AVOIR VINGT ANS : conte cruel de la jeunesse

« J’avais vingt ans Je ne permettrai à personne de dire qu’il s’agit du plus belle âge de la vie. »  Paul Nizan, Aden Arabie

La blonde Lia (Gloria Guida) et la brune Tina (Lilli Carati) sont deux jeunes femmes éprises de liberté. Elles veulent vivre sans temps mort, jouir sans entraves et, dans ce but, rejoignent une communauté hippie dirigée par le « Nazôréen » (Vittorio Caprioli). Les filles ont bien raison d’en profiter car impitoyable est le sort que leur réserve le monde… Comme de coutume, Artus Films a encore une fois déchaîné l’enthousiasme en rendant l’invisible enfin visible, l’amputé à nouveau valide. Car Avere vent’anni (Avoir vingt ans en VF) a subi les affres de la censure. Sans notre plantigrade préféré, la mandale sulfureuse de Fernando Di Leo ne pourrait se présenter au peuple français dans sa version intégrale. En guise de comparaison et de bonus, l’éditeur au long museau et au pelage dense propose également une version remontée d’Avere vent’anni. Un bidouillage commis à l’origine pour une sortie VHS et censé faire oublier l’échec cinglant du film dans les salles italiennes. Édulcoré, dénaturé et méchamment tronqué, le brûlot du réalisateur de La Clinique sanglante perd ainsi son épilogue traumatisant, se fait sucrer son étreinte saphique, voit toute sa narration chamboulée, sa BO saccagée… Seul intérêt de ce massacre à la tronçonneuse rouillée : une séquence inédite relatant la toute première rencontre entre Guida, Carati et Caprioli… Véritable curiosité, ce supplément déniché par Artus permet néanmoins de mesurer à quel point un long-métrage peut être mutilé et vidé de sa substance par le seul biais du montage…

Si Avoir vingt ans a été aussi incompris en son temps, c’est parce qu’il ne s’agit pas d’une péloche Bis lambda. Iconoclaste, Di Leo brouille les pistes et semble nous emmener dans un territoire balisé. La présence de Gloria Guida et Lilli Carati, deux vedettes de la comédie sexy (un genre très en vogue à l’époque), laisse penser que l’entreprise sera drôle, légère, coquine. Et en un sens, elle l’est. Mais seulement en apparence et jusqu’à un certain point. Car, à l’instar de nos héroïnes, le spectateur non averti ignore ce qui l’attend. L’insouciance, la vivacité et la fraîcheur du duo Lia/Tina nous touchent, nous emballent, nous renversent. Ces filles conquièrent le film, plan après plan. Le final n’en est alors que plus douloureux et insoutenable… La désinvolture de façade adoptée par Avere vent’anni s’avère d’autant plus convaincante qu’elle ne force jamais le trait (oubliez les gags potaches chers aux « poids lourds » de la commedia sexy all’italiana). Di Leo trouve le ton juste tout en utilisant le sex-appeal (LR6 ?) de ses comédiennes (Guida et Carati ne cachent rien de leur délicieuse anatomie), balance des dialogues crus sans sombrer dans la vulgarité (quand Carati verbalise sans filtre son envie de « baiser », son naturel l’emporte sur toute grossièreté). Jouant avec les codes de la sexploitation (l’érotisme sert ici d’outil narratif et contribue à caractériser les personnages), le cinéaste n’oublie pas qu’il a une histoire à raconter et des thèmes socio-politiques à aborder…

Dix ans après, il ne reste plus grand-chose de l’esprit contestataire de 1968. L’élan révolutionnaire s’est tassé, la révolte s’est diluée dans les réalités pécuniaires. La contre-culture a été dévorée, puis digérée, par les lois du marché. Dans son squat, ce baba cool faux derche de « Nazôréen » impose aux nouveaux et nouvelles venu(e)s le paiement d’un « loyer » (quand il ne leur impose pas de faire du porte-à-porte pour vendre des encyclopédies). Lorsqu’un documentariste débarque pour mener une enquête sociologique, celui-ci ne fait qu’exacerber la cacophonie idéologique qui sévit parmi les militants. Peine perdue puisque nombreux sont les jeunes gens qui préfèrent se shooter pour oublier le bordel ambiant. Résultat, les mecs sont si défoncés qu’ils ne peuvent satisfaire l’appétit sexuel de la pauvre Tina ! Si Fernando Di Leo scrute avec malice ce petit monde qui s’agite, il en profite également pour brocarder la figure ultime de l’autorité : la police. Un commissaire brutal se fait ainsi houspiller par son supérieur pour avoir pris, lors d’une perquisition, du lait en poudre pour de la coke ! Malgré tout, même si la société toute entière semble en prendre pour son grade, il ne fait aucun doute que l’auteur de la « trilogie du milieu » (une référence du poliziesco dispo chez Elephant Films) se place du côté de Tina et Lia. Sans jamais les juger, Di Leo témoigne de la fureur de vivre de ses « jouisseuses » (bises à Claudine Beccarie), exalte leur fougue, loue leur grâce. Ces nanas cueillent le jour présent sans se soucier du lendemain. Un lendemain qui chante ? Pas vraiment…

Aussi brusque que secouante, la conclusion d’Avere vent’anni referme à double tour la parenthèse enchantée et provoque un réel électrochoc. Aucun conservatisme ou moralisme dans cette fin en forme de retour de flamme. Mais la volonté de montrer une réalité dans laquelle les femmes ne peuvent pas « danser tranquillement » et disposer de leur corps comme elles l’entendent. Aucune utopie n’a sa place dans cette société où le patriarcat peut à tout moment pulvériser le moindre changement. Au même instant, rappelons que l’Italie vit ses « années de plomb » : la lutte se radicalise et s’arme jusqu’à sombrer dans le terrorisme. Ces pavés trempés de sang, ces bagnoles qui explosent et emportent les passants aux heures de pointe, ces exécutions en pleine rue hantent le dernier (et sale) quart d’heure d’Avoir vingt ans. Question sensations (extra) fortes, on songe aux shockers transalpins inspirés par le décapant The Last house on the left de Craven. Si vous avez vu La Bête tue de sang-froid (1975) ou La Dernière maison sur la plage (1978), vous savez déjà que vous n’en sortirez pas indemne. La tristesse des faits-divers les plus sordides imprègne également les dernières minutes du long-métrage de Di Leo. Là, c’est plutôt San Babila : un crime inutile (1976) ou L’Affaire de la fille au pyjama jaune (1977) qui s’imposent à l’esprit. En broyant in extremis le happy end de rigueur, Avere vent’anni nous retourne autant, si ce n’est plus, que ses petits camarades. Et nous abandonne avec un goût amer dans la bouche. La saveur des œuvres essentielles, celles qui marquent le palais à jamais.

Avere vent’anni. De Fernando Di Leo. Italie. 1978. 1h37. Avec : Gloria Guida, Lilli Carati, Ray Lovelock

CHROMOSOME 3 : les gènes de la terreur

Selon Michel Cymes, « nous pouvons agir sur notre destin génétique ». David Cronenberg n’a pas attendu le diagnostic du toubib du PAF pour explorer les pouvoirs extraordinaires du corps humain. À la différence près que, chez le cinéaste canadien, il n’est pas question de santé, de bien-être, d’équilibre alimentaire mais plutôt de cauchemar biologique, d’horreur organique, de psycho-frousse. Ce qui rend tout de suite la chose plus passionnante qu’un prime time pépère sur France 2… Chromosome 3. Je le précise pour celles et ceux qui ont séché l’école des fans et pour les p’tits plaisantins comme votre oncle Roger (« Je n’ai jamais vu Chromosome 1 et 2. C’est bien ? ») : non, il ne s’agit pas du troisième volet d’une quelconque saga. À l’instar de Police Puissance 7, Assault on Precinct 13 ou Appelez-moi Johnny 5, c’est un film autonome. Cela dit, même si le titre français est un peu à côté de la plaque (préférez son blaze original, le plus approprié The Brood que l’on peut traduire par la portée, la couvée), le chromosome 3 existe. En voici la définition retrouvée parmi les archives du très instructif Pif Gadget : « Le chromosome 3 constitue l’une des 23 paires de chromosomes humains. C’est l’un des 22 autosomes. » J’arrête ici le cours de sciences. Place à la leçon de cinéma. Celle de Maître Cronenberg n’a rien perdu de sa modernité, de son audace, de son pouvoir de réflexion et de fascination. La preuve avec Chromosome 3, son opus le plus personnel et sans doute le plus flippant…

Le fraîchement divorcé Frank Carveth (Art Hindle) partage la garde de sa fille Candice (Cindy Hinds) avec son ex-épouse Nola (Samantha Eggar). Cette dernière suit une thérapie alternative à la clinique du controversé Docteur Raglan (Oliver Reed). Alors qu’il lui fait prendre son bain, Frank découvre dans le dos de sa gamine des ecchymoses. Il suspecte alors Nola mais Raglan empêche quiconque d’approcher sa patiente et d’interférer dans ses soins. Au même moment, de mystérieux meurtres ébranlent l’entourage de la famille Carveth… En partie autobiographique, Chromosome 3 tire sa source du propre divorce de David Cronenberg. Une sale histoire dans laquelle notre homme a été contraint de sortir sa môme des griffes de son ancienne compagne, celle-ci projetant d’entraîner leur progéniture dans une secte… Le sixième long-métrage de l’auteur de Dead Zone tente d’exorciser cette mauvaise expérience conjugale et de trouver un exutoire à ses angoisses de père. Le résultat – atrabilaire, agressif, déstabilisant – peut se voir comme une version « gore » de Kramer contre Kramer, mélo sorti lui aussi en 1979 et abordant des problèmes similaires (un rapprochement effectué, avec amusement, par Cronenberg lui-même). Bien qu’il représente l’antithèse du film de Robert Benton et s’enfonce progressivement dans les abîmes d’un imaginaire torturé, The Brood est aussi un drame intimiste et psychologique, le récit ordinaire (mais qui ne le reste pas longtemps) d’un géniteur inquiet voulant seulement protéger son enfant…

Pour nous faire croire à l’incroyable, David Cronenberg s’appuie sur des bases solides : le quotidien. Le quotidien, ce n’est pas seulement le réel dans ce qu’il a de plus banal. C’est aussi ce que les apparences recèlent de plus effroyable. Dans Chromosome 3, tout commence avec un cas de maltraitance infantile. Le script suggère que ces sévices pourraient se transmettre de génération en génération, comme une maladie héréditaire. Ce mal que l’on appelle violence est en nous, dans notre esprit, dans notre chair. Il agit tel un virus contre lequel il n’existe aucun remède et contamine vos proches, insidieusement, inéluctablement (en 2005, Cronenberg distillera à nouveau ce venin intrafamilial dans le fort justement nommé A History of Violence). Le danger ne provient plus de l’extérieur mais de l’intérieur (il se cache même dans la matrice). Le foyer n’est plus un lieu sûr (ce n’est pas un hasard si les premières victimes sont trucidées dans une cuisine ou une chambre à coucher). Plus rien ne nous protège du monde. Les sacro-saintes valeurs du mariage, de la maternité et de l’éducation (l’école n’apporte plus la sécurité à ses élèves et ses institutrices) ne sont pas seulement remises en cause : elles sont carrément pulvérisées. Et je ne parle même pas de la figure de l’enfant qui prend ici la forme de petits freaks sanguinaires, grands frères du poupon zigouilleur de It’s Alive (aka Le Monstre est vivant de Larry Cohen) et lointains cousins des têtes blondes du Village des damnés. Faites des gosses qu’ils disaient…

À l’instar des plus fameuses transgressions horrifiques des 70’s (Le Dernier zombie sur la gauche, La Tronçonneuse a des yeux, Les Dents de l’exorciste), Chromosome 3 nous file les jetons parce qu’il vient heurter nos certitudes, brouiller nos repères, ravager nos modes de vie. Depuis ses débuts placés sous le signe de l’expérimental (les courts Transfer, 1966; From the Drain, 1967), de l’underground (Stereo, 1969; Crimes of the Future, 1970) et du shocker subversif (Frissons, 1975; Rage, 1977), le Roi David ne cesse d’aiguiser ce regard puissamment anticonformiste. Avec The Brood, la maîtrise de son art est indiscutable. Juste avant l’explosif Scanners (1981) et le visionnaire Vidéodrome (1983), celui qui fera de Jeff Goldblum une mouche à taille humaine s’impose déjà comme la référence de l’horreur corporelle (ou body horror). Ce qui se cache derrière la « dangerous method » du psy Raglan (Oliver Reed, parfait d’ambiguïté) dépasse l’entendement. Ce qui vient matérialiser en fin de bobine nos peurs les plus profondes relève de la plus sublime des épouvantes. Portant sur son ventre les stigmates d’une somatisation extrême et inimaginable, Nola Carveth (Samantha Eggar, impressionnante) dévoile sa « nouvelle chair » à des spectateurs médusés. Lorsqu’elle lèche, tel un animal, le sang sur la tête de son nouveau-né, l’effroi rejoint l’extase en un coup de langue. « Savez-vous de quoi est capable votre esprit ? » nous demandait la jaquette du dvd de Chromosome 3. La réponse apportée par Cronenberg n’a pas fini de nous faire cauchemarder…

The Brood. De David Cronenberg. Canada. 1979. 1h32. Avec : Art Hindle, Oliver Reed, Samantha Eggar…

HAMMER, 1970-1976 : du sexe et du sang !

En novembre 2020, l’éditeur Tamasa nous livrait un imposant coffret dvd/blu-ray dédié à la Hammer des années 70. Les films ? Les Cicatrices de Dracula, Les Horreurs de Frankenstein, Dr. Jekyll et Sister Hyde, La Momie sanglante, Sueur froide dans la nuitLes Démons de l’esprit et Une Fille pour le Diable. Mais l’histoire ne s’arrête pas là puisque ces titres feront l’objet d’une rétrospective dans les salles le 27 octobre prochain (si tout va bien). Cet été, des chanceux ont pu assister à quelques avant-premières. L’occasion de mater en copie restaurée des films tournés à une époque où la Hammer connaît de sérieuses difficultés financières et subit de plein fouet la concurrence de l’horreur moderne. Pour remonter la pente et attirer le public, il ne reste plus que deux mots magiques : sex & blood ! La preuve par trois, juste ci-dessous.


FRANKENSTEIN S’EST REBOOTÉ !

Le Pitch. Après avoir sciemment provoqué la mort de son père, Victor Frankenstein (Ralph Bates), jeune homme manipulateur et séducteur, reprend le flambeau et se livre à son tour à quelques expériences macabres. Il engage un pilleur de tombes pour lui fournir les matériaux nécessaires à son travailSource : dossier de presse Tamasa.

Réalisé et coécrit par un pilier de la Hammer (Jimmy Lust for a Vampire Sangster), Les Horreurs de Frankenstein est ce qu’on appellerait aujourd’hui un reboot. Il constitue par conséquent un épisode autonome, une parenthèse dans la saga initiée par Terence Fisher en 1957. Si L’Empreinte de Frankenstein (Freddie Francis, 1964) opérait déjà une rupture avec ses prédécesseurs, il conservait néanmoins l’interprète du Baron : le légendaire Peter Cushing. The Horror of Frankenstein le remplace par un acteur plus jeune, Ralph Bates. Une star montante de la Hammer du début des 70’s. La relève, en somme. Et le Dr. Jekyll de Roy Ward Baker et Brian Clemens ne démérite pas, tant il compose un Victor Frankenstein digne de son aîné. Un aristo cynique, arrogant et d’une froideur inflexible, doublé d’un savant fou prêt à tout pour aller au bout de son expérience. Refrain connu mais relevé par la succulente performance de Bates (ses répliques, sarcastiques à souhait, font mouche plus d’une fois). Mais c’est encore par son ton que le film de Sangster se démarque le plus. Bien loin du premier degré propre aux bandes gothiques des 60’s, Les Horreurs de Frankenstein cède à la comédie. À la comédie noire, évidemment. Le château sert ainsi de décor à un vaudeville macabre où les témoins gênants disparaissent les uns après les autres (et au nez et à la barbe de la police qui mène son enquête). Quant à la créature incarnée par Dave « Dark Vador » Prowse (une sorte de néandertalien musculeux), elle écarte toute tentation parodique pour mieux s’adonner à l’irrévérence (sa rencontre avec une gamine curieuse et imperturbable est l’occasion de railler la naïveté des classiques de James Whale). La conclusion ironique de cette sale blague prométhéenne rompt avec la tradition du climax spectaculaire et nous abandonne sur une note franchement inattendue. Trop peut-être pour les spectateurs de l’époque qui boudèrent le film…

The Horror of Frankenstein. De Jimmy Sangster. Royaume-Uni. 1970. 1h35. Avec : Ralph Bates, Kate O’Mara, Veronica Carlson


« HELLO DOCTEUR JEKYLL ! MON NOM EST HYDE, SISTER HYDE »

Le Pitch. Londres, époque victorienne. Le Dr Jekyll (Ralph Bates) tente de créer un élixir d’immortalité en utilisant des hormones féminines prélevées sur des cadavres frais. Mais dès qu’il boit le sérum, Jekyll se transforme en une femme aussi séduisante que démoniaque, Mrs. Hyde (Martine Beswick) Source : dossier de presse Tamasa.

Le titre annonce la couleur : le nouvel opus hammerien de Roy Ward Baker (après, entre autres, le splendide The Vampire Lovers) ne sera pas une adaptation fidèle du roman de R. L. Stevenson. Une certaine Sister Hyde s’est substituée au Mr Hyde original. Un cas encore plus étrange mais surtout plus sexy, ce qui convient mieux à la firme britannique en ces années 70 naissantes… Le script, ô combien malin, de Brian Clemens (producteur et scénariste de Chapeau melon et bottes de cuir) ose même aller plus loin en amalgamant le docteur Jekyll avec la figure de Jack l’éventreur et en convoquant les résurrectionnistes Burke et Hare (un duo aussi authentique – et sinistre – que le tueur de Whitechapel). Un régal d’hybridation pop auquel il faut ajouter les contours « transgenres » de cette version audacieuse d’un classique de la littérature. Les troubles et les ambivalences liées à l’identité sexuelle se retrouvent donc au centre de Dr. Jekyll et Sister Hyde. Plus obsédé par ses recherches que par les femmes, le doc fait l’objet de doute quant à ses préférences amoureuses. Son double féminin le pousse ainsi à embrasser sa véritable nature, à exprimer des désirs que la société victorienne réprouve. L’hypocrisie de cette dernière est aussitôt débusquée par le pouvoir de séduction de Mrs. Hyde. Face à la tentation, les notables oublient vite leurs bonnes manières et deviennent des queutards comme les autres… Londres et sa part de laideur se manifestent aussi à travers son décor, des bas-fonds entièrement reconstitués aux studios d’Elstree. Ce cloaque recouvert d’un linceul de brume est le témoin sordide d’un combat que se livre les deux locataires d’une même chair. Pour traduire visuellement ce duel à mort, Roy Ward Baker joue avec les reflets d’un miroir, déforme les visages, brise les lignes séparant le masculin du féminin. Mieux encore, il fait de l’envoûtante Martine Beswick un vampire au regard hypnotique, une sorcière à laquelle personne ne résiste. Seule la Hammer pouvait rendre les « monstres » aussi désirables…

Dr. Jekyll and Sister Hyde. De Roy Ward Baker. Royaume-Uni. 1971. 1h37. Avec : Ralph Bates, Martine Beswick, Gerald Sim


SATAN BOUCHE UN COIN

Le Pitch. Excommunié, le père Michael (Christopher Lee) fonde une secte satanique. Il convainc un homme d’offrir l’âme de sa fille Catherine (Nastassja Kinski) pour qu’elle devienne l’incarnation du diable sur Terre à ses 18 ans. À l’approche du jour fatidique, le père de Catherine demande à un spécialiste en sciences occultes de l’aider à sauver sa fille. Source : dossier de presse Tamasa.

Un Hammer tardif et pour cause : Une Fille pour le diable est l’avant-dernier long-métrage produit par le studio (suivra en 1979 The Lady Vanishes, un remake du Big Hitch). Celui-ci devra attendre près de trente ans pour côtoyer à nouveau le grand écran (mais sans renouer avec les fastes de son âge d’or…). Pour l’heure, la firme complètement « marteau » prend ses distances avec l’esthétique gothique d’antan pour mieux s’approprier les tendances horrifiques du moment. Cofinancé avec les Allemands de la Terra Filmkunst, To the Devil… a Daughter s’inspire d’un bouquin de Dennis Wheatley (un auteur déjà à l’origine d’un autre Hammer, Les Vierges de Satan). Une bonne occaz pour prendre le train en marche, celui conduit par le Polanski de Rosemary’s Baby et le Friedkin de L’Exorciste. Bien entendu, l’entreprise ne peut rivaliser avec ses modèles : Une Fille pour le diable peine à faire naître l’effroi tandis que le scénario apparaît un brin confus. Heureusement, à l’image des « diableries » made in Italy (L’Antéchrist, La Maison de l’Exorcisme), le film de Peter Sykes (également réalisateur de Demons of the Mind) se rattrape en nous offrant quelques fulgurances bien épicées. Entre une orgie des plus démonstratives, les caresses visqueuses d’un « evil baby » et le nu intégral d’une Nastassja Kinski pas encore majeure, les hammerophiles peuvent au moins se réjouir d’assister à un spectacle plus vicelard et transgressif qu’un Conjuring… En outre, To the Devil… a Daughter a le bon goût d’opposer deux immenses comédiens. À ma gauche, un Richard Widmark encore vert malgré ses cheveux blancs. À ma droite, un Christopher Lee toujours aussi magnétique lorsqu’il s’agit de flirter avec le Mal. Alors à ses débuts, la toute jeune Nastassja n’est pas en reste et marque déjà les esprits. Son regard presque lascif en fin de bobine laisse planer un soupçon d’ambiguïté et vient nuancer in extremis un ensemble plutôt manichéen. Le doute : l’une des grandes leçons du cinéma de William Friedkin…

To the Devil… a Daughter. De Peter Sykes. Royaume-Uni/Allemagne. 1976. 1h33. Avec : Richard Widmark, Christopher Lee, Nastassja Kinski…

SELLE D’ARGENT : they died with their boots on

Un gosse voit son fermier de père se faire flinguer par l’homme de main de Richard Barrett, un propriétaire terrien cupide et sans scrupules. Dans la foulée, le fiston tire sur le meurtrier et lui pique sa selle d’argent… Des années plus tard, le jeune orphelin est devenu un chasseur de primes du nom de Roy Blood (Giuliano Gemma). Lorsqu’on lui propose de liquider l’un des membres du clan Barrett, il se dit prêt à faire le job gratuitement. Mais le jour J, Blood ne peut se résoudre à remplir son contrat : sa cible n’est encore qu’un enfant, un p’tit gars prénommé Thomas (Sven Valsecchi). Au fil des événements, le « bounty hunter » va prendre fait et cause pour ce dernier… En France, Selle d’argent sort pour la première fois en 2018 grâce à l’éditeur vidéo Artus Films. Le dvd/blu-ray confectionné avec soin (comme toujours) par l’ours noir (ou blanc) permet enfin de découvrir dans nos contrées cet opus méconnu de Lucio Fulci. Quarante ans après son exploitation dans les salles italiennes, on peut dire qu’il était temps ! L’heure est donc venue de sauter en selle pour mater le troisième (et ultime) western du réalisateur de Murderock… Rappel des faits. En 1966, les colts chantèrent la mort et ce fut… Le Temps du massacre, chevauchée avec le diable lancée en plein âge d’or du western européen. En 1975, Les 4 de l’apocalypse sèment le chaos et se laissent étreindre par le crépuscule jusqu’à l’étouffement. En 1978, Selle d’argent opère une rupture radicale avec ses tumultueux prédécesseurs. Ce film « tout public » est censé faire renouer Fulci avec le succès, ses derniers longs ayant tous essuyé un bide (même le formidable L’Emmurée vivante). Malheureusement, Sella d’argento (rien à voir avec Dario, c’est juste le titre en VO) ne parvient pas davantage à séduire les spectateurs transalpins…

À la fin des seventies, le western all’italiana tire ses dernières cartouches. Keoma (1976) règle ses comptes sous un ciel de plomb, la « brute » de Sergio Leone dresse une longue file de croix pour Les Impitoyables (1976), Mannaja (1977) manie sa hache comme un Apache… Star du genre depuis les « Ringo » de Duccio Tessari, Giuliano Gemma garde toujours un doigt sur la gâchette. Il vient d’arpenter les grands espaces d’Adios California (1977) et n’hésite pas à remettre son Stetson pour Lucio Fulci. Dans Sella d’argento, le soldat déserteur du Texas de Tonino Valerii (transposition dans l’Ouest sauvage de l’assassinat de JFK) campe un dur au cœur tendre, un charismatique redresseur de torts. En enfilant ce cache-poussière taillé sur mesure, Gemma retrouve instantanément son panache d’antan. Comme à la grande époque du Dollar troué (le Blood adulte fait d’ailleurs son apparition à travers un clin d’œil au film de Giorgio Ferroni), cet ancien cascadeur bondit comme un félin, dégaine avec classe, distribue les bourre-pifs et fait chanter les bastos. Le long-métrage est à l’image de son héros : dynamique, généreux, attachant. Il n’y a donc aucun cynisme dans Selle d’argent. Ce qui fait de lui un western à l’ancienne, presque anachronique dans sa volonté d’ignorer les évolutions du genre. Le classicisme (pour ne pas dire l’élégance) de la mise en scène prouve que le talent de Fulci ne se limite pas à ses capacités d’adaptation (qui mieux que lui peut passer d’un univers à l’autre sans broncher ?). Son savoir-faire, il le met au service d’une péloche qui se tourne progressivement vers la lumière…

À la vendetta que laissait présager une intro sèche et brutale, le script d’Adriano Bolzoni (l’un des scénaristes de Pour une poignée de dollars) préfère se focaliser sur la relation père/fils qui se noue entre Roy Blood et Thomas Barrett Jr. L’âme de Selle d’argent se niche dans cette tendresse inattendue, ces sentiments qui naissent sur une terre aride, cruelle, impitoyable. Au contact du bambin, la colère de Blood s’étiole et son désir de vengeance s’estompe (un parcours similaire à celui de Josey Wales, « hors-la-loi » retrouvant son humanité au gré de ses rencontres). Pour autant, pas question pour l’auteur de Frayeurs d’expurger son récit de toute violence. Comme il l’avait déjà fait dans ses deux Croc-Blanc, le maestro recule les limites du film « familial » et n’aseptise en rien son propos. Les impacts de balles font jaillir l’hémoglobine (un aperçu de La Guerre des gangs qui s’annonce) et même cette tête blonde de Sven Valsecchi n’est pas épargnée (on l’engueule, on le baffe, on le fouette). Bref, on est bien chez Lulu (ou Fufu) ! Ce que confirme la présence de son chef-op’ fétiche, Sergio Salvati, et du trio musical derrière les sept notes en noir de L’Emmurée vivante, « Bixio-Frizzi-Tempera ». Le premier orne ses images d’un éclat diurne inhabituel, les seconds composent pour l’occasion une splendide ballade (le morceau Silver Saddle, chanté par le folkeux Ken Tobias). Celle qui sera l’énigmatique non-voyante de L’Au-delà (la rayonnante Cinzia Monreale) se distingue aussi parmi les seconds couteaux, tout comme l’affûté Geoffrey Lewis (truculent en charognard loqueteux surnommé « Two-Strike Snake »)… Moins traumatisant et tourmenté que les efforts les plus réputés de Fulci, Selle d’argent n’en reste pas moins une œuvre touchante et pleine d’espoir. Une petite pause avant l’ouverture imminente des sept portes de l’enfer…

Sella d’argento. De Lucio Fulci. Italie. 1978. 1h34. Avec : Giuliano Gemma, Cinzia Monreale, Geoffrey Lewis

LA ROUTE DE SALINA : summer of death

Quelque part au Mexique. Un vagabond prénommé Jonas (Robert Walker Jr.) use ses pompes sur la route de Salina. Cerné par un désert de caillasses, il ne demande qu’à se mettre à l’abri de ce soleil qui cogne et enchaîne les rounds. Son vœu est exaucé lorsqu’il aperçoit une maison isolée, refuge inespéré bordant l’asphalte. À peine a-t-il le temps de demander l’hospitalité que la propriétaire des lieux, Mara (Rita Hayworth), l’accueille à bras ouverts. Et pour cause : elle le prend pour Rocky, son fils disparu. Beaucoup trop vanné pour contredire son interlocutrice, Jonas se prête au jeu et file se pieuter à l’ombre. Mais la fougueuse et ô combien charmante Billie (Mimsy Farmer), la fille de Mara, va lui faire passer l’envie de reprendre son chemin… Le vingt-deuxième titre de la collection « Make My Day ! » de Jean-Baptiste Thoret nous rappelle que Georges Lautner n’est pas l’homme d’un seul film, d’un seul genre, d’un seul style. Si ses incontournables Tontons Flingueurs (1963) ont fait de lui la référence du polar ironique, la carrière de cet auteur populaire ne se résume ni aux répliques immortelles d’Audiard ni aux silencieux qui sifflent comme dans un cartoon. Chez lui, la comédie fricote avec le drame, le Monocle marche ou crève, le septième juré bouffe des pissenlits par la racine. Lautner n’a jamais eu peur de la nuit. Souvenons-nous des Seins de glace (1974), suspense sépulcral adapté de Richard Matheson; de Mort d’un pourri (1977), thriller politique désabusé jusqu’à la moelle.

Faire de Lautner un simple artisan, un bon technicien, serait tout aussi réducteur. Le ranger du côté de l’académisme, de la tradition, serait carrément une erreur. Le réalisateur du Professionnel n’est pas Gilles Grangier ou Denys de La Patellière. Quand Gabin veut lui imposer son propre staff sur Les Tontons Flingueurs, il l’envoie bouler. Faudrait pas prendre le jeunot pour un cave. Visiblement, le boss du clan des Siciliens n’en veut pas trop au petit effronté puisqu’ils tournent ensemble un policier résolument moderne, Le Pacha. Lautner plonge alors Gabin dans un monde qui le dépasse, celui de Mai 68 et du Requiem pour un con de Gainsbourg. Cette France qui bouge attire un Georges Lautner curieux et attentif à l’air du temps. Après avoir abordé le thème de la révolution sexuelle dans Galia (1966), le cinéaste souhaite approcher la contre-culture hippie en transposant à l’écran un bouquin de Maurice Cury, Sur la route de Salina. Avec une équipe aussi française que lui (et des dépenses budgétaires partagées avec l’Italie), le fils de Renée Saint-Cyr part alors aux Canaries pour shooter en anglais ce qui s’intitule La Route Salina. Censé se dérouler au pays d’Alfredo Garcia avec des gringos en guise de protagonistes, cette production internationale nécessite une distribution essentiellement américaine. Flashforward. Notre film sort dans l’Hexagone le 10 novembre 1970. Le public n’adhère pas, les critiques sont mitigées. Lautner tourne la page et embraye sur Laisse aller… c’est une valse ! Pas de bol : La Route de Salina débouche sur l’impasse des joyaux maudits.

À première vue, si Mimsy Farmer se retrouve sur la route de Salina, c’est grâce à sa participation au film culte qui l’a révélée : More (1969). Impossible : cette œuvre phare du mouvement hippie débarque dans les salles pendant le tournage du Lautner. Par conséquent, ce dernier n’a pas pu choisir sa comédienne en fonction du Barbet Schroeder. Pourtant, outre la présence de la fantastique Mimsy, les deux longs-métrages se rejoignent dans leur volonté de capter les soubresauts d’une époque, de se glisser dans la « parenthèse enchantée ». Avec, au bout de l’expérience, le même constat : tous les rêves se brisent au réveil. Au final, les utopies (comme les psychotropes) ne servent qu’à s’enfermer dans une illusion et parviennent rarement à changer le monde… La liberté de vivre pour jouir ne dure qu’au présent, instant fugace où la jeunesse ne s’embarrasse ni du passé ni de l’avenir. Dans La Route de Salina, la mer s’agite comme les corps amoureux de Billie et Jonas. Le soleil n’est qu’un astre polaire en comparaison de ces amants caniculaires s’abandonnant à oilpé sur une plage abandonnée. Du sable noir se colle sur leur peau moite, la marée monte sans pouvoir éteindre leur flamme… Mais avant l’acte, il y a ce moment où le désir devient incontrôlable, où le fantasme déborde sur le réel. Les cheveux encore mouillés par la douche qu’elle vient de prendre, Billie laisse choir sa serviette de bain et se dirige sans dire un mot dans le lit de Jonas. La nudité de Mimsy – naturelle et éclatante – justifie à elle seule l’existence du cinématographe.

Chez Lautner, ce « summer of love » se manifestera sous un angle beaucoup plus fendard dans Quelques messieurs trop tranquilles (1973), récit d’une rivalité opposant des babas cools à des villageois récalcitrants. Rien à voir donc avec La Route de Salina, tragédie précipitant ses personnages dans un gouffre passionnel au fond duquel les sentiments relèvent tous du pathologique. Malgré l’éclosion du « flower power », les idéaux ne résistent pas à la misère mentale et affective. Mieux vaut s’éprendre d’une chimère que de se retrouver seul(e) dans un tombeau à ciel ouvert… Si l’amour des feintes alimente ce simulacre mortifère, c’est pour dissimuler un secret des plus malsains (le giallo n’est pas loin). Les codes du film noir (la voix off du héros relate en flashback ce qui lui est arrivé) entretiennent le mystère jusqu’au dénouement, un twist en forme de retour cruel à la réalité… Celle-ci se manifeste aussi à travers l’immensité aride des décors (mais s’éloigne lors de brèves respirations balnéaires) que le chef op Maurice Fellous dépeint avec goût, c’est-à-dire en écran large (spaghetti western style). De son côté, Lautner s’autorise quelques images oniriques s’inscrivant dans la lignée hallucinogène de Zabriskie Point (1970). Ce classique « sex, drugs and rock’n’roll » se distingue, entre autres, par sa bande-son mythique (avec les Pink Floyd en tête). La Route de Salina n’a pas à rougir de la comparaison, tant la BO du groupe Clinic, de l’orchestrateur Bernard Gérard et du regretté Christophe (alors en pleine mutation musicale) s’impose comme un chef-d’œuvre de rock psyché. Ni plus ni moins.

À l’heure où les jeunes rejettent le mode de vie de leurs parents, le casting de La Route de Salina confronte à sa façon la nouvelle génération à l’ancienne. Cette dernière est représentée par deux vétérans du cinéma américain : Rita Hayworth et Ed Begley. La carrière de l’icône glamour de Gilda (1946) bat de l’aile lorsqu’elle prête ses traits à Mara. Depuis de nombreuses années, la « Dame de Shanghai » lutte contre la maladie d’Alzheimer et son addiction à l’alcool. Ce qui ne l’empêche pas, devant l’objectif de Lautner, de se montrer bouleversante en mère rongée par la solitude et la folie. Petite précision : Lovely Rita tient là son antépénultième rôle. Elle prendra sa retraite deux ans plus tard… Quant à Ed Begley, il tourne ici le dos à son emploi habituel de bad guy carnassier (cf. Pendez-les haut et court, 1968). Et joue un vieil homme dont la dureté s’est muée en tendresse avec le temps. Une prestation touchante, la dernière de son interprète qui disparaît le 28 avril 1970… Face à cet âge d’or d’Hollywood qui s’achève, Robert Walker Jr. (déjà membre de la communauté hippie dans Easy Rider) campe avec justesse un loser thompsonien piégé dans un nid de crotales. Comme lui, nous sommes totalement sous l’emprise de la troublante Mimsy Farmer. À la fois solaire et ténébreuse, la Nina de Quatre mouches de velours gris incarne la plus attirante des ambivalences. Son sourire mutin est un leurre, sa blondeur rayonnante un appât, mais peu importe : les névroses ne sont jamais aussi sublimes que lorsqu’elles s’emparent de cette excellente comédienne. Grâce à elle, La Route de Salina n’est pas seulement poisseux, déchirant et crépusculaire, il est aussi d’une sensualité à faire fondre le bitume.

La Route de Salina. De Georges Lautner. France/Italie. 1970. 1h36. Avec : Mimsy Farmer, Robert Walker Jr, Rita Hayworth

SANS MOBILE APPARENT : meurtres au soleil

« Notre histoire est l’aventure d’un homme à la recherche d’une vérité cachée… Et ce ne serait pas une aventure si elle n’arrivait pas à un homme fait pour l’aventure. » Raymond Chandler

Le multi-casquettes Philippe Labro (journaliste, romancier, parolier, animateur radio, patron de presse) n’a réalisé que sept longs-métrages pour le cinéma. Fait notable : au moins trois d’entre eux s’inscrivent dans la grande histoire du polar à la française. Replongez-vous dans vos souvenirs d’enfance et alpaguez L’Alpagueur (1976). Dans ce western urbain et musclé, Labro contribue à forger la légende Belmondo en le confrontant à un psychopathe aussi magnétique que Lucifer (Bruno Cremer et son fameux « À la tienne, coco ! »). Lorsque notre Bébel national enfile le costard de L’Héritier (1973), le même cinéaste accouche d’une autre pièce de choix. Ce thriller au mécanisme implacable narre le destin tragique d’un homme pris dans la tourmente d’un complot politico-financier. Pour compléter le trio magique, il ne me reste plus qu’à vous causer de Sans mobile apparent (1971). Une adaptation de Dix plus un, série noire made in USA signée Ed McBain et parue en 1963. En passant du livre à l’écran, l’action ne se situe plus en Californie mais à Nice. C’est donc sur la Riviera qu’un sniper sème la terreur en logeant une bastos entre les deux yeux d’un businessman et d’un playboy en maillot de bain. Chargé de l’enquête, l’inspecteur Carella (Jean-Louis Trintignant) essaie d’abord de comprendre ce qui peut bien relier les deux victimes. Et le temps presse puisque d’autres corps perforés ne vont pas tarder à s’effondrer en pleine rue…

Durant la conception de Sans mobile apparent, Philippe Labro reçoit les conseils précieux d’un grand maître : Jean-Pierre Melville. La passion des deux hommes pour le cinéma américain ne fait ici aucun doute. Avec l’efficacité des productions hollywoodiennes, ce film noir cramé par le soleil de la Côte d’Azur nous plonge rapidement au cœur de l’action. Un gus vient à peine de se faire trouer le front qu’un deuxième subit aussitôt le même sort. Entretemps, les investigations de Carella démarrent et la panique s’installe dans la ville… Dans Sans mobile apparent, le rythme a son importance. L’utilisation savante du montage alterné permet à deux évènements d’évoluer en parallèle. Tandis que la police tente d’y voir plus clair, un autre homicide se prépare… Ce tempo particulier donne au spectateur l’impression de se trouver simultanément dans deux endroits différents. En réalité, le point de vue du flic et du tueur se relaie sans cesse, et la narration se fait plus linéaire au fur et à mesure que le héros s’approche de la vérité. Ce procédé, soutenu par des indicateurs temporels précis (le décompte de chaque jour s’affiche à l’écran), crédibilise l’intrigue autant qu’il décuple le suspense. Puisque chaque minute compte, Trintignant se tape même un sprint autour du port afin de choper un assassin aussi insaisissable que le temps. Car il n’y a pas que les heures qui s’égrènent, il y a aussi les morts…

Quelques mois avant que ne sorte L’Inspecteur Harry, Philippe Labro dépeint déjà cette paranoïa urbaine si chère aux seventies. Chaque quidam est un suspect potentiel, chaque coin de rue un cercueil en puissance… Le contexte social n’arrange pas non plus les choses. Ainsi, les troubles politiques et les conflits intergénérationnels achèvent de faire de la cité une poudrière prête à exploser (protestant contre toute forme de violence et d’autorité, un jeune tague le symbole de la paix sur la bagnole de Carella). Mais la face la plus anxiogène et délétère de la société se cache à l’abri des regards. Et concerne une bourgeoisie immorale liée par le plus infâme des secrets… Les vices cachés d’un microcosme aux mœurs dévoyées rapprochent Sans mobile apparent du thriller transalpin, plus communément appelé « giallo ». L’énigme en forme de whodunit, le mystère autour de l’identité du tireur d’élite, les meurtres ritualisés et les notes inquiétantes de Morricone renforcent cette parenté. Après tout, le film n’est-il pas coproduit avec l’Italie ? Pour le représenter, le pays de Dario Argento peut également compter sur le soutien de formidables comédiennes telles que Carla Gravina (la possédée de L’Antéchrist) et Laura Antonelli (le péché véniel du cul-tissime Malicia). À leurs côtés se distinguent une ambivalente Dominique Sanda (la partenaire de Bronson dans Cabo Blanco), une affolante Stéphane Audran (plus sexy, tu meurs), un inattendu Jean-Pierre Marielle (présent la même année dans Quatre mouches de velours gris). Et un Trintignant magistral en flic aussi glacial qu’obstiné. Le casting constitue à coup sûr l’un des attraits de Sans mobile apparent, solide péloche de genre à l’européenne n’ayant rien à envier à ses modèles états-uniens.

Sans mobile apparent. De Philippe Labro. France/Italie. 1971. 1h38. Avec : Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda, Carla Gravina

LES WEEK-ENDS MALÉFIQUES DU COMTE ZAROFF : belles, blondes et clamsées

Businessman roulant en Peugeot 404 Coupé, le Comte Boris Zaroff (Michel Lemoine) ne se contente pas de potasser ses dossiers, de les signer et de les refiler à sa secrétaire. Tous les week-ends, il part rejoindre son château pour satisfaire ses penchants sadiens. Avec la complicité de son majordome Karl (Howard Vernon), ce vicelard de Zaroff se repaît de sexe et de sang, perpétuant ainsi une longue tradition familiale. Mais lorsque le fantôme d’Anne de Boisreyvault (Joëlle Cœur) se met à le tourmenter, le prédateur de ces dames commence sérieusement à perdre la boule… Les Week-ends maléfiques du Comte Zaroff vu, à l’époque, par ces faux-culs de la commission de censure : « Ce film présente, sous couvert d’un appel à l’étrange et au surréel, une panoplie complète de moments de sadisme, de cruauté, d’érotisme voire de nécrophilie qui ne sont tempérés ni par la moindre poésie, ni par l’humour. Il ne saurait être vu que par des adultes ». Des propos rances qui laissent deviner le sort réservé à l’œuvre de Lemoine sur notre territoire. Je vous le donne en mille ? Classement X et interdiction de séjour dans les salles… Plus clairvoyante, l’Espagne lui décerne en 1977 sa médaille d’or au festoche de Sitges. Dans notre beau pays, il faut attendre la décennie suivante et l’avènement de la VHS pour enfin découvrir ces week-ends licencieux sous le titre de Sept femmes pour un sadique

Après avoir traîné sa bobine de jeune premier devant les caméras de Guitry (Le Diable boiteux, 1948), Duvivier (La Fête à Henriette, 1952) ou Le Chanois (Le Village magique, 1955), Michel Lemoine (1922-2013) bifurque vers le Bis à l’orée des sixties. Il accomplit ainsi La Vengeance du Masque de Fer (Francesco De Feo, 1961), devient Le Monstre aux yeux verts (Romano Ferrara, 1962), assiste au choc Hercule contre Moloch (Giorgio Ferroni, 1963)… Jouer pour José Bénazéraf (L’Éternité pour nous, 1963), Mario Bava (Arizona Bill, 1964) et Jess Franco (Necronomicon, 1968) lui donne bientôt des envies de mise en scène. En tant que cinéaste, il se spécialise dans l’érotisme gaulois et dévoile les charmes de son épouse Janine Reynaud. Des titres ? Les Désaxées (1972), Les Chiennes (1973), Les Confidences érotiques d’un lit trop accueillant (1973) et Les petites saintes y touchent (1974). Mais il n’y a pas que la fesse dans la vie. Il y a aussi le fantastique. Midi-minuiste convaincu, féru de cinoche de quartier, défenseur de la série B, Lemoine écrit, réalise et interprète Les Week-ends maléfiques du Comte Zaroff. Un cauchemar « gothiconcupiscent » qui trahit l’amour de son auteur pour l’horreur (Boris Zaroff ne sonne-t-il pas comme Boris Karloff ?) et s’offre même le luxe d’une descendance que les cinéphages connaissent bien (Les Chasses du Comte Zaroff, 1932). Et hier comme aujourd’hui, ce type de proposition détonne au sein d’un 7ème art hexagonal peu porté sur l’imaginaire transgressif…

Si les poèmes de Jean Rollin vous touchent, si les contes immoraux de Jess Franco vous chatouillent les sens, alors vous serez ici comme à la maison. Avec le premier, Michel Lemoine partage un goût prononcé pour les répliques littéraires (les mots résonnent comme un écho lointain, sans se soucier du moindre réalisme) et les cimetières délabrés (le monde des morts est une prison attirant dans ses murs les vivants). À l’instar du second, il revisite le mythe zaroffien (cf. les chefs-d’œuvre de l’Espagnol fou : La Comtesse perverse et son « remake » Tender Flesh) et emploie l’exquis Howard Vernon (en serviteur du Comte Boris, il fait preuve d’une duplicité qui confine au sublime). Lemoine sait aussi tirer parti de ses décors naturels (verte prairie, lac de brume), tout en mettant en valeur les ressources extérieures et intérieures de son château (voir cette chambre aux miroirs, source de plaisirs insoupçonnés…). Le soin apporté au cadrage (les leçons du maestro Bava ont bien été retenues) et à la photo (Philippe Théaudière n’est pas un manchot) montre que tourner un long en deux ou trois semaines n’accouche pas forcément d’un résultat mal branlé. Malgré son budget riquiqui, Les Week-ends maléfiques du Comte Zaroff n’a (pratiquement) jamais l’air fauché. Lemoine pose un véritable regard de cinéaste sur ce qu’il shoote, bichonne son atmosphère de cauchemar baroque et sexy, expérimente sans jamais tomber dans l’essai arty. Bien que son scénar soit aussi dépouillé que celui d’un slasher, le Michel compense en donnant de la chair à la forme.

Plutôt doué pour mettre le meurtre dans le lit de la luxure, celui qui a dirigé la brûlante Olinka dans une poignée de pornos (dans les 80’s et sous le pseudo de Michel Leblanc) se démarque de l’exploitation lambda à travers quelques séquences à l’émoustillante créativité. Sylphide habituée aux bandes coquines des seventies (celles de Lemoine mais aussi de Pallardy, Davy et Bénazéraf), la peu frileuse Martine Azencot se tord d’extase au contact d’un boa en plumes bleues et se déchaîne lors d’une danse tribale provoquant la transformation d’une statue en homme (le culturiste Manu Pluton). Des instants insolites et affriolants qui voisinent avec des fulgurances empreintes d’un romantisme à la Edgar Allan Poe. Fantôme d’amour en robe blanche, la magnifique Joëlle Cœur (dans un rôle pour lequel a postulé Sylvia Kristel) resplendit d’une grâce intemporelle, use de ses reflets ténébreux pour nous offrir une dernière valse, fait de l’au-delà un éden. Belle comme un cœur (révélateur), l’impudique et démoniaque Joëlle nous fend encore plus le palpitant en désertant les écrans en 1976… Plus étonnant encore, ces week-ends maléfiques frayent aussi avec l’humour noir. Voulant visiter la chambre des tortures du père Zaroff, le couple Nathalie Zeiger/Robert de Laroche paye sa curiosité au prix fort (les pauvres petits finissent en sandwich gore…). Ballotté entre fantasme et réalité, le film joue habilement avec les ruptures de ton et immortalise l’étrange faciès d’un Lemoine esclave de ses pulsions et lentement dévoré par sa part de monstruosité. Dommage que celui-ci n’ait pondu qu’une seule péloche fantastique…

Les Week-ends maléfiques du Comte Zaroff. De Michel Lemoine. France. 1974. 1h25. Avec : Michel Lemoine, Howard Vernon, Joëlle Cœur…

LES RENDEZ-VOUS DE SATAN : pourquoi ces étranges gouttes de sang sur le corps d’Edwige ?

Sorti en Italie durant l’été 1972, Les Rendez-vous de Satan ne débarque dans les salles françaises qu’en… 1979. Une exploitation tardive qui, pour couronner le tout, s’accompagne d’un titre n’entretenant aucun rapport avec le film. En effet, le prince des ténèbres ne montre pas le bout d’une corne dans ce giallo qui n’a rien de surnaturel. Nos distributeurs se sont-ils souvenus de Toutes les couleurs du vice, un suspense diabolique plongeant Edwige Fenech dans un cauchemar à la Rosemary’s baby ? Ont-ils eu l’intention de grappiller les dernières miettes du succès de L’Exorciste ? Ou alors se sont-ils dit que Pourquoi ces étranges gouttes de sang sur le corps de Jennifer ? – traduction littérale du titre original – serait bien trop long et pas assez évocateur ? Allez savoir… Mais au fond, peu importe. Du moment que la faucheuse ne zappe pas son rencard, le Malin peut bien rester aux abonnés absents…

Dans Perché quelle strane gocce di sangue sul corpo di Jennifer ?, deux nanas succombent à la folie meurtrière d’un mystérieux cinglé (il a des gants, le visage masqué et un scalpel bien aiguisé). Un double assassinat commis, non pas dans la rue Morgue, mais dans un immeuble de standing appartenant à l’architecte Andrea Antinori (George Hilton). Plus tard, le gars propose à deux mannequins dans la dèche de loger dans l’un de ses apparts, à condition qu’elles acceptent de poser pour une pub. Marilyn Ricci (Paola Quattrini) et Jennifer Osterman (Edwige Fenech) ne se font pas prier et emménagent illico presto, sans toutefois s’imaginer qu’elles mettent ainsi leur vie en danger…

Tourné en plein âge d’or du thriller all’italiana, Les Rendez-vous de Satan naît sous la plume experte dErnesto Gastaldi. Un scénariste chevronné et un fin connaisseur des rouages giallesques (on lui doit également les scripts de Si douces, si perverses, La queue du scorpion, Torso…). Au sein d’une intrigue où tout le monde est suspect, il sème les fausses pistes, s’amuse avec des apparences forcément trompeuses, dévoile des mœurs licencieuses, décrit les crimes d’un psycho killer et rebat les cartes lors du twist final. Rien ne manque à l’appel, pas même les références aux classiques du suspense latin. Le look du tueur et la noyade dans un bain mortel évoquent Six femmes pour l’assassin; tandis qu’une pauvre victime tailladée dans un ascenseur renvoie à L’Oiseau au plumage de cristal (une scène tranchante qui ne laissera pas non plus indifférent le De Palma de Pulsions).

Mais avoir bon goût en matière de cinoche ne suffit pas. Sans vouloir se mesurer à Bava et Argento sur le terrain de la virtuosité, Giuliano Carnimeo parvient à tirer son épingle du jeu. Spécialiste du western sarcastique (voir le génial Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera pour s’en convaincre), Anthony Ascott (de son pseudo) utilise des zooms et des plans larges, passe avec aisance d’un espace clos (les sous-sols du building sont le théâtre d’une fatale partie de cache-cache) à un espace extérieur (les rues très fréquentées de Gênes distillent elles aussi l’angoisse). Pour son unique incursion dans le giallo, le cinéaste transalpin aborde le genre comme s’il évoluait sur les plateaux d’Almería; et ce sans oublier de ciseler les contours les plus noirs et délétères de son sujet. Ce qui n’est pas antinomique avec une bonne dose d’humour, surtout si elle s’intègre parfaitement à l’ensemble (le portrait cocasse des enquêteurs de la police ne parasite jamais la gravité de leurs investigations).

Pour flatter la rétine, Carnimeo peut compter sur l’œil affûté de son chef opérateur Stelvio Massi. En technicien aussi compétent qu’inspiré, ce dernier fait éclore de subtiles touches de couleurs en se servant des décors et des accessoires. Une façon de contourner les contraintes esthétiques d’un tournage hivernal, période où la palette chromatique est un peu moins éclatante. Le plus bel exemple demeure la première apparition d’Edwige Fenech. Amenant avec elle une lumière égale à sa splendeur, c’est-à-dire éblouissante, la comédienne s’essaye au body painting lors d’une séance photo se déroulant dans un studio aux murs jaunes (une pose mythique qui a d’ailleurs fait la couv du tout premier numéro du fanzine « Toutes les couleurs du Bis »). Superbe ! Tout comme ce flashback onirique décrivant la partouze menée par le gourou d’une secte d’esclaves sexuels. Des effets kaléidoscopiques y fragmentent la poitrine offerte et recouverte d’iris de la même Edwige, offrande florale faite à une déesse enivrée par l’extase… Un grand moment d’érotisme feutré qui n’est pas sans rappeler le sabbat orgiaque et cauchemardesque de l’excellentissime Toutes les couleurs du vice

Les ténèbres se font également aguichantes lorsque la showgirl Carla Brait (corps montrant des traces de violence charnelle chez Sergio Martino et guerrière du Bronx en devenir) lance un défi à son public de mâles : celui qui parviendra à la « dompter » sur scène aura une récompense. Dans une pénombre savamment éclairée, notre panthère se lance alors dans une joute sensuelle qu’elle domine de bout en bout, chorégraphie envoyant valdinguer un pauvre gus trop sûr de lui… À ces instants élaborés avec soin et inventivité, s’ajoute une intrigante séquence post-climax. Cette fin ouverte, que chacun peut interpréter à sa façon, constitue en tout cas une conclusion des plus originales (non, je ne spoilerai pas…).

Si Les Rendez-vous de Satan gagne à être connu, c’est aussi grâce à la musique de Bruno Nicolai. Son thème est un chef-d’œuvre à lui tout seul, ballade entraînante n’ayant rien à envier au dieu Morricone (l’auteur de l’Estasi dell’oro et celui du score des Inassouvies de Franco ont par ailleurs souvent bossé ensemble). Lumineuse, fougueuse et romantique, cette mélodie imparable rompt avec les standards habituels du giallo (mais rassurez-vous, le reste de la composition se montre fertile en sonorités anxiogènes). De quoi transcender le film de Carnimeo, ce que contribue également à faire l’inflammable présence d’Edwige Fenech…

Fille sauvage, vierge folichonne, ingénue perverse et Emma Bovary durant les sweet sixties, la brune fantasmatique devient la reine du giallo à l’orée des seventies. Sous la houlette du maestro Bava, notre Edwige se paye le plus spectaculaire des trépas en incarnant l’une des cinq « poupées » de L’Île de l’épouvante (1970). La révélation – sidérante comme une apparition divine – se fait néanmoins avec la trilogie « vicieuse » de Sergio Martino. Dans L’Étrange vice de Mme Wardh (1971), Toutes les couleurs du vice (1972) et Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé (1972), la più bella donna del mondo nous atomise sur place. Les deux premiers lui offrent l’opportunité de transformer un emploi de scream queen en performance d’actrice, le troisième de briller de mille feux dans un registre plus trouble et vénal. La bombe anatomique est aussi à l’origine d’un véritable choc thermique dans le Nue pour l’assassin d’Andrea Bianchi (1975). La preuve ? Dans les bonus du dvd paru chez « Neo Publishing », Nino Castelnuovo – son partenaire à l’écran – avoue avoir eu du mal à cacher une méchante érection lors du tournage d’une scène avec la Fenech !

Dans Perché quelle strane gocce di sangue sul corpo di Jennifer ?, la future toubib du régiment reprend le rôle de victime qu’elle a déjà tenu dans Lo strano vizio della signora Wardh et Tutti i colori del buio. Mais, en chemin, elle n’a pas oublié son charisme, son élégance, son talent. Dansant avec le diable au clair de lune, Edwige traduit à nouveau cette émotion particulière qui se dégage de ses yeux noisette lorsque la peur l’étreint. Encore une fois, l’étoile du soir n’a besoin que d’un seul regard pour nous décrocher la mâchoire… Une évidence s’impose : la beauté de la dame sert d’écrin à son jeu d’actrice. Et ça, Giuliano Carnimeo l’a très bien pigé. Un an plus tard, et outre le long-métrage qui nous intéresse, il le prouve plus que jamais en dirigeant la souveraine de nos rêves éveillés dans L’Emprise des sens. Dans ce mélodrame criminel par trop méconnu, la sublime Fenech provoque le coup de foudre autant qu’elle nous tire des larmes…

Qu’elle soit menacée par une lame infernale ou par la concupiscence des hommes, qu’elle soit prof ou flic, juge ou putain, la bella Antonia de Mariano Laurenti nous fait toujours croire à son personnage. C’est en cela qu’elle est grande… Dès lors, dans Les Rendez-vous de Satan, on comprend pourquoi la séduisante Annabella Incontrera (l’un des agréments, aux côtés d’Edwige, de La vie sexuelle de Don Juan) s’acharne à lui faire des avances; pourquoi l’espiègle Paola Quattrini (l’épouse de Renzo Montagnani dans Aldo fait ses classes) en fait sa meilleure amie et pourquoi George Hilton (six péloches en commun avec l’interprète de Jennifer) ne peut se passer d’elle. Moi non plus d’ailleurs. Une folle envie d’aimer Edwige Fenech me saisit à l’évocation du film de Carnimeo. Un giallo pas aussi puissamment érotique (ni même aussi bien ficelé) que les opus martiniens, mais qui permet à la Vénus du Bis de nous faire une fois de plus tourner la caboche…

Perché quelle strane gocce di sangue sul corpo di Jennifer ? De Giuliano Carnimeo. Italie. 1972. 1h34. Avec : Edwige Fenech, George Hilton, Paola Quattrini

« Edwige’s eyes cast a spell on me
Edwige’s eyes, queen of Giallo movies »

Cathedral, Edwige’s Eyes (2010)

AU SERVICE DU DIABLE : the flesh and the devil

Tourné en 1971 sous le titre de La plus longue nuit du diable, le film de Jean Brismée devient Au service du diable lorsqu’il sort chez nous en 1974. Et ce n’est pas tout. Histoire de surfer sur la vague polissonne des 70’s, il se fait même nommer Le Château du vice. Pour sa reprise au Brady en 1979, on l’appelle cette fois-ci non pas Trinita mais La Nuit des pétrifiés (même identité sur support VHS). Autre particularité : cette péloche appartient à la catégorie « fantastique belge » (« belgo-italien » pour être précis, mais on ne va pas chipoter), une terra quasi incognita sur laquelle seul Harry Kümel (Les Lèvres rouges, Malpertuis) semble régner. Pourtant, Au service du diable n’a pas échoué à donner un peu de relief au plat pays en s’exportant dans le monde entier (pour lui souhaiter la bienvenue, les States le baptisent The Devil walks at midnight ou The Devil’s nightmare). Singularité supplémentaire : la diablerie en question constitue l’unique long-métrage de fiction mis en scène par le sieur Brismée. Ancien prof de math et de physique (« 666 est le nombre de la Bête » répétait-il à ses élèves), cofondateur en 1962 de l’Institut national supérieur des arts du spectacle (situé à Bruxelles, non loin du lieu de naissance d’Annie Cordy), l’instit à la caméra s’est surtout spécialisé dans le documentaire historico-scientifique à destination de la petite lucarne… Du didactisme au Bis, il n’y a donc qu’un pas. Surtout pour celui qui ose se frotter à de nouvelles expériences. Avec cette parenthèse exceptionnelle, Jean Brismée n’a pas seulement relevé un défi, il a su apporter sa pierre à l’édifice de l’imaginaire zazou européen. Ce qui reste tout de même plutôt cool, comme l’aurait si bien dit l’Erika du même nom.

Bien après les débuts du gothique à l’italienne (Les Vampires, 1957), à l’anglaise (Frankenstein s’est échappé, 1957), à l’américaine (La Chute de la maison Usher, 1960) et à l’espagnol (L’Horrible docteur Orloff, 1962), Au service du diable replonge l’épouvante dans les ténèbres d’un château sinistre où les terreurs les plus profondes côtoient les désirs les plus secrets. Depuis plusieurs générations, une effroyable malédiction s’abat sur les von Rhoneberg : chaque fille de la famille est appelée à devenir un succube, conséquence d’un vieux pacte passé avec le Malin. Alors que les alliés bombardent Berlin en 1945, le Baron (Jean Servais) – officier de la Wehrmacht – est justement le malheureux papa d’une gamine venant de naître. Afin de stopper le cycle infernal, ce dernier n’a pas d’autre choix que de tuer son enfant… Vingt-cinq ans plus tard, un minibus de tourisme se paume dans la Forêt-Noire. Ses passagers demandent alors l’hospitalité au châtelain des environs : le Baron von Rhoneberg. Ce soir-là, une étrange et troublante invitée en profite pour se joindre à eux en la personne d’Hilse Müller (Erika Blanc). La plus longue nuit du diable peut alors commencer… Un pitch classique, de ceux qui s’inscrivent dans la grande tradition du genre et s’adressent directement aux connaisseurs. Si vous aimez vous balader dans les manoirs maudits et les cimetières brumeux, vous saurez apprécier le point de vue offert par le donjon du Lord Brismée. Et puisque les années 70 viennent de commencer, la formule ne reste pas figée sur ses conventions : elle se lâche un peu plus, s’encanaille quelque peu, s’autorise davantage de folie. Plus de sang, plus de bagatelle, plus d’audace. Du goth licencieux, en somme.

Dans Au service du diable, les plaisirs occultes ne manquent pas. Auteur du script original, Patrice Rondard alias Patrice Rhomm a veillé à ce que sa marque noire transparaisse à l’écran. Prévu au départ pour réaliser le long-métrage sous la supervision d’André Hunebelle (« Je t’aurai, Fantômas ! »), le romancier/scénariste/cinéaste aux mille pseudos (vous en voulez d’autres ? Homer Bingo, Mark Stern…) y mêle déjà certains de ses thèmes fétiches (et fétichistes). Démone aguichante et nazisme décadent traversent pratiquement toute l’œuvre érotico-barrée du réalisateur Patrice (voir son cul-tissime Draguse ou le manoir infernal ou son croquignolet Elsa Fräulein SS). Mais c’est encore avec Le Bijou d’amour (1978) que notre sarabande satanique entretient – sur le papier – le plus de similitudes. Dans ces parties fines embrasées par ce diable rose de Brigitte Lahaie, il est aussi question de succubes et de… sept péchés capitaux ! Car, figurez-vous, chez ce satané Brismée, on se la joue Seven avant l’heure (toute proportion gardée, bien entendu) ! Les convives du Baron von Rhoneberg ont tous un vice plus ou moins caché : le chauffeur se goinfre comme Choco dans Les Goonies (la gourmandise), le vieux rouspète sans arrêt et s’emporte facilement (la colère), le beau gosse trompe sa bourgeoise avec une nympho (la luxure)… Je ne vais pas tous vous les faire, mais sachez que chacun périra à cause de ses travers. Sans verser dans la satire, le film s’amuse toutefois à souligner les défauts de ces infortunés afin de mieux les enfermer dans un piège inextricable. Le jeu de massacre n’en est que plus exquis, à l’instar des cadavres qui s’accumulent…

Dans ses meilleurs jours (et surtout ses plus belles nuits), le cinoche d’exploitation est un cinoche qui tente des choses, bricolage poétique accouchant de concepts aussi dingues qu’inspirés. L’infanticide du prologue historique d’Au service du diable est emballé d’une façon inédite. Un poignard (à lame rétractable, je vous rassure) plante un vrai bébé à travers sa couverture, le tout en un seul plan (sans la suggestion du hors-champ ou de coupe au montage, l’effet est beaucoup plus saisissant). La présence, dans les greniers du château, d’une vierge de Nuremberg et d’une guillotine (toutes deux ne restent pas inactives bien longtemps) permet également de marquer les esprits. Sans oublier cette crypte transformée en labo de savant fou. Un travail signé Jio Berk, le décorateur de Jean Rollin sur La Vampire nue et Les Démoniaques. Fulgurante est aussi la (diabolus in) musica d’Alessandro Alessandroni. Guitariste et siffleur de Morricone sur la trilogie des Dollars, joueur de sitar pour Bruno Nicolai sur Toutes les couleurs du vice, le compositeur de Lady Frankenstein, cette obsédée sexuelle cisèle pour l’occasion une partition mémorable. Le thème – avec son intro au clavecin annonçant l’un des passages du Fog de Carpenter, son envoûtante voix féminine appartenant à Giulia De Mutiis, ses envolées pop et sensuelles – mérite d’être écouté, encore et encore. La mélodie adéquate pour une danse macabre avec de véritables gueules de 7ème art. Celle de l’illustre Jean Servais, Baron austère que la fatalité écrase. De l’intimidant Maurice De Groote, majordome froid et sardonique. De l’hilarant Lucien Raimbourg, barbon râleur et casse-bonbons. Et surtout celle de l’impressionnant Daniel Emilfork, silhouette sépulcrale au magnétisme luciférien.

Les occupantes de ce palais hanté ne sont pas en reste, à commencer par Shirley Corrigan. Pétillante comme une bulle de champagne dans Le Tour du monde de Fanny Hill (Mac Ahlberg, 1974), la délicieuse blonde se livre au saphisme dans les bras d’Ivana Novak; et se fait caresser le bras par un python dans les bras de Morphée. Mais pour connaître l’extase ultime, il faut laisser la diablesse Erika Blanc posséder votre âme. Ses yeux d’un azur intense nous jettent un sort auquel on ne peut résister (ce n’est pas un hasard si un gros plan de sa bobine accompagne son entrée dans le film). Le décolleté et le ventre apparent de sa longue robe noire (convertie en maillot une pièce pour appâter un jeune séminariste) agissent sur nous tel un sortilège à l’emprise irrésistible. L’appel de la chair lancé par la tentatrice Madame Blanc relie la damnation éternelle à la jouissance infinie. De son vrai nom Enrica Bianchi Colombatto, l’actrice italienne joue aussi avec les traits de son visage (tour à tour crispé, enragé, affligé) pour exprimer sa part de monstruosité. Au-delà des mimiques convulsives, elle n’hésite pas à s’enlaidir via un maquillage spectral dû à Duilio Giustini (c’est lui qui défigure Barbara Steele dans Les Amants d’outre-tombe). Pas de doute, la belle est la bête. Faut dire que la si douce Monica d’Opération peur et la si perverse Lillian de La Vengeance de Lady Morgan excelle dans les rôles doubles, troubles, ambigus. Fascinante et hypnotique, notre « soleil de glace » (De profundis clamavi, Baudelaire) se révèle également surprenante d’ambivalence dans Amour et mort dans le jardin des dieux, ode giallesque à la passion destructrice. Dans les derniers instants d’Au service du diable, Erika Blanc fait triompher le romantisme le plus noir. Ô prêtresse Erika, ne nous délivrez pas du Mal…

Au service du diable. De Jean Brismée. Belgique/Italie. 1971. 1h35. Avec : Erika Blanc, Daniel Emilfork, Shirley Corrigan

« Les succubes se manifestent de préférence la nuit. Elles usent de leurs charmes lascifs pour séduire les ermites par la vision de leur impudique nudité… Vous me trouvez lascive ? Impudique ? Et si je me mettais nue devant vous, vous penseriez que je suis un succube ? »

Erika Blanc, Au service du diable

TRAUMA : le secret derrière la porte

Tout d’abord, un constat : Trauma fait partie des grands sacrifiés du fantastique. Chez nous, il a été ignoré par les salles de cinéma (Giscard lui-même ne s’en est jamais remis), exposé dans les vidéo-clubs comme un B lambda (mais avec un visuel signé Melki) et flanqué d’un dvd « pirate » bien dégueulasse (1 € chez Auchan, 1 !). Lors de sa sortie aux States en 1976, le film de Dan Curtis n’est pas accueilli avec davantage d’enthousiasme par le public local. Pour le consoler, on lui refile quelques Saturn Awards, l’élan solidaire s’étendant même jusqu’en Espagne où le festoche de Sitges lui décerne d’autres récompenses. Aujourd’hui, une édition digne de ce nom a enfin vu le jour au pays de Rosy Varte. Il s’agit bien entendu du combo dvd/blu-ray conçu avec tendresse et passion par Rimini (avec en prime, l’indispensable livret signé Marc Toullec). C’est donc le moment idéal pour découvrir dans de bonnes conditions ce Burnt Offerings (en VO) et pour le hisser à la place qu’il mérite, c’est-à-dire au panthéon des classiques modernes de l’épouvante. Rien que ça.

Marian Rolf (Karen Black, déjà dans La Poupée de la terreur du même Curtis) et Ben Rolf (Oliver Reed, entre Les Diables et Chromosome 3), ainsi que leur rejeton David (Lee Montgomery, ami des rats dans Ben), visitent une demeure victorienne dans l’espoir d’y passer leurs vacances d’été. Quelque peu délabré, l’édifice n’en est pas moins immense et possède à coup sûr le charme de l’ancien. Les proprios des lieux, Roz Allardyce (Eileen Heckart, barmaid dans Le Maître de guerre) et son frangin Arnold (Burgess Meredith, la même année que Rocky), acceptent de louer leur baraque à un prix très attractif. Seule condition : cohabiter avec maman Allardyce et lui monter tous les jours son plateau repas. La vieille dame, paraît-il très discrète, ne sort jamais de sa chambre située sous les combles… Si Ben ne le sent pas trop, Marian, elle, est plutôt conquise… Les Rolf débarquent alors dans leur résidence estivale en compagnie de tante Elizabeth (Bette Davis, quatre avant Les Yeux de la forêt). Sur place, Marian s’occupe de l’énigmatique dame du grenier en laissant de quoi becter devant une porte toujours close. Mais que se passe-t-il quand la maison de vos rêves devient celle de vos pires cauchemars ?

Le saviez-vous ? Les droits d’adaptation du roman The Hoods de Harry Grey appartenaient au départ à Dan Curtis. Ce qui, à l’époque, avait bien foutu dans la mouise un certain Sergio Leone, grand amoureux de cette histoire de gangsters new-yorkais. L’un des collaborateurs du maestro, le producteur Alberto Grimaldi, propose alors un deal à Curtis : l’échange desdits droits contre le financement du projet de son choix. Ainsi naquirent Burnt Offerings et… Il était une fois en Amérique, l’ultime monument de Leone. Comme le second, le premier trouve lui aussi son inspiration dans un livre : Notre vénérée chérie de Robert Marasco (1973). De l’horreur subtile et prenante qui n’a pas non plus laissé indifférent Stephen King. Dans la logique des choses, on ne sera donc pas étonné de trouver des similitudes entre Trauma et le Shining de Stanley Kubrick. L’auteur de Marche ou crève a-t-il pensé à Notre vénérée chérie lorsqu’il a rédigé les tourments de l’enfant lumière ? Le réalisateur de Lolita s’est-il souvenu du film de Curtis lorsqu’il a shooté les spectres de l’Overlook ? Peut-être.

Non pas que Burnt Offerings puisse rivaliser avec la puissance formelle du Shining de 1980. Cela dit, les deux œuvres ont indubitablement quelques idées visuelles et narratives en commun. Notamment une intro (on découvre les Rolf dans leur bagnole, direction la maison du diable) et une conclusion identique (je n’en dis pas plus), sans parler de cette scène où Oliver Reed s’en prend inexplicablement à son fiston en tentant de le noyer dans la piscine. Tout comme les Torrance, la famille de Trauma subit l’influence néfaste de son foyer et voit ses liens se désagréger (les résidents malchanceux de The Amityville Horror en savent également quelque chose). Mais là où Dan Curtis fait preuve d’originalité, c’est dans le caractère inédit de sa demeure maudite. Pas de fantôme ou de démon ici, seulement une « maison de chair » (comme dans le bouquin de Masterton), un être vivant se nourrissant des malheurs de ses occupants (les fleurs de la serre en reprennent des couleurs), une entité malveillante muant tel un animal (elle se régénère façon Christine, la possessive Plymouth Fury de King et Carpenter). Un véritable problème lorsqu’il faut rester confiné chez soi…

Si, d’une certaine façon, Burnt Offerings annonce Shining, il s’inscrit surtout dans la lignée de The Haunting de Robert Wise. Refusant l’artillerie lourde du film de trouille, Curtis se repose entièrement sur son script, prend le temps de poser son sujet, respecte le crescendo. Il s’appuie sur sa mise en scène, suggère plus qu’il ne montre. Autant dire que celles et ceux qui ne jurent que par les cache-misères contemporains (CGI envahissants, sound design assourdissant, jump scares intempestifs) pourront ici passer leur chemin. Les autres, en revanche, apprécieront la manière dont le créateur de Dark Shadows (célèbre feuilleton des sixties) maîtrise ses effets. En semant ça et là moult détails inquiétants. En laissant le mal s’insinuer dans la psychologie des personnages. En orchestrant un suspense de dingue autour de la présence avérée ou non de Mme Allardyce. En faisant intervenir à plusieurs reprises un boogeyman échappé d’un souvenir d’enfance. Là, Trauma ne vole pas son titre. Car les apparitions de ce chauffeur de corbillard pâle et ricanant foutent vraiment les jetons (des parenthèses morbides et oniriques animées par Anthony James, vu chez Eastwood dans L’Homme des hautes plaines et Impitoyable). Tout cela nous conduit inexorablement jusqu’à un dénouement si désespéré (putain de twist !) qu’il cloue le spectateur sur place, avant de le commotionner durablement.

Sobre, efficace et hautement insidieux, Trauma peut également compter sur la qualité de l’interprétation pour distiller l’angoisse jusqu’au malaise. Dominant un casting de premier ordre, Oliver Reed et Karen Black forment à l’écran un couple crédible. Le loup-garou de Terence Fisher rend sa détresse paternelle et conjugale palpable, son impuissance face aux forces du mal tangible. La kidnappeuse de Complot de famille manie magistralement l’ambivalence de Marian, une femme séduite par l’esprit pervers d’une bâtisse gothique (un fabuleux décor que l’on doit d’ailleurs au vétéran Eugène Lourié). Qu’il œuvre pour la télévision ou pour le cinéma (avec un très net avantage pour le premier), l’auteur de remarquables fictions cathodiques telles que Dracula et ses femmes vampires ou La Malédiction de la veuve noire se révèle être un solide raconteur d’histoires doublé d’un véritable amateur de fantastique. Dommage que son Burnt Offerings ne soit pas davantage cité lorsque l’on cause de maison hantée. Il s’agit pourtant d’un fleuron de l’enfer immobilier sur pellicule, à l’instar des tout aussi méconnus et formidables La Maison des damnés (John Hough, 1973), La Sentinelle des maudits (Michael Winner, 1977) et L’Enfant du diable (Peter Medak, 1980). Des rendez-vous avec la peur à noter sur votre carnet de cinéphage…

Burnt Offerings. De Dan Curtis. États-Unis/Italie. 1976. 1h51. Avec : Karen Black, Oliver Reed, Bette Davis…