À MORT L’ARBITRE ! (Jean-Pierre Mocky, 1984)

18455460_jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxÀ mort l’arbitre ! De Jean-Pierre Mocky. France. 1984. 1h22. Avec : Michel Serrault, Carole Laure (à oilpé et recouverte de chocolat dans Sweet movie) et Eddy Mitchell. Genre : comédie dramatique. Sortie France : 22/02/1984. Maté à la téloche le lundi 3 juillet 2017.

De quoi ça cause ? L’arbitre Maurice Bruno (Eddy Mitchell) siffle un penalty faisant perdre l’équipe locale. Consternation des supporters du cru. De chantages en traque effrénée, l’embrasement collectif, aveugle et meurtrier déferle sur la ville. (source : Allociné.fr)

Mon avis Télé Z : Avec À mort l’arbitre !, Jean-Pierre Mocky – le franc-tireur du cinéma français – s’en prend à la religion du ballon rond. Le seul dans l’Hexagone, avec le formidable Coup de tête de Jean-Jacques Annaud. En collant aux basques d’une bande de supporters irrécupérables, le réalisateur d’Un drôle de paroissien démontre comment la foule peut vite céder à ses plus bas instincts quand elle est manipulée par ses croyances. Qu’elles soient sportives ou spirituelles ne change rien à l’affaire : dans les deux cas, l’intolérance l’emporte bien souvent sur toute autre considération. Pour une broutille (une histoire d’arbitrage mal digérée), une chasse à l’homme s’enclenche à travers toute la ville. Et la situation dégénère au fur et à mesure que progresse le récit. La connerie provoque la haine, la haine la violence, la violence le meurtre. Dans À mort l’arbitre !, Mocky dénonce la beauferie des hooligans franchouillards, la bêtise crasse de « ces fanatiques fous furieux, abreuvés de haine et de bière, déifiant les crétins en bleu, insultant les salauds en vert » (extrait de la chanson Miss Maggie de Renaud). Le trait féroce du cinéaste n’épargne aucun de ces dégénérés, surtout pas Rico, le chef de la meute, le pousse-au-crime, l’instigateur du lynchage. Assurément le pire de tous. Dans la peau d’un salopard ne reculant devant aucune bassesse, Michel Serrault devient la vilenie incarnée. L’acteur se lâche, à peine canalisé par une direction d’acteur un peu en roue libre, pour ne pas dire approximative. L’une des conséquences du sentiment d’urgence qui se dégage du long-métrage. Peu importe que les détails ne soient pas toujours bien fignolés, l’énergie bouillonnante et la radicalité anar de cette satire au vitriol suffisent à convaincre. Libertaire dans l’âme, Jean-Pierre Mocky s’est d’ailleurs octroyé le rôle d’un flic (plutôt du genre nonchalant), ce qui ne manque pas d’ironie. À ses cotés, outre son complice Serrault et l’excellent couple Carole Laure/Eddy Mitchell, on croise une ribambelle de gueules comme les affectionne le J-P : Claude Brosset, Dominique Zardi, Antoine Mayor ou encore Jean-Claude Romer, acteur mais aussi co-rédacteur de la mythique revue Midi-Minuit Fantastique (entre autres). Ce casting mockyien s’affronte jusqu’au point de non-retour, s’écharpe dans des décors froids, déshumanisés, vides et déprimants. Tel ce centre commercial évoquant celui du Zombie de Romero ou ces immeubles au look de blockhaus. Noir c’est noir, à l’image de cette comédie grinçante et corrosive, parfois digne d’un survival urbain et nourrie par la tristesse du fait divers et la colère de son auteur. 4/6

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Michel Serrault, une ordure prête à tuer pour un péno…