A GHOST STORY (David Lowery, 2017)

lead_960

Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux ineffables questionnements de l’existence et à son incommensurabilité. Source : allocine.fr

Une ghost story pas comme les autres, hantée par un fantôme pas comme les autres. Dans son genre, le film de David Lowery ne ressemble à rien de connu (vous voyez Casper et Wendy ? Et bien ça n’a rien à voir). Si le jeune cinéaste donne à son spectre un look ultra familier et économique (un drap blanc et deux trous noirs), il lui fait vivre une expérience à nulle autre pareille. L’au-delà selon A ghost story répond à ses propres codes, invente son propre langage (voir à ce propos, la façon dont les esprits communiquent entre eux). Mais là où les choses deviennent fascinantes, c’est lorsque l’espace et le temps envoient bouler nos repères. Partant d’un postulat aussi intime qu’universel (un couple, une baraque, un deuil), les événements prennent progressivement une tournure existentielle et cosmogonique. Le récit s’aventure alors plus loin que prévu et part délicatement rejoindre l’infini, bousculant ainsi nos attentes. L’audace est payante puisque le spectateur est embarqué dans un voyage temporel procurant un vertige sensitif absolument étourdissant. Vu à travers le regard d’un fantôme coincé entre deux univers, A ghost story parvient à faire d’un figurant dissimulé sous une longue étoffe, un personnage à part entière. Mieux encore, les émotions affleurent à travers le tissu, sa peine et sa colère deviennent évidentes, son errance résonne dans un vide inconsolable. Dans ce cas de hantise observé de l’intérieur, les vivants et les morts cohabitent ensemble tant bien que mal, tous séparés par un mur invisible, tous condamnés à se perdre dans l’oubli et à être zappés par la mémoire du monde. Le présent comme seul cadeau, la poussière comme seul héritage… Les partis pris formels de Lowery participent grandement au caractère rare et précieux de l’ensemble. L’utilisation d’un format inhabituel (le 1.33 : son image carré, ses bords arrondis) apporte un soupçon de poésie et d’étrangeté à cette histoire fantastique dans tous les sens du terme. Les plans, souvent fixes et contemplatifs, respirent à leur propre rythme et s’épanouissent dans une grammaire cinématographique étrangère aux modes actuelles. La caméra semble saisir ce qu’il y a de définitif, de crucial dans le silence et l’obscurité, débusque la gravité et la beauté se cachant derrière le quotidien le plus banal. Chaque plan est un tableau savamment composé dans lequel une silhouette spectrale à la fois inquiétante et attachante déambule dans une nuit éternelle. Le montage reste fluide, jouant habilement avec les ellipses au fur et à mesure que le temps passe, repasse, avale les âmes et les souvenirs. Ainsi, une simple révélation vient changer la donne lors du final et éclaire le premier acte sous un jour nouveau et résolument tragique… Voilà pourquoi A ghost story n’est pas l’exercice de style froid et prétentieux que l’on aurait pu craindre. C’est un chef-d’œuvre remuant aussi bien la caboche que la poitrine, une histoire de fantôme mais aussi d’amour, une réflexion sur ce qui nous lie et ce que nous laissons – ou pas – après notre disparition. Son romantisme déchirant l’est encore davantage lorsque Rooney Mara dévore soudainement une tarte non pas par faim mais par désespoir, ou quand elle écoute le testament musical de Casey Affleck, son amant du Texas (le soundtrack composé par Daniel Hart est par ailleurs magnifique). Comme dans Her ou Carol, les yeux mélancoliques de Rooney remplissent les ombres creuses d’une lumière de clair de lune.

02

A ghost story. De David Lowery. États-Unis. 2017. 1h32. Avec : Rooney Mara, Casey Affleck et Liz Franke. Maté en salle le 24/12/17.

MAMÁ (Andrés Muschietti, 2013)

MamaMamá. D’Andrés Muschietti. Espagne/Canada. 2013. 1h40. Avec : Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau (dit le Régicide) et Megan Charpentier. Genre : fantastique/épouvante. Sortie dvd/blu-ray : 01/10/2013 (Universal Pictures). Maté en blu-ray le samedi 6 mai 2017.

De quoi ça cause ? Il y a cinq ans, deux soeurs, Victoria et Lily, ont mystérieusement disparu, le jour où leurs parents ont été tués. Depuis, leur oncle Lucas (Nikolaj Coster-Waldau) et sa petite amie Annabel (Jessica Chastain) les recherchent désespérément. Tandis que les petites filles sont retrouvées dans une cabane délabrée et partent habiter chez Lucas, Annabel tente de leur réapprendre à mener une vie normale. Mais elle est de plus en plus convaincue que les deux soeurs sont suivies par une présence maléfique… (source : Dvdfr.com)

Mon avis Télé Z : Tout film avec Jessica Chastain se doit d’être vu et Mamá n’échappe pas à la règle. Deux ans avant Crimson Peak, la flamboyante rouquine se frotte à l’épouvante avec succès. Pour l’occasion, elle adopte un look punk rock qui lui sied à merveille et défend son personnage avec toute la subtilité et la grâce qu’on lui connaît. Jessica joue Annabel, une bassiste ayant peu d’affinités avec les gosses – et ne désirant pas en avoir – mais que les évènements vont pousser à protéger deux gamines perturbées par l’omniprésence d’une mère ectoplasmique. Le film oppose deux visions de la maternité. Une qui se mérite et évolue au fil de sentiments réciproques; et une autre qui s’impose de façon autoritaire, quitte à tuer pour cela. Dans un cas comme dans l’autre, devenir mère est un sacrifice, comme le montre une conclusion déchirante en forme de faux happy end. En cours de route, le premier rôle masculin (Nikolaj Coster-Waldau, très impliqué) s’efface d’ailleurs pour laisser la place au duel Annabel/Mamá. Un face-à-face entre deux trajectoires féminines différentes; l’une tournée vers la lumière et la vie, l’autre vers la folie et la mort… Tragédie maternelle et familiale, Mamá s’articule autour d’un socle émotionnel fort et s’inscrit dans la continuité des bandes fantastiques espagnoles des années 2000 (L’orphelinat en tête). Le script en reprend scrupuleusement la mécanique, sans éviter les passages obligés du genre (l’enquête du psy nous dévoilant les origines du spectre vindicatif). Si son intrigue ne sort pas vraiment des sentiers battus (ce qui ne veut pas dire qu’elle ne fonctionne pas), le premier long d’Andrés Muschietti (qui développe ici l’un de ses propres courts) se rattrape aisément sur le plan visuel. Jouant sur le plan fixe, le hors-vue et le hors-champ, le jeune cinéaste se sert de toutes les ressources de la mise en scène pour faire naître le frisson. Le cinéaste argentin fait preuve d’une belle imagination lorsqu’il s’agit de suggérer la présence de Mamá dans le cadre, et sait aussi tirer parti de l’obscurité pour optimiser ses effets. Même les CGI ne ruinent jamais les apparitions – souvent spectaculaire – de l’esprit vénère. Rien d’étonnant quand on a un producteur aussi attentif que Guillermo del Toro. 4,5/6

mama-movie-jessica-chastain-hair-tattoo
Quelque chose se cache dans la maison de Jessica Chastain, quelque chose de tordu et de possessif qui n’apprécie guère que l’on s’occupe des gamines à sa place…