WE WANT SEX EQUALITY (Nigel Cole, 2010)

19637240.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxWe want sex equality (titre original : Made in Dagenham). De Nigel Cole (Saving grace avec Brenda Blethyn, Calendar girls avec Helen Mirren). Royaume-Uni. 2010. 1h53. Avec : Sally Hawkins, Geraldine James et Andrea Riseborough. Genre : comédie. Sortie France : 09/03/2011. Maté à la téloche le mercredi 8 mars 2017.

De quoi ça cause ? Au printemps 1968, un vent de contestation souffle dans l’usine Ford de Dagenham. Déclassées par la direction, les cent quatre-vingt-sept ouvrières de l’atelier de sellerie se mettent pour la première fois en grève. Sous l’impulsion du syndicaliste Albert Passingham (Bob Hoskins), la couturière Rita O’Grady (Sally Hawkins), modeste et inexpérimentée, prend les commandes de la fronde. Tenant tête aux dirigeants, elle revendique un droit au grade d’ouvrier spécialisé et l’égalité des salaires entre hommes et femmes. Malgré ses doutes, la jeune femme, entourée de ses fidèles collègues, mène une lutte acharnée. En trois semaines, les ouvrières de la banlieue londonienne paralysent l’un des principaux constructeurs automobiles mondiaux, suscitant l’attention des médias mais aussi celle du gouvernement. (source : Arte.tv/fr)

Mon avis Télé Z Modèle de comédie sociale à l’anglaise, We want sex equality nous rappelle que les acquis d’aujourd’hui sont le fruit d’une lutte menée par de courageuses pionnières. Des femmes qui ont contesté les usages sexistes d’un système qui les a relégué au second rang mais qu’elles sont parvenues à changer. Discriminée à cause de son sexe et de son milieu social, la Rita O’Grady interprétée par Sally Hawkins est une travailleuse comme les autres que les circonstances vont pousser à se battre pour toutes les autres travailleuses. Le film nous emporte avec lui dans cet élan émancipateur et soulève les difficultés rencontrées par les femmes lorsqu’il s’agit de revendiquer leurs droits (pression familiale, paternalisme, perfidie patronale). Située en cette révolutionnaire année 1968, l’histoire vraie au centre de We want sex equality est aussi celle de nos sociétés actuelles dans lesquelles l’égalité femmes-hommes et la parité salariale ne sont qu’un mythe. Les ouvrières de Dangenham ont montré la voie et prouvé que nous pouvons tout(e)s bouger les lignes. À nous maintenant de rester vigilant(e)s et de réagir lorsque nos libertés fondamentales sont menacées. Voilà le message – progressiste – que l’on pourrait retenir d’un film où tous les protagonistes sont traités avec justesse et à-propos (le syndicaliste joué par le regretté Bob Hoskins est un allié sincère du féminisme), où le trait n’est jamais appuyé (les costards-cravates de chez Ford ont beau être détestables, ils ne sont jamais caricaturaux) et où l’humour et l’émotion se côtoient dans une symbiose parfaite. Le tout soutenu par la crème des comédiennes britanniques : Sally Be happy Hawkins, Andrea Shadow dancer Riseborough, Miranda The crying game Richardson et Rosamund Gone girl Pike. Vibrant et engagé, We want sex equality donne l’envie d’adresser un gigantesque « fuck » au patriarcat et au grand capital ! 5/6

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It’s women’s turn : la sororité en action face aux injustices du monde du travail.

MY SWEET PEPPER LAND (Hiner Saleem, 2013)

my-sweet-pepper-land-1131My sweet pepper land. De Hiner Saleem. Kurdistan/France/Allemagne. 2013. 1h26. Avec : Golshifteh Farahani (sublime actrice iranienne à la carrière internationale), Korkmaz Arslan et Suat Usta. Genre : drame. Sortie France : 09/04/2014. Maté à la téloche le jeudi 2 mars 2017.

De quoi ça cause ? Au carrefour de l’Iran, l’Irak et la Turquie, dans un village perdu, lieu de tous les trafics, Baran (Korkmaz Arslan), officier de police fraîchement débarqué, va tenter de faire respecter la loi. Cet ancien combattant de l’indépendance kurde doit désormais lutter contre Aziz Aga, caïd local. Il fait la rencontre de Govend (Golshifteh Farahani), l’institutrice du village, jeune femme aussi belle qu’insoumise… (source : Allociné.fr)

Mon avis Télé Z : Les codes et les thèmes du western sont universels et peuvent s’appliquer aussi bien à Monument Valley que dans les montagnes kurdes. La façon dont My sweet pepper land s’approprie le genre est plus que rafraîchissante. Les décors naturels invitent au voyage, même si ce voyage n’est pas de tout repos. Face à des « truands » imposant leur loi à tout un village, il faut un « bon », un incorruptible qui n’a pas peur de se dresser contre eux. Quelque part entre Charles Bronson (pour son côté taciturne et imperturbable) et Henry Fonda (pour la droiture infaillible de son personnage), Korkmaz Arslan se montre épatant en shérif intègre qui ne demande qu’à faire son job dans les règles. Son courage impressionne lorsque, maître de lui-même, il défie l’autorité du parrain local. En découle une tension palpable alimentée par une violence sourde qui menace à tout moment d’exploser (et qui n’explosera – physiquement – qu’à la dernière bobine). Et puis il y a toute la grâce et la hardiesse de Govend, femme indépendante à qui on voudrait arracher le droit d’enseigner. Confrontée à l’injustice patriarcale, elle ne laisse ni les trafiquants ni sa fratrie lui dicter sa conduite (autre figure féminine forte présente dans le film : les combattantes kurdes planquées dans le maquis et toujours prêtes à se battre). Résolument frondeurs, Govend et Baran entrent en résistance contre une société rétrograde et hypocrite où les vieilles traditions ont la vie dure. Ode à la liberté et à des lendemains meilleurs, My sweet pepper land peut se définir comme un western romantique et humaniste, enrichi par un contexte politique particulier (l’indépendance du Kurdistan irakien après la chute de Saddam Hussein). Quant à la merveilleuse Golshifteh Farahani, l’extrême conviction de son jeu (ses talents de musicienne s’expriment aussi lors de passages bouleversants où ses mains caressent le hang, son instrument) finit par emporter l’adhésion. Et le cœur du spectateur. 5/6

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Golshifteh Farahani, le trésor d’une terre aride où il faut se battre pour exister.

SPLIT (M. Night Shyamalan, 2017)

046535_jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxSplit. De M. Night Shyamalan. États-Unis. 2017. 1h57. Avec : James McAvoy, Anya Taylor-Joy et Betty Buckley (la série Huit, ça suffit ! mais pas seulement : Carrie, Frantic). Genre : thriller/fantastique. Sortie France : 22/02/2017. Maté en salle le dimanche 26 février 2017.

De quoi ça cause ? Kevin (James McAvoy) a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher (Betty Buckley), mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey (Anya Taylor-Joy), aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats. (source : Allociné.fr)

Mon avis Télé Z : Après le bain de jouvence constitué par The visit, M. Night Shyamalan confirme son grand retour avec Split, son meilleur opus depuis Le village (2004). En pleine possession de ses moyens, le cinéaste orchestre un suspense qui – à l’image de son protagoniste – possède plusieurs visages. Commençant comme un thriller soigneusement enrobé de mystère, le film va semer petit à petit les graines de sa mutation jusqu’à un dernier acte ouvertement (mais sobrement) fantastique. Rappelons-nous que le génie de Shyamalan se trouve dans sa capacité à pousser le réel, le quotidien vers des rivages surnaturels totalement tangibles. À partir d’un trouble mental et de données scientifiques, l’intrigue accouche d’un « monstre » nourri par la souffrance humaine. C’est d’ailleurs sur ce dernier point que la confrontation entre Kevin et Casey prend tout son sens et montre que la violence change bien souvent les victimes en bourreaux. La mise en scène méticuleuse de l’auteur d’Incassable (cadrage et montage sont réglés au cordeau) ne rate rien de cet affrontement aussi psychologique que physique et fait honneur au grand Hitch (la façon dont Patricia, la personnalité féminine de Kevin, est dévoilée à l’écran renvoie à Psychose). Impossible également de ne pas rester bouche bée devant l’audace d’un twist final qui en laissera plus d’un(e) sur le derche. Les possibilités offertes par l’ultime séquence de Split sont foutrement excitantes. Et pour éviter de spoiler, je ne m’étalerais pas sur la nature exacte de ce putain de rebondissement. En revanche, je peux vous dire à quel point la performance multiple de James McAvoy relève du grand art. Le Robbie Turner de Reviens-moi jongle ici avec plusieurs personnages, passe d’une émotion à l’autre sans prévenir et se montre capable d’être à la fois flippant, drôle et poignant. Face à lui, Anya Taylor-Joy ne démérite pas et défend admirablement un rôle complexe et ambigu dont les cicatrices, extérieures comme intérieures, sont indélébiles. Et autant dire que nous ne sommes pas prêts d’oublier les grands yeux noirs de la révélation de The witch. 5,5/6

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Anya Taylor-Joy tentant d’échapper à son passé et aux démons de son ravisseur…

PUSSY RIOT : UNE PRIÈRE PUNK (Mike Lerner & Maxim Pozdorovkin, 2013)

81wfhr7x4ml__sy445_Pussy Riot : une prière punk (titre original : Pokazatelnyy protsess : Istoriya Pussy Riot/Pussy Riot : a punk prayer). De Mike Lerner et Maxim Pozdorovkin. Russie/Royaume-Uni. 2013. 1h28. Avec : Nadejda Tolokonnikova, Maria Alekhina et Ekaterina Samoutsevitch. Genre : documentaire. Sortie dvd : 04/10/2016 (Dissidenz films, en coffret avec Voïna). Maté en dvd le lundi 20 février 2017.

De quoi ça cause ? Trois jeunes femmes : Nadia, Masha et Katia. Un procès retentissant. Un scandale planétaire. Six mois durant, les réalisateurs ont filmé ce collectif artistique féministe plus connu sous le nom de Pussy Riot, dont trois des membres ont été arrêtés pour une « prière punk » perpétrée dans la cathédrale de Christ-Sauveur à Moscou. Les témoignages des trois jeunes filles incarcérées et de leurs proches ainsi que les images du procès lui-même apportent un éclairage inédit sur un fait divers devenu affaire d’État au retentissement mondial. (source : Amazon.fr)

Mon avis Télé ZUn doc indispensable pour bien comprendre l’engagement des Pussy Riot et mettre en lumière la parodie de justice dont elles ont été les victimes. Les réalisateurs ne ratent rien d’un procès aussi médiatique (terribles images que celles des trois « émeutières » mises en cage et livrées aux flashs des photographes) que partial (personne n’est dupe : les dés sont jetés bien avant le verdict). En voulant dénoncer la corruption d’un système dans lequel la séparation des pouvoirs, la laïcité, le droit au blasphème – ou tout simplement, la démocratie – n’existent pas, les Pussy Riot ont réveillé le petit monde orwellien de Poutine. Malgré l’intimidation, la répression et l’humiliation, le regard inébranlable de Nadejda Tolokonnikova montre que, si les despotes peuvent emprisonner les corps, ils ne peuvent pas emprisonner les esprits. Si les soutiens sont nombreux (les manifestants font bloc devant le tribunal et bravent les flics), l’apparition de ces orthodoxes au look de bikers font froid dans le dos. Des fanatiques avouant à demi-mot regretter le bon vieux temps où on brûlait les hérétiques… Relatant également le parcours des trois activistes, Une prière punk n’oublie pas de faire intervenir leurs parents et d’illustrer les entretiens avec de touchantes archives personnelles. Outre les extraits des chansons et des actions de nos héroïnes en colère, les rappels historiques sont les bienvenus et aident à faire le lien entre la Russie d’hier et d’aujourd’hui (la cathédrale du Christ-Sauveur a été dynamitée par les bolcheviks en 1931 et reconstruite après la dissolution de l’union soviétique). Alors que Samoutsevitch sort de taule le 10 octobre 2012, le film stoppe sa narration avant la libération d’Alekhina et de Tolokonnikova le 23 décembre 2013. Aujourd’hui, le patriarche Kirill et le tsar Poutine continuent à se lécher la rondelle comme si de rien n’était. Mais des punk féministes, des « riot grrrls », sont parvenues à faire trembler leur empire. Nos politicards à la diplomatie complaisante feraient bien d’en prendre de la graine. 5/6

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Cagoules colorées, chorégraphies hirsutes, riffs cradingues : la révolution selon Pussy Riot !

TERREUR DANS LE SHANGHAÏ EXPRESS (Eugenio Martin, 1972)

terreur-dans-le-shanghai-expressTerreur dans le Shanghaï Express (titre original : Horror Express). D’Eugenio Martin (ou Gene Martin). Royaume-Uni/Espagne. 1972. 1h23. Avec : Christopher Lee, Peter Cushing et Helga Liné (une actrice si douce, si perverse…). Genre : fantastique. Sortie dvd : 07/02/2017 (LCJ éditions). Maté en dvd le samedi 18 février 2017.

De quoi ça cause ? En 1906, Alexander Saxton (Christopher Lee), paléontologue, découvre un homme-singe vieux de deux millions d’années fossilisé dans une région reculée d’Asie. Lors de son retour à Londres par le Transsibérien, il fait la rencontre de son rival, le Docteur Wells (Peter Cushing), qui décide d’ouvrir la fameuse caisse qui contient la créature. Celle-ci revient à la vie. (source : LCJéditions.com)

Mon avis Télé Z : Si vous vous attendiez à un proto-slasher dans lequel un psycho killer velu tue un à un les passagers d’un train, vous risquez d’être agréablement surpris. Le film d’Eugenio Martin n’est pas une péloche d’épouvante comme les autres et possède plusieurs qualités. La première : la nature évolutive du mal qui squatte le Shanghaï Express. Se présentant d’abord sous la forme d’une créature simiesque, le monstre du train se révèle ensuite bien plus malin qu’il n’en a l’air et jouit en réalité de nombreux pouvoirs. L’argument science-fictionnel dévoilé à mi-parcours et les réelles intentions de l’hibernatus sont étonnantes et déplacent les enjeux vers des préoccupations plus philosophiques (le progrès scientifique vaut-il tous les sacrifices ? Vous avez deux heures). Bénéficiant d’un bon script, Horror Express profite également de son décor en huis clos (rien de tel que l’enfermement pour diffuser l’angoisse) et de son cadre historico-géographique (le début du XXème siècle, entre la Chine et la Russie, voilà qui nous change). Pour le reste, voir Christopher Lee et Peter Cushing se donner la réplique n’a pas de prix. En scientifiques rivaux mais pas antagonistes, les gentlemen du fantastique dominent le casting de leur classe toute british. À côté de ces deux géants, la présence de la belle Helga Liné n’est pas non plus négligeable, tout comme celle d’Alberto de Mendoza, ici en illuminé chevelu et barbu façon Raspoutine. Et n’oublions pas Telly Savalas dont le personnage de cosaque se greffe tardivement (et un peu gratuitement, avouons-le) au récit. Du beau monde pour un très bon bis européen des 70’s annonçant avec dix ans d’avance The thing de John Carpenter. 4,5/6

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Aller sans retour à bord du Shanghaï Express pour Helga Liné. Dans ses yeux, la terreur !

TURKISH DÉLICES (Paul Verhoeven, 1973)

turkish_delicesTurkish délices (titre original : Turks fruit). De Paul Verhoeven. Pays-Bas. 1973. 1h43. Avec : Monique van de Ven (découverte, pour ma part, dans les pages de Starfix, via un sujet sur Amsterdamned), Rutger Hauer et Dolf de Vries. Genre : drame. Sortie dvd : 16/11/2004 (Metropolitan vidéo, coffret Paul Verhoeven). Maté en dvd le samedi 4 février 2017.

De quoi ça cause ? Dans le contexte de la libération sexuelle, Erik (Rutger Hauer), sculpteur bohème, vit une relation passionnée et tumultueuse avec Olga (Monique van de Ven), issue d’une famille conservatrice. (source : Madmovies.com)

Mon avis Télé Z : La face tragique de la révolution sexuelle des 70’s ou quand l’insouciance vit ses dernières heures. Les amants maudits de Turkish délices, grands gamins épris de liberté et crachant à la gueule de l’establishment, voient leurs rêves s’écraser contre le mur des réalités. Réalités du monde des adultes, de la petite bourgeoisie, des hypocrites que Verhoeven se plaît à dynamiter en exposant la vérité des corps. Corps chargés de soutenir des existences faites de sang, de foutre, de merde, de vomi et de larmes. Ceux qui continuent à se voiler la face en croyant au p’tit Jésus et à l’immaculée conception sont ici priés (!) de laisser leur tartufferie aux vestiaires des peine-à-jouir. Sans jamais imposer au spectateur un quelconque jugement moral, le réalisateur du récent Elle préfère shooter la vie telle qu’elle est, traversée de légèreté et de gravité, de beauté et de cruauté. La fatalité finit néanmoins par l’emporter, la mort marquant de son empreinte tout le long-métrage. Des signes avant-coureurs annoncent dès la première séquence l’issue inévitable d’une relation où l’amour, aussi fort soit-il, ne peut rien face à la maladie. Funèbre, cru et parfois poétique (cf. le nouvel envol d’une mouette recueillie et soignée par Erik), Turks fruit fait partie de ces films qui vous marquent au fer rouge, vous assènent un coup de boule émotionnel (une constante chez Paul Verhoeven). L’interprétation effervescente de Rutger Hauer et celle – déchirante, magique, terrible – de Monique van de Ven (dont c’est ici le premier long) achèvent de faire de cette puissante et subversive love story, un chef-d’œuvre. 6/6

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La magnifique Monique van de Ven, la révélation des délices turcs de Paul Verhoeven.