LE BAISER DU VAMPIRE (Don Sharp, 1963)

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Lors de leur voyage de noce, un jeune couple perdu dans un petit village d’Europe centrale accepte l’invitation du mystérieux Comte Ravna dans son château. Ils vont découvrir, lors d’un mémorable bal masqué, que la lugubre demeure abrite une secte vampirique. Source : dvdfr.com

Le Baiser du vampire commence fort : un homme débarque à un enterrement, se recueille un instant puis saisit soudainement une pelle qu’il enfonce en plein milieu d’un cercueil. Le geste est brutal, choquant, inattendu. Et d’un point de vue cinématographique, claque sévère. Il s’agit de l’une de ces fameuses séquences prégénériques chères à la Hammer, entrées en matière dans lesquelles la couleur est annoncée : noire comme la nuit, rouge comme le sang… Conçu au départ pour devenir le troisième Dracula du studio britannique (après Le Cauchemar de Dracula et Les Maîtresses de Dracula), le film de Don Sharp prend une autre forme suite au refus de Christopher Lee et Peter Cushing de participer au projet. Exit également Terence Fisher, temporairement en froid avec la firme au marteau après quelques échecs commerciaux (Les Deux visages du docteur Jekyll et Le Fantôme de l’opéra en tête). Même sans le trio magique de l’épouvante anglaise, The Kiss of the vampire parvient à s’inscrire dans la continuité de ses glorieux prédécesseurs. Le gothique flamboyant s’y exprime de la plus belle des manières et replonge le spectateur dans une époque révolue où la terreur se faisait classieuse. Pour s’en convaincre, il suffit de voir la direction artistique – riche en détails fabuleux – de Bernard Robinson et la photographie – aux couleurs éclatantes, même dans les ténèbres – d’Alan Hume. À l’instar d’un Freddie Francis succédant à Fisher sur la saga des Frankenstein, Don Sharp ne démérite pas et apporte même d’agréables petites variantes à un scénario s’amusant à redistribuer les rôles. En lieu et place du comte hématophage imaginé par Bram Stoker, on trouve le mordant docteur Ravna, notable louche craint par les gens du coin. Face à lui, ce soûlard de professeur Zimmer joue les Van Helsing de garde mais sur un registre plus tourmenté. Autour de ces deux antagonistes, aucun archétype du genre n’a été oublié : victimes potentielles se jetant dans la gueule du vampire et tentant d’en sortir, château dominant les environs et dissimulant un terrible secret, malédiction imposant le silence et répandant sa tragédie auprès de villageois soumis à la terreur… On a beau connaître la musique, quand elle est bonne, on peut l’écouter en boucle. Car la griffe Hammer, c’est une atmosphère particulière et unique. Une fragrance nostalgique, celle des cinoches de quartier et de leurs grandes toiles peintes, promesses d’effroi jamais démenties. Une célébration des mythes intemporels où le romantisme se mêle au macabre, Eros à Thanatos. Et une subversion planquée derrière le classicisme. Dans Le Baiser du vampire, les forces du mal apparaissent bien souvent comme libératrices. L’aristocratie décadente, jouisseuse et rebelle de Ravna ne vaut-elle pas mieux que cette petite bourgeoisie victorienne engoncée dans son conformisme ? La scène où l’oie blanche Marianne est hypnotisée par l’interprétation au piano du fiston Ravna, trahit chez l’auditrice un désir d’émancipation aussi moral qu’érotique. Zimmer fait même appel à la magie noire pour stopper son ennemi juré, ce qui vient brouiller la frontière entre l’ombre et la lumière. Combattre le mal par le mal, voilà qui entame le manichéisme souvent à l’œuvre dans ce type d’histoire. Et qui donne lieu à une attaque de chauves-souris plutôt bien fichue malgré quelques ficelles visibles à l’œil nu. Un climax spectaculaire dynamisé par un montage décuplant l’impact d’un morceau de bravoure initialement prévu pour The Brides of Dracula. Si la séquence évoque Les Oiseaux d’Hitchcock, il est bon de préciser que le Sharp a bien été tourné avant. Autre grand moment de The Kiss of the vampire : un bal masqué fréquenté par des goules raffinées et servant de piège à humains. L’influence majeure de Roman Polanski pour son hilarant Le Bal des vampires. Parmi les bonnes idées du long-métrage, notons également le côté « suspense et machination » du script, aspect intervenant lorsque le pauvre Edward de Souza se voit nier par son entourage la vérité sur l’enlèvement de son épouse. Les thrillers écrits par Jimmy Sangster pour la Hammer ne sont pas loin (Hurler de peur, Paranoiac…). Montrer le vampirisme comme une secte fait là aussi partie de ces petites choses qui font les grands films. Et ce n’est pas la froideur exquise du Ravna campé par Noel Willman qui me contredira. Ni son inoubliable trio d’Hammer girls. Dans le rôle de Sabena, la fille du châtelain diabolique, Jacquie Wallis inspire la volupté tout en restant secrète et d’une sobriété exemplaire. Avec un temps de présence à l’écran assez limité, la succube Isobel Black réussit à marquer les esprits et à donner un goût savoureux à la perversité. Quant à la délicieuse Jennifer La Femme reptile Daniel, jeune mariée offerte à la concupiscence du Diable, sa blondeur irradie comme le soleil et calcine le cœur des suceurs de sang. Hammer forever !

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The Kiss of the vampire. De Don Sharp. Royaume-Uni. 1963. 1h28. Avec : Jennifer Daniel, Noel Willman et Isobel Black. Maté en dvd le 17/03/18.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

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