moraliser le personnage ni de faire de la psychologie de bazar en dévoilant son passé. Au contraire, il laisse au spectateur la possibilité de s’interroger sur les réelles motivations de son anti-héroïne. A-t-elle agit par conviction ou par goût du challenge ? Le doute subsiste et nuance le caractère de la Miss Sloane dont les zones d’ombre ne peuvent la réduire à un concentré de cynisme. Et il fallait bien toute la flamboyance, la force et la finesse de Jessica Chastain pour incarner à un tel rôle. Celle qui a déjà été dirigée par John Madden dans L’affaire Rachel Singer (2011) se révèle ici plus prodigieuse que jamais. La comédienne dévore le Scope de son regard perçant, achève la bande-son de ses mots incisifs et nous laisse sur les rotules, le souffle coupé, complètement K.O. La Chastain s’investit totalement dans son art et domine l’image, gouverne les sens. Elle est impériale. Normal, c’est une impératrice. 5/6

21MISSSLOANE-master768
Derrière Jessica Chastain, le Capitole devient aussi flou que les rouages de la politique américaine…