ULTIME VIOLENCE + NINJA lll : the way of the Cannon part 2

« SEUL UN NINJA PEUT VAINCRE UN NINJA ! »

Fini de rigoler ! Après un Implacable Ninja (1981) sympathique mais franchement perfectible (et, quoi qu’il en soit, très rentable pour les Go-Go Boys), l’art du ninjutsu peut enfin exploser à l’écran avec Ultime Violence (aka Revenge of the Ninja, 1983). Une suite qui fait opérer à la trilogie Ninja de Cannon Group un bond qualitatif des plus substantiels. Première bonne idée : remplacer un Franco Nero peu crédible en émule de Chuck Norris par un Shô Kosugi promu tête d’affiche et sachant réellement lever la jambe. Deuxième bonne idée : reléguer Menahem Golan au seul poste de producteur et engager le plus inspiré Sam Firstenberg à la mise en scène. Troisième bonne idée : couper les ponts narratifs avec le précédent épisode, modifier les personnages et s’inscrire uniquement dans une continuité thématique. Voilà comment Ultime Violence parvient à réparer les erreurs de son aîné et à lui mettre la misère…

Au Japon, des ninjas sans foi ni loi abattent froidement hommes, femmes et enfants. Tous des proches d’un autre ninja, Cho Osaki (Shô Kosugi). Avec son fils Kane (Kane Kosugi, fils de), le seul survivant du massacre, Cho s’exile aux États-Unis afin de rompre la chaîne de la violence. Une fois là-bas, il bosse dans la galerie d’art de son pote Braden (Arthur Roberts) et semble enfin avoir trouvé la paix. Jusqu’au jour où, fatalement, les hostilités reprennent… Le film commence très fort, avec en guise d’ouverture un carnage hallucinant, celui dont est victime la quasi-totalité de la famille du héros. La sauvagerie inouïe de cette intro (même les gamins ne sont pas épargnés), démontre d’emblée toute la force de frappe d’Ultime Violence. Résultat : nous sommes déjà sur le derche alors que le film vient à peine de commencer. Accrochez-vous car le reste est du même tonneau.

Faut dire que Sam Firstenberg n’est pas Menahem Golan, le réalisateur d’Enter the Ninja. Là où le second ne sait pas vraiment mettre en valeur ses vedettes d’un nouveau genre, le premier ne fait pas de ses ninjas des figures secondaires et les dévoile dans toute leur splendeur, cadrant leurs techniques de combat en plan large, avec des angles variés et un montage dynamique. Les bastons gagnent alors en lisibilité, ce qui ajoute énormément au plaisir du spectateur. D’autant plus que les morceaux de bravoure étonnent de par leur jusqu’au-boutisme et ne sont jamais bâclés malgré le budget modeste alloué à l’entreprise. Outre le fameux prologue et une course-poursuite entre le Shô et les proprios d’un van roulant à tombeau ouvert, la folle énergie et l’extrême générosité de Revenge of the Ninja culminent lors du face-à-face final entre Kosugi et un ninja diabolique au masque argenté (belle idée visuelle).

Se déroulant sur le toit d’un immense building de Salt Lake City, ce climax épique (presque quinze minutes au compteur) déploie tous les artifices du ninja et bien plus encore : bombinettes à fumée, mini lance-flammes dissimulés dans les poignets (!), mannequins en mousse pour tromper l’ennemi (!!)… C’est carrément de la prestidigitation ! Lui aussi un peu magicien, Shô Kosugi met toutes ses compétences martiales au service d’un B aussi fantaisiste que redoutable et s’impose, à travers des scènes d’action kamikazes et inventives, comme la nouvelle star du genre. Il se paye même le luxe d’offrir à son perso une dimension tragique, celle d’un homme constamment rattrapé par la violence où qu’il soit… De quoi faire pardonner un rôle féminin peu gratifiant campé par la blonde Ashley Ferrare, également aperçue en 1984 dans un épisode de la série L’Homme au Katana avec Lee Van Cleef et… Shô Kosugi.

Ce Ninja III aurait pu se la couler douce, raconter encore et encore la même histoire, sans prendre de risques et engranger pépère un maximum de recettes. Seulement voilà, le Bis a ses raisons que la raison ignore et s’hasarde parfois dans des concepts merveilleusement improbables. L’hybridation à l’œuvre dans ce troisième volet semble être née d’une expérience contre nature. Si, à l’instar d’Ultime Violence, cette suite ne reprend ni l’histoire ni les personnages de son prédécesseur, de ninja il en est toujours question, avec ce qu’il faut de pirouettes endiablées, de cascades de ouf et de coups de nunchaku bien placés. Là où les choses se corsent, c’est que ce projet subit l’influence inattendue d’un film ayant rapporté pas mal de brouzoufs en 1983 : Flashdance ! Et ce n’est pas tout puisque, à ce plat déjà bien relevé, s’ajoute une bonne louche de… L’Exorciste ! Autant dire que Ninja III : The Domination verse carrément dans le fantastique le plus débridé. Et heureusement, la tambouille s’avère loin d’être indigeste…

Dans le désert de l’Arizona, tous les flics de la région se lancent à la poursuite du « black ninja » (David Chung) et finissent par le cribler de balles. Ce dernier, mal en point, a toute de même suffisamment de force pour s’enfuir. Dans son agonie, il croise la route de Christie (Lucinda Dickey), une employée des télécoms, également prof d’aérobic. Avant de succomber à ses blessures, le « black ninja » transfert son esprit dans le corps de la jeune femme. Son plan : se servir d’elle pour se venger des policiers qui l’ont flingué… Shô Kosugi parvient à se greffer à ce pitch via un flashback nippon où le fameux ninja noir lui crève un œil. Ce qui motive le Shiro Tanaka de Rage of Honor à s’amener aux States pour aider Christie à se débarrasser du démoniaque squatteur d’âme. Un rôle presque secondaire mais utile au récit. Avec un bandeau de pirate sur la face, l’acteur a en outre tout le loisir de s’exprimer dans de grands moments de joutes pelliculées (cf. cette bagarre dans un temple que n’aurait pas renié le Tsui Hark de Zu, les guerriers de la montagne magique).

Reprenant le cadre urbain du deuxième épisode (avec quelques décors désertiques en plus) ainsi que son implacable thème musical (qui donne envie d’effectuer des roulés-boulés aériens dans les bois voisins), Ninja III rivalise avec Ultime Violence niveau entertainment shooté à l’adrénaline. Avec le retour du très doué Sam Firstenberg aux commandes, il ne pouvait en être autrement. Il suffit de voir les préliminaires dantesques qu’il nous réserve pour s’en convaincre. Si l’on accepte de fermer les yeux sur quelques raccords rock’n’roll, impossible de ne pas rester bouche bée devant les exploits d’un « black ninja » quasi increvable, butant à lui tout seul une armada de flics, sautant sur le toit d’une voiture de patrouille filant à toute allure, s’agrippant à un hélico en plein vol et se faisant au final trouer comme une passoire avant de déclarer forfait. Le spectacle est copieux, jouissif, total. Même avec peu de moyens, le film ne se refuse pas la démesure ni ne recule devant les trouvailles les plus barrées.

Mais ce qui fait toute la singularité frappadingue de ce dernier Ninja demeure la possession subie par l’héroïne et dont les effets surnaturels à la Poltergeist (ou à la S.O.S fantômes) se manifestent jusque dans sa chambre à coucher (le mobilier bouge tout seul, tout comme le katana du « black ninja » qui se met à briller dans la nuit). On a même le droit à une séance d’exorcisme éclairée façon Mario Bava et animée par James « Lo Pan » Hong ! Ultra fun, au même titre que ces instants de grâce où Lucinda Dickey rend hommage à Véronique et Davina (toutouyoutou style sur fond de tubes pop 80’s !). Remarquée dans les « breakdance movies » de la Cannon (les deux Breakin’), la comédienne ne démérite pas et s’impose dans un emploi aussi physique que nawakesque. Par ailleurs, voir une femme en lieu et place du traditionnel héros viril a quelque chose de révolutionnaire pour l’époque, surtout dans le cadre d’une prod Golan/Globus. L’une des nombreuses qualités d’une joyeuseté purement Bis et, osons le dire, carrément culte…

Alors que L’Implacable Ninja et Ultime Violence cassent la baraque, le public répond beaucoup moins présent à l’invitation lancée par Ninja III. Un échec que ce gougnafier de Menahem impute au premier rôle féminin et non à l’imagination farfelue d’une mixture un peu trop délirante pour les spectateurs des années 1980… Pas grave, Cannon Group embraye sur un autre cycle ninja, toujours empaqueté (à quelques exceptions près) par le fidèle Firstenberg et incarné cette fois-ci par Michael Dudikoff (la série des American Ninja, Avenging Force…). Le genre s’essouffle lorsque le phénomène JCVD impose une nouvelle mode avec Bloodsport (1988), une affaire lucrative qui remet temporairement à flot la firme de Golan et Globus. Après Ninja III, Shô Kosugi tourne une dernière péloche pour la Cannon, Nine Deaths of the Ninja (1985); et renfile sa combinaison d’assassin d’élite dans un diptyque signé Gordon Hessler, Prière pour un tueur (1985) et La Rage de l’honneur (1987). Puis, hors Cannon, les choses dégénèrent pour nos amis les ninjas. En témoignent les Z psychotroniques de Godfrey Ho (l’inénarrable Ninja Terminator, 1985) ou les aberrations familiales type Les Tortues Ninja (1990) et Ninja Kids (1992). C’est la fin d’une époque. Il faut attendre le crépuscule des années 2000 pour voir débouler le digne successeur d’une bombe comme Ultime Violence : le sobrement nommé Ninja (Isaac Florentine, 2009). Du B movie bien gaulé et sans chichis auquel il faut adjoindre sa très bonne suite, Ninja 2 : Shadow of a Tear (Florentine again, 2013). Dans ce dernier, on retrouve au générique un certain Kane Kosugi. La boucle ninja est bouclée.

Revenge of the Ninja. De Sam Firstenberg. États-Unis. 1983. 1h29. Avec : Shô Kosugi, Arthur Roberts, Ashley Ferrare…

Ninja III : The Domination. De Sam Firstenberg. États-Unis. 1984. 1h32. Avec : Lucinda Dickey, Shô Kosugi, Jordan Bennett…

L’IMPLACABLE NINJA : the way of the Cannon part 1

« DE TOUS LES ARTS MARTIAUX, SEUL LE NINJUTSU CONDUIT À LA MORT… »

Ils étaient déjà là en 1967 dans le James Bond On ne vit que deux fois, en 1975 dans le Tueur d’élite de Sam Peckinpah et en 1980 dans La Fureur du Juste avec Chuck Norris. Discrétos et sans se faire pécho, ils ont tranquillement infiltré le cinoche occidental sans que celui-ci ne les remarque. Normal puisque « Ils » désigne… les Ninjaaas !!! Des as du camouflage venus du Japon féodal et rompus aux arts martiaux ! Des super espions et des machines à tuer qui se retrouvent, en 1981, au centre du premier grand succès de Cannon Group : L’Implacable Ninja. Cette œuvre séminale est à l’origine de la ninja mania qui déferle sur les écrans du monde entier durant les turbulentes 80’s; et relance par la même occase l’intérêt du public pour la baston exotique. Après des débuts difficiles au sein d’une Cannon acquise en 1979 (le bide du musical BIM Stars aka The Apple), Menahem Golan et Yoram Globus se font enfin des couilles en or et s’imposent d’emblée comme les rois de la série B qui débourre. L’accueil plus que favorable reçu par L’Implacable Ninja justifie l’existence d’au moins deux suites : Ultime Violence (Revenge of the Ninja, 1983) et Ninja III (Ninja III : the Domination, 1984). Deux autres titres formant une trilogie excentrique, décomplexée, réjouissante. Des témoins d’une autre époque, du temps où une compagnie indépendante faisait la nique aux majors hollywoodiennes, à (re)découvrir le cul posé sur son tatami, le katana bien en pogne. Chose rendue possible grâce à l’indispensable coffret dvd/blu-ray concocté par ESC Éditions et dispo depuis 2017 chez votre marchand de saïs (tel est le nom donné aux petits « tridents » d’Elektra).

Tout juste sacré ninja par ses pairs japonais, Cole (Franco Nero) débarque aux Philippines pour rendre visite à son pote Frank Landers (Alex Courtney). Ce dernier gère avec son épouse Mary Ann (Susan George) une exploitation agricole dans les environs. Problème : leurs terres sont convoitées par Venarius (Christopher George), un businessman véreux faisant pression sur les Landers pour qu’ils lui vendent leur propriété. Mais Cole s’interpose et rétame la tronche de tous les sbires de Venarius. Pour se débarrasser du redresseur de torts, le malandrin n’a donc plus d’autre choix que de dégainer son arme absolue : Hasegawa (Shô Kosugi). Un ninja, lui aussi, mais plutôt du genre malfaisant et qui, en plus, en veut personnellement à Cole…

Quand un justicier défend les innocents d’une petite ville contre les abus d’un despote local : un pitch que l’on connaît par cœur et qui n’est rien d’autre que le concept de L’Agence tous risques, la série de notre enfance. Mais aussi d’un nombre incalculable de péloches. Citons pour le fun, le bien balancé Road House dans lequel le regretté Patrick Swayze inflige à son ennemi un arrachage de larynx à main nue. Sans être aussi extrême, L’Implacable Ninja (Enter the Ninja en VO, clin d’œil évident au cultissime Enter the Dragon avec Bruce Lee) contient lui aussi ses petits instants de tendresse, rassurez-vous. Notamment lorsqu’un porte-flingue se reçoit une dizaine de shurikens sur la gueule (un effet gore qui resservira d’ailleurs pour les besoins du deuxième opus).

Pour le reste, le film résulte d’une méthode ayant fait les beaux jours du cinéma populaire, celui du métissage entre deux cultures ou plusieurs genres différents. Ici, l’art du ninjutsu se déguste à la sauce occidentale. Cependant, le spectacle conserve sa part d’exotisme, dégage même une atmosphère particulière, tournage à Manille oblige. Sentiment renforcé par la séquence d’ouverture d’Enter the Ninja où, dans une jungle silencieuse, le ninja blanc Franco Nero affronte des ninjas rouges et un big boss vêtu entièrement de noir, le tout dans une nature à dominante verte. Des motifs colorés mêlés à de jolies acrobaties, et s’épanouissant sur une bande-son vierge de tout dialogue, qui font démarrer le long-métrage de Menahem Golan sous les meilleurs auspices.

Malheureusement, il faudra attendre le climax pour que des ninjas repointent le bout de leur cagoule, les guerriers de l’ombre se faisant finalement plutôt rares dans le coin. Un comble. La plupart du temps, Franco Nero combat en « civil », à visage découvert. Un choix peu judicieux tant le moustachu ne se montre pas franchement à l’aise en artiste martial. Logique puisque celui-ci ne possède aucune aptitude dans ce domaine et a dû remplacer à la dernière minute un certain Mike Stone, ex-champion de karaté et auteur du script à l’origine de L’Implacable Ninja. Jugé inapte à jouer la comédie une fois arrivé sur le plateau, ledit Stone est relégué à la chorégraphie des combats. Et, sans rancune, accepte de devenir la doublure du Keoma d’Enzo G. Castellari…

Si retrouver le grand Franco Nero relève toujours du plaisir de cinéphile, force est de constater que son manque d’assurance handicape sérieusement l’entreprise. Conséquence : le cadrage et le montage sont contraints de masquer en permanence la doublure de l’italien, ce qui rend les empoignades pas toujours crédibles et lisibles… Le vent tourne lorsque la révélation Shô Kosugi, un authentique pro du sport de combat, intervient dans le récit et offre au film ses meilleurs moments (l’incendie de la plantation des Landers, l’affrontement final avec Nero). L’athlète nippon s’impose comme le vrai bad guy de l’histoire, évinçant sans peine un Christopher Frayeurs George plus cabotin que réellement intimidant…

Niveau casting, impossible de passer à côté de la rayonnante et toujours inspirée Susan George, la Amy de l’enragé Straw Dogs (1971) et la détentrice d’une filmo qui ne se limite pas au chef-d’œuvre de Peckinpah (Die Screaming Marianne de Pete Walker, Far West Story de Sergio Corbucci, Larry le dingue, Mary la garce de John Hough, Mandingo de Richard Fleischer…). Si, dans Enter the Ninja, la comédienne britannique n’échappe pas au traditionnel rôle de faire-valoir, elle parvient néanmoins à lui apporter force et caractère (la blonde empoigne son shotgun quand le danger rôde et se montre plus robuste que son mari dépressif et alcoolo). Un bon point dans la besace de la toute première bande d’action estampillée Cannon et dont le geste encore un peu hésitant sera corrigé par le monstrueux Revenge of the Ninja

Enter the Ninja. De Menahem Golan. États-Unis. 1981. 1h39. Avec : Franco Nero, Susan George, Shô Kosugi…

CYBORG (Albert Pyun, 1989)

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Dévastée par l’anarchie sociale et la peste, l’Amérique du 21ème siècle est plongée dans un cauchemar barbare. Seul Pearl Prophet, une magnifique mi-humaine/mi-robot, a les connaissances nécessaires pour développer un vaccin. Mais Pearl est capturée par des pirates cannibales qui veulent garder l’antidote pour eux… et dominer la Terre ! Seuls les talents de combattant de Gibson Richenbaker peuvent la sauver. Et, avec elle, le reste de la civilisation. Source : madmovies.com

À la fin des glorieuses 80’s, la Cannon – célèbre machine à séries B qui débourrent – se retrouve sous perfusion. Néanmoins, le succès de Bloodsport (1988) permet au duo Golan/Globus de sortir un peu la tête de l’eau. Jean-Claude Van Damme a aussi de quoi se réjouir : sa carrière est lancée. La firme accompagne alors le Belge dans son rêve américain et lui propose ensuite le rôle principal de Cyborg (un job prévu au départ pour Chuck Norris). Un long-métrage bâtit sur les ruines de Masters of the Universe 2, projet avortée dont les décors et les costumes vont resservir pour l’occasion. Albert Pyun, le réalisateur rattaché à la suite des aventures de Musclor (et d’un Spider-Man qui ne se fera jamais), se console avec ce mal nommé Cyborg. Mal nommé parce que la chose n’a rien d’un Terminator ou d’un RoboCop, même si un androïde – ou plutôt une androïde – se promène bien dans les parages. Dans la peau synthétique de Pearl Prophet, Dayle Haddon se la joue sauveuse de l’humanité et ce malgré sa nature d’automate en acier (elle dévoile même les fils et les câbles qu’elle planque sous son crâne grâce à une animation bien désuète). Ne cherchez pas, l’histoire ne recèle pas d’autres robots de ce type. Pas de quoi provoquer le soulèvement des machines, donc… En revanche, le film ressemble bel et bien à un post-apo et s’inscrit plus particulièrement dans la droite lignée des deux premiers Mad Max, surtout le second. À l’instar de Mad Max 2 : le Défi, le futur atomique selon Pyun semble avoir fait régresser la civilisation jusqu’au Moyen Âge (la peste est ici à l’origine de la fin du monde et le méchant porte fièrement sa cotte de mailles). Dans un même ordre d’idées, impossible de ne pas penser au western, genre dans lequel règne bien souvent la loi du plus fort. Le passage le plus mémorable de Cyborg fait d’ailleurs référence à l’immense Il était une fois dans l’Ouest. Au détour d’un souvenir âpre et douloureux, le cinéaste hawaïen revisite à sa manière ce moment mythique où le jeune Harmonica ne peut empêcher la pendaison de son frère, le tout sous le regard cruel de Fonda. Toujours sous l’influence du classique de Leone, les bribes du traumatisme de Gibson Richenbaker (Van Damme) s’étalent en flashback tout au long du récit et atteignent leur acmé lors d’une explosion libératrice prenant la forme d’une crucifixion spectaculaire. La barbarie du passé donne au protagoniste la rage nécessaire pour péter avec son talon la croix en bois sur laquelle il est attaché. Digne de Ken le Survivant ! Pour le reste, si cette prod Cannon parvient à faire illusion avec ses modestes décors (une usine désaffectée, ça le fait toujours), ses débordements graphiques (frayant souvent de façon maladroite avec le hors-champ, dommage) et les jolis coups de tatane de JCVD (parfois au ralenti et toujours bien cadrés), l’ensemble s’avère tout de même un brin mollasson et vite expédié. Avec 500 000 dollars et 23 jours de tournages, Albert Pyun fait ce qu’il peut et torche même quelques belles images. Mais le spectateur ne peut que rester dubitatif devant l’inanité du sidekick féminin (Deborah Richter, assez transparente mais le scénario ne l’aide pas vraiment), le score cheapos de Kevin Bassinson (bontempi style) et le cabotinage du bad guy campé par un Vincent Point Break Klyn au physique néanmoins impressionnant (ses lentilles de couleur turquoise évoquent celles d’Ivan Rassimov dans Toutes les couleurs du vice). Lors du combat final avec l’ami Jean-Claude, ce dernier menace même de faire tomber le film dans le nanar avec ses hurlements de bœuf sous stéroïdes (au bout de quinze « Beuargh ! », ça commence par devenir embarrassant). Dans ces circonstances, difficile de totalement réhabiliter ce Cyborg, même avec une bonne dose de nostalgie cannonienne. Hier comme aujourd’hui, le post-nuke d’Albert Pyun demeure très sympatoche mais, faute de réelle conviction, n’atteint jamais l’aspect jouissif de certains de ses camarades (pour rester chez nos compères israéliens, on prend quand même davantage son pied en matant les jusqu’au-boutistes Death Wish 3, Invasion USA ou Cobra). Alors en pleine ascension vers la gloire, Van Damme n’est pas à blâmer et semble même croire à son personnage. Ce qui n’est pas toujours le cas quand on se penche sur la filmo du roi du grand écart…

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Cyborg. D’Albert Pyun. États-Unis. 1989. 1h26. Avec : Jean-Claude Van Damme, Deborah Richter et Vincent Klyn. Maté à la téloche le 23/06/18.