LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS 3 : l’amour ne meurt jamais

Re-Animator 2 n’a laissé qu’un seul regret à Brian Yuzna : celui de ne pas avoir suffisamment montré sa « fiancée de Frankenstein » (Kathleen Kinmont, héritière trash d’Elsa Lanchester). De cette frustration est née l’idée de faire d’une « living dead girl » le principal attrait du Retour des morts-vivants 3 (l’affiche du film traduit à merveille cette note d’intention). Il n’en fallait pas plus pour apporter un peu de sang neuf à une franchise démarrant de fort belle manière (Le Retour des morts-vivants, 1985) mais ternie par une suite poussive (Le Retour des morts-vivants 2, 1988). Si le troisième volet partage le même univers que ses prédécesseurs (mais sans en reprendre les personnages), il opère néanmoins un brutal changement de ton. À l’orientation comique des films de Dan O’Bannon et Ken Wiederhorn, Yuzna préfère une approche plus premier degré, voire carrément dark. La preuve avec le pitch of the dead qui suit. Deux jeunes tourtereaux, Curt (J. Trevor Edmond) et Julie (Melinda Clarke), ont un accident de bécane. Alors que le premier s’en tire avec quelques égratignures, la seconde rend l’âme à même le bitume. Totalement dévasté, Curt s’introduit avec le corps de sa dulcinée dans la base militaire où son colonel de père est affecté. Là, ce dernier teste sur des macchabées les effets de la Trioxine, un gaz qui réveille les morts… et sert à faire revenir Julie à la vie. Mais pas pour le meilleur, juste pour le pire…

Que faisiez-vous entre le 1er et le 6 février 1994 ? Vous n’étiez pas au festival Fantastic’Arts de Gérardmer par hasard ? Si oui, vous vous souvenez peut-être que le prix de public avait été décerné au Retour des morts-vivants 3. En ce temps-là, les zomblards n’avaient plus vraiment la cote mais, deux ans après le dantesque Braindead de Peter Jackson, le père Yuzna parvenait à tirer son épingle (sanguinolente) du jeu. Depuis, le récent blu-ray du Chat qui Fume a prouvé que le film n’a pas été oublié. Tant mieux puisque Return of the living dead 3 demeure l’une des franches réussites du moustachu (le déjà cité Bride of Re-Animator et le méchamment satirique Society font aussi partie du peloton de tête). En abordant l’art de la putrescence sous l’angle de la love story tragique, Brian Yuzna drape son œuvre d’une singulière étoffe. L’amour impossible au cœur du récit, impossible parce que les vivants et les morts ne sont pas censés occuper le même monde, pourrit comme la carcasse d’un pendu au soleil mais atteint la transcendance lors d’un final de toute beauté. Le jusqu’au-boutisme de ce romantisme noir dresse le même constat que le traumatisant Simetierre de Mary Lambert : ne pas accepter la perte, aussi injuste soit-elle, d’un être cher engendre inévitablement son lot de malheurs… Dans les deux cas, un baiser « contre nature » vient clore les débats, abolir les frontières, ébranler les normes, sceller les destins. Love never dies.

L’autre mérite du Retour des morts-vivants 3, c’est qu’il ne cache rien de la souffrance physique et psychique de Julie. L’automutilation qu’elle s’inflige est même justifiée. Consciente de son inexorable décomposition, la jeune femme réfrène ses pulsions cannibales en suppliciant sa chair, se fait du mal pour ne pas en faire aux autres. Sa faim s’apaise lorsqu’elle se taillade ou s’enfonce des bris de verre sous la peau. Dans les bras impuissants de Curt, Julie sent son corps la lâcher, lutte contre elle-même, tente de repousser l’instant fatidique où elle ne sera plus qu’une bête sauvage. Dans cette chronique de la douleur, le processus de zombification devient une longue agonie, à l’image du calvaire subi par Le Mort-vivant de Bob Clark. Reflet d’une détresse palpable et d’un chaos charnel, le look cadavérique de Julie inspire des émotions contradictoires. Effroyablement attirante, elle est Eros lacérant Thanatos, l’expression d’un désir nécrophile (un trouble également provoqué par Anna Falchi dans le très pertinemment nommé Dellamorte Dellamore). Que le sexe léchouille les nombreuses plaies de cette héroïne décadente est somme toute assez logique : la miss aurait très bien pu avoir sa place parmi les créatures sadomasos d’Hellraiser… D’une fébrilité émouvante, prenant le contre-pied du cliché de la victime féminine, Melinda (ou Mindy) Clarke incarne l’une des icônes les plus marquantes du « body horror ». Dommage que le reste de sa carrière (le zinzin Killer Tongue, l’embarrassant Spawn et un bon paquet d’épisodes de série TV) ne soit pas à la hauteur de cette performance…

Si Melinda a ici si belle allure, c’est notamment grâce aux maquillages d’une référence en la matière : Steve Vidéodrome Johnson. Ses collègues des effets spéciaux (des pointures comme Chris Nelson ou Wayne Toth) ne sont pas en reste et créent de saisissants cauchemars organiques (mention spéciale à ce zombie difforme qui s’anime soudainement et se déchire la couenne). Toutefois, en raison d’un budget ric-rac, certains trucages peinent à convaincre (les fausses têtes pâtissent d’un rendu bien trop grossier pour faire illusion). Des défauts, Le Retour des morts-vivants 3 en compte d’autres : câbles scénaristiques, figurants à la ramasse, musique cheapo-synthétique… Mais la capacité d’adaptation, le sens du rythme et la générosité gore de Yuzna parviennent à faire oublier ces quelques scories. Puisant son inspiration dans le style baroque des EC Comics (comme son compère Stuart Gordon) et le Day of the dead de Romero, le réalisateur montre les conséquences de l’ingérence militaire dans la recherche scientifique. S’ensuit des expériences interdites menées par une Sarah Douglas exquise en officier fourbe et cruel. Portant élégamment l’uniforme, avec en prime un petit côté Ilsa dans le regard, la comédienne nous rappelle qu’elle a été l’une des grandes « méchantes » des 80’s (Superman 2, Conan le Destructeur, V). Chez Yuzna, elle symbolise l’irresponsabilité des adultes (c’est-à-dire l’armée) face à une jeunesse rejetée et contrainte de fuir dans des égouts aussi délabrés que le corps de Julie. « Engagez-vous » qu’ils disaient.

Return of the living dead 3. De Brian Yuzna. États-Unis. 1993. 1h37. Avec : Melinda Clarke, J. Trevor Edmond, Sarah Douglas

BLUE STEEL : way of the gun

Nouvelle recrue de la police new-yorkaise, Megan Turner (Jamie Lee Curtis) effectue sa première ronde de nuit sans Gérard Lanvin ni Eddy Mitchell. Pendant sa pause café sans Véronique Jannot, la « rookie » s’aperçoit qu’un voyou est en train de braquer une supérette. Arme au poing, elle débarque sur les lieux et somme le malfaiteur (Tom Sizemore à ses débuts) de poser son 44 Magnum. Mais le bonhomme refuse d’obtempérer et vise Megan, ce qui contraint cette dernière à lui tirer dessus. Plaqué au sol, Eugene Hunt (Ron Silver), un témoin de la scène, profite de la confusion pour subtiliser ledit Magnum. Une fois dehors, il ne tardera pas à s’en servir et à pourrir la vie de la Miss Turner… Un an avant Le Silence des agneaux de Jonathan Demme, Blue Steel confronte déjà une « bleue » à un psychopathe. Si, contrairement à sa devancière, l’agent Starling roule pour le FBI, les deux jeunes femmes connaissent un baptême du feu pour le moins traumatisant. En guise d’intro, et avant d’affronter le réel, chacune a le droit à son épreuve de mise en situation ou à sa séance d’entraînement. Leur passage de la théorie à la pratique s’opère néanmoins de manière brutale, nos héroïnes s’exposant au danger pour les besoins d’une enquête dont elles ne sortiront pas indemnes…

Produit par Edward R. Pressman et Oliver Stone (deux noms impliqués dans le Conan de Milius), Blue Steel s’amorce comme une incursion réaliste dans le rude quotidien de la police américaine (à l’instar du formidable The New Centurions de Richard Fleischer, 1972). Avec la subtilité et la richesse d’écriture qui la définissent, Kathryn Bigelow dresse le portrait d’une flic fière de son uniforme, mais en butte à l’incompréhension de son entourage et à la condescendance de ses supérieurs. Forte par nature, Megan Turner ne se laisse jamais abattre et ne manque ni d’humour ni de répartie. Si la cinéaste montre la difficulté pour une femme d’évoluer dans un monde d’hommes, elle le fait sans schématisme militant, sans sacrifier la caractérisation de ses personnages masculins (voir comment l’inspecteur joué par Clancy « Kurgan » Brown passe du statut de sale con à celui d’allié intime). Mais peu importe le grade ou le genre : lorsque l’on crèche à New York, la ville demeure votre principale ennemie. Elle vous écrase sous son poids, vous abandonne dans son dédale de béton et d’acier, vous inflige son chaos. Et prendre de la hauteur ne sert à rien. Faussement romantique, une balade nocturne en hélico (d’envoûtants plans aériens donnent une image presque irréelle de Big Apple) revient hanter les nuits de Megan… Pas de doute, vivre à NY est un cauchemar.

En se concentrant sur le face-à-face psychologique entre une gardienne de l’ordre et un harceleur de la pire espèce, en laissant le second gangrener l’existence de la première, Blue Steel aurait pu se perdre parmi les nombreux thrillers domestiques de la période fin 80/début 90. Il n’en est rien. Le troisième long de la reine Bigelow se distingue du tout-venant et transcende littéralement son sujet. La puissance et la précision du point de vue de sa réalisatrice font de ce jeu du chat et de la souris, un magistral exercice de style. L’utilisation récurrente des gros plans décuple l’intensité d’une situation périlleuse et déjà tendue à l’extrême (cf. le champ-contrechamp à travers lequel Eugene Hunt révèle son vrai visage à Megan). Le profil du malade mental ne correspond pas davantage aux standards habituels. Incarnant un trader schizo issu des beaux quartiers, le saisissant Ron Silver (le psy de Barbara Hershey dans L’Emprise) devient à l’écran un type stressé par son job et fasciné par la mort. Le « passage à l’acte » constitue pour lui un moyen de relâcher la pression tout en se prenant pour Dieu. Enlevant son costume d’homme civilisé pour mieux réveiller la « bête », Hunt est avant tout le produit des années fric, le suppôt d’un capitalisme carnassier dévorant (flinguant) ses semblables. Si, aux yeux de la société, il n’est qu’un citoyen au-dessus de tout soupçon, ce loup de Wall Street reste pourtant un redoutable american psycho…

Et dans le genre « tueur bien atteint du bocal », Eric Red – le coscénariste de Blue Steel et du Near Dark de la même Bigelow – s’y connaît un max, puisqu’on lui doit également le script du sensationnel Hitcher (1986). La rencontre entre Megan et Eugene ne peut alors qu’être musclée, enragée, impitoyable. Au centre du conflit, deux conceptions de la violence s’opposent. Celle de la policière qui utilise la force pour protéger et servir contre celle, aveugle et arbitraire, que le cinglé déchaîne pour assouvir ses pulsions. Au-delà même de cette question, ce sont deux visions du monde, deux Amériques, deux classes sociales qui s’entredéchirent. La relation Turner/Hunt se fait le symbole d’un pays divisé, irréconciliable. La guerre semble le seul langage que ces deux êtres provenant de milieux différents comprennent. Sont-ils alors si dissemblables ? En brisant le sombre miroir que lui tend son antagoniste, en refusant de se noyer au fond des abysses, l’agent Turner doit se battre pour rester du bon côté de la loi. Même si pour cela, elle n’a pas d’autre choix que de contourner les règles. Une idée de la justice que sa hiérarchie obtuse et l’avocat cynique de Hunt ne partagent pas (la référence à Dirty Harry ne se limite pas à la simple présence du calibre .44). Une logique westernienne qui culmine lors d’un duel final se déroulant aux frontières de l’aube…

Le générique d’ouverture annonce la couleur : des plans macros caressent le bleu acier d’un Smith & Wesson sous tous les angles. Ces images séduisantes, pour ne pas dire fétichistes, ne cherchent nullement à glamouriser un instrument de mort. Au contraire, il s’agit pour Bigelow d’illustrer la toute-puissance létale d’une arme et de sous-entendre que celle-ci domine toujours son propriétaire et non l’inverse. De fait, les coups de feu nourris durant l’ultime morceau de bravoure de Blue Steel ont quelque chose de sauvage et d’inéluctable. Lorsque l’on suit la voie des armes, personne n’échappe à son destin. C’est canarder ou se faire canarder… Nerveux et viscéral, le climax constitue un sacré moment d’action. Inutile de tergiverser : l’impératrice Kathryn est une grande esthète de la violence, au même titre qu’un Peckinpah (le film culte de la Dame n’est pas The Wild Bunch pour rien). Soutenu par la partition quasi terminatoresque de Brad Fiedel, ce gunfight reste une percutante leçon de cinéma (nous ne sommes pas ici dans un blockbuster tout public : les impacts de balle éclatent la chair en formant un geyser de sang). Et montre à quel point la femme derrière Point Break est l’égale d’un McTiernan ou d’un Cameron… D’une trempe tout aussi remarquable, Jamie Lee Curtis – habituée aux aliénés depuis Halloween – nous transmet sa force, nous fait partager ses peurs, nous touche par sa sensibilité et en impose par la détermination de son regard. Certains prédateurs n’ont qu’à bien se tenir.

Blue Steel. De Kathryn Bigelow. États-Unis. 1990. 1h40. Avec : Jamie Lee Curtis, Ron Silver, Clancy Brown

« Je ne crois pas trop au concept de film féminin ou masculin. Pour moi, il y a avant tout des cinéastes… Par ailleurs, considérer les films d’action comme masculins et les films intimistes comme féminins, c’est peut-être un cliché qu’il faut battre en brèche et j’y travaille. »

Kathryn Bigelow

HELLRAISER TRILOGY : flesh for fantasy

Comme il n’y a pas de mal à se faire du bien et que tout réside dans la chair, replongeons-nous dans l’enfer des tortures initié par Clive Barker : Hellraiser. Parmi les dix opus que compte la saga (on appelle ça une décalogie), seuls les trois premiers ont bénéficié d’une « cult’ édition » chez ESC. Un bien beau coffret dvd/blu-ray sorti il y a maintenant deux ans (même au purgatoire, le temps file aussi vite qu’une chaîne à crochet) et mettant à l’honneur les meilleurs méfaits de la bande à Pinhead. Et lorsque l’on apprend que Mad Movies concocte actuellement un futur hors-série dédié à l’auteur de Cabal, on se dit qu’il y a vraiment de quoi mourir d’amour enchaîné… 

« NOUS VOUS DÉCHIRERONS L’ÂME ! »         HELLRAISER : LE PACTE- 1987

Le Pitch. En possession d’une boîte à énigmes, le dépravé Frank Cotton (Sean Chapman) amène à lui les Cénobites, créatures de l’au-delà qui le mettent au supplice de souffrances infinies. De retour du royaume des morts, il reprend peu à peu forme humaine grâce à sa maîtresse et belle-sœur, Julia (Clare Higgins), prête à toutes les abominations par amour pour lui… Source : ESC Distribution

L’horreur subversive et malsaine vous manque au point de vous arracher la peau ? Alors enfilez votre plus belle combi en latex et goûtez sans modération aux vices et sévices de Hellraiser : le Pacte. Soit le tout premier long de l’écrivain Clive Barker qui, pour l’occase, adapte sa propre nouvelle (The Hellbound Heart, 1986). Et s’impose également à l’écran comme un conteur à l’imagination singulière, secouante et radicale… Car le « lord of illusions » ne se contente pas de mêler le sexe et le gore à la façon d’un banal slasher. Il crée un univers inédit dans lequel s’amalgament le désir et la peur, la douleur et le plaisir, la jouissance et la souffrance, la vie et la mort. Ses mystérieux Cénobites, « démons pour certains, anges pour d’autres », ne constituent pas seulement une authentique vision de cauchemar. S’ils inspirent bel et bien la terreur, ces monstres venus de l’Enfer transpirent aussi la dépravation (le look fétichiste qu’ils arborent en font des croquemitaines sadomasos). Le récit a d’ailleurs l’intelligence de ne pas trop les dévoiler, ce qui rend leurs apparitions encore plus tétanisantes (on n’oublie pas sa première rencontre avec Pinhead, silhouette silencieuse et tapie dans l’ombre, « clou » du spectacle dès le début du film).

Mais le plus pervers d’entre tous est un homme. Ou du moins ce qu’il en reste. En activant les mécanismes d’un cube étrange (et au design remarquable), le sadien Frank finit littéralement en mille morceaux puis renaît en écorché assoiffé de sang. Si sa chair lui manque, c’est uniquement pour continuer d’assouvir ses plus bas instincts. Pour retrouver sa forme humaine, il lui faut décupler sa part de bestialité. Autrement dit, il doit tuer pour baiser et baiser pour tuer… Hellraiser en profite au passage pour dézinguer de l’intérieur la notion même de famille, de couple et d’une manière générale toute idée de conformisme, de normalité. Aucune once de frilosité mais beaucoup d’audace dans le regard que Barker pose sur ses contemporains. Outre l’adultère « déviant » auquel se livre Julia (Clare Higgins, merveilleuse d’ambivalence) avec Frank, son pelé de beau-frère, le Britannique n’hésite pas à faire de ce dernier un oncle libidineux prêt à abuser de sa nièce Kirsty (Ashley Laurence, l’une des plus convaincantes final girls des 80’s). Bien qu’il se positionne au-delà du Bien et du Mal, le père de Candyman ne cache jamais sa préférence pour les attraits du second…

La bonne morale n’est pas la seule à être malmenée dans Le Pacte. Il y a aussi le corps, victime de mutations craspecs et de supplices extrêmes dignes d’un David Cronenberg ou d’un Lucio Fulci. Les stupéfiants effets physiques et les maquillages de Bob Keen (déjà à l’œuvre sur Lifeforce) laissent bouche bée et achèvent de faire d’Hellraiser une expérience organique fulgurante, une référence incontournable du « body horror ». Pourtant, Barker sait aussi suggérer l’innommable quand il le faut (la caméra épouse habilement le point de vue de Julia qui ne peut regarder en face les gueuletons saignants de Frank). Et donne parfois aux images une ampleur expressionniste (l’arrivée des Cénobites dans notre dimension est accompagnée par des faisceaux de lumière bleutée transperçant les murs), bien aidé en cela par le score orchestral (et magistral) de Christopher Young… Coup de maître d’un génie du fantastique, choc esthétique et sensitif, bombe crapoteuse et transgressive, cet Hellraiser inaugural marque encore au fer rouge celles et ceux qui osent invoquer notre chère « tête d’épingle »…


« JE SUIS LA REINE FUNESTE »                      HELLRAISER 2 : LES ÉCORCHÉS – 1988

Le Pitch. Bien qu’elle survive aux Cénobites, Kirsty Cotton (Ashley Laurence) se retrouve internée dans un hôpital psychiatrique dont le responsable, le Dr Channard (Kenneth Cranham), se livre à de cruelles expériences, dans l’espoir de percer les secrets de l’autre monde. Il y réussit si bien qu’il ressuscite Julia Cotton (Clare Higgins) qui, aux enfers, règne en maîtresse absolue… Source : ESC Distribution

Autant le dire d’emblée : Hellraiser 2 : les Écorchés est une suite foutrement miraculeuse, le digne successeur d’une œuvre unique et a priori insurpassable. Si Clive Barker passe ici la main à Peter Wishmaster Atkins (au scénario) et à Tony Ticks Randel (à la mise en scène), il reste à l’origine de l’histoire du script et fait partie du staff des producteurs. Sa marque imprègne donc ce nouveau volet et prolonge, autant qu’il développe, les enjeux de son glorieux aîné… Après une entame relatant les événements survenus dans l’épisode précédent (l’occasion de revoir celui qui a refusé de rempiler : Andrew « Scorpio » Robinson) et le retour de la survivante Kirsty (la toujours aussi excellente Ashley Laurence, fausse aliénée et vraie battante), cet Hellbound scelle un nouveau « pacte » entre une humanité décadente et des Cénobites toujours aussi avides de chair fraîche. Mais il le fait en redistribuant intelligemment les cartes. Julia Cotton (Clare Higgins, hallucinante maîtresse des abysses) joue maintenant les écorchées en quête d’épiderme, incarne les dominatrices sans pitié ni limites et n’est plus soumise à qui que ce soit. Ce pauvre Frank, désormais captif des limbes et ne pouvant plus rivaliser avec son ancienne amante, n’a qu’à bien se tenir…

Il faut alors à notre souveraine du chaos un partenaire à sa hauteur, un autre dément qui partagerait sa soif de destruction. Elle le trouve en la personne de l’abominable docteur Channard (l’Écossais Kenneth Cranham), savant fou accro à l’occultisme et directeur d’un hôpital psychiatrique dont les sous-sols secrets annoncent les pires cauchemars de L’Échelle de Jacob. L’impressionnante résurrection de Julia (le sang d’un malchanceux la fait sortir d’un matelas crasseux dans lequel elle était « emprisonnée ») marque les débuts d’une liaison dangereuse placée sous le signe de La Fiancée de Frankenstein. Belle comme une planche anatomique d’André Vésale, les yeux sans visage et les nerfs (littéralement) à vif, la miss Cotton est bientôt recouverte d’un bandage censé dissimuler sa monstruosité… avant qu’un « régime spécial » ne lui donne enfin les traits de la vénéneuse Clare Higgins… C’est aussi la première fois que l’on découvre le capitaine Eliott Spencer. Un officier de l’armée britannique qui, après avoir fait joujou avec la fameuse boîte-puzzle, est transformé en Cénobite. Son nom ? Pinhead (Doug Bradley, fidèle au poste)…

Si, encore une fois, nos créatures vicelardes et sadiques n’ont qu’un temps de présence réduit à l’écran (ce qui n’amoindrit en rien leur charisme mortifère et lubrique), elles nous font en revanche carrément entrer dans leur monde. La grande nouveauté de ce deuxième Hellraiser est ce perturbant séjour en Enfer qui rompt avec le décor presque ordinaire du Pacte (une baraque à l’allure gothique, paumée quelque part en banlieue). La mythologie de la saga s’étend au fur et à mesure que l’on pénètre dans ce labyrinthe à l’architecture surréaliste (des perspectives infinies, des dédales tentaculaires et aucune échappatoire). Dans ce théâtre escherien, tous les chemins mènent au dieu Leviathan (un immense losange rotatif surplombant les lieux) et sèment d’inoubliables tableaux dantesques (des corps de femme en extase s’agitent sous des linceuls blancs tachés de sang)… L’originalité, l’inventivité, l’inspiration sont donc toujours de mise dans Les Écorchés et les ébats suintants entre Eros et Thanatos sublimés avec un égal bonheur. Plus baroque, plus fou, plus épique que le classique de Barker, Hellraiser 2 n’a rien à envier à son illustre prédécesseur et se doit d’être vu dans sa version intégrale, disponible sur le blu-ray (mais pas le dvd, attention) de chez ESC.


« IL N’Y A PAS DE BIEN, IL N’Y A PAS DE MAL, IL N’Y A QUE LA CHAIR ! »                                          HELLRAISER 3 – 1992

Le Pitch. Chef des Cénobites, Pinhead (Doug Bradley) s’arrache à sa prison, un totem qu’expose Monroe (Kevin Bernhardt) dans l’antichambre de son night-club. Après avoir fait de nouveaux adeptes et pris le dessus sur son sauveur, Pinhead affronte un adversaire inattendu et redoutable : l’homme qu’il fût avant de vendre son âme au diable et de basculer dans les ténèbres… Source : ESC Distribution

Après quatre ans d’absence, Pinhead is back on the screen et entre de plein fouet (!) dans les années 1990. Mauvais signe : les frères Weinstein, des margoulins de la pire espèce, commencent à poser leurs paluches sur la franchise via leur société Dimension (entre-temps, la New World Pictures de Roger Corman – présente sur les chapitres antérieurs – met la clé sous la porte). Autre changement ? Le tournage ne se déroule plus au pays de Samantha Fox (l’Angleterre) mais s’effectue désormais chez Marilyn Chambers (les States). De son côté, Clive Barker semble prendre ses distances avec son bébé (et pour cause : son Hellraiser 3 – projet ambitieux situé en Égypte ancienne – n’a pas été retenu). Le scénario de Peter Atkins et Tony Randel tente néanmoins de raccrocher les wagons avec Le Pacte et Les Écorchés (retour du capitaine Spencer et du pilier des âmes, référence aux archives du docteur Channard, témoignage de Kirsty retranscrit par un moniteur vidéo). Narrativement, le film d’Anthony Hickox s’insère de manière cohérente dans la grande histoire racontée par ses pairs de la perfide Albion. Mais en traversant l’Atlantique, ce troisième opus opère un virage qui va décontenancer les fans de la première heure…

Avec Hellraiser III : Hell on Earth, la fascination exercée jusqu’ici par la saga s’émousse. L’horror show se fait moins dérangeant, plus mainstream. Le cadre urbain adopté par le long-métrage donne à la direction artistique un aspect aussi banal que daté, sensation renforcée par des personnages à la caractérisation lambda et un casting fadasse (Terry Farrell ne parvient pas à nous faire oublier Ashley Laurence, l’interprète de Kirsty étant réduite ici à faire de la figuration). En outre, l’entreprise ne se montre pas suffisamment virtuose pour masquer ses carences budgétaires, comme le prouvent cette apocalypse discount (l’Enfer sur terre se déchaîne… dans une seule rue) et des images de synthèse balbutiantes (on n’est pas chez James Cameron). L’effroi au premier degré descend aussi d’un étage lorsqu’il s’agit d’offrir à Pinhead toute la place qu’il mérite. Devenu une icône du genre, « face de clous » se la joue maintenant boogeyman et sort quelques punchlines façon Freddy Krueger. Le prix à payer pour le voir sortir de l’ombre et foutre le boxon. Si le rôle toujours campé par l’indispensable Doug Bradley perd de sa superbe, il faut néanmoins admettre que sa parodie de la crucifixion du p’tit Jésus reste jouissive…

Les temps changent, le ton aussi. Car Hellraiser 3 verse volontiers dans le gore festif. De nouveaux Cénobites revêtent une allure délirante et deviennent de redoutables machines à tuer (mention spéciale au lanceur de CD tranchant !), une tête explose dans un hosto et en fout partout (souvenir d’un examen au « scanner » cronenbergien ?), Pinhead se lâche dans une boîte de nuit et orchestre un massacre homérique (de quoi rendre jalouse Carrie). Tandis que les adorateurs de Leviathan crient au sacrilège, les autres profitent du spectacle… Spectacle qui ne fonctionnerait pas aussi bien sans le savoir-faire de son réalisateur Anthony Hickox (également auteur des chouettes Waxwork et Full Eclipse). Un bon artisan du bis qui ne manque pas d’idées et s’autorise même quelques parenthèses oniriques dans les tranchées de la Première Guerre mondiale et sur les champs de bataille du Vietnam (des passages qui détonnent avec le reste mais apportent une touche d’étrangeté en prime)… Musicalement, c’est aussi le grand chambardement. Le hard rock’n’roll s’invite sur scène (Motörhead en tête) et relègue au second plan les compositions oubliables de Randy Miller (n’est pas Christopher Young qui veut)… Bref, un film qui fait rugir le grand Lemmy Kilmister ne peut pas être mauvais. Surtout si on compare cet Hellraiser 3 avec les suites à venir…


Hellraiser. De Clive Barker. Royaume-Uni. 1987. 1h33. Avec : Ashley Laurence, Clare Higgins, Andrew Robinson…

Hellbound : Hellraiser II. De Tony Randel. Royaume-Uni. 1988. 1h39. Avec : Ashley Laurence, Clare Higgins, Kenneth Cranham…

Hellraiser III : Hell on Earth. D’Anthony Hickox. États-Unis/Royaume-Uni. 1992. 1h36. Avec : Terry Farrell, Doug Bradley, Paula Marshall…

« Il venait d’ouvrir la porte à des plaisirs dont une poignée d’humains à peine connaissait l’existence, sans parler d’y avoir goûté – des plaisirs qui redéfiniraient les paramètres de la sensation, le libérant de la terne ronde dans laquelle désir, séduction, déception l’emprisonnaient depuis l’adolescence »

Clive Barker, Hellraiser

LES ANGES DE LA NUIT : once upon a time in New York

Les vieux cinéphages qui ont découvert le film sur Canal + ou en location VHS (un temps que les moins de vingt ans…) se souviennent encore du grand final de State of Grace aka Les Anges de la nuit. Au tout début des 90’s, l’influence du polar hongkongais – et plus particulièrement celle du maître de l’heroic bloodshed, John Woo – commence à se faire sentir à Hollywood. Dans 58 minutes pour vivre (1990), Bruce Willis flingue un terroriste perché sur l’échafaudage du mythique The Killer. Dans L’Arme fatale 3 (1992) et The Crow (1994), Mel Gibson et Brandon Lee se prennent pour Chow Yun-Fat et règlent leurs comptes avec un revolver dans chaque pogne. Dans Drop Zone (1994), Wesley Snipes et Gary Busey connaissent aussi leurs classiques et se tiennent en joue, l’un en face de l’autre. Autre figure de style « wooienne » : le « mexican standoff » (trois individus, voire plus, se menacent simultanément avec une arme). En 1992, Tarantino s’approprie cette posture pour les besoins de son saignant Reservoir Dogs (qui, plus généralement, reste le remake « pirate » d’une tuerie made in HK, non pas de John Woo, mais de Ringo Lam : City on Fire, 1987). Pour finir ce petit tour d’horizon, signalons la fusillade homérique de Au-dessus de la loi (1993) où un Dolph Lundgren « à toute épreuve » canarde une flopée de figurants dans un garage. Et pour vraiment conclure, souvenons-nous également des déflagrations apocalyptiques du climax de True Romance (1993)…

Bien entendu, ni l’œuvre du réalisateur de Volte/Face ni Les Anges de la nuit ne peuvent se résumer à leurs fulgurances pétaradantes, aussi virtuoses soient-elles. Seulement voilà, le gunfight par lequel s’achève le second constitue une véritable apothéose. Les spectateurs de l’époque n’étaient pas encore habitués à voir ce genre de « shootout scene » dans un film américain. Si, à la base, le ralenti et les geysers de sang doivent quasiment tout à Peckinpah (n’oublions pas que l’auteur de La Horde sauvage demeure l’une des références majeures de Woo), la puissance de feu déployée par Phil Joanou a ce petit quelque chose de lyrique qui fait toute la différence. Durant près de sept minutes, les dernières de State of Grace, le temps suspend son vol et capture le destin de Sean Penn. À la manière d’un western moderne, le « bad boy » de Rick Rosenthal débarque dans un bar miteux avec ses deux calibres. Mais il le fait calmement, comme si les dés étaient déjà jetés. En face de lui, ses antagonistes restent sur le cul. Et pour cause : le gunman en costard est venu seul pour faire parler la poudre. Passé l’étonnement, la première balle siffle. Dehors, la fête de la Saint-Patrick bat son plein. Ce qui suit s’appelle l’enfer… Pénombre trouée par un faisceau lumineux, air asphyxié par la fumée des coups de feu, pieds de tabouret pulvérisés, bris de verre en apesanteur, salves fatales sur des corps en mouvement… L’esthétique du chaos au service d’une chorégraphie qui confine au sublime.

Cette explosion de bruit et de fureur ne serait rien sans une bonne histoire, sans la tragédie qui se noue autour de Terry Noonan (Sean Penn). Après plusieurs années d’absence, ce rejeton de Hell’s Kitchen est enfin de retour à New York. À la « taverne de l’enfer », là où les Irishmen cuvent et se bastonnent, il retrouve son vieux pote Jackie Flannery (Gary Oldman) et la sœur de celui-ci, Kathleen (Robin Wright), la seule femme qu’il ait jamais aimée. L’aîné de la fratrie, Frankie Flannery (Ed Harris), une figure du grand banditisme local, offre à Terry l’opportunité de bosser pour la « famille ». Mais il ne se doute pas encore que cette nouvelle recrue est en réalité un flic infiltré… Il espérait pouvoir rattraper le temps perdu et connaître l’état de grâce. Il pensait redevenir un gamin insouciant et refaire les mêmes conneries. Il se croyait capable de trahir ses amis et d’oublier son passé, son quartier, son amour d’enfance. Tiraillé entre son devoir et ses racines, entre ce qu’il a été et ce qu’il ne sera plus, Terry Noonan s’est lui aussi « couché de bonne heure », à l’instar du héros proustien d’Il était une fois en Amérique. Le jeune paumé de la « cuisine du diable » et le truand vieillissant hanté par ses souvenirs ont fait le même rêve : rester des mômes pour tromper la mort. Voler tel un ange de la nuit ou lâcher un sourire dans une fumerie d’opium ne protègent ni des réveils qui tourmentent ni des crépuscules qui flétrissent…

La parenté entre l’œuvre de Joanou et celle de Leone n’est pas seulement thématique, elle est aussi musicale. Sur des notes de nostalgie désabusée, l’inimitable Ennio Morricone réussit encore une fois à nous étreindre le palpitant et à stimuler nos écoutilles. La colonna sonora du maestro invite à déceler la beauté qui s’immisce parmi les aspérités d’une ville en pleine mutation. Quelques années avant que le maire Giuliani n’applique sa fameuse tolérance zéro, State of Grace évoque déjà le cas de ces ghettos new-yorkais vidés de toute misère et appelés à devenir des lieux branchés. Une fois décapée, dégraissée, décrottée, la « zone » peut enfin accueillir une population plus « acceptable » aux yeux des touristes. La gentrification est en marche et les injustices sociales qui vont avec. Le monde dans lequel Terry et Jackie ont fait les quatre cents coups a changé. Celui qui vient ne leur laisse plus aucune place. La cuisine de l’enfer ne sera bientôt plus qu’une table au paradis, nouveau Disneyland colonisé par les restos gastronomiques et les lounge-bars pour bobos. Les plus démunis seront alors ensevelis sous les gravats, triste sort qui attend certainement ce vieillard rongé par la solitude et convoité par la faucheuse (un rôle tenu le temps d’une séquence par Burgess Meredith, la même année que son émouvante contribution à Rocky 5). La photo majestueuse de Jordan Cronenweth (Blade Runner, tout s’explique) donne parfois à ces ténèbres urbaines des allures de film noir expressionniste. C’est beau une ville la nuit.

Portrait d’une cité sauvagement liftée et d’une génération piégée à l’intérieur, Les Anges de la nuit demeure encore à ce jour le magnum opus de Phil Joanou. À même pas trente berges, le jeune cinéaste se montre particulièrement inspiré par ce polar empreint de fatalisme et de mélancolie. Le classicisme (pour ne pas dire le soin ou l’élégance) de la mise en scène trahit même chez lui une forme de maturité, alors qu’il s’agit seulement de son deuxième film (après sa teen comedy à (re)découvrir Trois heures, l’heure du crime, 1987). Les cinq autres longs de sa discrète filmo n’ont malheureusement pas le même éclat (notons que, durant sa carrière, le bonhomme en a aussi profité pour emballer plusieurs épisodes de série TV, des courts, des clips et même un doc sur U2). Passe encore son thriller psychanalytique avec la fantasmatique Kim Basinger (Sang chaud pour meurtre de sang-froid, 1992), son adaptation de James Lee Burke avec Alec Baldwin en Dave Robicheaux (Vengeance Froide, 1996) ou encore son incursion dans le cinoche indé aux côtés de Stephen Dorff et Judith Godrèche (Entropy, 1999). Mais difficile, en revanche, de débusquer le moindre style, de dénicher une once point de vue dans des panouilles telles que Rédemption (2006, un véhicule à la gloire de The Rock) et The Veil (2016, une production Blumhouse avec Jessica Alba). Aujourd’hui, le réalisateur semble avoir baissé les bras, faute d’étincelles au box-office. Pas assez rentable pour Hollywood. En son temps, même Les Anges de la nuit n’est pas parvenu à attirer les foules. Le talent ne paie pas toujours. Faut dire que le film a été distribué n’importe comment par une Orion Pictures au bord de la faillite. Et que d’autres magnifiques « gangster movies » lui ont fait de l’ombre en cette année 1990 : Les Affranchis, The King of New York, Miller’s Crossing, Le Parrain 3. Pas de bol. Pourtant, State of Grace est de la même trempe.

La preuve : seuls les grands films s’enorgueillissent d’un tel casting. Après s’être comporté comme un chien enragé face à Christopher Walken, avoir défendu les couleurs agressives et brûlantes de Dennis Hopper, commis les pires outrages pour Brian De Palma, Sean Penn est en pleine ascension lorsqu’il endosse le rôle de Terry Noonan. Jamais effrayé à l’idée de se retrouver dans une impasse, de gravir la dernière marche ou de traverser la rivière mystique, l’acteur n’a pas son pareil pour habiter des personnages torturés, fiévreux, sur le fil du rasoir. Idem pour Gary Oldman, chien fou imprévisible et fripouille attachante. Avant Les Anges de la nuit, il a été Sid Vicious. Après, il sera Lee Harvey Oswald (chez Oliver Stone), Dracula (pour les lèvres rouges de Winona), Beethoven (pas le Saint-Bernard, le compositeur) et un Roméo hémorragique malmené par une foudroyante Lena Olin (le veinard). Jojo n’y est probablement pas pour rien… En 1990, Ed Harris a déjà l’étoffe d’un héros. Même les abysses cameronniens ne lui ont pas fait boire la tasse. Ce qui ne l’a pas tué, l’a rendu plus fort. Ici, le futur Shérif Jackson en impose un max, manie la duplicité de Frankie Flannery avec une habileté méphistophélique. Un seul de ses regards ferait chier dans son froc « La Montagne » de Game of Thrones. C’est dire. Quant à Robin Wright, la so lovely Princess Bride rescapée de Santa Barbara, elle débute là une carrière incassable. Devant la caméra de Phil Joanou, la blonde céleste incarne ce mirage que ne peuvent enlacer ceux qui ont fait le choix des armes. Certains anges ne montent jamais au ciel.

State of Grace. De Phil Joanou. États-Unis/Royaume-Uni. 1990. 2h14. Avec : Sean Penn, Ed Harris, Gary Oldman…

TENDER FLESH : chair pour Jess Franco

Après des débuts placés sous le signe du gothique espagnol (L’Horrible Docteur Orlof, 1962), plusieurs collaborations avec de grands producteurs du cinoche populaire (Harry Alan Towers, Robert de Nesle) et une expérience plus ou moins heureuse avec les bisseux d’Eurociné (allant du sublime La Comtesse Noire au bien Z L’Abîme des morts-vivants), Jess Franco aborde la fin des 80’s et le début des 90’s de manière beaucoup plus discrète. Les tournages frénétiques s’espacent d’année en année et el cineasta semble subir de plein fouet la fin d’une époque (triste période que celle voyant la fermeture des salles de quartier, les unes après les autres…). Mais le gaillard n’a pas l’intention de prendre sa retraite (avec ou sans points) et cherche par tous les moyens de filmer, encore et toujours. Alors que les opportunités de financement se font de plus en plus rares en Europe, une structure indé américaine (One Shot Productions) est prête à lui filer un petit coup de main. L’occasion pour l’Oncle Jess de rompre avec les commandes du style Dark Mission (1988) et de ressentir des vibrations plus personnelles. Ce projet providentiel s’intitule Tender Flesh et permet à son auteur de revisiter Les Chasses du Comte Zaroff à la façon du Marquis de Sade (ce qu’il avait déjà fait avec La Comtesse Perverse en 1974, avec dans le rôle-titre une si cruelle, si désirable Alice Arno). Le script est bien rodé : Madame et Monsieur Radeck (Lina Romay en rabatteuse et Alain Petit en « cuisinier »), un couple vicelard et plein aux as, invitent la strip-teaseuse Paula (Amber Newman) à venir prendre du bon temps dans leur résidence insulaire. En compagnie de deux autres amants dépravés, la Baronne Irina (Monique Parent) et un certain Kallman (Aldo Sambrell), la convive ne se doute pas que ses hôtes sont en réalité des prédateurs adeptes de la chair humaine…

Avec ce tardif Tender Flesh (1997, tout de même), Jesús Franco Manera semble retrouver une seconde jeunesse et avec elle la ferveur artistique. Le making of présent sur la galette artusienne (et shooté avec son handycam Hi8 par Alain Petit himself) nous le montre en train de diriger ses comédiennes, de répéter avec elles, de s’allonger par terre pour cadrer un plan en contre-plongée, de préparer avec soin telle ou telle scène. Ces images sont d’autant plus précieuses qu’elles tordent le cou aux idées reçues selon lesquelles le sadique Baron Franco ne serait qu’un vulgaire tâcheron. Mieux encore, elles confirment que l’auteur de Venus in Furs a su traverser les époques (il est dans le métier depuis les fifties), s’adapter à une nouvelle équipe technique (essentiellement composée de vingtenaires, trentenaires dévoués) et rester fidèle à lui-même (jusqu’à son ultime péloche, il restera ce punk accro au 7ème art). Néanmoins, si Tender Flesh représente un tournant dans la filmo impressionnante du p’tit Jesús, c’est aussi parce qu’il est le dernier de ses opus à profiter encore de l’usage de la pellicule. Avouons, toutefois, que le format adopté pour l’occasion, le 16 mm, n’est pas des plus gracieux (formellement parlant, ça n’arrive pas à la cheville du 35 mm d’antan). Mais ces considérations esthétiques ne pèsent pas lourd face au grand retour des obsessions franquiennes. Et pour bien faire les choses, elles débutent carrément avec une citation tirée d’Ulysse de James Joyce : « God made food, the devil the cooks » (« Dieu a fait l’aliment, le diable l’assaisonnement »). Encore que la chair tendre se déguste ici au-delà du bien et du mal, avec la liberté de jouir jusqu’au crime. Chez el siniestro doctor Franco, le divin Marquis a toujours sa place à table (le premier a d’ailleurs souvent adapté les écrits du second)…

On retrouve dans Tender Flesh, ce qui caractérise le plus le réal aux mille pseudos et en a fait un maître de l’érotisme : une manière particulière de suspendre le temps afin de caresser avec les yeux le corps de ses nymphes. Sans oublier une certaine tendance à pousser le stupre vers des rivages insolites. Ce désir trouble s’assouvit, pour notre plus grande volupté, à travers de nombreuses fulgurances bien gratinées. Notamment, le numéro scénique d’une Amber Newman tripotant jusqu’à l’orgasme les phallus démesurés de deux pantins cauchemardesques (le tout éclairé façon Café Flesh). Ou la même recevant d’innombrables coups de fouet alors que des effets kaléidoscopiques contaminent l’écran (un écho aux supplices subis par l’incandescente Marie Liljedahl dans Les Inassouvies). À ces fantasmes baroques trahissant le penchant de Franco pour l’expérimentation et l’onirisme, il faut ajouter un morceau de bravoure comme on en voit peu. À savoir celui où la soubrette Furia (Analía Ivars) se soulage la vessie dans une poêle et en fait goûter le contenu au « masterchef » Alain Petit… Dans cette joyeuse atmosphère de débauche, la légendaire Lina Romay (dont le personnage se prénomme Gorgona, ça le fait !) ne démérite pas et prend visiblement son pied à jouer les chatouilleuses méphistophéliques. Devant l’œil lubrique de son éternel compagnon, la « Rolls-Royce Baby » dévoile son sexe brillant et déclame avec gourmandise quelques répliques croquignolettes (« Pour vous Seigneur, deux garces pour le prix d’une ! »).

Outre notre Lina adorée, l’autre brune piquante du film n’est autre que la susmentionnée Analía Ivars (un ex-membre de l’escadron des panthères mené par Sybil Danning). Impossible de ne pas être submergé par la sensualité de cette insatiable Furia. Cette flor de perversión promène sa langue sur tout ce qui bouge et même sur les talons en latex de la miss Gorgona… Dans les griffes des maniaques, la mimi Amber Newman (l’une des habituées des Sex Files) passe plutôt bien de la candeur à la lascivité même si sa compatriote Monique Parent paraît plus à l’aise dans cet enfer des plaisirs. Scream Queen au CV conséquent (cent cinquante titres dont l’Hollywood Night Péchés Capitaux avec Tanya Roberts et moult travaux pour des cadors du Bis comme Wynorski, Olen Ray ou DeCoteau), « Momo » se montre hautement convaincante en aristo désaxée (pour Franco, son charisme évident et sa blondeur glaciale la rapprocheraient d’une Maria Rohm). Des actrices avec un petit slip à fleurs (ou avec une culotte transparente) parmi lesquelles se délecte ce vieux canasson d’Aldo Sambrell (une gueule du western italien, mais pas seulement, vue chez Leone et Corbucci) et le collaborateur, ami et spécialiste du Jess, Mister Petit en personne (il faut le voir chanter son mythique « La vie est une merde » dans un autre effort de l’Espagnol fou : Lady Porno aka Midnight Party, 1976).

Dans ce Carne Fresca (le titre hispanique préfère la « chair fraîche »), Jesús Franco semble prendre conscience du culte qui l’entoure et insuffle à l’entreprise une dimension méta à laquelle les producteurs et fanboys de chez One Shot ne sont certainement pas étrangers (Orson Welles est évoqué au détour d’un dialogue, comme pour rappeler que le parcours de ce dernier a croisé un jour celui de Franco). Et dans ce même élan, le second degré s’invite lui aussi à la fiesta, tout spécialement durant la traque finale (des applaudissements et des rires de sitcom couvrent cette séquence supposément dramatique). Second degré bientôt rejoint par ce si chère (chair ?) humour noir (pour ne pas dire macabre) qui, pour sa part, relève la sauce d’un ultime plan bien corsé (les outrances du futur Hannibal de Sir Ridley ne sont pas loin). À travers l’enregistrement des ébats sulfureux par le cuistot anthropophage, le film interroge aussi le spectateur sur sa position de voyeur… Une sorte de mise en abyme, en somme.

En ce qui concerne les décors naturels offerts par la Costa del Sol, on peut dire qu’ils ont été exploités de façon fichtrement astucieuse (ou comment simuler une forêt subtropicale déserte… à quelques mètres de la circulation !). Mieux encore : sur une bande-son aussi inspirée que variée (orgue funèbre, vocalise mélancolique, rock et folk entraînants), ce sont encore une fois les femmes qui dominent le plus dangereux des jeux. À l’instar de Montserrat Prous, sacrifiée sur l’autel de la libido masculine dans Le Journal intime d’une nymphomane, les amazones de Tender Flesh savent de quoi sont capables les hommes. En conséquence de quoi, elles prennent les devants et inversent les rôles. Que l’on se souvienne également de la toute-puissante et sans pitié Shirley Eaton dans Sumuru, la cité sans hommes; de la sexorciste conquérante Pamela Stanford dans Les Possédées du diable; de Britt Nichols et Anne Libert, créatures de la nuit vivant pour l’extase, respectivement dans La Fille de Dracula et Les Expériences érotiques de Frankenstein. Longue vie à la chair !

Tender Flesh/Carne Fresca/Boccato di Cardinale. De Jess Franco. Espagne/États-Unis. 1997. 1h31. Avec : Amber Newman, Lina Romay, Monique Parent…

LA RELÈVE : old action hero

L’âge aidant, Clint Eastwood n’est jamais apparu aussi vulnérable à l’écran que dans La Mule. Dans la peau de cet horticulteur dans la dèche amené à transporter de la schnouf pour le cartel mexicain, l’acteur/réalisateur oppose son corps usé par le temps à celui des dealers armés jusqu’aux dents. Le contraste est saisissant mais l’octogénaire ne se montre nullement intimidé par ce rapport de force en sa défaveur. Celui qui tire sa révérence après une dernière chanson dans Honkytonk Man et se filme dans un cercueil dans Gran Torino n’a jamais eu peur de vieillir ni de mourir. On ne sait pas si La Mule constitue le véritable film testament de son auteur. On ne peut dire s’il représente l’ultime pierre d’un édifice humaniste, nostalgique, crépusculaire, désenchanté et tourmenté par les thèmes de la transmission, la culpabilité et la rédemption. L’idée de voir la légende (peut-être) pour la dernière fois bouleverse à elle seule nos cœurs de cinéphage (une émotion similaire irrigue aussi le récent Creed II, notamment à travers un plan sublime dans lequel Sly/Rocky est cadré de dos, remet paisiblement son chapeau sur la tête et laisse la nouvelle génération dans la lumière…). Quoi qu’il en soit, la longévité du monsieur fascine toujours autant. La sortie d’un nouvel opus semble l’immortaliser chaque fois un peu plus. Fuck la faucheuse, celle-ci peut bien attendre…

En s’éloignant du cinoche populaire qui l’a rendu célèbre, en refaçonnant une œuvre unique dans les annales hollywoodiennes, Eastwood a mis une certaine distance avec ses mythes. Pire que ça, il les a même tous enterrés. En 1988, il règle son compte à Dirty Harry, rôle qui lui a longtemps collé à l’épiderme, avec La Dernière Cible. En 1992, il fait ses adieux au western, genre sans lequel il n’aurait jamais percé au cinéma, avec Impitoyable. Entre ces deux funérailles de luxe, en 1990, il dégomme une bonne fois pour toute son statut d’action star en livrant son dernier baroud d’honneur pétaradant avec La Relève. Et pour l’occase, le bonhomme met le paquet, jubile de mille feux. Son but : mettre à l’amende les blockbusters à la mode, pondre un buddy movie digne de L’Arme Fatale et de sa suite, histoire de montrer qui est le boss. Pour cela, inutile de singer le style Joel Silver. En échange du financement du beaucoup moins commercial Chasseur blanc, cœur noir, Eastwood offre à la Warner un polar old school et foutrement teigneux. Telle est la signature du maître. Le script de Boaz Yakin (le Punisher avec Dolph) et Scott Spiegel (Evil Dead 2, respect) s’avère être le terrain de jeu idéal pour le cinéaste/interprète qui peut ainsi s’en donner à cœur joie. À l’arrivée, The Rookie demeure la péloche la plus fun (ex-æquo avec Le Maître de Guerre) et la plus spectaculaire (L’Épreuve de Force vient juste après) du père Clint.

La plus fun parce que l’heure est à la décontraction et aux punchlines qui fusent comme des balles. C’est bien simple, toutes les cinq minutes une réplique ultra badass vient nous décrocher la mâchoire (un exemple mémorable : « J’ai certainement une bonne centaine de raisons de ne pas vouloir te buter. Mais pour l’instant, j’en vois aucune. » BANG !!!). Envoyer un bon mot dans les gencives des bad guys juste avant de les liquider (le péché mignon des gros bras des 80’s) est devenu un exercice bien peu pratiqué de nos jours (les saillies verbales que l’on peut entendre chez Shane Black ou dans les deux premiers Expendables peuvent faire office d’exceptions). Rappelons aussi que la qualité du doublage français accentue le caractère jouissif de l’entreprise. Le travail du regretté Jean-Claude Michel, la plus fameuse des voix françaises de « l’homme sans nom », apporte beaucoup au jeu de ce dernier. À tel point que le long-métrage perd de son charme en VO (du moins pour celles et ceux qui ont découvert les classiques de Clint en VF). Les récurrences tordantes (le gimmick « T’as du feu ? » ou les circonstances de la rencontre entre les deux héros, identiques au début et à la fin du récit) et les situations bidonnantes (Charlie Sheen face aux molosses du cimetière de voitures) permettent également au spectateur de se fendre la poire.

Comme annoncé plus haut, La Relève est aussi l’effort le plus spectaculaire d’Eastwood. Les festivités démarrent sur les chapeaux de roues avec une course-poursuite automobile effrénée. L’une des nombreuses fulgurances bourrines d’un film généreux en la matière. Car le cavalier solitaire de Pale Rider fait ici tout péter ! Un bar miteux, un hangar douteux et même un jet privé ! Pour le reste, c’est du brutal (la bête est classée R aux États-Unis). Faut dire que notre Inspecteur Callahan semble être né avec le calibre en pogne. Et à soixante piges, il s’avère toujours aussi crédible dans le registre physique. Le duo qu’il forme avec Sheen (impeccable en jeune keuf d’abord coincé, ensuite enragé) provoque des étincelles mais pas seulement : il constitue également le symbole d’un passage de relais, d’un héritage dans lequel son auteur laisse à la jeunesse montante les rênes de l’entertainment made in USA. Illustrant avec un classicisme sans chichis et un max d’efficacité une intrigue assez familière (Eastwood et Sheen jouent deux flics tentant d’épingler des voleurs de bagnoles), le réal de Sudden Impact en profite aussi pour glisser au sein de cette folle aventure un passage aussi troublant que singulier. Attaché à une chaise dans le repaire des criminels, Clint se fait chevaucher par la létale et intimidante Sonia Braga. En clair, une femme viole un homme et lui impose ses désirs, baisant quand elle veut, comme elle veut et où elle veut. L’occasion pour le comédien/metteur en scène de démentir les accusations de machisme dont il a si souvent fait les frais… Contourner les attentes tout en faisant fi des étiquettes ? La spécialité d’un vieux dur à cuire qui, deux ans après Bird, revient au film de genre avec une déflagration orgasmique comme on n’en fait plus.

The Rookie. De Clint Eastwood. États-Unis. 1990. 2h01. Avec : Clint Eastwood, Charlie Sheen, Raul Julia…

SUR LA ROUTE DE MADISON (Clint Eastwood, 1995)

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À la mort de leur mère, Francesca Johnson, Carolyn et Michael apprennent qu’elle a demandé à être incinérée, et découvrent aussi, à travers son journal intime, un chapitre secret de sa vie. L’été 1965, alors que son mari, fermier de l’Iowa, et ses enfants se rendaient à un comice agricole, Francesca a rencontré Robert Kincaid, un photoreporter égaré, à la recherche d’un vieux pont couvert du comté à immortaliser pour National Geographic. Afin de mieux l’orienter, Francesca l’a accompagné. Le début d’une parenthèse de quatre jours qui les a marqués l’un et l’autre à jamais. Source : arte.tv/fr

Lors de sa carrière, Clint Eastwood a souvent alterné les projets perso avec d’autres plus commerciaux. Pourtant, scinder son œuvre en deux – avec d’un côté les films populaires et de l’autre ceux dits d’auteur – se révèle bien trop simpliste. Tout d’abord parce que l’expression « film d’auteur » ne veut rien dire lorsqu’elle est utilisée pour s’opposer au cinéma grand public. Quand il shoote L’Épreuve de Force ou Sudden Impact, Eastwood est un auteur insufflant son style et sa personnalité à des longs-métrages de studio (la Warner en l’occurrence). Et ensuite parce que la richesse évidente du parcours de l’intéressé défie toute tentative de classement binaire. À la sortie de Sur la route de Madison, beaucoup ont été surpris de voir Dirty Harry associé à un mélo. C’est oublier que – tout au long des 80’s – le bonhomme avait su faire évoluer son image à travers des réussites comme Bronco Billy, Honkytonk Man ou encore Bird. Au début des années 1990, un film somme vient faire éclater toute la puissance crépusculaire et la maturité artistique du grand Clint : Impitoyable. Dans ce même mouvement, Un monde parfait et Sur la route de Madison imposent un cinéaste en pleine possession de ses moyens et de plus en plus lucide quant à la fugacité de l’existence. Aujourd’hui, personne ne peut nier la pertinence de voir Eastwood aux commandes de The Bridges of Madison County. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le dernier des géants raconte une histoire d’amour impossible. Il faut remonter assez loin pour retrouver les prémisses de l’adaptation du roman de Robert James Waller. Dans Breezy (1973), troisième mise en scène du cavalier solitaire, une différence d’âge et de statut social compromet l’idylle entre un architecte quinqua (William Holden) et une jeune hippie (Kay Lenz). Comme quoi, bien avant les premiers oscars et l’actuel consensus critique, Clint savait déjà diriger une romance digne de ce nom. À la différence que Sur la route de Madison s’avère beaucoup plus poignant que son aîné. Car en seulement quatre jours, Francesca Johnson et Robert Kincaid se sont aimés pour toute une vie. Tout se joue le temps d’une parenthèse éternelle, avant que les sentiments de nos deux amants ne se transforment en cendre. Leur relation, cruellement éphémère, commence à peine qu’elle doit déjà se terminer. Dès le départ, cette union impose un sacrifice. Pour Francesca, il s’agit de quitter sa famille et de partir avec son photographe bien-aimé. Ou le laisser filer et retrouver sa condition de femme au foyer. Mais une telle décision implique aussi les autres. Faire table rase du passé et changer le présent peut avoir des conséquences sur ses proches, surtout dans l’Amérique conservatrice de 1965. Dans ce contexte, réaliser ses rêves a un prix. Aux yeux de cette fermière de l’Iowa, Robert représente la liberté qu’elle n’a jamais eu. Captive d’une ruralité bien trop tranquille, Francesca voit aussi dans cette rencontre l’occasion de rompre avec l’ennui qui la ronge en silence depuis tant d’années. À ce titre, elle sait que la banalité du quotidien peut faner les plus belles chimères. Ces quatre jours resteront donc son secret le plus précieux, un souvenir inaltérable que rien ne pourra ternir. Meryl Streep souligne avec une immense délicatesse les espoirs et les désillusions de son personnage, magnifie les différentes variations d’un désir qui monte, étreint et finit par consumer. À l’écran, ses échanges avec Clint Eastwood relèvent de l’alchimie. Les dialogues sont ciselés et laissent les émotions affleurer comme une caresse. Chaque mot sonne juste, chaque geste est décisif. La pureté de la mise en scène capte l’essentiel et ne rate rien du drame inconsolable qui se joue. Les quelques notes au piano du morceau Doe Eyes de Lennie Niehaus cristallisent de façon progressive cette love story déchirante et empreinte d’une nostalgie un brin désenchantée (mais pas encore désabusée, comme elle le sera plus tard dans le film le plus noir d’Eastwood : Mystic River). D’une élégance rare et d’une tristesse infinie, Sur la route de Madison nous invite à ne pas passer à côté de notre vie et ce même si la réalité étouffe parfois nos aspirations les plus folles. Alors levons nos verres aux soirées d’autrefois et aux musiques d’ailleurs…

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The Bridges of Madison County. De Clint Eastwood. États-Unis. 1995. 2h15. Avec : Meryl Streep, Clint Eastwood et Annie Corley. Maté à la téloche le 15/07/18.

ROBE DE SANG (Tobe Hooper, 1990)

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En transformant une cape rouge découverte dans une malle en une superbe robe de soirée, une belle étudiante tombe sous le coup d’une malédiction plusieurs fois centenaire. Diaboliquement séduisante, elle se métamorphose sous son influence maléfique en une dangereuse prédatrice… Source : movinside.fr

Celles et ceux qui, dans les nineties, ont eu le droit de veiller tard pour mater « Les Jeudis de l’angoisse » (M6) se souviennent peut-être de Robe de sang aka I’m Dangerous Tonight aka Red Evil Terror. Un téléfilm confié à Tobe Hooper au moment où sa carrière vacille (cette dernière ne reprendra du poil de la bête qu’au milieu des années 2000 avec le très honorable diptyque  The Toolbox Murders/Mortuary). Si l’âge d’or du Texan commence quelque peu à s’éloigner (1974-1986 : douze ans de bonheur s’étalant sur nos écrans fantastiques), le réalisateur de Lifeforce sait encore mener un projet jusqu’à son terme, quand bien même celui-ci ne lui permet pas de se surpasser. Sa commande cathodique, Hooper l’emballe avec savoir-faire à défaut d’y mettre un max de passion. Cette histoire de fringue aztèque s’emparant du corps et de l’esprit de ses hôtes peut se voir comme une version textile du Christine de Big John (toute proportion gardée, bien sûr). Un argument surnaturel pas plus mauvais qu’un autre, sorti tout de même d’une nouvelle de Cornell Woolrich (dont les écrits ont donné au cinéma Fenêtre sur cour ou La Sirène du Mississipi, ce qui n’est pas rien). Les producteurs et scénaristes Bruce Lansbury et Philip John Taylor (deux spécialistes de la fiction TV, surtout le premier) n’ont pas salopé leur adaptation. En premier lieu, leur script évite de tomber dans un schéma répétitif, piège tendu par la nature slasheresque de son sujet (les meurtres se succèdent autour de la fameuse robe, qui plus est dans un milieu estudiantin et des banlieues pavillonnaires – mais pas que). Loin de se contenter d’une seule protagoniste, la malédiction se transmet en réalité d’un individu à un autre, par simple contact avec l’étoffe maudite (on peut également songer au génial Hidden de Jack Sholder). À mi-parcours, le scénar en profite aussi pour développer une intrigue secondaire qui – de manière habile – relance l’ensemble de plus belle (une fille en rouge assassine des mecs pour se payer sa dose de junkie, un rôle tenu par la grande Dee Hurlements Wallace !). Dommage que la plupart des personnages pâtissent d’une caractérisation assez primaire, voire stéréotypée (la cousine bimbo, le sportif bellâtre, le flic blasé – ce dernier étant campé par cette vieille baderne de R. Lee Ermey, la pilule passe plutôt bien). Cependant, Amy (l’héroïne interprétée par Mädchen Amick) bénéficie d’un traitement un peu à part puisqu’elle ne se résume pas seulement à sa beauté virginale. C’est avant tout son intelligence qui lui permet de combattre les effets destructeurs du mal, c’est grâce à la force de son esprit qu’elle peut résister à cette attraction fatale. Un bon point, surtout dans le cadre étriqué d’une prod télé. Car, comme chacun sait, les limites imposées par la petite lucarne empêchent tout débordement (ce qui n’est plus le cas aujourd’hui). Il faut donc s’accommoder de quelques filets de sang et de deux ou trois notes sexy assez frileuses. Toujours ça de pris. Avouons toutefois que cette timidité horrifico-érotique prévisible ne nuit pas trop à Robe de sang. Conscient du caractère modeste de l’entreprise, Tobe Hooper ne se laisse pas aller pour autant. Les séquences nocturnes jouissent d’un soin particulier, la fin ouverte fait preuve d’une ironie tout à fait inattendue et le cinéaste s’amuse à citer les classiques des années 70/80 (des plans de Terminator et d’Halloween sont repris tels quels), tout en faisant un petit clin d’œil à sa propre filmo (le visage crispé de la grand-mère en fauteuil roulant renvoie aux grandes heures de la famille tronçonneuse). Mais le point fort de I’m Dangerous Tonight demeure son casting extrêmement plaisant, composé d’habitué·e·s du fantastique, de vétérans du Bis, de gueules de porte-bonheur et de beautés évanescentes ou létales. Outre les susmentionné·e·s Dee Wallace et R. Lee Ermey, notons la présence fugace de William Berger. Cette figure marquante du cinoche pop européen (Le Dernier face à face, L’île de l’épouvante) joue ici les anthropologues lors d’une intro dévoilant un joli sarcophage à la Indiana Jones. Pour sa part, Anthony Perkins se voit offrir un emploi plus consistant. Seulement, ses interventions sporadiques dans le récit s’avèrent curieusement agencées (l’acteur, en fin de carrière, peine à trouver sa place dans le film). Quant à la toute jeune Mädchen Amick, elle constitue le véritable trésor de ce Robe de sang. La Shelly de Twin Peaks se montre très douée pour la comédie, passant avec assurance de l’étudiante réservée à la bombe incendiaire. Et puis, plus craquante que la Mädchen, tu meurs ! De quoi faire fondre le p’tit cœur de boucher de notre cher Leatherface.

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I’m Dangerous Tonight. De Tobe Hooper. États-Unis. 1990. 1h28. Avec : Mädchen Amick, Dee Wallace et Anthony Perkins. Maté en dvd le 28/05/18.

PERFECT BLUE (Satoshi Kon, 1997)

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C’est sans regret que Mima, chanteuse, quitte son groupe pour se consacrer à une carrière de comédienne. Elle accepte un petit rôle dans une série télévisée. Cependant son départ brusque de la chanson a provoqué la colère de ses fans et plus particulièrement celle de l’un d’eux. Le mystérieux traqueur passe à l’acte en dévoilant en détail la vie de la jeune femme sur Internet, puis en menaçant ses proches. Plusieurs incidents violents se produisent dans l’entourage de Mima et elle réalise que son existence se confond dangereusement avec la série télé. Source : madmovies.com

Une trempe maousse liée à mes souvenirs de vidéophage, quand la VHS made in « HK Vidéo » trônait fièrement sur mes étagères. Debout et face à moi, elle me faisait de l’œil et m’aguichait avec son visuel teinté d’un bleu évidemment parfait. Certes, nos chères bandes magnétiques qui vendaient du rêve dans les années 80 et 90 (et un peu 2000) ne sont plus. Mais les œuvres, elles, ne changent pas et ce quelque soit le support. Immortel, Perfect Blue fait – aujourd’hui comme hier – toujours autant triper. Le tout premier long du regretté Satoshi Kon n’a pas pris une ride et n’a rien perdu de sa puissance visuelle, sonore et sensitive. Et bien sûr narrative. Rarement cauchemar pelliculé n’aura été aussi fluide alors qu’il fragmente, heurte et bouscule sans cesse le récit. Dès les premières minutes, le montage brise toute linéarité comme pour annoncer le chaos psychique et physique à venir. Plus le film avance, plus le vertige s’intensifie. L’ambiguïté du point de vue de Mima nous ballotte constamment entre le réel et l’imaginaire, nous plonge dans des limbes où le vrai et le faux s’emboîtent comme des poupées gigognes. La virtuosité avec laquelle Kon orchestre sa mise en abyme s’avère proprement sidérante (voir ce jeu de va-et-vient entre le quotidien de son héroïne et le tournage de sa série télé). La schizophrénie, déclenchée par l’apparition du double ricanant de l’ancienne chanteuse, précipite celle-ci dans une spirale encore plus infernale. Filmer la folie est un exercice d’équilibriste qui n’est pas donné au premier cinéaste venu. Il faut jouer les acrobates sans tomber dans le vide ni perdre de vue son objectif. Avec un talent insolent, l’auteur de Paprika y parvient aisément tout en sachant où il va. Malgré les chemins tordus qu’elle emprunte, l’intrigue repose sur un tout cohérent et se conclut par un twist aussi plausible qu’imprévisible. Brillamment écrit et construit, Perfect Blue se montre tout aussi remarquable lorsqu’il s’agit de mise en scène. Un exemple parmi d’autres : la séquence du message hostile destiné à Mima et reçu chez elle par fax. Le bruit caractéristique de l’appareil libérant le papier crée une musique désarticulée et progressivement inquiétante. La bande-son traduit alors la nature menaçante de la missive, tandis que Mima réalise que quelqu’un l’épie. Seule avec sa peur, elle se tourne vers la fenêtre et ferme le rideau. Là, dehors, quelque part, une ombre se cache dans l’immensité urbaine pour tourmenter la jeune femme… Dès lors, l’existence de l’ex-popstar bascule dans un mauvais rêve où le danger n’est pas feint. Si les songes – aussi funestes soient-ils – ne peuvent se matérialiser (en principe), les hallucinations finissent pourtant par devenir létales. Car la mort, luisante comme une lame de poignard, s’invite dans des fulgurances homicides que n’auraient pas renié le Dario Argento de Ténèbres (cf. le meurtre du photographe de charme, lardé de plusieurs coups de couteau avec une violence inouïe). La maestria de la forme et la perversité du suspense nous imposent une autre référence prestigieuse : Brian De Palma. Nul doute que si le réalisateur de Pulsions avait dirigé un film d’animation, celui-ci ressemblerait beaucoup à Perfect Blue. Ce qui n’est pas un mince compliment. Cette version vicelarde de Bodyguard (1992) permet également à Satoshi Kon de décrire le comportement de la communauté des fans, dont les membres ne sont pas toujours bienveillants envers leurs stars favorites. Profondément monomaniaques, les « otakus » (terme utilisé pour désigner les geeks japonais) sont bien souvent prêts à tout pour leur passion, y compris à tuer. Les chansons cuculs auxquelles souhaite échapper Mima ne sont qu’un leurre dissimulant la laideur de celles et ceux qui les écoutent. Trop fleur bleue pour être honnête, la J-Pop ne reflète aucunement la réalité d’une société oppressante et idolâtre jusqu’à l’extrême. Kon pousse même la réflexion un peu plus loin et aborde déjà les dérives du web. Visionnaire, il anticipe l’avènement des réseaux sociaux, ce grand foutoir numérique où n’importe qui peut dissimuler sa véritable identité pour insulter, espionner et harceler son prochain. Monde virtuel, nuisance réelle. Et authentique chef-d’œuvre en ce qui concerne cet étourdissant Perfect Blue, prouesse cinématographique de vingt piges possédant toujours son pouvoir de fascination. Ce n’est pas le Darren Aronofsky de Requiem for a Dream et de Black Swan qui dira le contraire.

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Pafekuto Buru. De Satoshi Kon. Japon. 1997. 1h20. Avec (voix v.o.) : Junko Iwao, Rica Matsumoto et Shinpachi Tsuji. Maté en salle le 15/05/18.

L’ARMÉE DES DOUZE SINGES (Terry Gilliam, 1996)

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En 1997, cinq milliards d’êtres humains ont été anéantis par un virus foudroyant. Les animaux dominent de nouveau la planète, tandis que les rares survivants ont été contraints de se réfugier dans un monde souterrain, régi par des savants aux pouvoirs absolus. En 2035, rêvant de retrouver l’air libre, ceux-ci décident d’envoyer des détenus dans le passé pour chercher des indices sur la nature du virus. Désigné pour une de ces missions, James Cole est propulsé en 1990, plusieurs années avant la catastrophe. Interpellé par la police, il fait la connaissance de Kathryn Railly, une jeune psychiatre, avant d’être enfermé dans un asile. Le visage de la jeune femme lui semble familier et le replonge dans une scène qui hante ses rêves depuis l’enfance : le meurtre d’un homme dans un aéroport… Source : arte.tv/fr

Le futur selon Terry Gilliam : déglingué, absurde et sardonique. Le monde de Brazil s’est enfin effondré sous le poids de sa propre bêtise. Un virus l’a transformé en une gigantesque poubelle. Désormais, les survivants se terrent dans les catacombes. Les plus chanceux vivent dans des cages, alvéoles crasseuses d’une tôle aussi accueillante que la planète prison d’Alien 3. Les autres sont morts. D’une noirceur suintante et étouffante, ces images (et celles qui suivent) sont toutes imprégnées du style créatif et singulier de son auteur. Des éléments incongrus et inquiétants s’incrustent dans les décors, les costumes, les accessoires. Le recours systématique au plan oblique bascule la réalité dans la folie. Folie qui contamine tous les aspects de Twelve Monkeys. Le cinéaste se prend pour le docteur Caligari et commence même par enfermer James Cole dans un asile n’ayant rien à envier à celui de Gotham City. À cet instant, la fin du monde n’a pas encore eu lieu mais l’atmosphère schlingue déjà l’apocalypse. Voyager dans le temps ne permet pas de retrouver un paradis perdu, mais de se rendre compte que le passé est aussi flippant que le futur. Semant elle-même les graines de sa propre destruction, l’humanité mérite-t-elle d’être sauvée ? Une question qui obscurcit l’enjeu principal du film : enrayer le cataclysme. Cependant, difficile de croire que la solution puisse venir des cendres de demain. Chargés d’envoyer le héros enquêter sur les origines du virus, les scientifiques de 2035 sont complétement azimutés et n’aspirent aucune confiance. Pour eux, Cole n’est qu’un vulgaire rat de laboratoire propulsé n’importe où, quand et comment dans les couloirs du temps (une erreur d’aiguillage le jette momentanément dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, et à oilpé en plus). L’expérimentation animale est d’ailleurs liée à la formation de cette mystérieuse armée des douze singes et souligne la barbarie inhérente aux êtres humains. Pourquoi modifier le cours des choses alors que nous sommes incapables d’évoluer dans le bon sens ? Pourquoi nous donner une deuxième chance lorsque l’on ne retient aucune leçon de nos conneries ? Comme l’illustre le rêve récurrent de Cole – où, enfant, il assiste à une inéluctable tragédie, l’histoire se répète et ce quoi que l’on fasse. Dans une salle projetant le Sueurs froides d’Hitchcock, le protagoniste affirme que seuls le passé et les films ne changent pas. Rendre l’avenir meilleur et rencontrer à nouveau la femme que l’on a aimée et qui n’est plus, restent des missions impossibles… Profondément pessimiste, L’Armée des douze singes ne laisse aucune échappatoire à ses personnages. No happy end. Dans l’Hollywood des années 1990, il est encore possible qu’un Terry Gilliam puisse imposer sa vision auprès d’une major. Le bonhomme a même pu en négocier le précieux final cut auprès d’Universal (évitant ainsi d’autres déconvenues à propos du montage définitif de son œuvre, comme à l’époque de Brazil), tout en embarquant avec lui des stars qui ont accepté de défendre le projet. Alors au sommet de sa gloire, Bruce Willis prend des risques et s’éloigne de son statut d’action hero. Celui qui dorénavant concurrence Steven Seagal sur le marché du dtv, s’implique ici totalement. Siphonné, dépressif, paumé et baveux, l’éternel John McClane de la saga Die Hard n’a jamais été aussi vulnérable à l’écran. Une sacrée performance, un exemple (parmi d’autres) à envoyer dans la tronche de celles et ceux qui réduisent Willis au registre bourrin. Lui aussi en rupture de glamour et voulant plus que jamais faire oublier son image de beau gosse, Brad Pitt se lâche totalement dans la peau d’un malade mental aux velléités anarchistes (le Tyler Durden de Fight Club n’est pas loin). Disjoncté jusqu’au bout des ongles et bourré de tics, l’acteur semble sortir tout droit d’un cartoon de Tex Avery. Là encore, la prestation est mémorable. Si le rôle de la psy s’avère en revanche beaucoup plus convenu, celui-ci est tenu par une comédienne majeure des 90’s : Madeleine Stowe. Pour s’en convaincre, il suffit de (re)voir Revenge, Le Dernier des Mohicans ou ce Twelve Monkeys, un Gilliam qui vieillit bien et dont l’anticonformisme surprend encore, surtout dans le cadre d’une prod de studio.

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Twelve Monkeys. De Terry Gilliam. États-Unis. 1996. 2h09. Avec : Bruce Willis, Brad Pitt et Madeleine Stowe. Maté à la téloche le 06/05/18.