BIRDY (Alan Parker, 1984)

Birdy-Alan-Parker

De retour du Vietnam où il a été blessé au visage, Al Columbato est appelé à l’hôpital militaire auprès de son ami Birdy. Muet et totalement apathique, celui-ci vit prostré et se prend pour un oiseau. Le médecin-major Weiss espère que la présence d’Al fera resurgir des souvenirs. En fait, avant même le Vietnam, Birdy était un marginal. Autant Al était exubérant, autant Birdy était réservé, absorbé par sa passion pour les oiseaux. Pourtant, malgré leurs différences très marquées, les deux garçons ont appris lentement à s’apprécier, jusqu’à faire les quatre cents coups ensemble, comme ce jour terrible où ils sont partis capturer des pigeons. C’est un de ces souvenirs, entre autres, qu’Al choisit d’évoquer devant Birdy, dans l’espoir, très mince selon les médecins, de le voir quitter sa torpeur inquiétante… Source : telerama.fr

Après un Midnight Express aussi poignant que vibrant, Alan Parker traite à nouveau du thème de la liberté bafouée avec Birdy. Et quoi de plus libre qu’un oiseau pouvant toucher les nuages et échapper au monde des hommes ? Rien, nous répond le rôle-titre tenu avec sensibilité par Matthew Modine. Il en faut d’ailleurs beaucoup pour pouvoir jouer la passion, surtout quand celle-ci vous emmène jusqu’à la folie. Son personnage n’a qu’une obsession, voler. Il n’a qu’un rêve, devenir un piaf. Un vrai. Lui aussi est enfermé dans une cage. Dans la cellule d’un hôpital psychiatrique, l’engagé Guignol de Full Metal Jacket prend la pose, celle d’un animal blessé, mutique, immobile. Hypnotisé – de jour comme de nuit – par cette fenêtre laissant entrer toute la lumière du ciel, Birdy ne peut s’évader parce que la société l’interdit d’être lui-même. Recourant aux flashbacks, le film d’Alan Parker fait sans cesse l’aller-retour entre un passé où tout était encore possible et un présent aux espoirs brisés. Ce dispositif permet de cristalliser les liens indéfectibles unissant deux mômes de Philadelphie. Birdy et son pote Al, incarné par un Nicolas Cage encore à ses débuts mais déjà très prometteur, ont beau être différents, ça ne les empêchent pas de faire ensemble les quatre cents coups. Les souvenirs qui découlent de cette forte amitié s’avèrent être les seuls remèdes valables contre l’aliénation, là où les blouses blanches de l’armée ne préconiseraient que des cachetons, l’enfermement et plus si affinités… L’humanisme cher au cinéaste britannique s’exprime à travers ce dialogue émouvant entre deux innocences pulvérisées par le Vietnam. Le passage à l’âge adulte est des plus brutaux et s’effectue aux milieux des explosions au napalm et des odeurs de chair brûlée. Rien de telle que la guerre pour faire m(o)ûrir la jeunesse et la confronter à la plus immonde des réalités. Un cauchemar qui, à l’écran, donne lieu à des séquences aussi brèves que puissantes, à l’image de ce cri de rage lâché par un Birdy seul et encerclé par des bombardements cataclysmiques. « Nous étions naïfs » s’exclame Al, troufion défiguré de retour au pays. Toute une génération l’était. Et en a payé la prix fort. En filigrane, Parker dresse le portrait d’une Amérique bernée par ses illusions et n’offrant à ses laissés pour compte aucune alternative d’avenir. L’arrière-plan social du film, où Philadelphie et ses faubourgs n’incitent pas au tourisme, se situe bien loin de la gloriole des 80’s. Les parents des héros triment pour gagner leur vie pendant que leurs rejetons sont contraints de patauger dans un sinistre merdier à l’autre bout de la planète. Le rêve américain, cette grande arnaque. Un destin que le réalisateur d’Angel Heart tente de déjouer par le biais de la poésie. L’utilisation révolutionnaire de la skycam (une première dans l’histoire du cinéma) permet au spectateur de rentrer dans l’esprit de Birdy et de capter son besoin de s’élever dans les airs. La vision subjective est saisissante. Nous volons avec le protagoniste. La musique de Peter Gabriel souligne à merveille cette onirisme pouvant percer le quotidien le plus morne (à noter qu’un extrait de la B.O sera repris tel quel pour Le Syndicat du crime de John Woo). Déjà porté par un duo de comédiens exceptionnels, Birdy bénéficie également de la présence de Karen Young (Les Dents de la mer 4 – La revanche, La Loi criminelle, Meurtres en nocturne), ravissant souvenir des années 1980 qui – malheureusement – doit se contenter ici d’un emploi très secondaire et peu développé. Dommage, aussi, que l’épilogue esquive l’apothéose tragique et émotionnelle tant attendue au profit d’une fin ouverte plus positive où l’enfance semble reprendre ses droits. Mais on ne chipotera pas davantage : Birdy reste une œuvre majeure dans la carrière d’Alan Parker. C’est dire à quel point il faut le (re)découvrir, avec ou sans ailes.

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Birdy. D’Alan Parker. États-Unis. 1984. 2h00. Avec : Matthew Modine, Nicolas Cage et Karen Young. Maté à la téloche le 19/03/18.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

10 réflexions sur « BIRDY (Alan Parker, 1984) »

  1. Grand film qui vieilli très bien je trouve car toujours aussi bouleversant. Et quelle musique ! Peter Gabriel a composé plusieurs BOF, mais ‘Birdy’ et ‘Passion’ (pour ‘La Dernière Tentation du Christ’ de Scorsese) sont ses chef-d’oeuvres.

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  2. Mieux vaut devenir un piaf plutôt qu’une piaf, surtout s’il s’agit de Miss Cotillard.
    Une pensée à travers cette lecture pour le défunt Alan Parker, envolé vers d’autres cieux. Fan de très longue date de Peter Gabriel, j’ai découvert BIRDY à travers la BO avant de le voir. J’avais ensuite loué la VHS du film pour savoir à quelles images il avait associé sa musique. Grosse claque, j’avoue que je ne m’attendais pas à cela. Ce fut pour moi la rencontre avec deux acteurs majeurs : Modine et Cage (je ne savais pas encore que ce dernier dissimulait sous son patronyme à la peau noire celui de Coppola).
    J’ai découvert ensuite que Parker et la musique était une histoire qui remontait aux Pink Floyd. Autre claque que cette mise en image des concepts nés associés aux chansons de Roger Waters.
    Il est plus que temps de revenir à BIRDY (et à ANGEL HEART).

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  3. Oui, bien dit Prince, il est plus que temps de revenir à ce très beau « Birdy » et au stupéfiant « The Wall ». Profitons-en également pour (re)voir les autres films marquants du regretté cinéaste : « Midnight Express », « Angel Heart », « Mississippi Burning »…
    Et puisque la mort ne prend jamais de vacances, signalons également la disparition du Rooper de « Opération Dragon » (John Saxon) et celle du Dr Blair de « The Thing » (Wilford Brimley)…
    Merci, en tout cas, d’être venu partager ici tes souvenirs de cinéphage et de mélomane. Il y a des envols qui ne s’oublient jamais !
    Et mieux vaut croiser notre Marion nationale dans « Inception » (ou « Public Enemies ») que dans « La Môme » (ou les « Taxi »). 😜

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  4. Nous sommes bien d’accord pour Marion. 😉.

    J’avais vu passer l’info pour Saxon, mais pas pour Brimley. Triste.

    Parker a dû être mon réal préféré durant quelques années, lorsque j’ai découvert notamment « Angel Heart » qui m’avait fortement impressionné. Puis cet engouement s’est estompé, peut-être aussi parce que Parker avait plutôt mauvaise presse auprès d’une cinéphilie qui rejetait en bloc l’esthétique pub des années 80. De cette clique British à laquelle on associait aussi Adrian Lyne, il n’y a guère que Ridley Scott qui ait réussi à maintenir une carrière prestigieuse jusqu’à aujourd’hui. Pourtant Parker avait aussi beaucoup d’atouts. C’est quand ils sont morts qu’on regrette de ne pas les avoir réhabilités plus tôt.

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  5. Merci beaucoup cher Maître, je viens justement de lire votre article sur « Birdy » ! Un grand Alan Parker dans lequel « l’innocence est la première victime de la guerre »… J’en profite pour vous souhaiter la bienvenue sur mon modeste blog.

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  6. Merci beaucoup Zoéline en parcourant votre blog je me suis rendu compte à quel point les recherches était fluides, chaque film est soigneusement trier, j’avoue avoir du mal a maitriser ce point. Serais-ce possible que vous me disiez comment ont peut faire sur WordPress pour crée ce sommaire et faciliter ainsi la navigation sur mon blog ?

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  7. Ah, je vais essayer !
    Tout d’abord, pour chaque article, ne pas oublier de renseigner la « catégorie » et les « étiquettes », ça c’est important.
    En ce qui me concerne, je me suis même créé une « page » pour l’index des films (avec à l’intérieur, un lien vers chaque article).
    Ensuite, je vous invite à vous rendre sur votre « tableau de bord » afin de personnaliser le « design » de votre blog. Là, vous pourrez ajouter des « widgets » (dont celui concernant ladite « page » avec l’index, par exemple; et plein d’autres choses) qui apparaîtront sur votre blog (attention, la présentation est différente selon le thème choisi).
    Bon là comme ça, je ne sais pas si j’ai été très clair, mais le plus simple serait encore de consulter l’assistance WordPress (il existe même des tutoriels et un forum pour répondre à toutes vos questions).
    Bon courage ! 😉

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