LE COUTEAU SOUS LA GORGE : giallo made in France

Le_couteau_sous_la_gorge-14064831032010

Qu’il est agréable de flâner au marché aux puces et de tomber sur un stand de dvd proposant quelques perlouzes pour le prix d’une baguette tradition… Dans ma vieille besace élimée : le méga busté Vixen de Russ Meyer, le western goth de Margheriti Avec Django, la mort est là, le giallo tardif de Bava Jr La Maison de la terreur et donc Le Couteau sous la gorge de Claude Mulot dont la flying jaquette trône en tête de cette bafouille. Profitez-en pour admirer le montage chelou de son visuel principal (les clichés de Florence et Brigitte ne semblent pas franchement appartenir au bouzin), ses accroches hasardeuses censées vendre du rêve (« Quand l’angoisse s’achève, la terreur commence… », vous voilà prévenus) et ses infos techniques approximatives (durée du film : 1h17 et non 1h30). Bien évidemment, le contenu s’avère du même tonneau et pâtit d’une copie au format 4/3 dont le rendu donne envie de se foutre en l’air un dimanche de pluie… Bref, vous l’aurez compris, on n’est pas chez Le Chat qui Fume ! D’ailleurs, ce dernier met actuellement à l’honneur Claude Mulot via les éditions fastueuses de La Rose écorchée (1970) et La Saignée (1971), sans oublier un bouquin rédigé par Philippe Psychovision Chouvel. Un coup de projo salutaire sur la carrière d’un cinéaste méconnu qui, sous le pseudo de Frédéric Lansac, a participé aux plus belles heures du porno gaulois (Le Sexe qui parle, 1975; La Femme Objet, 1981). Pour l’heure, il ne nous reste plus qu’à causer de ce Couteau sous la gorge, tentative plutôt rare de giallo hexagonal, sortie sur nos écrans en 1986. Soit la même année que le décès prématuré de son auteur…

Qui dit thriller transalpin, dit Bava, Argento, Fulci, Lenzi ou Martino. Oubliez-les. Car Mulot n’a pas pour ambition de rivaliser avec de telles pointures. Pourtant, le bonhomme connaît son sujet et s’applique à reprendre toutes les figures incontournables du genre. Rien ne manque à l’appel de la chair suppliciée : assassin au visage relégué hors-champ, main gantée agitant une lame infernale, poupées érotiques en proie à la terreur… Le scénario n’oublie pas non plus d’utiliser le puritanisme et le refoulement comme catalyseurs du massacre, tout en jouant (très maladroitement) la carte du whodunit de rigueur. Avec une insistance frisant parfois l’embarras, le film aligne les suspects potentiels avec une caractérisation tellement grossière que l’identité du tueur finit par en devenir évidente (le coupable ne peut être que l’individu le plus sympa du lot et non celui présenté comme le plus malveillant). Autant dire que le twist final ne fait pas vraiment son petit effet puisque nous savons déjà à ce moment-là qui se cache derrière ces meurtres en série… En revanche, le mobile du psycho killer est plus difficile à griller et demeure la seule surprise d’un script sacrément poussif. Les bisseux, qui ne se retrouvent jamais devant ce type de péloche par hasard et savent par conséquent à quoi s’attendre, seront probablement plus indulgents face aux nombreuses incongruités foutraques de l’ensemble. Car l’intérêt de la chose est ailleurs. J’y reviendrai un peu plus loin…

Handicapé par une trésorerie réduite à peau de zob, Claude Mulot peine à nous refiler le frisson de l’angoisse ou à nous inoculer le venin de la peur. Ce tournage à l’économie ne favorise pas l’adhésion du spectateur, surtout si celui-ci apprécie les excès graphiques propres au giallo (et au slasher, genre encore un peu à la mode au milieu des 80’s). Car Le Couteau sous la gorge se montre plutôt chiche en joyeusetés goreuses et c’est bien dommage. Avec deux ou trois scènes choc au compteur, il aurait pu se faire une petite place dans le cœur des fétichistes du latex, du gros rouge qui déborde et des maquillages old school (comme Jean Rollin avait réussi à le faire avec les effets bien saignants de La Nuit des traquées, Les Raisins de la mort ou encore La Morte Vivante). Avec ce type de projet aussi fauché que paresseux, des effluves nanardesques se font obligatoirement sentir, comme lors de cette bien trop longue course à pied entreprise par la miss Guérin pour échapper à son agresseur (et ce à deux reprises !). Surjouant comme si la fin du monde était proche, la distribution masculine n’arrange pas les choses et compte dans ses rangs un certain Alexandre Sterling, l’ado tête à claque dont s’éprend la débutante Sophie Marceau dans La Boum (1980). C’est ce qui s’appelle faire un putain de grand écart ! Alors, avec de telles charges retenues contre Le Couteau sous la gorge, pourquoi gardons-nous l’œil ouvert et les sens en éveil tout du long ?

La réponse tient dans la présence de ses deux actrices principales : Florence Guérin et Brigitte Lahaie. La première a incarné au cinoche la femme selon Manara dans l’adaptation d’un classique de la BD érotique : Le Déclic (1985). La seconde retrouve Mulot après avoir enflammé sous sa direction l’âge d’or du film de cul national (un exemple des plus délectables : Belles d’un soir aka Suprêmes jouissances, 1977). Les deux se retrouveront deux ans plus tard dans Les Prédateurs de la nuit de Jess Franco (que c’est beau une Brigitte en blouse blanche, avec une seringue à la main et le regard vicelard…). Dans Le Couteau sous la gorge, l’adorable Guérin joue une mannequin de charme harcelée par un mystérieux cinglé et assure joliment en scream queen à la peau douce et aux yeux noisettes. Elle sait même rester digne quand le script lui impose de poser en petite tenue dans un cimetière ou de se faire reluquer par des clodos dans une décharge… Quant à Madame Lahaie, elle fait preuve d’une certaine prestance en directrice d’agence de modèles pour photos coquines. Plus sublime que jamais, la « Dirty Harry » de L’Exécutrice apporte une classe folle à son personnage de working girl et se révèle plutôt bonne comédienne. Pas de quoi renier sa participation au thriller mal torché de Mulot qui, en échange d’une ultime bande X (Les Petites Écolières, 1980), avait jadis promis à la blonde un « vrai » rôle dans un futur film traditionnel… Brigitte aurait peut-être mérité mieux que Le Couteau sous la gorge mais ce dernier ne serait rien sans sa précieuse et sensuelle contribution…

Le Couteau sous la gorge. De Claude Mulot. France. 1986. 1h17. Avec : Florence Guérin, Brigitte Lahaie, Alexandre Sterling…

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

6 réflexions sur « LE COUTEAU SOUS LA GORGE : giallo made in France »

  1. Bonnes pioches (du Russ Meyer, un Bava…). La jaquette du haut me rappelle les belles heures de tonton Mad, le vrai, celui de JPP. Pour Brigitte, ok, mais par contre j’ai du mal à y reconnaitre la belle Florence Guérin.
    Je ne connais ce film que de nom. Et pour les éditions du Chat qui Fume consacrée à Claude Mulot, j’avoue que je connais trop peu ce réal’ pour passer à la caisse. Plus tard peut-être, pour ‘La Rose Ecorchée’ et le petit livre.
    Par contre j’ai revu la semaine dernière ‘L’Exécutrice’ de Michel Caputo sur une chaîne TV (Ciné+). Bon petit polar bis français. Brigitte Lahaie s’en tire bien je trouve, tous les comédiens ne sont pas excellents mais il faut reconnaitre que les dialogues n’aident pas toujours… Par contre, excellent montage bien nerveux qui fait toute la différence avec d’autres petits films du genre. Un film français qui mériterait une belle édition blu-ray. Je croise les doigts en tout cas. 😉

    Aimé par 1 personne

  2. En effet, je n’ai pas pu résister à un giallo avec Brigitte Lahaie et Florence Guérin ! Rien que pour elles, « Le Couteau sous la gorge » vaut la peine d’être découvert, même si dans le genre on a vu beaucoup mieux…
    En ce qui concerne Le Chat qui Fume, leurs éditions vont permettre de dévoiler une autre facette de Claude Mulot, celle des débuts avec des œuvres méconnues semblant trancher avec le reste de sa carrière. De belles découvertes en perspective…
    Quant à « L’Exécutrice », je le trouve très sympa bien qu’un peu trop cheapos dans sa confection. Mais si une édition digne de ce nom pointe le bout de son pif, je suis aussi preneur. Car Brigitte en flic de choc, ça le fait (j’adore l’affiche du film) !

    Aimé par 1 personne

  3. bon je réponds à cet article bien des années plus tard et surtout grâce à la sortie bluray du film.
    Je suis un grand fan du « Couteau sous la gorge ». Tellement sous le charme que j’avais pas deviné qui était le tueur.. 😀
    Florence Guérin que j’apprécie beaucoup. En faisant des recherches, j’ai appris qu’elle a été entièrement doublée pour sa voix dans le film.
    Brigitte, quelle classe cette femme. Tellement élégante.
    Natasha Delange, la deuxieme mannequin qui est ancienne coco girl et qui a même fait un 45 tours sous le nom de Sha Oniss. J’avais lu sur nanarland qu’ils trouvaient qu’elle n’était pas bonne comédienne. Perso, je ne trouve pas.
    Malvina Germain qui joue le rôle de la concierge au visage brulé. La scène quand elle coupe des branches d’arbustes sans feuilles… Je suis persuadé dans le film que c’est son personnage qui fait les appels anonymes en faisant ces bruits inquiétants tellement elle a l’air obsédé par la mannequin.
    Et la musique si étrange…
    Un film que j’aime revoir régulièrement. Je suis content qu’il ne soit pas tombé dans l’oubli.

    Aimé par 1 personne

  4. Grâce au travail éditorial du Chat qui Fume, il est aujourd’hui possible de (re)découvrir l’œuvre méconnue de Claude Mulot… Je ne suis pas repassé à la caisse pour le blu-ray du « Couteau sous la gorge » (j’ai toujours le vieux dvd en ma possession) mais je suis ravi de faire la connaissance d’un fan du film ! Merci pour toutes ces infos, tu m’as appris pas mal de trucs ! Quant à l’immense Brigitte, on est bien d’accord : quelle élégance, quelle classe…

    J’aime

  5. Je t’en prie, Zoéline ! Je pourrais parler du Couteau pendant des heures !!
    Claude Mulot est vraiment sous estimé. Il avait très peu de moyens pour ses films alors il se débrouillait comme il pouvait. Comme jean Rollin.
    Il a un peu mal vieilli ce film mais je le trouve vraiment bon, il y a une ambiance. Je n’aurais jamais pensé à le trouver en blu ray d’ailleurs..
    Et y’a le perso de la concierge que j’adore.. Malvina Germain qui est une reine du doublage.. Elle fait la voix de Marcy la voisine de Mariés deux enfants, si tu aimes cette série.
    Elle a un site internet, car c’est une artiste sculpteuse.
    Et puis, Brigitte Lahaie, franchement, j’ai toujours aimé son discours dans les interviews, sa franchise. C’est une très bonne comédienne. Je ne sais pas si tu connais « Les prédateurs de la nuit », mais tu retrouveras Brigitte et Florence Guérin dans une scène mémorable…
    Je n’ai pas vu la critique dans le site.. Là aussi j’attends un blu ray collector.. il y a tant à dire aussi sur ce film.
    Bien à toi et bravo pour le site que je ne connaissais pas du tout !!

    Aimé par 1 personne

  6. Marcy, interprétée par la Amanda Bearse du génial « Vampire, vous avez dit vampire ? » ! Je me souviens très bien de ce doublage (et des mésaventures de ce pauvre Al Bundy… 😄). Tu piques ma curiosité, je vais me pencher sur le parcours de Malvina Germain…
    J’aime beaucoup « Les Prédateurs de la nuit » ! C’est un très bon Franco, relecture slasheresque des « Yeux sans visage » de Franju. Le casting est par ailleurs remarquable (Brigitte en infirmière létale, ça vaut des points).
    En tout cas, je te remercie pour tes commentaires éclairés.

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :