L’INVINCIBLE KID DU KUNG FU : petit mais costaud !

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Alors que les James Bond ne servent plus qu’à placer des produits de luxe ou la saga Mission : impossible à flatter l’ego de Tom Cruise, il est temps – mesdames et messieurs – de revenir à nos fondamentaux. À plus d’émerveillement, d’insolite, d’extravagance. Et surtout à davantage de tolérance. Car mesurer près de 80 cm ne devrait pas nous interdire de jouer les super espions et de sauver le monde ! Un homme, petit par la taille mais grand par la bravoure, est parvenu à réaliser cet exploit. Son nom est Weng, Weng Weng. Il est l’agent 00, l’arme fatale d’Interpol, celui qu’on appelle quand la situation devient carrément merdique. Dans L’invincible kid du kung fu, the spy from Manille doit contrer les plans de l’infâme Mr. X, un terroriste d’extrême gauche rançonnant de riches businessmen afin de dédommager les classes laborieuses. Le faviez-vous (comme le dirait notre Sophie nationale) ? Cette intrépide aventure constitue en réalité le dernier volet d’une tétralogie entamée avec Agent 00 (1981) et poursuivie avec For y’ur height only (1981) et D’Wild Wild Weng (1982).

Ces pastiches bondiens, tous emballés par un certain Eddie Nicart, ont permis à son acteur lilliputien de devenir une véritable star aux Philippines. Et pourtant, la filmographie de Weng Weng – de son vrai nom Ernesto de la Cruz, né en 1957 dans la banlieue pauvre de Manille – ne comprend qu’une dizaine de films (et encore, la plupart sont considérés comme perdus). Sa carrière débute lorsque son instructeur de karaté le présente à celui qui va exploiter au cinéma son physique hors-norme : le producteur Peter Caballes. La légende Weng Weng est en marche. Au fil du temps, de folles rumeurs vont courir à son sujet (participation à des péloches pornos, rapprochement avec le dictateur Ferdinand Marcos…). Comme Elvis, on affirme qu’il n’est pas mort. Et pourtant, il semble qu’il le soit bel et bien : le plus petit acteur principal au monde (selon le Guinness des records) décède le 29 août 1992 à l’âge pas franchement vénérable de 34 ans. Ce monde trop petit pour lui, il le quitte dans la dèche, parmi les siens mais en laissant une trace dans les cinoches de quartier, les magnétoscopes rouillés et la tête de nombreux cinéphages aventureux.

Si Agent 00 est toujours invisible (contrairement au Double Zéro d’Éric et Ramzy dont le visionnage douloureux pousse les spectateurs à se décrasser les yeux à la javel), For y’ur height only a pour sa part rayonné à l’international grâce au distributeur Dick Randall (producteur, entre autres, de l’inénarrable Bruce contre-attaque, sommet de la bruceploitation diffusé jadis sur l’ex-Cinq…). Dans ce deuxième opus de la saga de l’espion court sur pattes, Weng Weng emprunte le jetpack de Sean Connery dans Opération Tonnerre et se frite avec un mystérieux bad guy dénommé Mr. Giant, un autre nain expert en coups de tatane. C’est pas chez Xavier Dolan qu’on verrait ça. Quant au westernien D’Wild Wild Weng (splendide titre rendant hommage à la série mythique Les Mystères de l’Ouest), il faut voir notre ami jouer de la mitrailleuse Gatling comme dans La Horde sauvage de Peckinpah ou pousser la chansonnette façon Joselito, l’enfant à la voix d’or. Ne cherchez pas, vous ne trouverez rien de semblable dans Mommy ou Tom à la ferme. Ces instants de grâce nawakesques étant visibles sur YouTube, vous n’avez aucune excuse pour ne pas réviser vos classiques du 7ème art.

Également dispo sur le média social ayant fait de Norman et consorts les grands penseurs de notre temps, L’invincible kid du kung fu peut également s’apprécier en mode replay sur le site d’Arte (la classe) ou en dvd chez Bach Films dans la collection Freaksploitation (dont vous auriez tort de vous priver, ne serait-ce que pour l’intervention de Christopher Bier en bonus). Plus fort encore : le film est même sorti en salle chez nous (en septembre 1983, selon IMDb) et plus tard en VHS sous le titre 007 ½ : rien n’est impossible. Et effectivement rien n’est impossible pour Weng Weng, « the impossible kid » dans la langue de Christopher Lee (qui, hormis l’anglais, en parlait sept autres couramment. Comment ça, je digresse ?).

Tout l’intérêt (et la folie) d’une telle entreprise est de voir comment la magie du cinéma parvient à faire de ce mini James Bond le plus fort des barbouzes. La suspension d’incrédulité a beau être mise à rude épreuve (pour ne pas dire complètement réduite en miettes), les péripéties de cet Invincible kid du kung fu valent leur pesant de M&M’s. Dès la séquence d’ouverture, Weng Weng se cache derrière une bouche d’incendie pour ne pas être repéré par ses ennemis. Être haut comme trois pommes lui permet aussi d’être à la bonne hauteur pour castagner les castagnettes des fripouilles moustachues en chemise bariolée. Autre bricole ayant ses avantages : le montage. Celui-ci a la lourde tâche de nous faire croire à une course-poursuite de ouf alors que la mini moto de l’agent 00 peine à dépasser les 20 km/h (spoiler : il n’y arrive pas vraiment). Mais ne vous moquez pas trop vite. Car ce p’tit diable à la coiffe de playmobil est aussi un Bruce Lee de poche capable de ratatiner quatre, cinq inconscients venus se frotter à lui au dojo du coin. Il joue même les funambules et ce bien avant Joseph Gordon-Levitt dans The Walk. Saute du haut d’un building avec une couverture en guise de parachute. Et fait tomber toutes les nénettes au passage. N’en jetez plus ! Bien qu’il reste inexpressif tout du long, Weng Weng ne rechigne jamais à donner de sa personne quand il s’agit de combattre les forces du mal. Il laisse son corps parler à sa place et faire le show. Car à l’évidence, le résultat n’aurait pas été aussi fun avec dans le rôle principal un simple clone de Roger Moore…

Entre deux morceaux de bravoure improbables mais réjouissants, L’invincible kid du kung fu peine à dérouler son intrigue et semble même l’oublier en cours de route (qu’advient-il du « génie du crime » à la cagoule blanche pointue ?). Pas grave, on n’est pas chez John le Carré ou Tom Clancy. Heureusement, ce script mal fichu ne nous empêche pas de profiter d’un spectacle aussi atypique que celui-ci… Plus qu’une perle pour amateurs de nanars exotiques ou bissophiles curieux, Bruce Linito : Agente 003 y ½ (en espagnol) peut également se voir comme l’un des vestiges décadents d’une autre époque, celle d’un cinoche populaire n’ayant peur de rien, surtout pas de s’achever sur le plan subliminal d’une maquette de yacht explosant en mille morceaux… Alors il ne nous reste plus qu’à reprendre en chœur la chanson du générique de fin : « Weng Weng, I love you my Weng Weng, come to me and kiss me, I love you Weng Weng ! ».

The Impossible Kid. De Eddie Nicart. Philippines. 1982. 1h21. Avec : Weng Weng, Romy Diaz, Nina Sara…

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

2 réflexions sur « L’INVINCIBLE KID DU KUNG FU : petit mais costaud ! »

  1. Merci pour le plan replay sur Arte. 🙂
    J’ai un rêve déviant : un film bien barge avec Weng Weng en homme d’action aux bras de la plantureuse (et jeune) Sophie Favier.
    J’avais découvert un très bon documentaire (GB ou USA ?) sur la vie de Weng Weng à l’Etrange Festival. Acteur de petite taille célébré et utilisé par tous (la famille Marcos, la femme du dictateur surtout, avait développé l’industrie du cinéma local et souhaitait même concurrencé le Festival de Cannes !), il finit sa vie dans la misère je crois. Une triste histoire (vraie) d’exploitation au sein du cinéma d’exploitation.

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  2. La Sophie Favier de Lady Libertine en duo avec Weng Weng dans un polar érotico-explosif façon « L’Expert » ? J’aurais bien voulu voir ça ! Déjà qu’on est passé à côté d’un « Ilsa Meets Bruce Lee In The Devil’s Triangle »… Tu dois certainement parler du documentaire « The Search for Weng Weng » d’Andrew Leavold. Pas encore vu la bête mais j’en ai lu le journal de bord du tournage (épique !) sur le site de Nanarland. Effectivement, les anecdotes autour de Weng Weng ne manquent pas et sont surtout révélatrices d’un bizness ne faisant de cadeaux à personne…

    Aimé par 1 personne

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