SANS UN BRUIT (John Krasinski, 2018)

a_quiet_place__2018____alternative_poster__2__by_netoribeiro89-dc8iuyx

Une famille tente de survivre sous la menace de mystérieuses créatures qui attaquent au moindre bruit. S’ils vous entendent, il est déjà trop tard. Source : allocine.fr

Le concept de Sans un bruit (tout est dans le titre ou presque) est aussi prometteur que périlleux. Car une idée aussi brillante soit-elle nécessite toujours une certaine maîtrise de la mise en scène et une écriture scénaristique en béton. Il faut une bonne dose de rigueur hitchcockienne pour maintenir le suspense tout du long et ne jamais trahir son argument de départ. Sur ce point, John Krasinski ne s’en sort pas trop mal même si l’efficacité de la forme n’arrive pas toujours à faire oublier les carences du fond… Invasion alien et récit post-apo vue à travers le regard d’une famille livrée à elle-même, A Quiet Place expose la situation en quelques plans évocateurs : une rue déserte, des avis de recherche tapissant les murs, une supérette aux rayons quasi vides. En même temps, nous découvrons cinq survivants pour qui l’heure du ravitaillement est venue. Mais dans leur comportement, quelque chose cloche. Chaque geste s’effectue avec une extrême précaution et dans un silence de mort. La fin tragique (et prévisible) de cette séquence d’ouverture donne une idée assez précise de la menace qui plane sur nos rescapés de la fin du monde. La moindre boulette sonore ne pardonne pas. La grande faucheuse rôde dans les parages et frappe comme l’éclair. L’effet est saisissant et ne laisse aucune échappatoire à celles et ceux qui transgressent l’unique règle qui vaille pour rester en vie : ne pas faire un seul bruit… Une fois le décor planté, le film décrit le quotidien de nos protagonistes et dévoile comment ils s’organisent pour ne pas se faire boulotter les uns après les autres. Vivre avec le danger impose une discipline permanente, une attention de tous les instants. Un châtiment pire que les flammes vous attend si vous renversez par inadvertance une lampe à huile sur le sol… Les auteurs du script ne manquent pas non plus d’astuces pour détourner l’interdiction orale de communiquer (langage des signes – l’une des gamines est d’ailleurs sourde, remarquable Millicent Simmonds – et échanges à proximité des clameurs de la nature afin de couvrir les voix – une cascade ou un cours d’eau, par exemple). De nombreuses petites trouvailles permettent également de décupler la tension. Ainsi, un clou sortant du plancher d’un escalier devient un obstacle supplémentaire quand nos gloumoutes sensibles des esgourdes débarquent dans la maison (grâce à une impeccable gestion de l’espace, la panique circule d’une pièce à l’autre en toute lisibilité). Le « truc » qui finira par venir à bout desdits envahisseurs débouche sur un climax à la fois ludique et spectaculaire (cependant, la fin abrupte de la séquence peut s’avérer un brin frustrante, même si d’un point de vue narratif, la prolonger serait superflu). Bref, la mécanique est bien huilée. Visuellement parlant, Monsieur Blunt (à la ville) se montre bel et bien à la hauteur de son excitant pitch. Le bonhomme ne commet même pas l’erreur de dévoiler trop tôt le look de ses créatures, chose plutôt rare par les temps qui courent. Malheureusement, dans ses passages les plus intenses, l’entreprise a un peu trop tendance à solliciter notre suspension d’incrédulité, quitte parfois à décrédibiliser ce qui se passe à l’écran (plus c’est gros, plus ça passe ? Pas toujours). Plus préjudiciable encore, la caractérisation des personnages se révèle assez convenue (aucune prise de risque à ce niveau-là), tout comme les thématiques que l’histoire englobe (la culpabilité, le sacrifice). Derrière l’exercice de style, aucune ambiguïté humaine ne vient bousculer les repères du public lambda. Dans le genre, Signes (M. Night Shyamalan, 2002) et 10 Cloverfield Lane (Dan Trachtenberg, 2016) avaient su davantage faire exister leurs protagonistes, à leur donner vie sans en faire des archétypes. Si Sans un bruit reste un chouette survival du troisième type, il échoue donc à être un peu plus qu’une série B bien troussée. Ce qui n’est déjà pas si mal. Avoir en tête d’affiche une comédienne de la trempe d’Emily Blunt n’est pas non plus négligeable. Faut dire que la SF lui sied à merveille et qu’elle paraît ici plus que jamais à son aise. Dans Looper, elle épatait déjà l’assistance en se saisissant d’un tromblon pour défendre sa progéniture. Un instant d’éternité que l’on retrouve dans A Quiet Place. Apparemment, l’ange de Verdun d’Edge of Tomorrow a encore des comptes à régler avec la gent extraterrestre…

sans-titre

A Quiet Place. De John Krasinski. États-Unis. 2018. 1h30. Avec : Emily Blunt, John Krasinski et Millicent Simmonds. Maté en salle le 01/07/18.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :