LA FEMME DE MON POTE (Bertrand Blier, 1983)

11La femme de mon pote. De Bertrand Blier. France. 1983. 1h39. Avec : Isabelle Huppert, Coluche (dans un rôle prévu au départ pour Patrick Dewaere) et Thierry Lhermitte. Genre : comédie dramatique. Sortie France : 31/08/1983. Maté à la téloche le jeudi 17 août 2017. 

De quoi ça cause ? Deux copains, Pascal (Thierry Lhermitte) et Micky (Coluche), travaillent dans une station de sports d’hiver. Pascal a une liaison avec Viviane (Isabelle Huppert) qui est loin de laisser Micky indifférent, mais c’est la femme de son pote… Jusqu’au jour où Pascal le pousse dans les bras de Viviane. Micky cède et finit par passer quelques jours en compagnie de la jeune femme pendant une absence de Pascal. (source : Allociné.fr)

Mon avis Télé Z : Le ménage à trois et ses conséquences : l’une des préoccupations fétiches de Bertrand Blier. Un cinéaste pour qui il n’existe rien de plus chiant qu’un couple, une vie à deux. Ce conformisme est encore une fois mis à mal dans La femme de mon pote. Plus que d’amour et de cul, l’histoire parle d’amitié. Celle liant deux potes inséparables dont la relation est menacée par l’irruption d’une femme. Une femme sexy, aguicheuse, se foutant des convenances. Si la tigresse partage le pieu de l’un, son charme ne laisse pas non plus l’autre insensible. Comment résister à la tentation de goûter à la sensualité réincarnée ? Comment succomber à la chair sans trahir son meilleur ami ? Voilà les questions qui taraudent, tout au long du film, un Coluche profondément attachant. Sobre et bien loin des facéties de Banzaï ou La vengeance du serpent à plumes, le bonhomme laisse transparaître dans son regard cette mélancolie de clown triste qui explosera dans Tchao Pantin. Et même s’il hésite à dévoiler sa part d’ombre, il parvient néanmoins à faire remonter toute l’humanité d’un personnage agissant surtout pour le bien de son poteau. Quitte à s’en rendre malade et renoncer à ses sentiments pour la belle Viviane. Nul doute que la fragilité de Micky fait écho à celle de Michel Colucci, dont la gouaille inimitable se teinte ici d’un soupçon de tendresse et d’amertume. Dans La femme de mon pote, les hommes s’avèrent souvent pathétiques, paumés et bernés par leurs illusions. À l’image, aussi, du Pascal campé par Thierry Lhermitte (dans une version plus adulte du séducteur des Bronzés), beau gosse faisant une confiance aveugle à son complice de toujours et prend des plombes à voir la vérité en face. De son côté, l’énigmatique et indomptable Viviane s’amuse à faire tourner la tête de ses partenaires. Une certaine liberté se dégage de la dame en nuisette noire (ou rouge), même si sa situation la condamne un peu trop à l’oisiveté, voire la passivité. Heureusement, Blier semble avoir de l’affection pour ses personnages. Le regard est certes moins féroce que dans Les valseuses ou Buffet froid. Mais cette absence de cynisme apporte une note plus touchante à La femme de mon pote, à défaut d’en faire l’égal des chefs-d’œuvre des années 70. La faute, notamment, à une unité de lieu un brin pesante qui donne à l’ensemble un petit côté pièce de théâtre (l’action du film reste figée dans une station de sports d’hiver et ne tente jamais de s’en éloigner). Si le récit aurait mérité à être davantage aéré, la mise en scène n’a pour autant rien de statique. De façon aussi discrète qu’élégante, des travellings balaient les décors en jouant sur la transparence des baies vitrées et en plaçant la caméra aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur d’un chalet de Courchevel (logis où crèche le trio vedette). Un souci esthétique qui n’a rien d’anodin mais qui est bien peu de chose face à une Isabelle Huppert fondamentalement érotique. L’image se soumet à elle et la rend désirable. Sa présence accélère le réchauffement climatique. Devant elle, tout fond, les cœurs comme la neige. Même le mascara de l’intéressée coule dans des larmes noires lors du dernier plan de La femme de mon pote. Le plus beau, le plus définitif du film de Bertrand Blier. 4/6

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Coluche, Huppert, Lhermitte : tu ne convoiteras pas la femme de ton pote.