L’ÉTÉ EN PENTE DOUCE (Gérard Krawczyk, 1987)

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Après avoir rencontré la pulpeuse Lilas, qu’il a troquée avec son petit ami en titre en échange d’un lapin, Fane, un semi-marginal, décide de changer de vie. À cet effet, la première chose qu’il entreprend est de quitter la banlieue sordide où il végète et de retourner dans son village natal. Il emménage dans la maison familiale, dont il vient d’hériter et où vit encore son frère Mo, un demeuré. Il ne parvient toutefois pas à écrire plus de trois lignes du roman policier dont il projetait de tirer ses revenus et doit affronter aussi bien les basses manœuvres de ses voisins, des garagistes soucieux de racheter sa maison, que la légèreté de la trop belle Lilas… Source : telerama.fr

C’est l’été de Pauline Lafont. Celui, torride, qui annonce une carrière prometteuse. Après quelques rôles secondaires effectués dans l’ombre de ses camarades (Les Planqués du régiment, Papy fait de la résistance, Vives les femmes !, Poulet au vinaigre…), la fille cadette de Bernadette accède enfin au firmament. Dans cette adaptation d’un bouquin de Pierre Pelot, Pauline se révèle devant la caméra de Gérard Krawczyk. Sa lumière irradie alors le cinoche français, son feu n’est pas prêt de s’éteindre. Mais la belle saison est de courte durée. À peine le temps de soigner sa droite pour Godard et de nous filer Deux minutes de soleil en plus, que l’hiver est déjà là. Et bien sûr, le salopard est en avance. C’est pourtant au mois d’août de l’année 1988 que Pauline Lafont fait sa mortelle randonnée. Après avoir gravi les échelons du 7ème art, elle chute accidentellement du haut d’une montagne. Dix putains de mètres et la vie s’arrache. Sale destin… Celle qui aura à tout jamais vingt-cinq ans, s’est offerte avec le rôle de Lilas une part d’éternité. L’incendiaire héroïne de L’Été en pente douce n’a d’ailleurs qu’un modèle : Marilyn Monroe. Une star disparue trop tôt, comme l’inoubliable Pauline dont la blondeur cristallise elle aussi tous les fantasmes. Car la jeune comédienne n’a pas froid aux mirettes et dévoile ses courbes affolantes avec un naturel qui laisse pantois. L’émoi que provoque la sensualité débordante de la miss Lafont mérite de figurer dans une anthologie de l’érotisme gaulois, aux côtés de Valérie Kaprisky dans L’Année des méduses et de Béatrice Dalle dans 37°2 le matin. Et que dire de ce débardeur rose qui, à lui tout seul, augmente encore plus la température ambiante… Mais derrière l’effervescence d’un corps et le rayonnement d’un si beau visage, il y a dans le regard de son actrice principale un soupçon de tragédie, celui des poupées cassées et des grands soirs qui n’arrivent jamais. Son rêve, plutôt modeste, de se marier et d’avoir des gosses, montre qu’elle n’attend de la vie seulement le minimum. N’y voyons pas là, un manque d’ambition. C’est juste que Lilas a saisi depuis longtemps que vouloir davantage est une illusion. Elle sait que la vie est « un gros tas de merde avec des fleurs qui poussent dessus » (pour citer le dessinateur Vuillemin). Être prise pour autre chose qu’une pute quand on est une femme attirante ? Mission impossible lorsqu’on débarque dans un village où chacun épie son voisin et le juge selon sa propre morale. Dans son tableau d’une France bien enfoncée dans son trou du cul, Krawczyk dépeint toute la vilenie d’un microcosme rongé par l’intolérance, la frustration, la jalousie, la connerie. Mis à part son trio de tête (Lilas, son mec Fane et le frangin attardé de celui-ci, Mo), la faune locale n’est guère sympathique. Mention spéciale à Voke (Guy Marchand, joliment mesquin), garagiste beau parleur et comploteur qui ne recule devant aucune bassesse pour agrandir son affaire. Et surtout, à ce gros beauf de Shawenhick (Jean-Paul Lilienfeld, plus vrai que nature) qui battait Lilas lorsqu’ils étaient encore ensemble. Et le soleil, indifférent au merdier qu’il est en train de cramer, cogne très fort sur la caboche de tout ce petit monde. La chaleur attise la haine, stimule la bêtise et exacerbe les tensions. La photo de Michel Cénet retranscrit parfaitement le climat moite et poisseux qui règne dans ce morceau d’Hexagone pourri de l’intérieur. Dans ce désespoir crasseux et ces rêves contrariés, on retrouve aussi les traces du romancier Jim Thompson. Dommage, dès lors, que L’Été en pente douce n’en emprunte pas totalement la férocité et la noirceur. Exploiter davantage les zones d’ombre de Lilas aurait peut-être abouti à un final plus radical que celui existant. Si le film ne peut donc rivaliser avec L’Été meurtrier, on peut néanmoins le remercier d’avoir fait briller sous nos yeux l’étoile filante Pauline Lafont. Le reste du casting se montre aussi à la hauteur, avec notamment les performances de Jean-Pierre Bacri (impeccable en loser cachant sous sa sueur un palpitant gros comme ça) et de Jacques Villeret (épatant, attachant, émouvant : l’une de ses plus belles prestations). Et puis il s’agit du meilleur long-métrage d’un gus ayant commis dans les années 2000 des aberrations produites par Luc Besson (Taxi 2, 3 et 4, Wasabi, Fanfan la Tulipe : n’en jetez plus !). C’est un peu comme si Uwe Boll avait réalisé Forrest Gump, bien avant ses King Rising et autre BloodRayne.

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L’Été en pente douce. De Gérard Krawczyk. France. 1987. 1h36. Avec : Pauline Lafont, Jacques Villeret et Jean-Pierre Bacri. Maté à la téloche le 29/07/18.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

4 réflexions sur « L’ÉTÉ EN PENTE DOUCE (Gérard Krawczyk, 1987) »

  1. Zut, j’ai loupé la diffusion TV. Pas revu ce film depuis pas mal d’année.
    Après vérification, Pauline Lafont est bien présente (brièvement) dans Erotisme et Cinéma de Gérard Lenne (édition la Musardine).

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  2. Ah, dommage, le film était encore dispo il y a peu sur le replay de Paris Première… Pas lu le bouquin de Gérard Lenne et c’est un tort ! En tout cas, merci pour ta sagacité et cette belle idée de lecture. L’auteur en question a d’ailleurs participé à un doc que j’ai maté tout récemment : « Russ Meyer, le saint des seins »…

    Aimé par 1 personne

  3. Russ Meyer, sacré bonhomme à remettre en lumière. Une série de « Vixen » et autres en HD ne seraient pas de refus. Je crois avoir lu que les héritiers (ou ayants-droits) bloquent toute initiative.

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