CYBORG (Albert Pyun, 1989)

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Dévastée par l’anarchie sociale et la peste, l’Amérique du 21ème siècle est plongée dans un cauchemar barbare. Seul Pearl Prophet, une magnifique mi-humaine/mi-robot, a les connaissances nécessaires pour développer un vaccin. Mais Pearl est capturée par des pirates cannibales qui veulent garder l’antidote pour eux… et dominer la Terre ! Seuls les talents de combattant de Gibson Richenbaker peuvent la sauver. Et, avec elle, le reste de la civilisation. Source : madmovies.com

À la fin des glorieuses 80’s, la Cannon – célèbre machine à séries B qui débourrent – se retrouve sous perfusion. Néanmoins, le succès de Bloodsport (1988) permet au duo Golan/Globus de sortir un peu la tête de l’eau. Jean-Claude Van Damme a aussi de quoi se réjouir : sa carrière est lancée. La firme accompagne alors le Belge dans son rêve américain et lui propose ensuite le rôle principal de Cyborg (un job prévu au départ pour Chuck Norris). Un long-métrage bâtit sur les ruines de Masters of the Universe 2, projet avortée dont les décors et les costumes vont resservir pour l’occasion. Albert Pyun, le réalisateur rattaché à la suite des aventures de Musclor (et d’un Spider-Man qui ne se fera jamais), se console avec ce mal nommé Cyborg. Mal nommé parce que la chose n’a rien d’un Terminator ou d’un RoboCop, même si un androïde – ou plutôt une androïde – se promène bien dans les parages. Dans la peau synthétique de Pearl Prophet, Dayle Haddon se la joue sauveuse de l’humanité et ce malgré sa nature d’automate en acier (elle dévoile même les fils et les câbles qu’elle planque sous son crâne grâce à une animation bien désuète). Ne cherchez pas, l’histoire ne recèle pas d’autres robots de ce type. Pas de quoi provoquer le soulèvement des machines, donc… En revanche, le film ressemble bel et bien à un post-apo et s’inscrit plus particulièrement dans la droite lignée des deux premiers Mad Max, surtout le second. À l’instar de Mad Max 2 : le Défi, le futur atomique selon Pyun semble avoir fait régresser la civilisation jusqu’au Moyen Âge (la peste est ici à l’origine de la fin du monde et le méchant porte fièrement sa cotte de mailles). Dans un même ordre d’idées, impossible de ne pas penser au western, genre dans lequel règne bien souvent la loi du plus fort. Le passage le plus mémorable de Cyborg fait d’ailleurs référence à l’immense Il était une fois dans l’Ouest. Au détour d’un souvenir âpre et douloureux, le cinéaste hawaïen revisite à sa manière ce moment mythique où le jeune Harmonica ne peut empêcher la pendaison de son frère, le tout sous le regard cruel de Fonda. Toujours sous l’influence du classique de Leone, les bribes du traumatisme de Gibson Richenbaker (Van Damme) s’étalent en flashback tout au long du récit et atteignent leur acmé lors d’une explosion libératrice prenant la forme d’une crucifixion spectaculaire. La barbarie du passé donne au protagoniste la rage nécessaire pour péter avec son talon la croix en bois sur laquelle il est attaché. Digne de Ken le Survivant ! Pour le reste, si cette prod Cannon parvient à faire illusion avec ses modestes décors (une usine désaffectée, ça le fait toujours), ses débordements graphiques (frayant souvent de façon maladroite avec le hors-champ, dommage) et les jolis coups de tatane de JCVD (parfois au ralenti et toujours bien cadrés), l’ensemble s’avère tout de même un brin mollasson et vite expédié. Avec 500 000 dollars et 23 jours de tournages, Albert Pyun fait ce qu’il peut et torche même quelques belles images. Mais le spectateur ne peut que rester dubitatif devant l’inanité du sidekick féminin (Deborah Richter, assez transparente mais le scénario ne l’aide pas vraiment), le score cheapos de Kevin Bassinson (bontempi style) et le cabotinage du bad guy campé par un Vincent Point Break Klyn au physique néanmoins impressionnant (ses lentilles de couleur turquoise évoquent celles d’Ivan Rassimov dans Toutes les couleurs du vice). Lors du combat final avec l’ami Jean-Claude, ce dernier menace même de faire tomber le film dans le nanar avec ses hurlements de bœuf sous stéroïdes (au bout de quinze « Beuargh ! », ça commence par devenir embarrassant). Dans ces circonstances, difficile de totalement réhabiliter ce Cyborg, même avec une bonne dose de nostalgie cannonienne. Hier comme aujourd’hui, le post-nuke d’Albert Pyun demeure très sympatoche mais, faute de réelle conviction, n’atteint jamais l’aspect jouissif de certains de ses camarades (pour rester chez nos compères israéliens, on prend quand même davantage son pied en matant les jusqu’au-boutistes Death Wish 3, Invasion USA ou Cobra). Alors en pleine ascension vers la gloire, Van Damme n’est pas à blâmer et semble même croire à son personnage. Ce qui n’est pas toujours le cas quand on se penche sur la filmo du roi du grand écart…

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Cyborg. D’Albert Pyun. États-Unis. 1989. 1h26. Avec : Jean-Claude Van Damme, Deborah Richter et Vincent Klyn. Maté à la téloche le 23/06/18.