SHAUN OF THE DEAD (Edgar Wright, 2004)

Shaun-of-the-Dead-PosterShaun of the dead. De Edgar Wright. Royaume-Uni/France. 2004. 1h33. Avec : Simon Pegg, Nick Frost (le couple se reformera sous la direction de Wright pour les besoins de Hot fuzz et The world’s end) et Kate Ashfield. Genre : comédie/horreur. Sortie France : 27/07/2005. Maté à la téloche le dimanche 6 août 2017.

De quoi ça cause ? À 30 ans, Shaun (Simon Pegg) passe tout son temps au pub, en compagnie de son colocataire Ed (Nick Frost), préférant les jeux vidéo et la bière aux dîners avec Liz (Kate Ashfield), sa petite amie. Aveugle à la décrépitude de son couple, il ne se rend pas compte non plus du comportement étrange des habitants de Londres, et ne remarque pas plus les sirènes de police que le ton alarmiste des journaux télévisés. Quitté par sa copine, Shaun retourne au pub et se soûle avec Ed, avant de se jurer de reprendre sa vie en main et de reconquérir Liz. Mais au réveil, c’est l’apocalypse : un virus a infecté les Londoniens, les transformant en zombies. Shaun a un plan. Récupérer sa mère et Liz, et filer droit au pub, pour attendre les secours. (source : Arte.tv/fr)

Mon avis Télé Z : Le 16 juillet 2017, l’immense George A. Romero meurt en laissant derrière lui ses inoubliables créations. Tout au long d’une œuvre aussi intelligente que passionnante, ce « master of horror » a su mêler le fantastique le plus viscéral à une certaine densité psychologique et à une authentique dimension sociale. Si sa filmo n’est pas exclusivement dédiée au gore, le bonhomme a tout de même été l’un des instigateurs de l’horreur moderne et, plus particulièrement, l’inventeur du zombie flick tel qu’on le conçoit aujourd’hui. Edgar Wright s’en souvient lorsqu’il entreprend Shaun of the dead. Son film est avant tout un très bel hommage à Romero. D’ailleurs, les clins d’œil ne manquent pas. De la réplique « Nous venons vous chercher, Barbara ! » – référence au cultissime La nuit des morts-vivants (1968) – à l’utilisation de la musique composée par Goblin pour le dantesque Zombie (1978), le regretté réalisateur irrigue totalement le long-métrage de son cadet. Normal : sans Big George, pas de jeu vidéo comme Resident evil, de série télé à la The walking dead ou de péloche telle que ce Shaun of the dead. Toutefois, aussi respectueux envers cet héritage soit-il, ce dernier marque sa différence et ne constitue en rien un énième retour des morts-vivants. À son tour, le jeune Wright provoque l’avènement d’un autre genre, ou plutôt sous-genre : la zombedy. Soit la comédie avec des zombies. Non pas que rire et effroi ne se soient jamais mélangés, ni même que les macchabées se mettent à faire marrer pour la première fois (n’oublions pas Flic ou zombie ou Braindead) mais depuis le coup d’éclat qui nous intéresse, de nombreux rejetons ont vu le jour (du frais : Bienvenue à Zombieland, du moins frais : Warm bodies). Autre point important : Edgar Wright laisse de côté les facilités parodiques chères à la saga faisandée Scary movie. Le Britannique n’en a nullement besoin, tant son acuité comique s’exprime à travers de brillantes idées visuelles. Le rire s’infiltre alors dans la mise en scène elle-même et se joue des habitudes de ses personnages (le générique d’ouverture en est un manifeste à lui tout seul). Bien entendu, la bonne humeur générale doit énormément à l’irrésistible duo Simon Pegg/Nick Frost. Ces losers patentés ont beau être souvent (pour ne pas dire tout le temps) à côté de la plaque et davantage concernés par des enjeux triviaux (comme s’envoyer une binouze au pub du coin), ils n’en demeurent pas moins attachants. Surtout Shaun qui ne peut se résoudre à laisser tomber son meilleur pote (quand bien même celui-ci est un sacré boulet) et doit, en plus de survivre à une invasion de revenants, régler ses problèmes avec sa famille, sa petite amie et lui-même. Un programme chargé pour un héros qui s’ignore, certes maladroit et parfois flemmard, mais surtout doté d’un cœur gros comme ça. Rien d’étonnant, dès lors, que la gorge du spectateur se serre lorsque certains protagonistes se séparent dans les larmes et le sang. On a tous en nous quelque chose de Shaun, voilà la force du film d’Edgar Wright. D’autant plus que ce dernier a non seulement livré une comédie et un drame exemplaires, mais a aussi offert au 7ème art zombiesque une pépite supplémentaire. Un exploit tant l’auteur du récent Baby driver prend le temps de faire monter la tension, de distordre la réalité, de rendre l’inimaginable tangible, et ce tout en nous présentant ses personnages (voir la manière dont le virus se propage au second plan, alors que le pauvre Shaun doit faire face à ses préoccupations quotidiennes). Mieux encore, le gore s’invite à la fiesta et s’illustre lors de scènes chocs dignes du célèbre maquilleur Tom Savini (Zombie ou Land of the dead, c’est lui). Il ne manque donc rien à Shaun of the dead pour s’imposer comme un classique instantané. Le panard intégral pris à chaque visionnage en est la preuve irréfutable. 6/6

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L’un des meilleurs gags de Shaun of the dead qui s’est retrouvé, à peu de chose près, dans la série The walking dead. Pour un effet beaucoup moins fun, cela va sans dire.