THE PREDATOR vs. HALLOWEEN

À ma gauche : The Predator, chasse à l’homme du troisième type aussi crainte que prometteuse pour les fans du rasta from outer space. À ma droite : Halloween, éternel retour d’un boogeyman décidément increvable, avec Jamie Lee et Big John de nouveau dans la place. Le choc des titans a eu lieu en octobre dernier dans nos salles. Et se reproduit dès maintenant sur cette page, rien que pour vous yeux ébahis…

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Nous avions laissé l’extraterrestre à la gueule de porte-bonheur sur une note mi-figue mi-raisin avec un Predators un peu trop porté sur le fan service pour son propre bien (Adrien Brody se prenant pour Schwarzie : monumentale erreur). Si la mauvaise expérience des deux AvP semble bel et bien enterrée (même le plus camé des exécutifs hollywoodiens n’oserait en pondre un troisième, enfin normalement…), il fallait un autre film pour rendre à notre gloumoute adoré sa splendeur d’antan.

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas The Predator qui nous fera oublier les opus mémorables de John McTiernan et Stephen Hopkins. Et ce malgré la présence derrière la caméra (et le stylo) de Shane Black, acteur sur le Predator original (le troufion binoclard et blagueur, c’est lui), scénariste de L’Arme Fatale, Le Dernier Samaritain ou encore Last Action Hero (excusez du peu, comme dirait ce ravi de la crèche de Laurent Weil sur son tapis rouge cannois) et réalisateur du génial Kiss Kiss Bang Bang. Mais aussi du boursouflé Iron Man 3… C’est ce qui s’appelle être capable du meilleur comme du pire. Malheureusement, The Predator appartient davantage à la seconde catégorie.

Encore que tout ne soit pas à jeter, ici. L’idée de faire un authentique Predator 3 tout en faisant de discrètes références aux événements des deux premiers films part d’une bonne intention et nous change des remakes et autres reboots. Que la chose soit R-rated nous offre également quelques chouettes passages, notamment l’évasion d’un predator furax s’acharnant avec une violence inouïe sur ses geôliers (le moment le plus jouissif – et réussi – du long-métrage).

Pour le reste, Shane Black a beau abattre la carte de la badass attitude, la sauce ne prend tout simplement pas. La faute, essentiellement, à un casting ultra boiteux, incapable de rendre justice à une galerie de baroudeurs borderlines. Les acteurs échouent tous à nous faire croire à leur personnage et ne véhiculent que des émotions superficielles (Boyd Holbroock, tête brûlée en carton, fait une bien pâle tête d’affiche). Sur le papier, la patte de son auteur se fait pourtant sentir mais, à l’écran, le résultat tire la tronche. D’autant moins pardonnable que les scènes d’action s’avèrent presque toutes bordéliques, illisibles. Et ce ne sont ni les « predachiens » en CGI (un coup de génie), ni le thème culte de Silvestri (qui retentit dès qu’un hélico apparaît à l’image) qui rehausseront le niveau…

À ce stade, il vaudrait mieux que les Predators restent sagement sur leur planète plutôt que l’on vienne encore chier dans leur casque. Suffit de voir l’épilogue absurde de The Predator pour s’en convaincre…

Halloween

S’approprier la saga Halloween est un défi qu’avait su relever Rob Zombie en son temps. Un exploit compte tenu de la présence intrusive de ces gros margoulins de frères Weinstein. Les deux escrocs enfin sur la touche, c’est au tour de Jason Blum – le nouveau king de l’horreur rentable – de chapeauter le retour de Michael Myers. Et pour fêter dignement les quarante berges de la franchise, John Carpenter et Jamie Lee Curtis participent au projet. Voilà qui donne envie de faire l’amour à une citrouille !

Le réalisateur de The Ward se voit même confier la BO du film. Logique puisque le bonhomme est désormais plus motivé par la musique que par la mise en scène (le voir jouer en live procure d’ailleurs une émotion hors du commun). Et on ne va pas s’en plaindre car le score de Big John est juste excellent ! Revisitant sa propre composition (impossible de se lasser du fameux Halloween theme), Carpenter et sa troupe (son fiston Cody et son filleul Daniel Davies) conçoivent un score atmosphérique, sombre et dépressif. De quoi poser en quelques notes une ambiance dark et intense (non, non, je ne parle pas de chocolat noir).

Quant à la Miss Curtis, c’est par un habile tour de passe-passe scénaristique qu’elle se retrouve dans cet Halloween quarante après. Car, souvenez-vous, son personnage passait l’arme à gauche dès l’intro du piteux huitième épisode. Du coup, décision a été prise de faire une suite directe au monument de 1978. Conséquences : tous les opus suivants sont poliment ignorés et Laurie Strode n’est plus la frangine de Myers. Pas grave, tant retrouver une Jamie Lee Curtis en grande forme est un plaisir qui ne peut se refuser. Plus tourmentée encore que dans Halloween H20, notre poisson nommé Wanda trouve chez David Gordon Green l’occasion de crever l’écran dans la peau d’une femme traumatisée mais que le temps a changé en simili-Sarah Connor. Et même plus encore…

Car, d’une manière assez inattendue, cette nouvelle nuit des masques cache en son sein un drame familial dans lequel trois générations de femmes sont touchées par la même malédiction. Laurie (impeccable Jamie Lee, je le redis), sa fille Karen (Judy Greer, très bien aussi) et sa petite-fille Allyson (Andi Matichak, une jolie découverte) doivent, au fil des évènements, se rabibocher pour combattre leur putain d’agresseur. Un cas de sororité assez inédit dans le slasher et un supplément d’âme pour cet Halloween 2018 où les rôles féminins ne sont pas uniquement là pour courir et crier…

S’il fait évoluer le statut de scream queen, le réalisateur de Votre Majesté (comédie médiévale fréquentée par Danny McBride, l’un des coscénaristes du film qui nous intéresse ici) se montre très déférent envers le classique de Carpenter. Il le suit pas à pas, se livrant avec son aîné à un jeu de miroir parfois un peu facile (l’évasion de Michael Myers). Peu enclin à s’affranchir de l’influence de son modèle, David Gordon Green s’autorise tout de même quelques saillies gores de bon aloi et sait se montrer visuellement percutant (cf. le plan-séquence où notre psycho killer joue du couteau en passant de maison en maison). Devant sa caméra, Michael Myers redevient The Shape, le Mal absolu, un monstre sans humanité ni conscience. Une redoutable machine à tuer. Qu’on se le dise : evil never dies.

The Predator aurait pu être une bonne surprise apte à faire revenir sa créature aux affaires. À l’arrivée, le résultat – blockbuster maladroit d’un auteur en pleine dépossession de ses moyens – incite à se faire couper les dreadlocks. Halloween, avec ses bidouillages narratifs dictés par des impératifs commerciaux, n’était pas non plus bien loin de la douche froide automnale. Mais ce onzième film reste suffisamment incarné et soigné pour s’imposer. Dans ce match de poids lourds, le David Gordon Green l’emporte donc.

Alors que je suis en train de conclure cette modeste bafouille, un point rouge lumineux se balade sur mon clavier et finit sa course au milieu de mon front. Adieu les amies.

The Predator. De Shane Black. États-Unis. 2018. 1h47. Avec : Boyd Holbrook, Olivia Munn, Jacob Tremblay…

Halloween. De David Gordon Green. États-Unis. 2018. 1h49. Avec : Jamie Lee Curtis, Judy Greer, Andi Matichak…

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

12 réflexions sur « THE PREDATOR vs. HALLOWEEN »

  1. Je ne sais s’il y a encore quelqu’un à l’autre bout du clavier 😉, mais ce qui est sûr à mes yeux c’est que ces deux là n’ont pas vraiment une gueule de porte-bonheur. Pas vu le Predator mais tout ce que je lis ne m’invite pas à le suivre à la chasse. Quant à l’Halloween, c’est sans doute le score du père Carpenter qui est le plus réussi. Pas totalement mauvais c’est sûr, mais trop peu ambitieux pour faire la différence.

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  2. Si, d’une manière générale, The Predator s’en prend pas mal dans la tronche, il est aussi vrai que le dernier Halloween ne fait pas non plus l’unanimité… Mais j’avoue avoir pris plaisir à découvrir ce dernier. D’ailleurs, depuis, je ne quitte plus mon masque de Michael Myers.

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  3. Attention aux points rouges donc. 🙂
    Je partage tes avis, même si je prends plaisir à revoir certains films de la série Predator (le 2 est sympa, tout comme le premier ‘AvsP’ et j’aime revoir le ‘Predators’ et ses mercenaires). Pour le nouvel ‘Halloween’, il me faut le revoir lors de sa sortie vidéo car un détail du scénario m’intrigue. Ce film est sensé être une suite au film original de Carpenter qui se terminait avec Loomis qui abat Michael Myers par arme à feu. Le corps tombe par la fenêtre et s’écrase au sol. Le docteur Loomis réconforte Laurie Strode. Et un second plan de caméra nous montre que le corps de Myers a disparu. Loomis comprend alors qu’ils ont affaire au Mal. Musique, générique. Du coup, comment Michael Myers se retrouve-t’il dans un asile psychiatrique en 2018 ?

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  4. Ah tiens, pile quand je poste mon avis sur The Predator, le même jour où je vois enfin le Halloween, voilà un double avis ici 😀
    The Predator n’est objectivement pas très bon, mais m’aura parfois bien amusé dans sa bêtise. Mais venant après les opus originaux, forcément, ça fait mal…
    Pas détesté le dernier Halloween par contre. Il divise pas mal, il prends parfois peu de risques, mais il demeure un slasher au final assez efficace, avec quelques bonnes scènes, et surtout oui, le score de papa et fils Carpenter est juste génial, je l’écoute depuis.

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  5. @nico nsb En ce qui concerne les Predator, je m’arrêterais aux deux premiers (un chef-d’œuvre et une excellente suite). J’ai en revanche beaucoup plus de mal avec l’orientation prise par la saga avec les AvP… Quant au Nimród Antal, le résultat n’est pas honteux mais ça reste au final un peu anecdotique (enfin, pour moi)… Pour le dernier Halloween, bonne question ! Je salue ta sagacité car ce détail ne m’a même pas effleuré. Et en plus, j’ai récemment revu le Halloween de 78 en salle. En tout cas, c’est vrai qu’il y a là une grosse ellipse narrative que le script aurait dû éclairer…

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  6. @Rick Oui, j’ai vu ça, j’irai lire ta chronique sur The Predator qui, comme tu le soulignes, ne peut supporter la comparaison avec le McT et le S. Hopkins… Et ravi de ne pas être le seul à défendre cet Halloween dont la BO semble au moins mettre tout le monde d’accord !

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  7. Ah, et bien content de voir par contre que tu aimes bien le Hopkins également. J’avais d’ailleurs ajouté à ma collection de Blu-Ray Predator 2 avant le 1 (surtout car le premier a eu tellement d’éditions qu’on le trouve pour une poignée d’euros haha).
    Le nouvel Halloween n’est pas mauvais, c’est même un bon slasher. Mais du coup oui, sans doute bien trop classique dans sa narration, ses choix. Mais il a de très bonnes scènes malgré tout.

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  8. Pas de doute, Predator 2, c’est de la bombe : mise en scène nerveuse et jouissivement bourrine (Hopkins n’est pas un manche), cadre urbain superbement exploité (le décor tranche intelligemment avec celui du premier opus), tête d’affiche convaincante (Glover – période L’Arme Fatale – succède à Schwarzie avec brio). Et puis le clin d’œil final à Alien vaut à lui tout seul bien mieux que les deux AvP réunis !

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  9. Oooooooooh copain!!!! On est d’accord, c’est moins bon et moins recherché, mais c’est nerveux, bien violent, et il y a en plus des scènes extra (la scène dans le gros frigo réfrigéré, avec les multiples vues du Predator, ça m’avait marqué gamin). Le score de Silvestri en mode tribal est aussi une réussite. Hopkins, il aura pas fait que du bon (Perdus dans l’espace, ou Les Châtiments qui m’a profondément ennuyé), mais au début des années 90, avec Predator 2 et La Nuit du Jugement (polar ultra classique mais ultra efficace), il prouvait qu’il savait ce qu’il faisait.

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  10. Predator 2 reste sans doute le meilleur film d’Hopkins, même s’il y a aussi de très bonnes choses dans Freddy 5, Blown Away et L’Ombre et la Proie. En revanche, il faudrait que je me mate La Nuit du Jugement, toujours pas vu celui-là…

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  11. Ah oui c’est vrai que le cinquième Freddy c’était lui également. Un scénario bien bancal, mais de superbes idées de mise en scène dedans, j’adore l’aspect gothique qu’il a voulu intégrer dans le film. Et Blown Away je l’avais revu il y a quelques années, sympathiques mais moins bon que dans mes souvenirs.

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