CRIMES DANS L’EXTASE (Jess Franco, 1971)

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Alors que le docteur Johnson mène des recherches peu orthodoxes sur les embryons humains tout en coulant une existence heureuse auprès de sa jeune épouse, il subit les critiques d’un comité médical qui rejette ses découvertes. Ayant perdu son travail, Johnson s’ouvre les veines, laissant une veuve d’abord éplorée, puis prompte à venger le suicide de son mari. Elle décide d’attirer dans son lit chacun des membres du comité avant de les assassiner… Source : arte.tv/fr

Crimes dans l’extase, un titre sadien qui en a connu d’autres : Lubriques dans l’extase, Elle tuait dans l’extase, She Killed in Ecstasy, Sie tötete in Ekstase. Mais quel que soit le blaze qu’on lui donne, c’est surtout une œuvre précieuse, adulée, culte pour tout francophage qui se respecte. Merci donc à la chaîne Arte d’avoir encore fait preuve d’ouverture culturelle en diffusant la bête lors d’une soirée dédiée à son producteur Artur Brauner. Sur le tournage de Sie tötete in Ekstase, ce dernier peut d’ailleurs s’estimer heureux en affaires. Pour pas un rond ni une seule journée de taf en plus (ou si peu), l’ami Jess ne lui livre pas un seul film mais deux (ou plutôt deux et demi, pour être précis). Capable de bosser plus vite que son ombre et de s’adapter à un budget de misère, Franco emballe Der Teufel kam aus Akasava avec l’équipe de Crimes dans l’extase. En parallèle, il trouve même le temps de s’atteler à Juliette de Sade dont le tournage est interrompu suite à la disparition soudaine de sa vedette, Soledad Miranda. Le 18 août 1970, sa carrière est stoppée net par un accident de la route survenu au Portugal. Elle n’avait que vingt-sept ans et encore beaucoup de rêves à réaliser. Ce sale coup du destin n’a pas empêché la jeune actrice de marquer les esprits et de laisser une empreinte indélébile sur le cinéma Bis. Dans cette relecture de l’histoire de Miss Muerte, Soledad Miranda joue les anges exterminateurs en dévoilant ses charmes et ses talents de comédienne. Sous une longue cape pourpre cachant une silhouette délicieuse et impudique, elle nous fait ressentir toute la souffrance de son personnage et exprime en voix off l’immense tristesse qui l’assaille. Les yeux de Soledad traduisent intensément cette perte inconsolable de l’être aimé, ce que Franco souligne à l’aide de gros plans sur le visage de sa muse. La Comtesse Carody de Vampyros Lesbos passe constamment de la veuve éplorée à la femme fatale, du deuil impossible à la punition libératrice, des larmes d’une épouse au sang du châtiment. Pour que justice soit faite, elle traque ses proies, les envoûte et se sert du sexe pour donner la mort. Puis le récit avance, plus la señora Miranda se transforme en une sorte de spectre assassin, ombre lascive et létale délivrant une sentence à laquelle ses victimes ne peuvent échapper (une réminiscence de la vénus à la fourrure sublimée par Maria Rohm, le plus beau rôle de cette blonde autrichienne qui s’est éteinte le 18 juin dernier). Bercé par un romantisme noir aux contours déviants (l’amour fou confine ici à la nécrophilie), She Killed in Ecstasy s’achève en apothéose sur un final tragique évoquant de façon prémonitoire le triste sort de son actrice principale. Pas de happy end à la con, donc. En revanche, la musique psychédélique de Manfred Hübler et Sigi Schwab contraste avec la violence des images et le désespoir de son héroïne. Si leur bande originale n’invite pas au spleen, elle apporte tout de même à l’ensemble un supplément d’étrangeté. Cet entraînant pas de côté connaît toutefois une petite pause avec la présence assez brève d’un morceau élégiaque plus en accord avec l’esprit du long-métrage. Un extrait que l’on doit certainement au grand Bruno Nicolai, le compositeur étant également crédité au générique. Les décors participent aussi à ce décalage tonal, Franco multipliant les plans larges sur un littoral espagnol ensoleillé (Alicante, ville portuaire située au bord de la Méditerranée). Mais là encore, en marge de ces panoramas touristiques, un élément discordant vient nous rappeler qu’on est pas là pour se taper un film de vacances. La demeure hors-norme de l’architecte Ricardo Bofill, château aux formes baroques trônant au sommet d’une falaise, correspond davantage à l’excentricité et à l’avant-gardisme de l’oncle Jess (on peut revoir la bâtisse dans La Comtesse perverse et les détails de la villa dans Plaisir à trois). L’extase est aussi à chercher du côté des interprètes fétiches du cinéaste ibérique. Outre la regrettée Soledad, les gueules patibulaires d’Howard Vernon et de Paul Müller – ainsi que la bobine beaucoup plus avenante de la suédoise Ewa Strömberg – assurent une bonne partie du spectacle. Le Jess Franco acteur se joint lui aussi à la fiesta et – derrière la caméra – n’oublie pas de livrer une mise en scène aussi libre que soignée (et moins portée sur le zoom que d’habitude). Quant à Horst Tappert, futur inspecteur Derrick, c’est à lui que revient l’honneur de résumer les terribles événements de Crimes dans l’extase : « c’est affreux mais quelle belle preuve d’amour ».

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Sie tötete in Ekstase. De Jess Franco. Allemagne/Espagne. 1971. 1h17. Avec : Soledad Miranda, Fred Williams et Ewa Strömberg. Maté à la téloche le 02/08/18.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

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