THE LAST GIRL – CELLE QUI A TOUS LES DONS (Colm McCarthy, 2016)

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Un petit groupe d’enfants, immunisés contre un terrible virus qui risque de décimer l’humanité, est détenu dans un camp militaire. Bien qu’ils se nourrissent eux aussi de viande humaine, les enfants sont encore capables d’éprouver des sentiments. Ils sont donc essentiels à la recherche menée par le docteur Caldwell, biologiste, pour trouver un vaccin capable de sauver l’espèce humaine. Parmi les enfants, une petite fille, Melanie, sort du lot : dotée d’un esprit brillant, elle est très liée à la maîtresse, Miss Justineau. Quand le camp est attaqué par les zombies, le petit groupe entame une terrible odyssée dans une Grande-Bretagne en ruine. Melanie, l’ancienne prisonnière, devient un précieux guide… Source : madmovies.com

Le point de départ de The Last Girl – Celle qui a tous les dons évoque Le Jour des morts-vivants de George A. Romero. Dans une base sécurisée, militaires, scientifiques et enseignantes cohabitent en huis clos pour trouver un remède au mal qui a dévasté le monde extérieur. Les opinions ne tardent guère à diverger, les esprits à s’échauffer. Placés sous haute tension, les survivants sont en train de perdre le contrôle. La situation ne peut que dégénérer et la mort s’infiltrer à l’intérieur. En lieu et place du Bub de Day of the Dead, zombie (presque) domestiqué laissant transparaître quelques bribes d’humanité, c’est une gamine qui brouille ici la frontière entre le mort et le vivant. Parmi les mioches servant de cobayes, Melanie se distingue par son intelligence, sa politesse, sa gentillesse. Si elle nous apparaît immédiatement comme attachante, rien – à première vue – ne vient trahir la part monstrueuse faisant partie de son ADN. La dualité de ce personnage étonnant, qui réprime son appétit vorace pour conserver l’amitié de sa prof favorite, annonce un nouveau genre d’infecté dont l’apparence ne reflète en rien la nature. La jeune Sennia Nanua retranscrit comme une grande toute l’ambivalence d’une enfant généreuse avec les autres, curieuse de son environnement mais contrainte de tuer pour se nourrir. Seulement âgée de douze ans lors du tournage, la comédienne passe avec aisance de la gosse adorable à la bête sauvage. Une révélation qui a dû impressionner ses partenaires, notamment la toujours fabuleuse Gemma Arterton (elle est aussi à se damner dans le Byzantium de Neil Jordan). La compassion de sa Miss Justineau représente certainement ce que la société a perdu de plus précieux dans cette apocalypse. Le désordre trouble tous les repères moraux et même si les protagonistes poursuivent un but identique (retrouver leur vie d’avant), ils ne partagent pas la même conception des choses. Pour éradiquer le virus zombiesque, le docteur Caldwell (Glenn Close, impeccable, ce qui ne nous surprend pas) fouillerait bien dans les entrailles de Melanie. Un sacrifice auquel s’oppose Justineau, maîtresse ne pouvant se résoudre à voir son élève uniquement comme une cannibale féroce. Quant au sergent Parks (Paddy Considine, un acteur assez rare dans le domaine horrifique, ce qui est bien dommage), il se contente de mener à bien sa mission et de masquer ses émotions. Le caractère de chacun est joliment dépeint par le script de M.R. Carey, auteur également du roman à l’origine du film. Et ce n’est pas la seule qualité de The Last Girl, puisqu’il en profite aussi pour investir le zombie/infected movie avec une bonne dose d’inventivité. Les origines de l’épidémie reposent sur des bases scientifiques crédibles en faisant d’un champignon parasite le déclencheur d’un fléau à nul autre pareil (ce qui nous vaut quelques visions dantesques de cadavres ayant littéralement germés). À ce cataclysme fongique franchement original s’ajoute une manière inédite de faire évoluer les revenants. Ainsi, ces derniers sont capables de se mettre en position de veille en cas d’inactivité, ce qui permet de se faufiler entre eux à condition de rester très discret (pas besoin de les imiter pour passer inaperçu comme dans Shaun of the Dead ou de se badigeonner de sang à la manière de The Walking Dead). Les décors ont eux aussi été abordés avec un maximum de soin et d’authenticité. Les prises de vue effectuées à Tchernobyl (mais aussi dans le centre de l’Angleterre) offrent un cadre plus que réaliste à la fin du monde se déroulant sous nos yeux. Ces images d’une ville fantôme dans laquelle la nature a repris ses droits sont absolument saisissantes. Dans les rues sinistres d’une civilisation en ruine, la panique peut à tout moment briser le silence des morts-vivants. Pour cela et pour tout le reste, The Last Girl renouvelle la claque de 28 jours plus tard. Si Colm McCarthy retrouve l’énergie et l’inspiration du chef-d’œuvre de Danny Boyle, celui-ci n’aurait peut-être pas osé la fin ironique et cruelle de The Girl with all the gifts. 28 mois plus tard se fait désirer ? Pas grave, on a trouvé de quoi patienter.

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The Girl with all the gifts. De Colm McCarthy. Royaume-Uni/États-Unis. 2016. 1h46. Avec : Gemma Arterton, Sennia Nanua et Glenn Close. Maté en dvd le 01/05/18.