3 FROM HELL : appetite for destruction

On les avait laissés au volant de leur Cadillac rouillée, le corps transformé en passoire par les forces de l’ordre… Les antihéros de The Devil’s Rejects ne pouvaient rêver plus belle sortie de route que ce final à la Bonnie & Clyde, accompagné par le Free Bird des Lynyrd Skynyrd… S’il y a bien une chose qui ne nous surprend plus, c’est que le mal ne meurt jamais. Celui qui, par deux fois, s’est frotté au Michael Myers du mythique Halloween ne peut que connaître ce refrain par cœur. Parce qu’ils ont la peau dure, nos rejetons du diable ont survécu. De toute façon, l’enfer peut bien attendre : il y a encore tellement à faire sur Terre… Après un séjour à l’hosto, un détour par la case prison et une inévitable évasion, les « 3 from hell » se livrent de nouveau à leur passe-temps favori : semer le chaos sur leur passage et en tirer un max de plaisir. Mais sans le Captain Spaulding (Sid Haig), [attention spoiler] le clown sinistre n’ayant pu échapper à la peine capitale [fin du spoiler]… Dans le but de reformer un trio digne de ce nom (c’est-à-dire apocalyptique), Baby (Sheri Moon Zombie) et Otis (Bill Moseley) sont rejoints par leur demi-frère, Foxy (Richard Brake) alias « le loup-garou de minuit »…

Que l’argument initial de 3 From Hell soit tiré par les cheveux crasseux d’un metalleux importe finalement peu. Vingt bastos dans le buffet ne sauraient venir à bout des « lords of chaos » de Rob Zombie. Ce dernier semble lui-même s’amuser de cette résurrection inattendue. L’intro du film nous expose la situation à travers des extraits de reportage TV et des commentaires de journalistes déconcertés par la « seconde chance » offerte à des tueurs aussi frappadingues. Posant sa caméra dans l’établissement pénitentiaire où ont été incarcérées les girls de la tristement célèbre secte Manson, le cinéaste tatoué montre au passage comment le voyeurisme médiatique alimente la fascination du public pour les serial killers (un phénomène abordé de manière définitive par Oliver Stone dans son chef-d’œuvre hallucinatoire, Tueurs nés). La partie « Women In Prison » de 3 From Hell reste d’ailleurs la plus convaincante de l’ensemble, avec son face-à-face sexuellement (et violemment) tendu entre une matonne perverse et une foutrement turbulente Baby…

Interprétée par la grande Dee Wallace (La Colline a des yeux, Hurlements, E.T., CujoFantômes contre fantômes : qui dit mieux ?), la matonne en question ne se prénomme pas Greta pour rien (une référence qui ne passe pas inaperçue auprès des admirateurs de la regrettée Dyanne Thorne, « tortionnaire » pour Jess Franco dans un WIP de 1977). Amoureux du cinoche de genre et d’exploitation, l’auteur de l’hilarant trailer grindhouse Werewolf Women of the SS (« …and Nicolas Cage as Fu Manchu ! ») n’oublie pas d’offrir un caméo au Austin Stoker d’Assaut et au Clint Howard de Messe Noire (le premier enfile le costume d’un présentateur de JT, le second celui d’un clown malchanceux). Le dernier acte situé au Mexique ne doit donc rien au hasard et convoque aussi bien Peckinpah que Santo, la légende de la lucha libre. Malheureusement, le résultat ressemble davantage au calamiteux Desperado 2 qu’au sublime Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia… Car avoir bon goût ne suffit pas. Si, globalement, l’indigence budgétaire se devine aisément (rien n’est plus disgracieux que des CGI cheapos), l’absence de tension et le manque de passion finissent par tirer 3 From Hell vers le bas…

Handicapée par un script paresseux, l’entreprise tient bien plus du remake que de la véritable suite. En tentant de reproduire le miracle The Devil’s Rejects, Zombie se retrouve dans une impasse créative et n’a visiblement pas grand-chose à raconter. Cette nouvelle chevauchée sauvage peine à s’incarner, à décoller, à s’enflammer. Faute d’enjeux dramatiques vraiment solides, le récit avance laborieusement, se traîne jusqu’à son dénouement. Juste avant le climax, un twist frelaté fait surgir une poussive histoire de vengeance comme un poil douteux dans votre cerveza. Flirtant avec l’auto-parodie (Jeff Daniel Phillips en fait des caisses en pathétique directeur de zonzon), les antagonistes de 3 From Hell s’avèrent tout aussi inconsistants et font bien pâle figure face au shérif borderline campé par William Justice Sauvage Forsythe dans l’épisode précédent. Bref, le petit dernier de Robert Cummings s’impose d’emblée comme le canard boiteux de sa filmo. De quoi pousser les détracteurs du mal-aimé 31 (démarquage pourtant inspiré du Massacres dans le train fantôme de Tobe Hooper) à réviser leur jugement…

Malgré la déception, 3 From Hell nous offre l’occasion d’admirer le génial Sid Haig le temps d’une ultime séquence (l’acteur rend son dernier souffle pendant le tournage, obligeant le Rob à revoir sa copie). Alléluia : son remplaçant se montre largement à la hauteur, la trogne patibulaire de Richard Brake s’intégrant parfaitement à l’univers « hillbilly » du père Zombie. Car on ne peut pas reprocher au réal de La Maison des mille morts de se foutre de son casting. Les acteurs (surtout les principaux) croient en ce qu’ils font et prennent même leur panard. Aux côtés du toujours aussi fringant (et cramé) Bill Moseley, l’indispensable Sheri Moon jubile comme une malade. Du fond de sa cellule, elle allume la maman du p’tit Elliott  (la danse linguale de la blonde fait saliver la gardienne Dee Wallace), redevient une gamine devant la chorégraphie onirique d’une ballerine à tête de chat (son époux à la ville est par ailleurs plutôt doué dans ce domaine, voir aussi les envolées fantasmagoriques de Halloween 2 et The Lords of Salem), tire à l’arc comme une Apache (et ne rate jamais sa cible). La candeur vénéneuse de Baby Firefly nous tend un piège, ses yeux d’illuminée nous capturent dans leur folie. Divine mais dangereuse, elle n’hésiterait pas à nous scalper tout en riant aux éclats… Y a pas à dire, Sheri Sheri est toujours aussi cool. Et puis qui d’autre peut marcher avec autant de classe sur du Suzi Quatro ? Personne. Because she’s « the wild one ».

Grâce à ses « rebuts », 3 From Hell échappe donc au naufrage absolu. Et même s’il n’apparaît pas en pleine possession de ses moyens, Rob Zombie reste fidèle à son style abrasif et malpoli, ne cherche pas à adoucir ou à rendre plus mainstream son cinéma. Ses dialogues crus, ses gueules de porte-bonheur, sa violence frontale peuvent en témoigner. En outre, faire de ses protagonistes des individus sans foi ni loi, jouer avec la morale en empêchant les spectateurs de s’identifier aux personnages, nous administrent une dose appréciable d’inconfort et d’ambivalence. Et à ce niveau-là, de nos jours, il y a de quoi être en manque (du moins dans le monde de l’imaginaire)… Nul doute que notre homme saura retrouver toute sa puissance artistique. Intègre et indépendant, le membre le plus talentueux du « Splat Pack » n’a pas besoin de tapis rouge cannois ni de grande sortie dans les salles pour s’exprimer. Il continuera son chemin, même avec quelques dollars dans les poches de sa veste à patches. Le passionnant making of de 90 minutes présent sur le blu-ray hexagonal de 3 From Hell nous réconcilie déjà avec le rockeur à la caméra. Bientôt, les flammes de l’enfer rougeoieront comme avant. « I suggest you get ready to burn, motherfuckers ! »

3 From Hell. De Rob Zombie. États-Unis. 2019. 1h56. Avec : Sheri Moon Zombie, Bill Moseley, Richard Brake

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

17 réflexions sur « 3 FROM HELL : appetite for destruction »

  1. Encore un « motherfucking good » article camarade. J’avoue qu’en te lissant, j’irai volontiers jusqu’en enfer avec ces trois là. Mais si c’est pour y retrouver un simili Robert Rodriguez dans ses pires travers, non merci. L’enfer je veux bien, mais je suis pas venu là pour souffrir, ok ? 😁
    Avec Zombie, j’en suis resté à la bonne impression des « lords of Salem ». Film imparfait mais attachant, ne serait-ce que pour ce qu’il dit du pouvoir de la musique.

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  2. Merci l’ami ! 😉
    J’avoue avoir été déçu par le dernier Zombie. Et pourtant, je l’attendais ce « 3 From Hell », j’aurais voulu le vénérer autant que je vénère « The Devil’s Rejects » (et Sheri Sheri)… Heureusement, les têtes d’affiche nous laissent suffisamment de miettes pour ne pas trop regretter cet aller/retour en enfer…
    Intimiste, atmosphérique et personnel, « The Lords of Salem » est, avec « Halloween 2 », le plus radical des sabbats zombiens. Un film souvent incompris qui mêle sortilège et musique avec beaucoup d’originalité. Et quelle musique ! Impossible de ne pas se laisser envoûter par la voix de Nico nous chantant « Toutes les fêtes de demain ». 🍌
    (🍌= emoji « The Velvet Underground »).

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  3. Dommage, pendant la première partie de ton texte j’avais encore un vague espoir. Puis tu confirmes la douche froide qu’annoncent plusieurs avis. Pour moi, Rob Zombie au cinéma ça s’est arrêté avec ‘Lords of Salem’. Le manque d’argent n’excuse pas tout, encore faut-il avoir quelque chose à raconter. Tant pis.
    Par contre, pour mémoire, le Festival de Cannes a fait découvrir au monde entier un certain ‘Massacre à la Tronçonneuse’. Et plein d’autres pépites du genre mal élevé. Pour y aller souvent, je peux confirmer que Cannes ne se résume pas aux frères Dardenne. 🙂 Dernier film de genre cannois (sélection 2020) bien bis : le coréen ‘Peninsula’ qui a eu droit à une sortie en salle avant le reconfinement. Quel pied ! Un Fury Road au pays du matin calme que j’ai pu découvrir en salle, avec d’autres spectateurs, et pas sur un petit écran.

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  4. Pour ma part, je ne déteste pas « 31 », un retour aux sources baroques de « La Maison des 1000 morts »…
    Rien à dire sur la visibilité offerte aux films de genre par le festival de Cannes (on pourrait aussi évoquer la présentation d’Evil Dead au Marché du film en 1982). Je regrette seulement de ne pas les retrouver au palmarès officiel (mieux qu’une projection de « Massacre à la tronçonneuse » ? Une palme d’or). Et de ne pas voir certains cinéastes défiler sur le tapis rouge (après Argento et Carpenter, Rob Zombie aura peut-être le droit à son petit hommage sur la croisette… quand il sera en quasi retraite). Mais bon, de toute façon, je me suis toujours senti plus proche de manifestations telles que Gérardmer ou le Bloody Week-end…
    « Un Fury Road au pays du matin calme » ? Ça, c’est de la formule qui donne envie ! 🙂

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  5. A propos des palmarès en tout genre. Qui a eu la Palme d’Or l’an dernier ? Prix d’excellences ? Je ne m’en souviens absolument pas. Même chose pour les César, Oscar et autres. En fait les spectateurs retiennent les (bons) films, pas vraiment les prix qui font surtout plaisir aux premiers intéressés (réal’, comédiens, techniciens et producteurs). Ca a également un intérêt pour la promotion d’un film (grand prix Avoriaz 1982, Cannes 1965, Berlinale 2012…). Mais bon, Kubrick ou Hitchcock n’ont jamais obtenus ce genre de distinction et leur prestige n’en a jamais souffert. Autre niveau, Jean Rollin ou Michel Lemoine ne font pas parti des décorés de la culture. Et pourtant de nouvelles générations redécouvrent leurs films, en France et ailleurs dans le monde. Je ne suis pas certain qu’on puisse dire la même chose des habitués de la Croisette. Franchement, les Dardenne ou Ken Loach, c’est comme les mauvais pornos : tu en as vu un tu les as tous vu. 🙂

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  6. Sinon oui pour ‘Peninsula’, c’est à découvrir sur grand écran pour passer un très bon moment. J’avais lu des critiques sévères (« bouh, ça vaut pas ‘Dernier train pour Busan’… ») de personnes qui l’avaient déjà vu avant sa sortie en salle. Ce genre de film sur un écran d’ordinateur sur un site pirate ou bien sur un grand écran, ça n’est définitivement pas le même film. L’immersion et le plaisir du spectateur n’est pas le même. En plus, ‘Peninsula’ est ma dernière découverte en salle juste avant ce nouveau confinement éprouvant. Donc j’ai envie de le soutenir ce petit coréen. 🙂

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  7. Salut et bienvenue ! 🙂
    Aucune honte à avoir, « 3 From Hell » n’étant pas le meilleur Rob Zombie… Mais le film permet au moins de retrouver les protagonistes sales et méchants du formidable « The Devil’s Rejects »…
    Et puisque tu chroniques actuellement la saga « Halloween », j’imagine que tu nous parleras bientôt des deux versions de Robert le mort-vivant… Evil never dies ! 🔪

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  8. oui pour le moment je termine la saga halloween et ensuite je me remate tous les rob zombie. 3 from hell est le seul que je n’ai pas encore vu mais les autres sont cools donc pas de soucis à les revoir…

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