THE NIGHT COMES FOR US : Indonesia on fire !

En matant The Night comes for us, je n’ai cessé de me demander : « Mais bordel, c’est quoi ce film de malade ? ». Difficile de répondre à cette question sur le moment, tant je reste bouche bée devant la fureur apocalyptique qui explose sous mes yeux. Le derche cloué façon Jésus-Christ, je laisse la bête me rugir à la gueule et me pulvériser les synapses. Comme tant d’autres, je ne suis qu’une victime consentante prenant son panard face au chaos que l’art sublime. Impossible de ne pas en redemander. Souvenez-vous comment le diptyque The Raid (2011/2014) nous avait déjà tuméfié de partout en envoyant dans la stratosphère le cinoche qui dézingue…

Venant lui aussi d’Indonésie, The Night comes for us rivalise sans peine avec les performances dévastatrices de Gareth Evans. Un exploit que l’on doit à Timo Tjahjanto, jeune prodige du film de genre made in Asia. Sous le pseudo de « Mo Brothers », il signe avec son compère Kimo Stamboel, une poignée de longs-métrages placés sous le signe de la douleur extrême et de la noirceur corrosive, à commencer par les bien nommés Macabre (2009) et Killers (2014). Entre ces deux attaques nucléaires sur nos tripes, Timo se la joue solo et fait méchamment saigner les films à sketches The ABCs of Death (2012) et V/H/S/2 (2013). Les frères Mo se retrouvent ensuite pour la mise en chantier de Headshot (2016) et montrent ce qu’ils ont dans le bide en matière d’action. Le résultat se révèle tout simplement énorme et fait déjà très très mal (normal puisque c’est Iko The Raid Uwais qui distribue ici les pains, bien secondé par Julie The Raid 2 Estelle, qui dit mieux ?). Mais ce n’est encore rien en comparaison de ce qui nous attend avec le définitif The Night comes for us

Après un petit détour par la case épouvante domestique et zinzin (May the devil take you, 2018), Timo Tjahjanto revient donc tout détruire sur son passage avec cette « nuit qui vient pour nous », et ce sans l’aide de son acolyte Kimo. La « nuit » en question est avant tout celle de Ito (Joe Taslim), l’un des tueurs d’élite chargés de surveiller le bizness maritime des triades chinoises. Un jour, le bonhomme refuse d’exécuter la gamine d’un village côtier que lui et ses collègues ont décimé. Un sursaut d’humanité qui lui coûte cher puisqu’il se retrouve avec ses anciens employeurs au cul et un certain Arian (Iko Uwais) aux basques. Ce dernier n’est autre que l’ex-pote et le nouveau rival d’Ito. Des hostilités qui vont mettre Jakarta à feu et à sang. Et tout ça sans dragon furax…

Celles et ceux qui voudront se poiler iront voir le remake du Corniaud actuellement dans les multiplexes (Fast & Furious : Hobbs & Shaw). Les autres se mangeront en pleine poire les enfers que déchaîne ce dingue de Timo. Dire de The Night comes for us qu’il s’agit d’une sévère mandale serait très loin de la vérité. Pour être plus juste, il faudrait imaginer une grenade que l’on nous insérerait dans le bec et qui nous atomiserait littéralement la tronche. C’est ça The Night comes for us. La preuve avec cette séquence d’ouverture qui donne le ton : sur une plage jonchée de cadavres encore fumants, des innocents sont abattus sans état d’âme par des hommes armés de kalach. Des exactions qui soulèvent le cœur et semblent sortir tout droit d’un film de guerre (on pense à l’intro dantesque du Traqué de Friedkin et aux passages les plus éprouvants du John Rambo de Sly).

Si cette entrée en matière laisse sous le choc, ce qui suit coupe le souffle. D’une sauvagerie inouïe, The Night comes for us relie l’action à l’horreur en décuplant la violence de ses combats. Plus qu’à mains nues ou en effectuant des mawashi geri, les affrontements se font surtout à la machette bien aiguisée (et non stérilisée) ou avec toute arme pouvant trancher, égorger, déchiqueter, démembrer, écharper, tailler, raccourcir ses ennemis (mention spéciale à cette sorte de yo-yo à fil coupant). Avec à la clé un spectacle bien plus gore que tous les chapitres de la saga Vendredi 13 réunis ! Ce n’est pas ce brave Jason qui aurait eu l’idée d’enfoncer une lame de cutter dans la bouche de son voisin pour lui agrandir le sourire de l’intérieur… Chaque baston relève ainsi du massacre virtuose, radical, jusqu’au-boutiste, total. Une frénésie qui s’étale sur deux heures et ne faiblit jamais (quelques pauses dans le récit nous permettent néanmoins de respirer un peu). En un mot : hallucinant. Télé 7 Jours en utiliserait plutôt trois : âmes sensibles s’abstenir.

Oui, j’ai dit virtuose. Car un carnage aussi sidérant tournerait rapidement à vide sans l’implication inébranlable et le culot kamikaze de toute une équipe. Contrairement au pénible The Villainess (attention, l’abus de FPS peut déclencher des migraines ophtalmiques), The Night comes for us ne laisse aucune facétie visuelle parasiter la lisibilité de ses morceaux de bravoure. Accompagnant avec fluidité et vélocité les prouesses cataclysmiques de ses actrices/acteurs, la mise en scène se met clairement au service du show et valorise les moindres détails d’une chorégraphie savamment millimétrée. À ce titre, les esthètes ne sont pas prêts d’oublier les fulgurances du duel final entre Iko Uwais et Joe Taslim (plus brutal et viscéral, tu t’allonges !), ni les interventions foutrement musclées d’une Julie Estelle (« Hammer girl » forever) se fritant avec le sosie de Lagertha, la guerrière de la série Vikings (je vous présente Hannah Al Rashid, vue dans Modus Anomali et V/H/S/2). En un mot : redoutable. « Sale, répugnant, scandaleux ! » me hurle dans les esgourdes, Geneviève de Fontenay.

Avec un tel sens du mouvement cinématographique, la forme ne peut que supplanter le fond. Et pourtant, Tjahjanto parvient à débusquer avec justesse le sentiment de dégoût obscurcissant l’âme d’Ito. Dégoût de lui-même et des atrocités commises pour le compte des salopards du crime organisé. L’auteur de Headshot aborde la rédemption de son protagoniste sans excès mélo (on aurait pu craindre le pire concernant sa relation avec la môme qu’il a épargnée) et montre que la nuit devient un cercueil pour celui dont la conscience ne se réveille jamais. Un peu de profondeur dans un monde de brutes, en somme. Avec en prime, un petit côté John Woo dans la description de cette amitié contrariée et ambivalente entre Ito et Arian, deux (anti)héros amis/ennemis embarqués dans un face-à-face aux contours tragiques…

Tour de force provoquant un séisme de magnitude 9 sur l’échelle de Bruce Lee, The Night comes for us rejoint À toute épreuve, The Blade, Battle Royale et bien sûr The Raid 2 dans la catégorie orient vraiment extrême. Je sors donc de cette expérience filmique totalement lessivé et avec la certitude que je viens de voir le plus incroyable, le plus monstrueux, le plus orgasmique des coups de bourre du 7ème art. À vous d’aller vérifier sur Netflix si je ne vous ai pas trop raconté de conneries…

The Night comes for us. De Timo Tjahjanto. Indonésie. 2018. 2h00. Avec : Joe Taslim, Iko Uwais, Julie Estelle…

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

6 réflexions sur « THE NIGHT COMES FOR US : Indonesia on fire ! »

  1. Mazette! Ça c’est une chronique qui a le goût du sang et qui sait faire partager son emballement pour la castagne !
    Je me suis pris chaque paragraphe dans le plexus solaire avec l’impression qu’ils me disaient : »mais qu’est ce que tu fous là à lire ce texte alors que tu pourrais être devant ton écran à mater le film ! »
    J’attends que la nuit vienne pour moi aussi, j’espère qu’elle ne va pas trop tarder au vu de ce qu’elle promet.

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  2. Et bien bravo, ton article me met en appétit ! 🙂 J’ai très envie de découvrir ce film indonésien.
    Un film asiatique avec de la machette tranchante et non stérilisée ne peut que séduire Tonton Machete. 😉
    Autre style, mais toujours en extrême-orient/asie du sud-est, belle découverte et choc pour moi avec ‘Boat People, passeport pour l’enfer’ de Ann Hui (HK-1983) sur Arte. L’histoire d’un photographe japonais qui couvre la « libération » du sud-Vietnam par l’armée du nord. Puis y revient quelques années plus tard pour se prendre la réalité en pleine gueule et ouvrir les yeux sur le « paradis » communiste/marxiste. Ca fait très mal et le film de cette réalisatrice touche au coeur. A voir (replay ?) après la série documentaire Vietnam, toujours sur Arte.

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  3. Merci Nico ! Si tu apprécies les coups de machette assenés avec amour par le père Trejo (verra-t-on un jour le « Machete kills again… in space ! » annoncé à la fin du deuxième épisode ?), alors prépare-toi à vivre l’expérience la plus « tranchante » de ton existence avec « The Night comes for us » ! Quant à « Boat People », j’avoue l’avoir lamentablement loupé et je le regrette bien en te lisant (je viens de vérifier, le film n’est plus dispo sur le replay d’Arte, tant pis pour moi…).

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