TOTAL RECALL (Paul Verhoeven, 1990)

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En 2048, Doug Quaid, ouvrier sur un chantier de construction, mène une existence paisible auprès de son épouse, la blonde Lori. Pourtant, un cauchemar récurrent agite ses nuits : parti en exploration sur Mars, il trébuche, dévale une pente, et, lorsque le casque de sa combinaison spatiale heurte le sol, meurt dans d’atroces souffrances. Malgré la désapprobation de son meilleur ami Harry, Doug se rend dans les locaux de la société Rekall, spécialisée dans l’implantation de souvenirs factices, afin de modifier ses réminiscences de la planète rouge. Mais avant que l’intervention ne débute, il est pris d’une crise de démence. Pour les employés de Rekall, il ne fait aucun doute que la mémoire de Quaid a été effacée et remplacée par de nouveaux souvenirs… Source : arte.tv/fr

Il fut une époque où Hollywood pouvait confier un blockbuster à un poil à gratter aussi virulent que Paul Verhoeven. De RoboCop (1987) à Hollow Man (2000), « le Hollandais violent » a imprégné l’entertainment made in USA de son ironie mordante et de sa hargne dévastatrice. Avec Total Recall, son point de vue d’européen survolté transforme un film de commande en brûlot et se permet même de railler un Schwarzy encore à son sommet à l’orée des 90’s. La virilité de la star en prend alors un coup et même plusieurs, puisque le chêne autrichien voit ses valseuses régulièrement pulvérisées par une Sharon Stone déchaînée. Naïf, manipulé et piégé par ses fantasmes, le rôle de Douglas Quaid se révèle assez inhabituel pour son interprète. Et pour cause : le rôle est double, faisant passer l’idée que Hauser – la face sombre de Quaid – n’est que le complice du grand méchant joué par Ronny Cox. Rarement Arnold aura campé un personnage aussi trouble, voire complétement schizo. L’ambiguïté chère à Paulo contamine le terminator lui-même et s’épanouit dans une histoire jetant le doute sur ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Vertige de l’identité et récit tortueux : l’esprit de Philip K. Dick est bel et bien présent dans Total Recall. Floutant la frontière entre réalité et fiction, le script interroge le spectateur sur la véracité de ce qu’il voit et lui pose en guise de conclusion une question déroutante : et si tout ceci n’était qu’un rêve ? Parano et foutrement audacieux, surtout dans le cadre d’une production à gros budget. Dans un même élan transgressif, on pourrait voir dans les méfaits de l’infâme Cohaagen – colonisateur despotique privatisant les ressources naturelles de Mars pour mieux exploiter la classe laborieuse – une critique du capitalisme. Voilà qui a dû « faire plaisir » aux commanditaires de Verhoeven dont l’œil satirique s’est toujours moqué des travers de son pays d’adoption. Un regard caustique qui s’accorde avec le versant politique d’un scénario traitant aussi du soulèvement d’un peuple opprimé… Le cinéaste s’amuse également à pousser le curseur de la violence à son maximum, éclaboussant de chair et de sang ce qui est aussi un putain de film d’action. La réalité du corps n’échappe pas à l’auteur de Black Book qui tient à montrer les ravages causés par une grosse bastos ou une méchante mandale (voir ce pauvre figurant servant de bouclier humain lors du gunfight de l’escalator). Jouissif et grisant, ce voyage – ou plutôt cette course-poursuite – au centre de la mémoire reste un modèle d’efficacité, ponctué d’idées visuelles absolument saisissantes (à l’aide d’une pince enfoncée dans son pif, Schwarzy extrait un émetteur logé dans son cerveau !). Cette inventivité se retrouve aussi dans des décors aussi fous que crédibles (les maquettes offrent de superbes panoramas martiens) et des effets spéciaux (physiques !) absolument délirants et faisant toujours autorité en la matière (Kuato, à la fois monstre et merveille; et les trois seins de la péripatémartienne !). Tout comme le score du grand Jerry Goldsmith dont le thème martial sonne comme du Conan version SF. Logique puisque le Cimmérien en personne assure ici le spectacle et assoit sa légende à coup de punchlines qui tuent (la plus culte : « Considère ça comme un divorce ! »). Sur son chemin, outre un Michael Ironside sadique à souhait, on trouve une Sharon Stone jouant déjà les femmes fatales. Deux ans avant le succès décisif de Basic Instinct, la blonde fait preuve d’un charisme de dingue et suscite le désir jusqu’à l’incandescence. L’aisance avec laquelle elle passe de l’épouse attentionnée à la furie homicide est juste incroyable. Pas de doute, une grande comédienne naissait alors sous nos yeux. Il y a des souvenirs qui ne s’effacent jamais.

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Total Recall. De Paul Verhoeven. États-Unis. 1990. 1h53. Avec : Arnold Schwarzenegger, Sharon Stone et Rachel Ticotin. Maté à la téloche le 21/01/18.