DE PALMA (Jack Paltrow & Noam Baumbach, 2015)

DePalma_73_fin1_De Palma. De Jack Paltrow et Noam Baumbach (qui a dirigé l’excellente Greta Gerwig dans Frances Ha et Mistress America). États-Unis. 2015. 1h45. Avec : Brian De Palma, Brian De Palma et Brian De Palma. Genre : documentaire. Sortie France : 11/10/2016 (La Roche-sur-Yon International Film Festival), 26/03/2016 (TV premiere sur Arte). Maté à la téloche le 28 mars 2017.

De quoi ça cause ? De Carrie à Mission impossible en passant par Scarface et Blow out, Brian De Palma a marqué de son style inclassable le Nouvel Hollywood. À la faveur d’une conversation intime truffée d’anecdotes, il revient sur ses cinquante ans de carrière pour une leçon de cinéma passionnante. (source : Arte.tv/fr)

Mon avis Télé Z : Pendant près de deux heures, Brian De Palma s’exprime seul face à la caméra de deux documentaristes. Pas d’intervenants extérieurs, juste le principal intéressé, ce qui donne l’impression d’être à confesse, dans une certaine intimité. Le film aborde la carrière du réalisateur de façon chronologique, les propos de l’auteur de Pulsions alternant avec des extraits de films et des photos de tournages (et même quelques archives familiales). Le résultat est tellement fluide et passionnant que l’on ne voit pas le temps passer. Normal lorsque l’on cause d’un cinéaste majeur ayant pris Hollywood en otage pour accoucher d’œuvres virtuoses, transgressives et personnelles. Le bonhomme – disert et enthousiaste – se livre sans langue de bois et révèle des anecdotes qui en disent long sur le petit monde du 7ème art (Cliff Robertson jouant les fouteurs de merde sur Obsession car jaloux de sa partenaire, Geneviève Bujold). Les conflits avec les majors sont aussi évoqués et montrent qu’il est parfois difficile pour un artiste créatif et exigeant d’imposer sa vision en toute liberté. Avouons, toutefois, que Brian a rarement lâché le morceau (le final désespéré de Blow out) même s’il reconnaît avoir parfois fait quelques concessions (sa tentation de plaire au plus grand nombre sur Le bûcher des vanités). Mais De Palma est surtout l’occasion d’assister à une véritable leçon de cinéma. Films après films (ils sont tous passés en revue, les courts comme les longs), le maestro explique ses choix de mise en scène, parle de ses influences et défend son approche radicale du médium cinématographique. Vous l’aurez compris : un tête-à-tête avec le plus brillant émule d’Hitchcock ne se refuse pas (le doc s’ouvre et se clôt sur Vertigo). 5/6

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Le maître et ses élèves prennent la pose pour les besoins d’un doc exceptionnel.

BLOW OUT (Brian De Palma, 1981)

blow-out-itBlow out. De Brian De Palma. États-Unis. 1981. 1h42. Avec : John Travolta, Nancy Allen (trois autres De Palma à son actif : Carrie au bal du diable, Home movies et Pulsions) et John Lithgow (deux autres pour lui : Obsession et L’esprit de Caïn). Genre : thriller. Sortie France : 17/02/1982. Maté à la téloche le dimanche 19 mars 2017.

De quoi ça cause ? Ancien flic, Jack Terry (John Travolta) est employé à Philadelphie comme spécialiste des effets sonores par une petite société de production de séries Z. Une nuit, alors qu’il réalise des enregistrements dans un parc, il assiste à la sortie de route d’une voiture qui finit sa course dans une rivière. Plongeant immédiatement pour porter secours aux accidentés, Jack parvient in extremis à extirper la passagère du véhicule. À l’hôpital, après avoir pris des nouvelles de Sally (Nancy Allen), la jeune femme qu’il a sauvée, il apprend que le conducteur, retrouvé mort, était le gouverneur McRyan, un politicien pressenti pour la course à la Maison-Blanche. Persuadé d’avoir entendu un coup de feu avant le drame et convaincu que cette mort n’est pas accidentelle, Jack se lance dans une enquête minutieuse… (source : Arte.tv/fr)

Mon avis Télé Z : « Le cinéma ment 24 fois par seconde » disait Brian De Palma. Le héros de Blow out tente de débusquer la vérité à travers toutes les techniques du 7ème art. Les artifices du mensonge – le son, l’image et le montage – sont utilisés pour montrer une réalité dangereuse pour celui qui veut voir au-delà des apparences. La quête de Jack Terry (John Travolta, en rupture de dancefloor) est dès lors impossible car elle tente de relier deux mondes différents, celui de la fiction et celui du réel. Comme le spectateur devant son écran, il se montre impuissant face aux évènements et ne peut changer le cours des choses. Une impasse tragique qui débouche sur un final désespéré, suivie d’un clin d’œil ironique d’une noirceur absolue. Ni happy end ni love story pour les fouineurs qui sont parvenus à déceler le vrai visage de l’Amérique. Un pays où la concurrence politique se fait assassiner afin de changer le cours de l’histoire (écho du traumatisme causé par le meurtre de JFK), où les témoins gênants sont éliminés un à un (par un John Lithgow glaçant) et les faits bidonnés pour mieux endormir la populace. Dans l’un des plans iconiques du film, la bannière étoilée semble d’ailleurs engloutir Nancy Allen… Formaliste de génie, De Palma se plaît à rendre le plus cinématographique possible une histoire dont le principal sujet est le cinéma. Comme Travolta passant des heures devant ses appareils pour dénicher le son et l’image parfaits, le réalisateur fait de chaque séquence un morceau de bravoure visuel (cf. les fameux split screen, l’une des marques de fabrique du cinéaste). Servant autant le script qu’il flatte les mirettes, ce travail d’orfèvre est également épaulé par la photo de Vilmos Zsigmond (la lumière idéale pour un film noir en couleurs) et la musique de Pino Donaggio (très beau thème romantique scellant une idylle funeste). De par son incontestable maestria et sa profonde tristesse (qui détonne quelque peu dans le paysage hollywoodien des 80’s), Blow out n’a pas pris une ride et demeure une pièce de choix dans la carrière de son metteur en scène. 5,5/6

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Le cinéma : un art qui joue avec la mort.