DE L’OR POUR LES BRAVES (Brian G. Hutton, 1970)

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Pendant la Seconde Guerre mondiale, près de Nancy, Kelly, un lieutenant américain, découvre que son prisonnier, un colonel allemand des renseignements, est en possession de deux lingots d’or. Celui-ci avoue qu’ils proviennent d’un trésor de guerre caché dans une banque derrière les lignes ennemies. Il décide de devancer les troupes américaines pour s’emparer du magot, recrutant pour ce faire quelques alliés pittoresques au sein du régiment… Source : arte.tv/fr

Alors que les États-Unis s’enlisent dans le merdier vietnamien, De l’or pour les braves se moque des discours bellicistes et patriotards qui produisent de la chair à canon. Imperméables à toute cette propagande, les « héros » de Kelly préfèrent les lingots d’or aux médailles en toc. Risquer sa peau à un prix et ce n’est pas celui fixé par l’oncle Sam. Amoraux les troufions ? Libertaires surtout. Suffit de voir ces conducteurs de chars semblant sortir tout droit de Woodstock (à leur tête : un Donald Sutherland savoureusement déjanté !). L’influence du mouvement hippie sur la péloche de Brian G. Hutton se fait sentir, comme s’il s’agissait de pacifier le film de guerre hollywoodien. La chanson pop Burning Bridges remplace la marche militaire attendue et sonne à elle seule comme une note d’intention. Si De l’or pour les braves ne se prend pas au sérieux (au détour d’une séquence, on a même le droit à un pastiche des westerns de Leone), c’est pour mieux tourner en ridicule une armée américaine franchement pas glorieuse. L’introduction donne le ton en montrant des yankees se faire bombarder la tronche par… d’autres yankees ! En temps de guerre, l’erreur est humaine ! Ayant toujours un train de retard, l’état-major ne brille guère par sa perspicacité. De manière très ironique, un général pontifiant (un Carroll O’Connor en mode burlesque) profite même du braquage effectué par les « braves » pour faire une avancée non négligeable derrière les lignes ennemies. Quand une bande de canailles change le cours de l’Histoire ! Malgré tout, ces bidasses en folie nous apparaissent comme bien sympathiques. Ces derniers ont beau être de sacrés frondeurs, ils n’en sont pas moins animés d’un certain sens du partage et de l’entraide (ils sont plusieurs à participer à cette mission et à se répartir le magot). L’issue du dernier combat laisse même entrevoir une possible réconciliation fraternelle entre des hommes de bords différents, mais au final tous logés à la même enseigne. Sous les obus et les gravats, l’utopie du « peace and love » tente de se frayer un chemin… Comédie irrévérencieuse et pittoresque, De l’or pour les braves prend aussi la forme d’une authentique bande d’aventure dans laquelle il est question de chasse au trésor et d’obstacles à contourner avant d’arriver jusqu’à lui. Comme avec l’excellent Quand les aigles attaquent (spy movie situé pendant la Seconde Guerre mondiale), Hutton mélange les genres et ne reste pas confiné dans les limites imposées par son contexte historique (dans lequel se greffe le film de casse, ce qui est assez original). Réalisateur solide et compétent, le bonhomme mène sa barque avec savoir-faire et se montre particulièrement à son aise dans les passages les plus spectaculaires. Les morceaux de bravoure sont emballés avec panache, comme le montre notamment l’affrontement final entre un tank allemand et nos braqueurs de banque. Les visions subjectives adoptant le point de vue d’un canon ou ces travellings balayant des tireurs placés côte à côte, sont des preuves du dynamisme visuel de ce Kelly’s Heroes. Et puis il y a aussi ce casting de gueules taillées pour la grande bagarre. Entre deux étapes décisives pour sa carrière (la trilogie du dollar et le premier Dirty Harry), Clint Eastwood s’impose tranquillement dans le paysage du cinéma américain. Il prête son imposante silhouette au Kelly du titre original, sans crever l’écran mais avec une belle assurance. Après avoir été l’un des douze salopards du père Aldrich, Telly Savalas est encore une fois remarquable en vieux briscard des champs de bataille. N’oublions pas le génial Donald Sutherland déjà cité plus haut, qui la même année a aussi fréquenté le satirique M.A.S.H de Robert Altman. Bref, tous des pointures qui, plus tard, inspireront Bébel dans Les Morfalous (Henri Verneuil, 1984) et George Clooney dans Les Rois du désert (David O. Russell, 1999).

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Kelly’s Heroes. De Brian G. Hutton. États-Unis/Yougoslavie. 1970. 2h24. Avec : Clint Eastwood, Telly Savalas et Donald Sutherland. Maté à la téloche le 28/01/18.