LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME + L’EMMURÉE VIVANTE : Fulci lives ! Part 2

Début des années 70, dans le sud de l’Italie, un petit village de montagne est plongé dans la terreur : de jeunes garçons se font mystérieusement assassiner et la police semble avoir du mal à identifier le meurtrier. Les pistes sont nombreuses, mais aucune ne semble réellement aboutir. La tension monte au sein de cette petite communauté et les habitants commencent à désigner des coupables. Pendant ce temps, les crimes odieux continuent. Pitch : les Films du Camélia.

Et si on tenait là l’un des plus grands films de Lucio Fulci ? Son plus noir, son plus dérangeant, son plus remuant ? Le sentiment de malaise qu’il suscite nous oblige à répondre par l’affirmative à cette question. Car rarement portrait de nos contemporains n’aura été aussi féroce que celui dépeint dans La Longue nuit de l’exorcisme (titre français à côté de la plaque dû à un distributeur opportuniste souhaitant surfer sur le succès de L’Exorciste). L’Italie profonde décrite par Fulci est soumise aux superstitions archaïques et dominée par un catholicisme dans ce qu’il a de plus néfaste et hypocrite. Même avec une autoroute défigurant le paysage, la modernité ne parvient pas à s’implanter dans ces terres reculées où l’obscurantisme a depuis longtemps détruit les cerveaux et les âmes. La civilisation ne veut plus rien dire lorsque la Justice se montre impuissante face à la vindicte populaire et aux actes les plus vils. Le passage à tabac subi par l’envoûtante Florinda Bolkan en constitue un exemple des plus choquants (un supplice d’une brutalité estomaquante, ironiquement accompagné par la chanson romantique « Quei giorni insieme a te », interprétée par Ornella Vanoni). S’articulant autour des agissements d’un tueur d’enfants, l’enquête policière ne laisse pas non plus insensible. Mais malgré leur jeune âge, lesdits enfants ne s’avèrent pas plus innocents que leurs parents (voir cette scène où un gamin au sourire sadique bute un lézard pour passer le temps, comme quoi la cruauté n’est pas l’apanage des adultes). Du début jusqu’à la fin, Non si sevizia un paperino (en VO, c’est mieux – traduction : « on ne torture pas un petit canard ») sent le soufre et s’épanouit dans un climat délétère et crasseux où les apparences se révèlent non seulement trompeuses mais aussi mortelles. De par son décor rural parfois shooté à la façon d’un documentaire et le regard nihiliste de son auteur, le film dépasse de loin le cadre du simple giallo. En témoigne également cette séquence culte où la fantasmatique Barbara Bouchet se fout de la gueule d’un p’tit puceau en l’aguichant à oilpé. Une note transgressive et vicieuse sur une partition en forme de coup de boule.

Non si sevizia un paperino. De Lucio Fulci. Italie. 1972. 1h49. Avec : Florinda Bolkan, Barbara Bouchet, Tomás Milián…

Virginia Ducci a des prémonitions. Elle sait que l’un des murs de la maison de son défunt mari abrite un cadavre. Avec l’aide d’un spécialiste en paranormal, elle explore la bâtisse en ruines et ne tarde pas à découvrir un squelette. Mettre au jour ce terrible secret va s’avérer un geste funeste pour Virginia. Pitch : les Films du Camélia.

Entre la comédie sexy On a demandé la main de ma sœur (1976, avec la grande Edwige Fenech dans son rôle le plus hot) et le western tardif Selle d’argent (1978, dispo chez Artus Films), Lulu (pour les intimes) revient au giallo avec L’Emmurée vivante, aka Sette note in nero. Un opus dénué, à quelques exceptions près, des excès érotico-gores propres au genre. J’en vois déjà qui tire la tronche mais ne vous inquiétez pas, le film n’en souffre jamais, Fulci maîtrisant son sujet comme personne (de toute façon, ce serait une erreur de réduire le bonhomme à son goût pour l’horreur qui tache). Le sujet en question est par ailleurs très fulcien, puisqu’il invoque l’esprit sombre et macabre d’Edgar Allan Poe (le réalisateur de La Guerre des gangs livrera d’ailleurs sa propre adaptation du Chat noir au début des années 1980). Formidablement agencée, l’intrigue de ce thriller psychologique s’appuie entièrement sur les visions obsédantes et cauchemardesques de son héroïne, Virginia Ducci (excellente Jennifer O’Neill, également confrontée à d’autres tourments psychiques dans le Scanners de Cronenberg). Mais les choses se compliquent lorsque l’argument fantastique vient brouiller les pistes au lieu de se contenter de faire progresser l’enquête. Fulci s’évertue alors à éclater la mémoire de sa médium, à fragmenter son esprit comme un puzzle et à donner aux images qui l’assaillent un sens caché. Comme dans tout thriller transalpin qui se respecte, les faux-semblants tissent une toile opaque autour d’une vérité dangereuse à débusquer. La musique du trio Frizzi/Bixio/Tempera participe également aux investigations tortueuses de L’Emmurée vivante, les « sept notes en noir » du titre original ayant leur importance lors d’un climax tendu et étouffant (et sont magnifiquement exploitées durant le tout dernier plan du film, je n’en dis pas plus). Une bande-son aussi entêtante que ces gros plans incessants sur le visage de son actrice principale et ces inserts sur ses yeux. Comme pour souligner que, dans ces limbes giallesques, savoir interpréter ce que l’on voit demeure une question de vie ou de mort.

Sette note in nero. De Lucio Fulci. Italie. 1977. 1h40. Avec : Jennifer O’Neill, Gabriele Ferzetti, Marc Porel…

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

17 réflexions sur « LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME + L’EMMURÉE VIVANTE : Fulci lives ! Part 2 »

  1. Je n’ai vu que le deuxième que j’avais trouvé très bon. Il me reste à voir « la maison de l’exorcisme », un des sommets de sa filmo visiblement.
    Encore un article bien charnu et fort nourrissant. 😉

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  2. Merci ! « La Longue nuit de l’exorcisme » constitue certainement mon Fulci favori… Il ne te reste plus qu’à te laisser posséder par lui ! Un film à ne pas confondre avec « La Maison de l’exorcisme », gros bidouillage conçu à partir du « Lisa et le diable » de Bava !

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  3. J’y pensais justement car j’ai chroniqué « Lisa et Le Diable » sur ce blog et j’évoque les affreux inserts qui compose la version opportuniste intitulée « la maison de l’exorcisme ».
    Il faut que je me remette à Fulci de toute urgence.

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  4. En effet, il n’est pas emblematique de la filmo de Fulci, à priori loin des Giallo et des zombies, et pourtant tout est là déjà, dans un écrin splendide, sur un récit poignant qui fleure bon la révolte contre les élites. Longtemps invisible (au point que le cinéaste promit une récompense à qui lui en rapporterait une copie), il doit aujourd’hui prendre sa juste place parmi les grands films de sa carrière, voire parmi les plus grands films du cinéma italien.

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  5. Parmi les meilleurs films de Fulci, pardon, de Lulu, je classe sans hésiter ‘Beatrice Cenci’. Mais si je consulte sa filmographie, je n’ai pas tout vu non plus.

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  6. Œuvre méconnue dédiée à une figure historique qui l’est tout autant, « Beatrice Cenci » fait à coup sûr partie des films majeurs de Fulci et démontre sans peine toute l’étendue de son talent. Le futur blu-ray concocté par Artus Films permettra de redécouvrir dans des conditions optimales ces liens d’amour et de sang…

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  7. Artus prépare un BR de ‘Beatrice Cenci’ ? C’est un scoop, je l’ignorai et c’est génial. Je trouve qu’ils ont trouvé la bonne formule pour éditer des films en HD : le médiabook. J’aime beaucoup le Chat qui Fume, mais ils deviennent chers. Juste un boitier et un BR+dvd. Pour un livret, il faut à présent acheter à part un petit livre de 100 pages vendu 15€ !!! Sans moi.

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  8. Oui, Artus avait annoncé ça il y a quelque temps sur leur page Facebook. J’aime aussi beaucoup le format médiabook, c’est classe, généreux et en impose sévère sur les étagères. En ce qui concerne Le Chat qui Fume, le matou a visiblement bouffé du lion, car il devient de plus en plus difficile de résister à leurs sorties (pour ma part, je ne suis pas resté de marbre devant le bouquin sur « Maniac »…).

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  9. Oh mais de rien ! 😉 Je sais que, pour toi comme pour moi, Fulci est toujours vivant ! Son œuvre, aussi riche que passionnante, aussi belle que tourmentée, est à redécouvrir d’urgence. Artus Films vient d’ailleurs de sortir en mediabook dvd/blu-ray « Le Miel du Diable ». Une pépite méconnue du maestro…

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  10. Exactement !
    Ah j’ignorais cette édition d’Artus. Je dois d’autant plus me procurer le documentaire Fulci for Fake, je ne sais pas si tu l’as déjà vu ?
    Mon préféré du maitre reste Aenigma, mais malheureusement le moins apprécié, En tous cas, je le trouve toujours aussi effrayant.

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  11. « Fulci for Fake » ? Je ne connais pas ce doc mais je vais essayer de le dénicher au plus vite. Merci pour l’info, Corvina ! Quant à « Aenigma », je ne l’ai toujours pas vu. Tu titilles ma curiosité ! Pour me faire pardonner, je vais laisser une meute d’escargots et de limaces m’engluer de la tête aux pieds…

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  12. Oui, il ne fait pas partie des premiers films de Fulci qu’on regarde, je l’avais découvert à la télévision italienne, j’en ai un souvenir marquant. Tu me diras ce que tu en penses.
    Escargots et limaces ? Parfait, je te pardonne. ;).

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