BLOW OUT (Brian De Palma, 1981)

blow-out-itBlow out. De Brian De Palma. États-Unis. 1981. 1h42. Avec : John Travolta, Nancy Allen (trois autres De Palma à son actif : Carrie au bal du diable, Home movies et Pulsions) et John Lithgow (deux autres pour lui : Obsession et L’esprit de Caïn). Genre : thriller. Sortie France : 17/02/1982. Maté à la téloche le dimanche 19 mars 2017.

De quoi ça cause ? Ancien flic, Jack Terry (John Travolta) est employé à Philadelphie comme spécialiste des effets sonores par une petite société de production de séries Z. Une nuit, alors qu’il réalise des enregistrements dans un parc, il assiste à la sortie de route d’une voiture qui finit sa course dans une rivière. Plongeant immédiatement pour porter secours aux accidentés, Jack parvient in extremis à extirper la passagère du véhicule. À l’hôpital, après avoir pris des nouvelles de Sally (Nancy Allen), la jeune femme qu’il a sauvée, il apprend que le conducteur, retrouvé mort, était le gouverneur McRyan, un politicien pressenti pour la course à la Maison-Blanche. Persuadé d’avoir entendu un coup de feu avant le drame et convaincu que cette mort n’est pas accidentelle, Jack se lance dans une enquête minutieuse… (source : Arte.tv/fr)

Mon avis Télé Z : « Le cinéma ment 24 fois par seconde » disait Brian De Palma. Le héros de Blow out tente de débusquer la vérité à travers toutes les techniques du 7ème art. Les artifices du mensonge – le son, l’image et le montage – sont utilisés pour montrer une réalité dangereuse pour celui qui veut voir au-delà des apparences. La quête de Jack Terry (John Travolta, en rupture de dancefloor) est dès lors impossible car elle tente de relier deux mondes différents, celui de la fiction et celui du réel. Comme le spectateur devant son écran, il se montre impuissant face aux évènements et ne peut changer le cours des choses. Une impasse tragique qui débouche sur un final désespéré, suivie d’un clin d’œil ironique d’une noirceur absolue. Ni happy end ni love story pour les fouineurs qui sont parvenus à déceler le vrai visage de l’Amérique. Un pays où la concurrence politique se fait assassiner afin de changer le cours de l’histoire (écho du traumatisme causé par le meurtre de JFK), où les témoins gênants sont éliminés un à un (par un John Lithgow glaçant) et les faits bidonnés pour mieux endormir la populace. Dans l’un des plans iconiques du film, la bannière étoilée semble d’ailleurs engloutir Nancy Allen… Formaliste de génie, De Palma se plaît à rendre le plus cinématographique possible une histoire dont le principal sujet est le cinéma. Comme Travolta passant des heures devant ses appareils pour dénicher le son et l’image parfaits, le réalisateur fait de chaque séquence un morceau de bravoure visuel (cf. les fameux split screen, l’une des marques de fabrique du cinéaste). Servant autant le script qu’il flatte les mirettes, ce travail d’orfèvre est également épaulé par la photo de Vilmos Zsigmond (la lumière idéale pour un film noir en couleurs) et la musique de Pino Donaggio (très beau thème romantique scellant une idylle funeste). De par son incontestable maestria et sa profonde tristesse (qui détonne quelque peu dans le paysage hollywoodien des 80’s), Blow out n’a pas pris une ride et demeure une pièce de choix dans la carrière de son metteur en scène. 5,5/6

rG0Wp4JAgf89SMG1geOof0HUqgr
Le cinéma : un art qui joue avec la mort.

VOÏNA (Andreï Gryazev, 2012)

Coffret-2-DVD-Pussy-Riot-VoVoïna (titre original : Zavtra). De Andreï Gryazev. Russie. 2012. 1h29. Avec : Natalia Sokol, Oleg Vorotnikov et Leonid Nikolaev. Genre : documentaire. Sortie dvd : 04/10/2016 (Dissidenz films, en coffret avec Pussy riot : une prière punk). Maté en dvd le samedi 18 mars 2017.

De quoi ça cause ? Voïna (« guerre » en russe) est un collectif artistique fondé par le couple Natalia Sokol et Oleg Vorotnikov, et dont sont issus deux des membres des Pussy Riot. Andreï Gryazev retrace ici plusieurs mois du quotidien du couple d’activistes, qui évoluent entre la répression policière, la débrouille pour se loger et nourrir leur enfant Casper, et des actions publiques qui mettent en cause l’arbitraire de la Russie de Poutine. (source : Amazon.fr)

Mon avis Télé Z : Réveiller cette Russie endormie par Poutine et ses sbires : le projet de Voïna, à l’instar de celui des Pussy riot, est de faire du bruit, beaucoup de bruit, afin que celui-ci se fraie un chemin jusqu’aux salauds du Kremlin. Andreï Gryazev colle tellement aux basques de ses activistes (ou plutôt ses « artivistes ») qu’il semble prendre lui-aussi les mêmes risques. Le sentiment d’urgence est total, tout comme la nécessité de dénoncer un système répressif et liberticide. Le film nous présente quelques performances mêlant l’art contemporain à la contestation politique, le tout préparé avec peu de moyens mais avec un culot monstre. Vivant au jour le jour, tels d’authentiques punks (quitte à chourer de la bouffe dans les épiceries et à récupérer des fringues dans les poubelles), les membres de Voïna ne renient jamais leurs principes et sont motivés par un engagement à toute épreuve. Même un bambin participe à l’aventure, et ce sans jamais manquer de l’amour de sa mère (touchante et admirable Natalia Sokol). Si la première partie peut être déroutante pour qui ne connaît pas ledit groupe (aucun commentaire ne vient nous expliquer le sens de leur démarche), leur combat devient ensuite plus évident, notamment lorsque les médias s’emparent de leur cas (les évènements s’emballent avec la vidéo d’une bagnole de flic renversée et l’arrestation d’Oleg et Leo). Le doc s’achève sur deux séquences différentes mais complémentaires. La première, assez grave : une manif située lors des élections législatives russes de 2011 et réprimée par la police. La seconde, plus drôle : un phallus géant tagué sur un pont mobile en érection. Quand la rage rend créatif. 4,5/6

2329_15037437045122239a04bbb
L’une des prouesses de Voïna : dans ton cul, Vladimir !

COMPARTIMENT TUEURS (Costa-Gavras, 1965)

Compartiment_tueurs_grandeCompartiment tueurs. De Costa-Gavras (qui a aussi tourné aux États-Unis : Missing, La main droite du diable, Music box, Mad city). France. 1965. 1h29. Avec : Yves Montand, Simone Signoret et Jean-Louis Trintignant. Genre : polar. Sortie France : 17/11/1965. Maté à la téloche le mercredi 15 mars 2017.

De quoi ça cause ? Une passagère d’une voiture-couchettes d’un train Marseille-Paris est retrouvée étranglée. Par la suite, plusieurs des autres occupants du compartiment où elle se trouvait sont assassinés, alors que la police tente de recueillir le témoignage de chacun. À la police judiciaire, l’inspecteur Grazziani (Yves Montand) et son assistant Jean-Loup Gabert sont sommés de mettre fin rapidement à cette vague de crimes… (source : Wikipedia.org)

Mon avis Télé Z : Pour son premier long-métrage, Costa-Gavras fait déjà preuve d’une maîtrise certaine. Si le futur auteur de L’aveu n’aborde pas encore les aspects politiques et sociaux de son cinéma, Compartiment tueurs n’en mérite pas moins sa place en première classe. Co-écrit par Sébastien Japrisot (d’après son roman, ce qui explique la qualité des dialogues), le script convoque d’abord une belle brochette de suspects, tous liés au meurtre mystérieux d’une Pascale Roberts toute jeune (et au regard troublant). Les choses se compliquent lorsque lesdits suspects se font flinguer un à un, ce qui réduit au fur et à mesure la liste des assassins potentiels. Comme chez Agatha Christie, la révélation de l’identité du vrai coupable est surprenante, la course-poursuite finale venant conclure une intrigue aux ramifications multiples. À cet art consommé du suspense, ajoutons le soin apporté par Costa-Gavras à l’image (un noir et blanc joliment stylisé) et à la mise en scène (la silhouette insaisissable du tueur au silencieux : une image qui aurait pu être celle d’un krimi ou d’un giallo). Cette ambiance de commissariat parisien du milieu des années 1960 – avec ses « gueules » qu’on interroge (excellent numéro de Charles Denner) et ses flics tantôt décontractés, tantôt nerveux – apporte aussi un cachet considérable à l’ensemble. Autre atout de Compartiment tueurs : son casting ciselé jusqu’au moindre petit rôle. Outre des têtes d’affiche qui en imposent (Montand, Signoret, Mondy, Trintignant, Piccoli), des visages familiers font leur apparition tout au long du film (le spectateur peut d’ailleurs s’amuser à les repérer). Du beau monde, devant comme derrière la caméra (n’oublions pas la très chouette bande originale de Michel Magne). 4,5/6

Compartiment_tueurs_FR_2
Pascale Roberts, première victime du premier long de Costa-Gavras.

DESPERATE LIVING (John Waters, 1977)

928full-desperate-living-posterDesperate living. De John Waters (qui aime aussi beaucoup faire l’acteur). États-Unis. 1977. 1h28. Avec : Mink Stole, Liz Renay et Susan Lowe. Genre : comédie. Sortie dvd : 09/03/2006 (Seven7). Maté en dvd le lundi 13 mars 2017.

De quoi ça cause ? Peggy Gravel (Mink Stole), une bourgeoise névrosée, se débarrasse de son mari avec la complicité de sa femme de ménage Grizelda (Jean Hill). Toutes deux prennent la fuite et se retrouvent à Mortville, un lieu où toute la vermine et les dépravés de la région semblent s’être donné rendez-vous. L’endroit vit sous la coupe de l’infâme reine Carlotta (Edith Massey) et de sa fille Coo-Coo (Mary Vivian Pearce), mais bientôt les choses vont changer… (source : Dvdfr.com)

Mon avis Télé Z : Un dynamitage en règle du glamour hollywoodien et de sa norme abrutissante : voilà le projet au centre de l’œuvre de John Waters. Comédie satirico-trash électrisée par une liberté de ton absolue, Desperate living est l’un des fleurons du natif de Baltimore. Deux Amériques se tirent ici la bourre : celle des banlieues chicos incarnées par la « desperate housewife » Peggy (Mink Stole, dans un grand numéro d’hystérie et de paranoïa). Et celle de Mortville, un taudis dirigé par une reine autoritaire et dans lequel se cache une horde de lesbiennes. Bien entendu, Waters se place du côté de ces dernières et fait de son hypocrite et égoïste wasp la méchante de l’histoire, au même titre que l’odieuse souveraine. Sardonique à souhait, Desperate living se la joue conte de fée, mais avec des fées moins sages que chez Disney. La morale conformiste chère à la firme aux grandes oreilles en prend naturellement pour son grade. Les outrances en tous genres s’enchaînent dans l’allégresse et culminent lors d’un final transgressif et décapant flirtant avec l’horreur bis. Franchement, Waters et sa troupe ne font pas les choses à moitié pour nous venger de la bienséance en vigueur dans toutes ces productions trop propres pour être honnêtes… Bien loin des standards à la mode, le long-métrage met la laideur à l’honneur et ne la cache pas sous le vernis des apparences. L’expérience en devient carrément organique : les fluides corporels sont jetés à la face du spectateur, les chairs pendouillent mais ne sont jamais tristes et la crasse ambiante est quasiment palpable (ne manque plus que l’odorama de Polyester pour que l’immersion soit totale). Mais la laideur, c’est aussi la beauté des autres. Desperate living est peuplé de gueules singulières (Susan Lowe, androgyne vénère arborant deux ou trois verrues sur le visage), de physiques hors normes (Jean Hill et ses 200 kilos d’amour, étouffant un gus avec son popotin) et d’actrices fascinantes (Liz Renay, blonde bustée qui n’aurait pas dépareillé chez Russ Meyer) donnant vie à des personnages hauts en couleur et complètement cramés. Ces dames, que l’on croirait sorties du plus déviant des cartoons, assurent dans la joie et la bonne humeur (et quelques jets de vomi), un spectacle à la folie libératrice. Plus que du mauvais goût, du grand art. 5/6

d32e1428172f7c57454e6fb03573c8bb
Susan Lowe et Liz Renay : des princesses, des vraies.

LOGAN (James Mangold, 2016)

513278_jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxLogan. De James Mangold (une bonne filmo : Copland, Une vie volée, 3h10 pour Yuma). États-Unis. 2016. 2h17. Avec : Hugh Jackman, Patrick Stewart et Dafne Keen. Genre : fantastique. Sortie France : 01/03/2017. Maté en salle le dimanche 12 mars 2017.

De quoi ça cause ? Dans un proche avenir, un Logan (Hugh Jackman) fatigué s’occupe d’un Professeur X (Patrick Stewart) malade, dans une cachette à la frontière mexicaine. Mais les tentatives de Logan de se cacher du monde et de son héritage sont contrariées quand une jeune mutante arrive, poursuivie par des forces obscures. (source : Madmovies.com)

Mon avis Télé Z : Pour sa dernière prestation dans la peau de Wolverine (à moins que…), Hugh Jackman se paie le luxe de tirer sa révérence avec un opus en tout point magistral et faisant la nique à tous ces blockbusters dont la seule ambition est de ratisser le plus large possible. Les promesses d’une œuvre adulte et incarnée sont largement tenues et débouchent sur une alternative salutaire et radicale à l’uniformisation qui sévit plus que jamais dans nos multiplexes. Marquant sa différence à coups de griffes, Logan n’a pas besoin de surenchère numérique ou de destruction massive pour convaincre. Le film en serait presque dépouillé, intimiste tant il refuse de tomber dans la facilité (peu de super-héros, pas de caméos, de clins d’œil, de dialogues surexplicatifs ou de séquence post-générique). Le script a beau situer l’histoire dans le futur, les décors restent sobres et fidèles à l’état de décrépitude d’un monde en ruine (soit un gigantesque désert à la Mad Max). Rien ne nous écarte des réelles intentions de James Mangold : sonder l’âme tourmentée de héros qui n’ont plus rien de super, quitte à resserrer les enjeux jusqu’à atteindre leur cœur. L’humanité – si fragile et contradictoire – qui se cache derrière ceux qui ont été des surhommes sert de moteur à un long-métrage qui évite tout artifice grossier pour susciter l’émotion. La violence sèche et hargneuse des scènes d’action (d’une puissance gore inédite pour une production de cette envergure) constitue aussi un moyen d’interroger ses protagonistes sur les conséquences de leurs actes. Si L’homme des vallées perdues (George Stevens, 1953) est cité directement à travers un extrait diffusé à la télévision, le Impitoyable de Clint Eastwood s’impose aussi à l’esprit du spectateur cinéphile. Logan prend donc des allures de western crépusculaire où la souffrance et la mort enveloppent les grands espaces. Irrigué par une véritable force émotionnelle, le récit s’attarde également sur une sorte de paternité inattendue qui voit un solitaire bourru et désabusé prendre fait et cause pour une gamine pas comme les autres. Sous des dehors de comic book movie, le long-métrage de Mangold prend soin de donner de la substance à ce qu’il raconte et se permet même d’aborder quelques thématiques plus politiques et sociales (la mainmise de certaines corporations sur les domaines de la santé et de l’agroalimentaire et l’exploitation des pauvres par celles-ci). Des qualités pas si courantes dans le cadre d’un film de studio. Autre audace : montrer le désespoir dans les yeux de Wolverine (qui n’est plus qu’un homme nommé Logan) et la douleur sur son corps; montrer la maladie et la vieillesse s’acharner sur le professeur Xavier. On a jamais vu nos anciens X-men comme ça, si proche de nous, de notre condition. La vie n’est pas une bande dessinée et même les légendes doivent se confronter à la réalité. Dans le rôle d’un chevalier errant usé par l’échec de son existence, Hugh Jackman n’a jamais été aussi magnifique et transcende littéralement le personnage qui l’a rendu célèbre. Faisons avec lui et ses compagnons (Patrick Stewart et la jeune Dafne Keen sont aussi remarquables), ce beau et terrassant voyage en forme de requiem. 6/6

489520_jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx
Logan dans son dernier combat : âpre, douloureux et sans retour.

WE WANT SEX EQUALITY (Nigel Cole, 2010)

19637240.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxWe want sex equality (titre original : Made in Dagenham). De Nigel Cole (Saving grace avec Brenda Blethyn, Calendar girls avec Helen Mirren). Royaume-Uni. 2010. 1h53. Avec : Sally Hawkins, Geraldine James et Andrea Riseborough. Genre : comédie. Sortie France : 09/03/2011. Maté à la téloche le mercredi 8 mars 2017.

De quoi ça cause ? Au printemps 1968, un vent de contestation souffle dans l’usine Ford de Dagenham. Déclassées par la direction, les cent quatre-vingt-sept ouvrières de l’atelier de sellerie se mettent pour la première fois en grève. Sous l’impulsion du syndicaliste Albert Passingham (Bob Hoskins), la couturière Rita O’Grady (Sally Hawkins), modeste et inexpérimentée, prend les commandes de la fronde. Tenant tête aux dirigeants, elle revendique un droit au grade d’ouvrier spécialisé et l’égalité des salaires entre hommes et femmes. Malgré ses doutes, la jeune femme, entourée de ses fidèles collègues, mène une lutte acharnée. En trois semaines, les ouvrières de la banlieue londonienne paralysent l’un des principaux constructeurs automobiles mondiaux, suscitant l’attention des médias mais aussi celle du gouvernement. (source : Arte.tv/fr)

Mon avis Télé Z Modèle de comédie sociale à l’anglaise, We want sex equality nous rappelle que les acquis d’aujourd’hui sont le fruit d’une lutte menée par de courageuses pionnières. Des femmes qui ont contesté les usages sexistes d’un système qui les a relégué au second rang mais qu’elles sont parvenues à changer. Discriminée à cause de son sexe et de son milieu social, la Rita O’Grady interprétée par Sally Hawkins est une travailleuse comme les autres que les circonstances vont pousser à se battre pour toutes les autres travailleuses. Le film nous emporte avec lui dans cet élan émancipateur et soulève les difficultés rencontrées par les femmes lorsqu’il s’agit de revendiquer leurs droits (pression familiale, paternalisme, perfidie patronale). Située en cette révolutionnaire année 1968, l’histoire vraie au centre de We want sex equality est aussi celle de nos sociétés actuelles dans lesquelles l’égalité femmes-hommes et la parité salariale ne sont qu’un mythe. Les ouvrières de Dangenham ont montré la voie et prouvé que nous pouvons tout(e)s bouger les lignes. À nous maintenant de rester vigilant(e)s et de réagir lorsque nos libertés fondamentales sont menacées. Voilà le message – progressiste – que l’on pourrait retenir d’un film où tous les protagonistes sont traités avec justesse et à-propos (le syndicaliste joué par le regretté Bob Hoskins est un allié sincère du féminisme), où le trait n’est jamais appuyé (les costards-cravates de chez Ford ont beau être détestables, ils ne sont jamais caricaturaux) et où l’humour et l’émotion se côtoient dans une symbiose parfaite. Le tout soutenu par la crème des comédiennes britanniques : Sally Be happy Hawkins, Andrea Shadow dancer Riseborough, Miranda The crying game Richardson et Rosamund Gone girl Pike. Vibrant et engagé, We want sex equality donne l’envie d’adresser un gigantesque « fuck » au patriarcat et au grand capital ! 5/6

MCDMAIN EC128
It’s women’s turn : la sororité en action face aux injustices du monde du travail.

MY SWEET PEPPER LAND (Hiner Saleem, 2013)

my-sweet-pepper-land-1131My sweet pepper land. De Hiner Saleem. Kurdistan/France/Allemagne. 2013. 1h26. Avec : Golshifteh Farahani (sublime actrice iranienne à la carrière internationale), Korkmaz Arslan et Suat Usta. Genre : drame. Sortie France : 09/04/2014. Maté à la téloche le jeudi 2 mars 2017.

De quoi ça cause ? Au carrefour de l’Iran, l’Irak et la Turquie, dans un village perdu, lieu de tous les trafics, Baran (Korkmaz Arslan), officier de police fraîchement débarqué, va tenter de faire respecter la loi. Cet ancien combattant de l’indépendance kurde doit désormais lutter contre Aziz Aga, caïd local. Il fait la rencontre de Govend (Golshifteh Farahani), l’institutrice du village, jeune femme aussi belle qu’insoumise… (source : Allociné.fr)

Mon avis Télé Z : Les codes et les thèmes du western sont universels et peuvent s’appliquer aussi bien à Monument Valley que dans les montagnes kurdes. La façon dont My sweet pepper land s’approprie le genre est plus que rafraîchissante. Les décors naturels invitent au voyage, même si ce voyage n’est pas de tout repos. Face à des « truands » imposant leur loi à tout un village, il faut un « bon », un incorruptible qui n’a pas peur de se dresser contre eux. Quelque part entre Charles Bronson (pour son côté taciturne et imperturbable) et Henry Fonda (pour la droiture infaillible de son personnage), Korkmaz Arslan se montre épatant en shérif intègre qui ne demande qu’à faire son job dans les règles. Son courage impressionne lorsque, maître de lui-même, il défie l’autorité du parrain local. En découle une tension palpable alimentée par une violence sourde qui menace à tout moment d’exploser (et qui n’explosera – physiquement – qu’à la dernière bobine). Et puis il y a toute la grâce et la hardiesse de Govend, femme indépendante à qui on voudrait arracher le droit d’enseigner. Confrontée à l’injustice patriarcale, elle ne laisse ni les trafiquants ni sa fratrie lui dicter sa conduite (autre figure féminine forte présente dans le film : les combattantes kurdes planquées dans le maquis et toujours prêtes à se battre). Résolument frondeurs, Govend et Baran entrent en résistance contre une société rétrograde et hypocrite où les vieilles traditions ont la vie dure. Ode à la liberté et à des lendemains meilleurs, My sweet pepper land peut se définir comme un western romantique et humaniste, enrichi par un contexte politique particulier (l’indépendance du Kurdistan irakien après la chute de Saddam Hussein). Quant à la merveilleuse Golshifteh Farahani, l’extrême conviction de son jeu (ses talents de musicienne s’expriment aussi lors de passages bouleversants où ses mains caressent le hang, son instrument) finit par emporter l’adhésion. Et le cœur du spectateur. 5/6

21028207_2013081410481114-jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx
Golshifteh Farahani, le trésor d’une terre aride où il faut se battre pour exister.

SPLIT (M. Night Shyamalan, 2017)

046535_jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxSplit. De M. Night Shyamalan. États-Unis. 2017. 1h57. Avec : James McAvoy, Anya Taylor-Joy et Betty Buckley (la série Huit, ça suffit ! mais pas seulement : Carrie, Frantic). Genre : thriller/fantastique. Sortie France : 22/02/2017. Maté en salle le dimanche 26 février 2017.

De quoi ça cause ? Kevin (James McAvoy) a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher (Betty Buckley), mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey (Anya Taylor-Joy), aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats. (source : Allociné.fr)

Mon avis Télé Z : Après le bain de jouvence constitué par The visit, M. Night Shyamalan confirme son grand retour avec Split, son meilleur opus depuis Le village (2004). En pleine possession de ses moyens, le cinéaste orchestre un suspense qui – à l’image de son protagoniste – possède plusieurs visages. Commençant comme un thriller soigneusement enrobé de mystère, le film va semer petit à petit les graines de sa mutation jusqu’à un dernier acte ouvertement (mais sobrement) fantastique. Rappelons-nous que le génie de Shyamalan se trouve dans sa capacité à pousser le réel, le quotidien vers des rivages surnaturels totalement tangibles. À partir d’un trouble mental et de données scientifiques, l’intrigue accouche d’un « monstre » nourri par la souffrance humaine. C’est d’ailleurs sur ce dernier point que la confrontation entre Kevin et Casey prend tout son sens et montre que la violence change bien souvent les victimes en bourreaux. La mise en scène méticuleuse de l’auteur d’Incassable (cadrage et montage sont réglés au cordeau) ne rate rien de cet affrontement aussi psychologique que physique et fait honneur au grand Hitch (la façon dont Patricia, la personnalité féminine de Kevin, est dévoilée à l’écran renvoie à Psychose). Impossible également de ne pas rester bouche bée devant l’audace d’un twist final qui en laissera plus d’un(e) sur le derche. Les possibilités offertes par l’ultime séquence de Split sont foutrement excitantes. Et pour éviter de spoiler, je ne m’étalerais pas sur la nature exacte de ce putain de rebondissement. En revanche, je peux vous dire à quel point la performance multiple de James McAvoy relève du grand art. Le Robbie Turner de Reviens-moi jongle ici avec plusieurs personnages, passe d’une émotion à l’autre sans prévenir et se montre capable d’être à la fois flippant, drôle et poignant. Face à lui, Anya Taylor-Joy ne démérite pas et défend admirablement un rôle complexe et ambigu dont les cicatrices, extérieures comme intérieures, sont indélébiles. Et autant dire que nous ne sommes pas prêts d’oublier les grands yeux noirs de la révélation de The witch. 5,5/6

maxresdefault
Anya Taylor-Joy tentant d’échapper à son passé et aux démons de son ravisseur…

PUSSY RIOT : UNE PRIÈRE PUNK (Mike Lerner & Maxim Pozdorovkin, 2013)

81wfhr7x4ml__sy445_Pussy Riot : une prière punk (titre original : Pokazatelnyy protsess : Istoriya Pussy Riot/Pussy Riot : a punk prayer). De Mike Lerner et Maxim Pozdorovkin. Russie/Royaume-Uni. 2013. 1h28. Avec : Nadejda Tolokonnikova, Maria Alekhina et Ekaterina Samoutsevitch. Genre : documentaire. Sortie dvd : 04/10/2016 (Dissidenz films, en coffret avec Voïna). Maté en dvd le lundi 20 février 2017.

De quoi ça cause ? Trois jeunes femmes : Nadia, Masha et Katia. Un procès retentissant. Un scandale planétaire. Six mois durant, les réalisateurs ont filmé ce collectif artistique féministe plus connu sous le nom de Pussy Riot, dont trois des membres ont été arrêtés pour une « prière punk » perpétrée dans la cathédrale de Christ-Sauveur à Moscou. Les témoignages des trois jeunes filles incarcérées et de leurs proches ainsi que les images du procès lui-même apportent un éclairage inédit sur un fait divers devenu affaire d’État au retentissement mondial. (source : Amazon.fr)

Mon avis Télé ZUn doc indispensable pour bien comprendre l’engagement des Pussy Riot et mettre en lumière la parodie de justice dont elles ont été les victimes. Les réalisateurs ne ratent rien d’un procès aussi médiatique (terribles images que celles des trois « émeutières » mises en cage et livrées aux flashs des photographes) que partial (personne n’est dupe : les dés sont jetés bien avant le verdict). En voulant dénoncer la corruption d’un système dans lequel la séparation des pouvoirs, la laïcité, le droit au blasphème – ou tout simplement, la démocratie – n’existent pas, les Pussy Riot ont réveillé le petit monde orwellien de Poutine. Malgré l’intimidation, la répression et l’humiliation, le regard inébranlable de Nadejda Tolokonnikova montre que, si les despotes peuvent emprisonner les corps, ils ne peuvent pas emprisonner les esprits. Si les soutiens sont nombreux (les manifestants font bloc devant le tribunal et bravent les flics), l’apparition de ces orthodoxes au look de bikers font froid dans le dos. Des fanatiques avouant à demi-mot regretter le bon vieux temps où on brûlait les hérétiques… Relatant également le parcours des trois activistes, Une prière punk n’oublie pas de faire intervenir leurs parents et d’illustrer les entretiens avec de touchantes archives personnelles. Outre les extraits des chansons et des actions de nos héroïnes en colère, les rappels historiques sont les bienvenus et aident à faire le lien entre la Russie d’hier et d’aujourd’hui (la cathédrale du Christ-Sauveur a été dynamitée par les bolcheviks en 1931 et reconstruite après la dissolution de l’union soviétique). Alors que Samoutsevitch sort de taule le 10 octobre 2012, le film stoppe sa narration avant la libération d’Alekhina et de Tolokonnikova le 23 décembre 2013. Aujourd’hui, le patriarche Kirill et le tsar Poutine continuent à se lécher la rondelle comme si de rien n’était. Mais des punk féministes, des « riot grrrls », sont parvenues à faire trembler leur empire. Nos politicards à la diplomatie complaisante feraient bien d’en prendre de la graine. 5/6

priot
Cagoules colorées, chorégraphies hirsutes, riffs cradingues : la révolution selon Pussy Riot !

TERREUR DANS LE SHANGHAÏ EXPRESS (Eugenio Martin, 1972)

terreur-dans-le-shanghai-expressTerreur dans le Shanghaï Express (titre original : Horror Express). D’Eugenio Martin (ou Gene Martin). Royaume-Uni/Espagne. 1972. 1h23. Avec : Christopher Lee, Peter Cushing et Helga Liné (une actrice si douce, si perverse…). Genre : fantastique. Sortie dvd : 07/02/2017 (LCJ éditions). Maté en dvd le samedi 18 février 2017.

De quoi ça cause ? En 1906, Alexander Saxton (Christopher Lee), paléontologue, découvre un homme-singe vieux de deux millions d’années fossilisé dans une région reculée d’Asie. Lors de son retour à Londres par le Transsibérien, il fait la rencontre de son rival, le Docteur Wells (Peter Cushing), qui décide d’ouvrir la fameuse caisse qui contient la créature. Celle-ci revient à la vie. (source : LCJéditions.com)

Mon avis Télé Z : Si vous vous attendiez à un proto-slasher dans lequel un psycho killer velu tue un à un les passagers d’un train, vous risquez d’être agréablement surpris. Le film d’Eugenio Martin n’est pas une péloche d’épouvante comme les autres et possède plusieurs qualités. La première : la nature évolutive du mal qui squatte le Shanghaï Express. Se présentant d’abord sous la forme d’une créature simiesque, le monstre du train se révèle ensuite bien plus malin qu’il n’en a l’air et jouit en réalité de nombreux pouvoirs. L’argument science-fictionnel dévoilé à mi-parcours et les réelles intentions de l’hibernatus sont étonnantes et déplacent les enjeux vers des préoccupations plus philosophiques (le progrès scientifique vaut-il tous les sacrifices ? Vous avez deux heures). Bénéficiant d’un bon script, Horror Express profite également de son décor en huis clos (rien de tel que l’enfermement pour diffuser l’angoisse) et de son cadre historico-géographique (le début du XXème siècle, entre la Chine et la Russie, voilà qui nous change). Pour le reste, voir Christopher Lee et Peter Cushing se donner la réplique n’a pas de prix. En scientifiques rivaux mais pas antagonistes, les gentlemen du fantastique dominent le casting de leur classe toute british. À côté de ces deux géants, la présence de la belle Helga Liné n’est pas non plus négligeable, tout comme celle d’Alberto de Mendoza, ici en illuminé chevelu et barbu façon Raspoutine. Et n’oublions pas Telly Savalas dont le personnage de cosaque se greffe tardivement (et un peu gratuitement, avouons-le) au récit. Du beau monde pour un très bon bis européen des 70’s annonçant avec dix ans d’avance The thing de John Carpenter. 4,5/6

horror-express-13
Aller sans retour à bord du Shanghaï Express pour Helga Liné. Dans ses yeux, la terreur !