ANGEL, LA TRILOGIE : cinéma de minuit

Célébrer sur support dvd et blu-ray les grandes heures de l’ère VHS : tel est le credo de la fameuse « Midnight Collection » de Carlotta Films. Après The Exterminator (aka Le Droit de tuer – pas le Joel Schumacher, le Glickenhaus), À armes égales (pas le Ridley Scott, le Frankenheimer), Maniac Cop (pas le Xavier Dolan, le Lustig) ou encore Frankenhooker (du seul et unique Henenlotter), c’est au tour de la saga Angel de rejoindre cette furieuse anthologie. Durant les glorieuses 80’s (et à l’instar du Ms .45 de Ferrara), la trilogie de Robert Vincent O’Neil et Tom DeSimone a su féminiser un genre d’ordinaire très viril : le vigilante movie. Alors ne perdez pas de temps et venez vite faire la connaissance de l’intrépide Angel (pas le vampire, la justicière). 


BONNE ÉLÈVE LE JOUR, BONNE P… LA NUIT

Le Pitch. Molly Stewart (Donna Wilkes), 15 ans, mène une double vie. Lycéenne modèle le jour, elle devient à la nuit tombée Angel, une prostituée officiant sur Hollywood Boulevard. Alors qu’un dangereux tueur en série fait son apparition dans les rues de Los Angeles, assassinant sauvagement deux de ses amies, Angel refuse de céder à la peur… Source : Carlotta Films.

Avec son concept particulièrement gratiné (lycéenne le jour, prostituée la nuit), Angel s’annonce comme une pure péloche d’exploitation. Surprise, ce polar urbain distribué aux States par New World Pictures (l’une des boîtes fondées par Roger Corman) n’est pas du genre à se livrer au racolage. Au lieu d’explorer les contours les plus sordides de son sujet, Robert Vincent O’Neil préfère capter sur le vif la faune des rues chaudes de L.A. Également créateur de la série Lady Blue (un « Dirty Harry » au féminin animé par la rouquine Jamie Rose), le réalisateur s’attache à faire vivre une bande de marginaux hauts en couleur. Autour de notre tapineuse encore mineure (Donna Wilkes, Jaws 2) s’agitent un vieux cowboy d’opérette (Rory Calhoun, Le Colosse de Rhodes), un trav n’ayant pas sa langue dans sa poche (Dick Shawn, Les Producteurs) et une logeuse déglinguée (Susan Tyrrell, Conte de la folie ordinaire). La solidarité règne au sein de cette famille de déclassées usant leurs godasses sur les étoiles du « Walk of Fame ». Mais Hollywood ne fait plus rêver grand monde, à part peut-être les touristes… Ne cachant pas son affection pour ses losers magnifiques, Robert Vincent O’Neil prend le temps de caractériser chaque personnage (et de diriger ses comédiens, tous formidables). Surtout, il n’élude en rien les circonstances qui peuvent mener une gamine de 15 ans sur le trottoir. Toutefois, Angel ne peut se résumer à un drame psychologique et touchant. Cet aspect s’amalgame parfaitement avec les interventions plus brutales d’un tueur en série bien vicelard (John Diehl, Deux flics à Miami). Un psychopathe mutique et glacial qui fait flirter l’ensemble avec le thriller extrême (façon New York, deux heures du matin), voire le film d’horreur (à la Maniac). En plus d’être un revenge movie inhabituel, Angel peut aussi s’enorgueillir d’une musique extra et d’une photo sensas (la première est signée Craig Thief Safan, la seconde Andrew Sale temps pour un flic Davis). Pas besoin d’être un ange pour apprécier le résultat.

Angel. De Robert Vincent O’Neil. États-Unis. 1983. 1h29. Avec : Donna Wilkes, Susan Tyrrell, Rory Calhoun…


ANGEL EST DE RETOUR… POUR SE VENGER !

Le Pitch. Désormais étudiante en droit, Molly Stewart (Betsy Russell) a définitivement tiré un trait sur son passé de prostituée. Son seul lien avec cette époque révolue est le lieutenant Andrews, l’homme qui lui a sauvé la vie il y a quatre ans et dont elle est restée très proche. Lorsque ce dernier se fait assassiner en service, Molly décide de partir à la recherche du meurtrier sous les traits d’Angel… Source : Carlotta Films.

N’y allons pas par quatre chemins : Angel 2 : la vengeance est une suite offrant la plus jubilatoire des prolongations. Robert Vincent O’Neil et son coscénariste Joseph M. Cala ont veillé à ce que le charme de l’original opère encore. Avec les mêmes qualités d’écriture, les auteurs recréent la dynamique du premier volet tout en cédant sans complexe aux sirènes du « bigger and louder ». Car cet Avenging Angel (en VO) démarre fort, très fort. Sur un morceau électrisant de Bronski Beat (« Why ? » interprété par Jimmy Somerville), des hommes de main déboulent dans un appart pour trouer leurs cibles à coups de fusil à pompe. Le rythme musical, la puissance de feu à la Peckinpah et le montage sans chichis convoquent le meilleur du B des 80’s. Plus d’action donc, mais aussi plus d’humour. Ce qui s’avère tout de suite plus casse-gueule. N’ayez crainte, ce nouvel ingrédient s’intègre naturellement au reste. Si les genres se complètent aussi harmonieusement, c’est parce que les protagonistes d’Angel sont (presque) tous de retour. Parmi nos laissés pour compte favoris, Rory Calhoun (alors en fin de carrière) demeure certainement le plus allumé, le plus attachant. En simili Bronco Billy faisant chanter ses tromblons comme au temps du Far West, le Harry Weston de La Rivière sans retour émeut autant qu’il file la banane. Avec lui, et ses autres camarades de jeu, affleure l’idée que le monde change en laissant pas mal de gens sur le carreau et aux mains d’individus toujours plus crapuleux. En réalité, La Vengeance de l’ange (autre titre français) prend fait et cause pour les déshérités de L.A et sonde le fossé social les séparant de ceux qui les exploitent (les charognards sont ici des gangsters pleins aux as s’accaparant les biens immobiliers du quartier). Ah, j’oubliais : entretemps, Angel a changé de visage. Plus sexy et moins enfantine que Donna Wilkes (le producteur Sandy Howard a préféré remplacer cette dernière plutôt que de l’augmenter), la très convaincante Betsy Russell (future régulière de la saga Saw) prouve à son tour que la Cité des Anges n’a jamais aussi bien porté son nom.

Avenging Angel. De Robert Vincent O’Neil. États-Unis. 1984. 1h30. Avec : Betsy Russell, Rory Calhoun, Susan Tyrrell…


ELLE A PRIS GOÛT À LA VENGEANCE

Le Pitch. Molly Stewart (Mitzi Kapture) est installée à New York où elle est photographe. Lors d’un vernissage, elle croit reconnaître parmi la foule sa mère disparue. Après avoir obtenu quelques informations sur cette Gloria Rollins, Molly décide de la confronter et s’envole pour Los Angeles. Sa mère lui apprend que Michelle, sa petite sœur dont elle ignorait l’existence, court actuellement un grand danger. Le soir même, Gloria est retrouvée morte… Source : Carlotta Films.

Tôt ou tard, il fallait bien que la franchise se casse la binette, que la magie s’étiole, que nos espoirs s’envolent. Avec Angel 3 : le chapitre final (c’est faux, il y en aura encore un quatrième), tout ce qui faisait le sel des opus précédents n’est plus de mise. Le regard singulier du duo O’Neil/Cala s’efface au profit d’un polar tristement impersonnel. L’absence de cœur, de truculence et de folie se fait cruellement sentir, tout comme celle des amis freaks de Molly « Angel » Stewart. D’outsiders folklos, les personnages deviennent chez Tom DeSimone (le nouveau réalisateur/scénariste) des archétypes fadasses (mention spéciale au flirt de l’héroïne, un sidekick sans intérêt). La continuité étant brisée, on ne reconnaît plus notre ange de la vengeance (on la retrouve photographe de presse alors qu’elle était sur le point de devenir avocate dans Avenging Angel). Rouillé dans ses moindres ressorts, le script sort de son chapeau troué une maman et une frangine. S’ensuit une enquête routinière débutant dans le milieu du porno (l’occasion d’apercevoir le minou, euh… je veux dire le minois, d’Ashlyn Gere) et s’achevant en plein trafic de femmes. La mise en scène purement fonctionnelle de Tom DeSimone (Garnier ? « Ça m’est égal » répond Fabienne) donne l’impression de se mater un épisode de Rick Hunter. Le plaisir éprouvé à la découverte de son Hell Night (1981), un chouette slasher avec Linda Blair, n’est donc pas au rendez-vous. Ce qui n’empêche pas DeSimone de faire un peu d’auto-promo dans Angel 3 : l’affiche de son hallucinant Reform School Girls (1986) décore le mur de l’un des intérieurs du film… Et quid de Mitzi Kapture, la troisième Angel ? Si la comédienne des Dessous de Palm Beach ne s’en sort pas si mal, elle peine cependant à faire oublier ses devancières. Également présents au générique de ce « final chapter » mensonger, Maud Adams (Rollerball), Richard Roundtree (Shaft) et Dick Miller (l’acteur fétiche de Joe Dante) ne parviennent pas davantage à sauver les meubles. Encore un coup de ces fichus Gremlins…

Angel III : The Final Chapter. De Tom DeSimone. États-Unis. 1988. 1h39. Avec : Mitzi Kapture, Maud Adams, Richard Roundtree…

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

14 réflexions sur « ANGEL, LA TRILOGIE : cinéma de minuit »

  1. Cette trilogie proposée par Carlotta est sur ma liste d’envie. Jamais vue, mais on en parle beaucoup de cette Angel des trottoirs. Y-at-il des bonus dans ce coffret ?

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  2. Des bonus, il y en a essentiellement sur la galette des deux premiers volets : entretiens avec le réal Robert Vincent O’Neil, le coscénariste Joseph Cala, le compositeur Craig Safan et les « anges » Donna Wilkes et Betsy Russell (sans oublier quelques scènes coupées et les bandes-annonces). Des suppléments appréciables. Et pour cause : les premiers titres de la « Midnight Collection » n’avaient pas bénéficié d’un tel effort éditorial…

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  3. Tu m’as donné envie de me payer une bonne tranche de plaisir coupable avec cette jeune Angel. Ce sera une découverte pour moi mais qui aura sa place sur le site.

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  4. Et dire qu’on ne m’avait pas présenté cet Angel qui n’a nullement besoin de son Charlie (Bronson ?) pour voler dans les plumes de ses agresseurs ! Surtout quand l’agresseur n’est autre qu’un type croisé à la brigade des mœurs de la police de Miami (ce cher Zito aurait donc mal tourné ?). Les deux premiers me tentent furieusement, le troisième évidemment moins vu ce que tu en dis.
    En tout cas, gros kif de lecture en attendant de juger sur pièce. Thanx a lot.

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  5. Mais je t’en prie, merci à toi ! « Angel » et « Angel 2 » forment un diptyque aussi étonnant qu’attachant et assez éloigné d’un « Death Wish »… Tu peux effectivement faire l’impasse sur le décevant opus n°3… Ah tiens, si tu croises Sonny Crockett, dis-lui de me rendre ma veste de smoking rose. J’ai l’air moins relax sans elle.

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  6. Well only if you didn’t get lines all over the screen with a worn copy. Sometimes VHS colour was very poor. But it was amazing to be able to go down to a video store and rent a film some time after it had been in the cinema and watch it as often as you liked instead of relying on a cinema bringing it back.

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