LA SIRÈNE DU MISSISSIPI (François Truffaut, 1969)

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Louis Mahé, riche planteur réunionnais et fabricant de cigarettes, a épousé Julie, rencontrée par petite annonce et arrivée par le paquebot Mississipi. Mais il s’aperçoit bientôt que ce n’est pas sa ravissante épouse qui écrivait les lettres qui l’ont séduit. Alors qu’il s’apprête à l’interroger, Julie disparaît, non sans l’avoir au préalable dévalisé. Il engage un détective privé tout en menant sa propre enquête. Julie, en France, est devenue Marion, une artiste de cabaret… Source : arte.tv/fr

Charles Baudelaire aurait pu rencontrer cette sirène. Dans son poème, Hymne à la beauté, il s’interroge : « Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme ». Puis continue : « Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin, Verse confusément le bienfait et le crime, Et l’on peut pour cela te comparer au vin ». Plus loin, une autre question : « Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ? ». Allez, un dernier vers pour la route : « Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ». L’ondine Catherine Deneuve, spectre blond à l’éclat presque irréel, semble – au début du film – davantage sortir des songes de Jean-Paul Belmondo que du navire le « Mississipi ». Le bonhomme accepte d’emblée les mensonges que lui révèle son interlocutrice (initialement, ce n’est pas elle qu’il attendait mais une autre) et refoule la vérité, quitte à se noyer dans les eaux saumâtres d’un amour destructeur. Piquer une tête avec une naïade, ça ne se refuse pas. Et peu importe si on ne remonte jamais à la surface. Même si elle vous consume, mieux vaut étreindre la passion que de subir une vie de couple rongée par la routine. Le déni de la réalité montre à quel point Belmondo est sous l’emprise de Deneuve. Normal, n’importe quel gars tuerait pour elle. La progression du personnage de Louis Mahé montre aussi sa déchéance. Le notable trompé et animé par la vengeance, cède très vite sa place à une épave prête à crever pour rester auprès de sa belle. Rarement une drogue n’aura rendu autant addict. Entre deux parenthèses (faussement) enchantées, la relation des deux protagonistes gagne en toxicité et ressemble plus à une cavale qu’à un voyage de noces. La Sirène du Mississipi prend alors des allures de road movie, de fuite en avant ne menant nulle part si ce n’est droit dans le mur. Chaque décor se fait le témoin de la déliquescence de cette love story ballottée entre l’adoration et la détestation. De la chaleur exotique réunionnaise à l’hiver glacial des forêts alpines, le couple dégringole jusqu’à cette fin ouverte qui n’augure en rien d’un avenir radieux. Seulement, le plus important n’est pas ici la chute mais le regard amoureux qui éternise le présent. La mort n’est rien face à l’amour absolu, total, sans limites. Le film joue aussi brillamment sur l’ambiguïté de Marion. L’arnaqueuse semble constamment interpréter un rôle, comme si elle n’attendait que le bon moment pour semer son amant un peu trop collant. Pourtant, elle se laisse peu à peu gagner par la dévotion de son mec avec qui elle partage un passé tragique et un goût certain pour l’abandon, la violence, le chaos. Si certains aspects appartiennent clairement au thriller (machination, escroquerie, meurtre, enquête), François Truffaut prend ses distances avec les ressorts du genre pour mieux suivre de près les tourments de son duo vedette. Le romantisme noir – sa mélancolie, sa folie, son attirance pour la mort – reste ce qui intéresse le plus le réalisateur de L’Histoire d’Adèle H. La puissance des sentiments de Louis, ainsi que sa fascination pour la beauté de Marion, tendent à sublimer cette liaison dangereuse où l’amour n’est que douleur (« Tu es si belle. Quand je te regarde, c’est une souffrance »). Voûtes célestes du cinoche français de la grande époque, Deneuve et Bebel rivalisent de charme et donnent dans l’effervescence contrôlée. La première pose quelques notes de soleil sur une partition en forme de requiem et s’enrobe de ce mystère enivrant qui a fait sa renommée. Plus qu’une femme fatale, une femme complexe attirée par les ombres. Le second prouve qu’il peut sans peine transcender un emploi pas forcément taillé pour lui. Un acteur immense. Quant à Truffaut, il adapte un bouquin de William Irish pour la deuxième fois après La Mariée était en noir (1968). Sa mise en scène élégante s’autorise parfois quelques expérimentations discrètes mais inspirées (il n’a pas été l’une des figures majeures de la Nouvelle Vague pour rien). Son film, dédié à Jean Renoir, respire l’amour du septième art. En revanche, celui qui relie les êtres humains est loin d’être aussi idyllique.

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La Sirène du Mississipi. De François Truffaut. France/Italie. 1969. 2h03. Avec : Catherine Deneuve, Jean-Paul Belmondo et Michel Bouquet. Maté à la téloche le 29/04/18.

L’AFRICAIN (Philippe De Broca, 1983)

l-africainL’Africain. De Philippe De Broca. France. 1983. 1h41. Avec : Catherine Deneuve, Philippe Noiret et Jean-François Balmer (et Jacques François dans le rôle d’un anglais). Genre : comédie/aventure. Sortie France : 02/03/1983. Maté à la téloche le mardi 30 mai 2017.

De quoi ça cause ? Charlotte (Catherine Deneuve) doit établir un nouveau club de vacances en Afrique Centrale. Elle y retrouve son ex-mari Victor (Philippe Noiret), bien décidé à l’empêcher de réaliser son projet. S’ensuit une course poursuite au cœur du pays pygmée, parmi les éléphants et les braconniers d’ivoire. (source : Philippedebroca.com)

Mon avis Télé Z : Aventure, romance, grands espaces : tout est là pour faire de L’Africain un bon De Broca. Rappelons au passage que le bonhomme n’est rien de moins que l’un des meilleurs artisans du cinéma populaire français. Le terme « artisan » n’a rien de péjoratif, bien au contraire, le réalisateur du mémorable Le magnifique sachant raconter une histoire et emballer le tout sans chichis et avec une bonne dose de générosité. À travers le couple Charlotte/Victor se sont deux visions du monde qui s’opposent. La première, capitaliste, souhaite tirer profit de l’exotisme du continent noir. La seconde, humaniste, se fait le protecteur de la nature et des animaux. Finalement, au fil des péripéties, les divergences vont s’annuler, le projet de Charlotte – animé de bonnes intentions mais quelque peu naïf compte tenu de la réalité – étant surtout l’occasion pour elle de prendre sa revanche sur la vie. De goûter elle aussi à l’aventure, expérience stimulante qui ne devrait pas être réservée seulement aux hommes. Le rêve a néanmoins son prix, un prix sentimental comme le suggère un final étonnamment doux-amer. En revanche, le point de vue des braconniers et autres chasseurs d’ivoires s’avère bien entendu irréconciliable avec les deux autres. Le scénario en profite pour dénoncer ces pratiques dégueulasses qui assassinent toute la faune africaine. La dimension écologique du film de Philippe De Broca est plus que jamais d’actualité et lui permet de ne pas trop mal vieillir (la réplique de Noiret défendant les éléphants est juste magnifique). Si le thème à la Out of Africa de Georges Delerue et les paysages kényans et zaïrois sont des atouts non négligeables, l’énorme capital sympathie du long-métrage provient énormément de son duo de stars. Deneuve rayonne et apporte beaucoup de charme et de caractère à son personnage, Noiret fait preuve d’une réelle bonhommie qui le rend immédiatement attachant. La présence de la blonde fantasmatique rapproche inévitablement L’Africain des tribulations du Sauvage (1975), même si l’énergie du second fait un poil défaut au premier. Quoi qu’il en soit, cette comédie d’aventure tient encore bien la route. Et annonce, en quelque sorte, l’hollywoodien À la poursuite du diamant vert de Robert Zemeckis (1984). 4/6

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Catherine Deneuve, perdue dans la pampa mais toujours prête à surmonter les difficultés.

LE SAUVAGE (Jean-Paul Rappeneau, 1975)

19798540Le sauvage. De Jean-Paul Rappeneau. France/Italie. 1975. 1h43. Avec : Catherine Deneuve, Yves Montand et Dana Wynter (premier rôle féminin de L’invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel). Genre : comédie/aventure. Sortie France : 23/11/1975. Maté à la téloche le lundi 17 avril 2017.

De quoi ça cause ? Las de la vanité parisienne, Martin (Yves Montand), créateur de parfums, s’est exilé sur une île d’Amérique latine. Un jour qu’il est de passage à Caracas, sa nuit est troublée par l’irruption de Nelly (Catherine Deneuve), volcanique jeune femme fuyant son fiancée. Elle propose à Martin de lui vendre un Toulouse-Lautrec, emprunté à son patron, en guise de salaire s’il l’aide à rentrer en France. Celui-ci accepte. Soulagé, il regagne son île où il a la surprise de retrouver Nelly. (source : Allociné.fr)

Mon avis Télé Z : À la fois comédie vaudevillesque et film d’aventure exotique, Le sauvage est tout d’abord la rencontre de deux stars au sommet. D’une beauté irradiante, Catherine Deneuve se montre très à l’aise dans un registre léger et prouve qu’elle ne peut être réduite à cette présumée froideur qui lui colle à la peau. Impulsive et imprévisible mais aussi libre et indomptable, la comédienne défend avec une énergie communicative un personnage semant un joyeux bordel sur son passage. Les hommes lui courent après sans jamais la rattraper, et pour cause : elle se déplace tel un tourbillon et achève les mâles rien qu’avec son dos dénudé. Car depuis Belle de jour, nous savons que le dos de Catherine Deneuve est le dos le plus érotique du cinéma. Face à ce pur fantasme sur pellicule, Yves Montand joue les baroudeurs au passé mystérieux, avec dans les yeux un brin de pétillance et une touche de tendresse. Une sacrée prestance, comme d’hab. Entre engueulade homérique et réconciliation soudaine, entre coup fourré et attirance mutuelle, le duo fonctionne à merveille. Il nous offre, lors d’un deuxième acte insulaire, un numéro mémorable qui, en contrepartie, ralentit légèrement le rythme effréné d’une première demi-heure démarrant sur les chapeaux de roues. Rien de bien méchant cependant, Le sauvage ayant plus d’une corde à son arc, comme la rigueur d’un Jean-Paul Rappeneau n’hésitant pas à multiplier les lieux de tournage pour servir son histoire (le Venezuela, les Bahamas, les îles Vierges, New York, Saint-Laurent-des-Bois, dans l’Eure). Il n’en faut pas plus pour faire de cette bien plaisante péloche un bel exemple de ce cinoche populaire made in France, très en forme au milieu des 70’s. 4/6

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Catherine Deneuve, la magnifique sauvageonne du film de Rappeneau.