SUR LA ROUTE DE MADISON (Clint Eastwood, 1995)

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À la mort de leur mère, Francesca Johnson, Carolyn et Michael apprennent qu’elle a demandé à être incinérée, et découvrent aussi, à travers son journal intime, un chapitre secret de sa vie. L’été 1965, alors que son mari, fermier de l’Iowa, et ses enfants se rendaient à un comice agricole, Francesca a rencontré Robert Kincaid, un photoreporter égaré, à la recherche d’un vieux pont couvert du comté à immortaliser pour National Geographic. Afin de mieux l’orienter, Francesca l’a accompagné. Le début d’une parenthèse de quatre jours qui les a marqués l’un et l’autre à jamais. Source : arte.tv/fr

Lors de sa carrière, Clint Eastwood a souvent alterné les projets perso avec d’autres plus commerciaux. Pourtant, scinder son œuvre en deux – avec d’un côté les films populaires et de l’autre ceux dits d’auteur – se révèle bien trop simpliste. Tout d’abord parce que l’expression « film d’auteur » ne veut rien dire lorsqu’elle est utilisée pour s’opposer au cinéma grand public. Quand il shoote L’Épreuve de Force ou Sudden Impact, Eastwood est un auteur insufflant son style et sa personnalité à des longs-métrages de studio (la Warner en l’occurrence). Et ensuite parce que la richesse évidente du parcours de l’intéressé défie toute tentative de classement binaire. À la sortie de Sur la route de Madison, beaucoup ont été surpris de voir Dirty Harry associé à un mélo. C’est oublier que – tout au long des 80’s – le bonhomme avait su faire évoluer son image à travers des réussites comme Bronco Billy, Honkytonk Man ou encore Bird. Au début des années 1990, un film somme vient faire éclater toute la puissance crépusculaire et la maturité artistique du grand Clint : Impitoyable. Dans ce même mouvement, Un monde parfait et Sur la route de Madison imposent un cinéaste en pleine possession de ses moyens et de plus en plus lucide quant à la fugacité de l’existence. Aujourd’hui, personne ne peut nier la pertinence de voir Eastwood aux commandes de The Bridges of Madison County. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le dernier des géants raconte une histoire d’amour impossible. Il faut remonter assez loin pour retrouver les prémisses de l’adaptation du roman de Robert James Waller. Dans Breezy (1973), troisième mise en scène du cavalier solitaire, une différence d’âge et de statut social compromet l’idylle entre un architecte quinqua (William Holden) et une jeune hippie (Kay Lenz). Comme quoi, bien avant les premiers oscars et l’actuel consensus critique, Clint savait déjà diriger une romance digne de ce nom. À la différence que Sur la route de Madison s’avère beaucoup plus poignant que son aîné. Car en seulement quatre jours, Francesca Johnson et Robert Kincaid se sont aimés pour toute une vie. Tout se joue le temps d’une parenthèse éternelle, avant que les sentiments de nos deux amants ne se transforment en cendre. Leur relation, cruellement éphémère, commence à peine qu’elle doit déjà se terminer. Dès le départ, cette union impose un sacrifice. Pour Francesca, il s’agit de quitter sa famille et de partir avec son photographe bien-aimé. Ou le laisser filer et retrouver sa condition de femme au foyer. Mais une telle décision implique aussi les autres. Faire table rase du passé et changer le présent peut avoir des conséquences sur ses proches, surtout dans l’Amérique conservatrice de 1965. Dans ce contexte, réaliser ses rêves a un prix. Aux yeux de cette fermière de l’Iowa, Robert représente la liberté qu’elle n’a jamais eu. Captive d’une ruralité bien trop tranquille, Francesca voit aussi dans cette rencontre l’occasion de rompre avec l’ennui qui la ronge en silence depuis tant d’années. À ce titre, elle sait que la banalité du quotidien peut faner les plus belles chimères. Ces quatre jours resteront donc son secret le plus précieux, un souvenir inaltérable que rien ne pourra ternir. Meryl Streep souligne avec une immense délicatesse les espoirs et les désillusions de son personnage, magnifie les différentes variations d’un désir qui monte, étreint et finit par consumer. À l’écran, ses échanges avec Clint Eastwood relèvent de l’alchimie. Les dialogues sont ciselés et laissent les émotions affleurer comme une caresse. Chaque mot sonne juste, chaque geste est décisif. La pureté de la mise en scène capte l’essentiel et ne rate rien du drame inconsolable qui se joue. Les quelques notes au piano du morceau Doe Eyes de Lennie Niehaus cristallisent de façon progressive cette love story déchirante et empreinte d’une nostalgie un brin désenchantée (mais pas encore désabusée, comme elle le sera plus tard dans le film le plus noir d’Eastwood : Mystic River). D’une élégance rare et d’une tristesse infinie, Sur la route de Madison nous invite à ne pas passer à côté de notre vie et ce même si la réalité étouffe parfois nos aspirations les plus folles. Alors levons nos verres aux soirées d’autrefois et aux musiques d’ailleurs…

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The Bridges of Madison County. De Clint Eastwood. États-Unis. 1995. 2h15. Avec : Meryl Streep, Clint Eastwood et Annie Corley. Maté à la téloche le 15/07/18.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

4 réflexions sur « SUR LA ROUTE DE MADISON (Clint Eastwood, 1995) »

  1. Pour ‘Sully’, aucun problème. Le film est bien construit, court et va droit à l’essentiel. Il y a un enjeu clair (la parole et l’expérience du pilote contre les experts des assurances) contrairement à l’attaque du Thalys. Comme quoi il ne suffit pas de prendre un sujet d’actualité pour faire un bon film. Il faut du recule sur les faits.
    Ce qui n’est absolument pas le cas du ’15h17…’ J’y ai vu un élan patriotique sincère (de jeunes soldats en vacances font face à un tueur djiadiste) et… c’est tout ! Tout l’intérêt tient dans le dernier quart d’heure du film (construit en montage parallèle : la jeunesse des héros/leur voyage en Europe). Et outre l’ennui, il y a le choix douteux de faire jouer les personnages par les vrais protagonistes de l’attaque. On aurait pu y voir une démarche expérimentale à la Soderbergh, mais là le résultat est juste foireux et laid (petites caméras numériques…).
    Bref autant revoir ‘Sur la Route de Madison’. Clint et Meryl : la grande classe et de l’émotion.

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