LES DIABLESSES (Antonio Margheriti, 1973)

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Des cadavres en piteux état ne cessent de faire leur apparition dans un petit village écossais. Le doute s’installe quant aux habitants du château de MacGrieff. Le lieu est apparemment hanté par un chat tueur. Corringa, nièce de la châtelaine Lady Mary, décide de mener sa propre enquête aux côtés de son étrange cousin, James. Source : dvdfr.com

Durant sa carrière, Antonio Margheriti s’est adapté à toutes les modes du cinoche populaire italien. Néanmoins, le genre dans lequel il se distingue le plus demeure l’épouvante gothique, comme le prouve l’un de ses chefs-d’œuvre : Danse Macabre (1964). Mis à part les autres opus margheritiens rentrant pleinement dans cette catégorie (dont les très bons La Vierge de Nuremberg et La Sorcière Sanglante), une fragrance goth se répand parfois là où on ne l’attend pas. Comme dans Et le vent apporta la violence (1970), étonnant western du signore à l’ambiance sépulcrale et quasi surnaturelle. Un mélange des genres, en somme, pratique iconoclaste très courante au temps des salles de quartier. Cette hybridation se retrouve également au centre de Les Diablesses, bande tenant à la fois du gothique et du giallo. Si – au début des 70’s – le premier ne rencontre plus vraiment les faveurs du public, le second vit au contraire son heure de gloire. Quoi qu’il en soit, aucun ingrédient provenant de ces deux influences ne manque ici à l’appel. L’occasion pour Margheriti de dresser un inventaire en forme de best of. À défaut d’être original, l’exercice ne se montre pas déplaisant, d’autant plus que le réalisateur de Pulsions Cannibales s’empare avec savoir-faire des codes qu’il connaît bien. Mais c’est encore dans son versant gothique que La Morte negli occhi del gatto (« La mort dans les yeux du chat ») se montre le plus convaincant. Car les fondus de Bava, Freda, Caiano et de la Hammer ont largement de quoi y trouver leur compte. Déjà, la direction artistique est aux p’tits oignons, aucun élément du tableau n’est laissé au hasard. Ce soin dans l’élaboration des décors installe d’emblée une atmosphère funeste. Jugez plutôt : l’incontournable château domine les ténèbres, le passage secret ne mène pas aux toilettes mais aux catacombes, le cimetière dort dans la nuit brumeuse, le caveau de la terreur ouvre et ferme sa porte plus d’une fois… Un panorama à filer la chair de poule que le père Margheriti sait mettre en valeur, notamment grâce à des cadrages et des mouvements de caméra qui font basculer la réalité dans l’angoisse (contre-plongées soudaines, travellings heurtés, zooms brusques). Quand la folie atteint son paroxysme, les éclairages se font même plus baroques et agressifs (savante utilisation d’une lampe en verre multicolore dans l’intro et le climax du film). Tout ça sous les yeux d’un matou de mauvais augure. La référence au Chat noir de Poe est évidente. La présence d’un gorille gardé en captivité renvoie elle aussi à une autre nouvelle de l’écrivain, Double assassinat dans la rue Morgue. D’ailleurs, pas besoin d’être primatologue pour remarquer le figurant se cachant sous son costume en poils de yack. Une incongruité qui frise le nanar involontaire (Ed Wood style) et que ne vient pas sauver une attaque de chauves-souris amorphes dans les souterrains du castel. Les rats de la crypte s’en sortent beaucoup mieux puisqu’ils offrent à La Morte negli occhi del gatto son image la plus gore : un gros plan sur la face d’un cadavre rongée par les petites bébêtes (Fulci style). La part giallesque du film accentue encore un peu plus sa dimension horrifique. Les meurtres au rasoir ne lésinent pas sur le sang et sont shootés dans la grande tradition du genre (cf. la vision subjective d’un tueur bien évidemment ganté). Le twist final fonctionne plutôt bien, l’identité de l’assassin ne se devinant pas aussi facilement que ça (sauf pour celles et ceux qui lisent Agatha Christie et se méfient toujours de l’individu le plus insoupçonnable). Pour le reste, le scénario demeure le point faible de Les Diablesses. Plutôt brouillonne, l’écriture surcharge inutilement ses personnages avec mille et un secrets n’apportant finalement pas grand-chose à la trame principale. Certaines sous-intrigues ne semblent aller nulle part et ne servent qu’à ralentir le rythme. Heureusement, le casting a de quoi nous consoler. Surtout l’adorable Jane Birkin dont la prestation nous fait regretter qu’elle n’ait pas fait plus de péloches fantastiques. Notre Melody Nelson fait aussi preuve d’une grande sensualité, notamment lorsqu’elle se met en petite tenue sous le regard gourmand de Doris Kunstmann (l’étreinte saphique n’aura pas lieu, dommage…). Des gueules – celles d’Anton Diffring, Venantino Venantini, Luciano Pigozzi et même de Gainsbarre – complètent le reste de la distribution. Un label de qualité pour un Margheriti très correct, au script laborieux certes, mais emballé avec goût et fréquenté par du beau monde.

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La Morte negli occhi del gatto. D’Antonio Margheriti. Italie/France/Allemagne. 1973. 1h30. Avec : Jane Birkin, Françoise Christophe et Venantino Venantini. Maté en dvd le 21/05/18.

SEPT MORTS SUR ORDONNANCE (Jacques Rouffio, 1975)

18463816Sept morts sur ordonnance. De Jacques Rouffio (à voir aussi : Le sucre, La passante du Sans-Souci). France/Allemagne/Espagne. 1975. 1h44. Avec : Michel Piccoli, Gérard Depardieu et Jane Birkin. Genre : thriller. Sortie France : 03/12/1975. Maté à la téloche le dimanche 28 mai 2017.

De quoi ça cause ? Après avoir exercé un temps au Maroc, le docteur Pierre Losseray (Michel Piccoli) a rejoint l’hôpital public d’une petite ville de province, où ses talents de chirurgien ont fait sa réputation. Inquiet de la baisse régulière du nombre d’opérations dans la clinique qu’il dirige d’une main de fer, le vieux professeur Brézé (Charles Vanel), entouré par ses trois fils et son gendre, voudrait le convaincre de rejoindre son établissement. Mais comme l’avait fait quinze ans auparavant l’un de ses confrères, le docteur Berg (Gérard Depardieu), Losseray résiste aux pressions du puissant mandarin. Quand, remis d’un infarctus, Losseray reprend le chemin du bloc, des doutes sur son état de santé fournissent une arme redoutable au clan Brézé… (source : Arte.tv/fr)

Mon avis Télé Z : Plus de quarante ans après sa sortie, Sept morts sur ordonnance interpelle toujours autant. S’inspirant d’un fait divers survenu à Reims dans les années 60 (le suicide de deux chirurgiens à quinze ans d’intervalle), le scénario de Georges Conchon traite d’un double cas de harcèlement moral, infligé à deux praticiens faisant de l’ombre à un notable influent. Construit comme un thriller, la structure du film met en parallèle le destin de deux hommes inconnus l’un pour l’autre, mais dont le destin tragique est amené à se répéter. Les flashbacks s’intègrent au récit de façon naturelle et abrupte, une approche très « film noir » qui décuple le suspense de l’intrigue. À ce titre, la première de ces séquences rétrospectives – d’une violence inouïe – provoque un véritable choc sur le spectateur qui s’habitue progressivement à ce chamboulement narratif (les évènements du passé ne sont pas toujours chronologiques). Dès lors, le film de Jacques Rouffio déroule sa mécanique implacable et explose lors d’une conclusion sans appel et d’une grande amertume. Le milieu hospitalier (et d’une manière générale, professionnelle) peut être cruel, surtout quand celui-ci est dirigé par un clan, une mafia dont le pouvoir abusif et les manipulations insidieuses brisent non seulement les individus mais aussi leur famille. Souffrance au travail, autoritarisme de la hiérarchie, corruption des élites : des sujets plus que jamais d’actualité, les marques d’une société vérolée de l’intérieur. Entre de mauvaises mains, la Santé tue. Et pas seulement les patients. Car Sept morts sur ordonnance fixe, sans dévier du regard, l’horrible vérité qui se cache derrière toute réalité : tandis que les braves meurent en silence, les salauds dorment en paix. La férocité et la lucidité d’un Costa-Gavras ne sont pas loin, et à l’instar du réalisateur de Section spéciale, Rouffio en profite pour convoquer les pires heures de l’histoire française (un dialogue fait référence au passé de collabo du père Brézé). Comme pour montrer que, même après la guerre, celle-ci se prolonge toujours sous une forme différente… Juste et puissante, l’interprétation fait honneur à cette œuvre frontale et engagée. Piccoli et Depardieu campe avec brio des chirurgiens dont la combativité s’étiole face la pression exercée sur eux. En face, Charles Vanel joue les patriarches obséquieux et réellement vénéneux, une vieille ordure intouchable n’hésitant pas à broyer les autres pour son propre intérêt. Et n’oublions pas la grande Jane Birkin dont l’adorable frimousse a rarement été aussi malmenée à l’écran. 5/6

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Quand la peur recouvre d’ombres les yeux de sweet Jane.