DEADPOOL 2 (David Leitch, 2018)

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L’insolent mercenaire de Marvel remet le masque ! Plus grand, plus-mieux, et occasionnellement les fesses à l’air, il devra affronter un Super-Soldat dressé pour tuer, repenser l’amitié, la famille, et ce que signifie l’héroïsme – tout en bottant cinquante nuances de culs, car comme chacun sait, pour faire le Bien, il faut parfois se salir les doigts. Source : allocine.fr

Depuis la sortie du Deadpool original, un certain Logan a prouvé de façon magistrale que l’on pouvait faire un film de super-héros adulte et en totale rupture avec les blockbusters à la mode. Si les deux longs-métrages sont classés R aux États-Unis (l’équivalent d’une interdiction aux moins de 16 ans chez nous), leur traitement de la violence et leur conception du genre s’opposent radicalement. Le Tim Miller fonctionne avant tout comme un défouloir potache et insolent se moquant de tout et surtout de lui-même. Le James Mangold a été pensé comme une tragédie viscérale et désespérée prenant ses distances avec les standards hollywoodiens. L’un est à prendre au second degré, l’autre au premier. Cette différence essentielle n’empêche pas Deadpool 2 d’ouvrir les hostilités en se payant la tronche dudit Logan et de se fixer comme objectif de le surpasser. Une fausse bonne idée qui contraint cette inévitable suite à se prendre plus au sérieux (enfin, juste un peu, faut pas non plus déconner avec la déconnade). Le drame qui touche Deadpool au début du film tente vainement d’approfondir le protagoniste mais ne parvient qu’à coincer son cul entre deux chaises. Le problème, c’est qu’il est bien difficile d’être touché par ce qui lui arrive quand de nombreuses giclées postmodernes continuent à démolir ce foutu quatrième mur. Entre une grosse vanne qui tache et un clin d’œil face caméra, les tentatives pour responsabiliser notre vigilante cramé foirent systématiquement. Pire, la volonté d’injecter de la morale dans les motivations de ce grand dadais de Wade Wilson amoindrit considérablement sa nature transgressive. Pour justifier son engagement auprès des autres, le justicier fêlé se sent obligé de sauver un jeune X-Men en train de basculer du côté obscur (le parallèle effectué entre le gamin en question et les désirs de paternité du héros est des plus lourdingues). Du coup, Deadpool 2 tombe dans les travers de ce qu’il est censé brocarder et cède aux mêmes grosses ficelles que la plupart des productions Marvel/DC. La spontanéité de l’œuvre initiale s’efface donc au profit d’une irrévérence de façade ayant du mal à cacher le cynisme de l’entreprise. Conscient du caractère bankable d’un premier essai trash transformé en franchise, la bande de David Leitch profite aisément du système qu’il prétend railler… Et pourtant, malgré les mauvais choix défendus par ce deuxième Deadpool, la chose réussit encore à marquer des points. Après une première heure laborieuse où les références geek et l’abattage de Ryan Reynolds finissent par saouler, le spectacle commence à prendre forme avec la création de la X-Force. Le sort inattendu que le script réserve à l’équipe de mutants – attention, un  caméo hilarant se dissimule derrière l’un d’eux – développe un gimmick humoristique absolument jubilatoire. La course-poursuite qui s’ensuit rappelle que Leitch est aussi un coordinateur de cascades chevronné, même si la part belle est faite aux incontournables CGI. Mis à part ce morceau de bravoure, le meilleur du film, le reste apparaît un peu moins soigné et percutant, surtout en regard de ce que le réalisateur a accompli avec le formidable Atomic Blonde (son incroyable baston située dans un immeuble est dans toutes les mémoires). Par exemple, l’intervention de Cable au sein d’une prison high-tech souffre d’un montage un brin chaotique, comme s’il s’agissait de tempérer la brutalité de la séquence. Plus loin, on se rattrapera avec l’escarmouche 100% numérique entre Colossus et le Fléau (ce dernier est ici plus à son avantage que dans le médiocre X-Men : L’Affrontement final). Même si Deadpool 2 invite quelques nouveaux héros à se joindre à la fiesta, on ne peut que le remercier de nous avoir épargné l’énorme partouze à la Avengers. Pas besoin d’un peloton de super enfoirés quand on a ce bon gros mastard de Josh Brolin dans la peau en acier de Cable. En simili Terminator voyageant lui aussi dans le temps pour changer l’avenir à coups de bastos, l’acteur ultra robuste de No Country for Old Men et Sicario défonce tout sur son passage et en impose méchamment. Dans le style intimidant, on ne fait pas mieux. Tout aussi badass mais avec la cool attitude en prime, la canonissime Zazie « Domino » Beetz est la révélation de ce nouveau Deadpool. Son pouvoir – avoir du pot en permanence – provoque des situations franchement poilantes (ses coups de bol interviennent dans le feu de l’action avec un sacré sens du timing). Dommage que cette panthère furieusement charismatique ne soit pas plus présente à l’écran. La version longue prévue pour la sortie en dvd/blu-ray du film devrait (un peu) corriger cette erreur. Quoi qu’il en soit, en ce qui me concerne, pas de Deadpool 3 sans Zazie (pas la chanteuse, hein ?).

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Deadpool 2. De David Leitch. États-Unis. 2018. 1h59. Avec : Ryan Reynolds, Josh Brolin et Zazie Beetz. Maté en salle le 03/05/18.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

4 réflexions sur « DEADPOOL 2 (David Leitch, 2018) »

  1. Comme souvent, un film sympa et plus original que la moyenne rencontre le succès. Et il devient malheureusement une franchise qui épuise le filon. ‘Deadpool 2’ provoque bien quelques sourires, mais pour ma part les super-héros c’est l’overdose. Tout comme ‘Star Wars’.

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  2. Faut bien avouer que cette suite ne réitère pas l’exploit du premier film. Mais bon, pour ma part, malgré de nombreuses réserves, ça passe encore. Je me souviens avoir été bien plus dépité après avoir découvert Kick-Ass 2…

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  3. Les suites finissent par lasser et sont édulcorées de tout ce qui sort un peu des sentiers battus. « Deadpool 2 » n’échappe pas à cette fatalité (malgré quelques bon moments!). Logan est l’exception mais quand ont fait mourir son héros, on peut se le permettre.

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  4. Quand il s’agit de capitaliser sur le succès d’un film, Hollywood ne parvient jamais à s’abstenir… Si les exemples de suites ratées ne manquent pas, Deadpool 2 échappe de peu à cette catégorie (pas sûr que l’inévitable troisième opus y arrive…). Quant à Logan, difficile de faire mieux. Son exception fera date, c’est certain.

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