LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS 3 : l’amour ne meurt jamais

Re-Animator 2 n’a laissé qu’un seul regret à Brian Yuzna : celui de ne pas avoir suffisamment montré sa « fiancée de Frankenstein » (Kathleen Kinmont, héritière trash d’Elsa Lanchester). De cette frustration est née l’idée de faire d’une « living dead girl » le principal attrait du Retour des morts-vivants 3 (l’affiche du film traduit à merveille cette note d’intention). Il n’en fallait pas plus pour apporter un peu de sang neuf à une franchise démarrant de fort belle manière (Le Retour des morts-vivants, 1985) mais ternie par une suite poussive (Le Retour des morts-vivants 2, 1988). Si le troisième volet partage le même univers que ses prédécesseurs (mais sans en reprendre les personnages), il opère néanmoins un brutal changement de ton. À l’orientation comique des films de Dan O’Bannon et Ken Wiederhorn, Yuzna préfère une approche plus premier degré, voire carrément dark. La preuve avec le pitch of the dead qui suit. Deux jeunes tourtereaux, Curt (J. Trevor Edmond) et Julie (Melinda Clarke), ont un accident de bécane. Alors que le premier s’en tire avec quelques égratignures, la seconde rend l’âme à même le bitume. Totalement dévasté, Curt s’introduit avec le corps de sa dulcinée dans la base militaire où son colonel de père est affecté. Là, ce dernier teste sur des macchabées les effets de la Trioxine, un gaz qui réveille les morts… et sert à faire revenir Julie à la vie. Mais pas pour le meilleur, juste pour le pire…

Que faisiez-vous entre le 1er et le 6 février 1994 ? Vous n’étiez pas au festival Fantastic’Arts de Gérardmer par hasard ? Si oui, vous vous souvenez peut-être que le prix de public avait été décerné au Retour des morts-vivants 3. En ce temps-là, les zomblards n’avaient plus vraiment la cote mais, deux ans après le dantesque Braindead de Peter Jackson, le père Yuzna parvenait à tirer son épingle (sanguinolente) du jeu. Depuis, le récent blu-ray du Chat qui Fume a prouvé que le film n’a pas été oublié. Tant mieux puisque Return of the living dead 3 demeure l’une des franches réussites du moustachu (le déjà cité Bride of Re-Animator et le méchamment satirique Society font aussi partie du peloton de tête). En abordant l’art de la putrescence sous l’angle de la love story tragique, Brian Yuzna drape son œuvre d’une singulière étoffe. L’amour impossible au cœur du récit, impossible parce que les vivants et les morts ne sont pas censés occuper le même monde, pourrit comme la carcasse d’un pendu au soleil mais atteint la transcendance lors d’un final de toute beauté. Le jusqu’au-boutisme de ce romantisme noir dresse le même constat que le traumatisant Simetierre de Mary Lambert : ne pas accepter la perte, aussi injuste soit-elle, d’un être cher engendre inévitablement son lot de malheurs… Dans les deux cas, un baiser « contre nature » vient clore les débats, abolir les frontières, ébranler les normes, sceller les destins. Love never dies.

L’autre mérite du Retour des morts-vivants 3, c’est qu’il ne cache rien de la souffrance physique et psychique de Julie. L’automutilation qu’elle s’inflige est même justifiée. Consciente de son inexorable décomposition, la jeune femme réfrène ses pulsions cannibales en suppliciant sa chair, se fait du mal pour ne pas en faire aux autres. Sa faim s’apaise lorsqu’elle se taillade ou s’enfonce des bris de verre sous la peau. Dans les bras impuissants de Curt, Julie sent son corps la lâcher, lutte contre elle-même, tente de repousser l’instant fatidique où elle ne sera plus qu’une bête sauvage. Dans cette chronique de la douleur, le processus de zombification devient une longue agonie, à l’image du calvaire subi par Le Mort-vivant de Bob Clark. Reflet d’une détresse palpable et d’un chaos charnel, le look cadavérique de Julie inspire des émotions contradictoires. Effroyablement attirante, elle est Eros lacérant Thanatos, l’expression d’un désir nécrophile (un trouble également provoqué par Anna Falchi dans le très pertinemment nommé Dellamorte Dellamore). Que le sexe léchouille les nombreuses plaies de cette héroïne décadente est somme toute assez logique : la miss aurait très bien pu avoir sa place parmi les créatures sadomasos d’Hellraiser… D’une fébrilité émouvante, prenant le contre-pied du cliché de la victime féminine, Melinda (ou Mindy) Clarke incarne l’une des icônes les plus marquantes du « body horror ». Dommage que le reste de sa carrière (le zinzin Killer Tongue, l’embarrassant Spawn et un bon paquet d’épisodes de série TV) ne soit pas à la hauteur de cette performance…

Si Melinda a ici si belle allure, c’est notamment grâce aux maquillages d’une référence en la matière : Steve Vidéodrome Johnson. Ses collègues des effets spéciaux (des pointures comme Chris Nelson ou Wayne Toth) ne sont pas en reste et créent de saisissants cauchemars organiques (mention spéciale à ce zombie difforme qui s’anime soudainement et se déchire la couenne). Toutefois, en raison d’un budget ric-rac, certains trucages peinent à convaincre (les fausses têtes pâtissent d’un rendu bien trop grossier pour faire illusion). Des défauts, Le Retour des morts-vivants 3 en compte d’autres : câbles scénaristiques, figurants à la ramasse, musique cheapo-synthétique… Mais la capacité d’adaptation, le sens du rythme et la générosité gore de Yuzna parviennent à faire oublier ces quelques scories. Puisant son inspiration dans le style baroque des EC Comics (comme son compère Stuart Gordon) et le Day of the dead de Romero, le réalisateur montre les conséquences de l’ingérence militaire dans la recherche scientifique. S’ensuit des expériences interdites menées par une Sarah Douglas exquise en officier fourbe et cruel. Portant élégamment l’uniforme, avec en prime un petit côté Ilsa dans le regard, la comédienne nous rappelle qu’elle a été l’une des grandes « méchantes » des 80’s (Superman 2, Conan le Destructeur, V). Chez Yuzna, elle symbolise l’irresponsabilité des adultes (c’est-à-dire l’armée) face à une jeunesse rejetée et contrainte de fuir dans des égouts aussi délabrés que le corps de Julie. « Engagez-vous » qu’ils disaient.

Return of the living dead 3. De Brian Yuzna. États-Unis. 1993. 1h37. Avec : Melinda Clarke, J. Trevor Edmond, Sarah Douglas

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

11 réflexions sur « LE RETOUR DES MORTS-VIVANTS 3 : l’amour ne meurt jamais »

  1. Je n’étais pas à Gerarmer en 94, mais j’ai beaucoup croisé la dépouille de sur les jaquettes de DVD vendus en
    vrac dans les solderies bon marché. Pourtant, à cause d’une réputation moisie lue ou là dans les entrefilets du plus cinglé des magazines spécialisés, je n’ai jamais osé me faire mon propre avis. Je reste sur le « Retour » proposé par le regretté Dan O’Bannon, et n’ai hélas pas donné sa chance à Yuzna. Crois bien qu’après cette lecture nourrissante (et toujours aussi formidablement cuisinée), je m’en bouffe les doigts jusqu’à l’os tant elle me fait du gringue la petite zombie nécromantique !
    Heureusement que ce brave Chat fumeur a pensé à venir à mon secours.

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  2. Le dvd « Seven 7 » du « Retour des morts-vivants 3 » est un grand classique des boutiques d’occaz et des bacs à soldes. Je me souviens même avoir eu en ma possession une VHS parue dans la collection « Une Vidéo » (« Elle est d’enfer ! » scandait l’affiche !)… Le film mérite aisément son passage en HD. Pas de doute, il te faut, cher Prince, faire la connaissance de la living dead Julie ! Elle va te clouer sur place ! 😀

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  3. Ah, Sarah Douglas, un fantasme de dominatrice qui fonctionne toujours lorsque je revois les deux films que tu cites (Antje Traue est pas mal non plus dans ‘Man of Steel’, en plus elle est Allemande 🙂 ). Même imparfaits, certains films sont rehaussés par de petits détails, un plan, un personnage. Et le personnage de Julie dans ce ‘Retour…III’ fait toute la différence entre une bonne petite série B que tu regardes et une bonne petite série B que tu regardes et gardes en mémoire. Belle, sexy, puissante, attirante… mais morte.

    Ce matin je lisais un article sur « Dune » à propos des fameuses cuves Axolotl, mises au point par le Bene Tleilax, et de l’état actuel de la génétique. Il semble que les recherches sur les cellules souches puissent donner la vie à un être humain à partir des cellules d’une personne morte. Si on passe la barrière de l’éthique (qui dépend de l’époque, des circonstances et donc évolue dans le temps), voilà qui ouvre de folles possibilités… Bientôt des Universal Soldiers pour de vrai ? Et pourquoi pas la rencontre entre Marilyn Monroe et Thanos ? S’il y a de l’argent à faire, ce sera prochainement disponible sur Disney+. 😉

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  4. Ravi de savoir que je ne suis pas le seul à avoir eu un p’tit faible pour Sarah Douglas ! Ravi également que tu cites la magnifique Antje Traue, elle est juste incroyable dans « Man of Steel » (quel charisme !). Auparavant, je l’avais découverte dans une bande SF plutôt pas mal : « Pandorum ». Aujourd’hui, elle semble se faire plus discrète. Dommage…
    Bien d’accord : malgré ses défauts, « Le Retour des morts-vivants 3 » est une série B qui ne s’oublie pas. En outre, le film a su s’imposer avec le temps comme un petit classique de l’horreur des 90’s.
    Quoi, une MariIyn Monroe ressuscitée par Disney pour botter le derrière cosmique de Thanos ? Laisse-moi sept ans de réflexion (voire plus) pour me faire à l’idée… 😱

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  5. ‘Pandorum’ me dit quelque chose en effet.
    Très bon texte au passage.
    Et puisque nous parlons films en Blu-ray, je suis content que Ginger Lynn débarque dans nos contrées. 🙂 En espérant d’autres pépites du même genre et, pourquoi pas, rêvons un peu-beaucoup, une mise en valeur d’une certaine Traci L. en HD…

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  6. Merci !
    Oui, j’ai vu ça ! Après « La Femme-Objet », « Pulse Vidéo » continue sur sa lancée et nous propose un (double) hommage à notre « adorable Ginger ». La campagne Ulule fonctionne plutôt bien. Voilà qui laisse la porte ouverte à d’autres BR tout aussi alléchants (du Traci en haute déf ? J’en rêve également…).
    Sinon, le bouquin « les films de culte » dédié à Marilyn Jess se profile à l’horizon, avec un financement participatif démarrant juste avant l’été et une sortie prévue cet automne. 🙂

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  7. Revu dernièrement Le Retour des Morts-Vivants avec grand plaisir me replongeant dans mon adolescence. Jamais l’opus suivant ni même celui-ci. Mais pourquoi pas à l’occasion d’un replay. A moins que je ne tombe sur une édition du Chat qui Fume…

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  8. It’s partytime !!! 🧟
    Le premier « Retour des morts-vivants », c’est la comédie horrifique dans ce qu’elle a de meilleur. Un hommage à Romero où le rire se nourrit du frisson, et vice versa (d’autres exemples issus des glorieuses 80’s ? « Evil Dead 2 », « Vampire, vous avez dit vampire ? », « Extra Sangsues »…). Et puis une dance of the dead avec Linnea Quigley, ça ne se refuse pas (« Tonight, we’ll make love until we die » : trop culte !).
    Bon, sinon, tu peux faire l’impasse sur le 2 (une pâle resucée du Dan O’Bannon) et te rendre directement dans les bras de Mindy, la morte-vivante SM de chez Yuzna.
    Il existe aussi un épisode 4 et 5, tous deux sortis en 2005 dans l’indifférence générale…

    Aimé par 2 personnes

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