LA FORME DE L’EAU (Guillermo del Toro, 2017)

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Muette et esseulée, Elisa Esposito est engagée comme agent d’entretien dans une base militaire de haute sécurité. Dans un laboratoire qu’elle doit nettoyer, elle découvre une créature en captivité, terrifiée et affaiblie, avec laquelle elle noue secrètement des liens. Apprenant les intentions du dirigeant Richard Strickland, qui souhaite euthanasier son prisonnier pour analyser ses entrailles, Elisa requiert l’aide de son voisin Giles pour mettre en place un dangereux plan d’évasion… Source : madmovies.com 

Marqué au fer rouge par la découverte durant sa jeunesse de L’Étrange créature du lac noir, Guillermo del Toro rend avec La Forme de l’eau un vibrant hommage à ce classique de la Universal. Une passion que le Abe Sapien du diptyque Hellboy trahissait déjà. Mais le cinéaste va beaucoup plus loin en développant la love story réciproque que ne pouvait s’autoriser le film de Jack Arnold. De fait, le dernier Guillermo s’avère plus proche d’un conte façon La Belle et la Bête que d’un monster flick traditionnel, et retrouve toute la puissance et l’émotion des mythes dans lesquels l’amour est capable d’exploser tous les carcans. Avec une sincérité, un brio et une maturité à toute épreuve, notre homme s’éloigne tout doucement de ses souvenirs cinéphagiques et s’approprie son œuvre comme seuls les grands cinéastes savent le faire. À l’heure où le syndrome Disney a parfois tendance à ruiner l’imaginaire hollywoodien, The Shape of Water fait preuve d’une liberté de ton salutaire, ce qui témoigne du caractère éminemment adulte et personnel de l’entreprise. Adulte, personnel mais aussi osé, puisque le film n’hésite pas à sexuer ses personnages, à les incarner totalement en leur donnant une libido à explorer et des désirs à assouvir. La masturbation matinale d’Elisa, dévoilée avec un naturel et un humour désarmant, nous rend la protagoniste immédiatement attachante et authentique. Du côté des ombres, l’autoritaire Strickland se livre pour sa part à un violent missionnaire avec son épouse soumise, symbole de l’attirance brutale du bonhomme pour l’héroïne muette. D’abord et surtout romantique, la relation entre cette dernière et l’amphibien prend même une tournure érotique inattendue, lorsque – derrière un rideau de douche – la peau et l’écaille se frottent l’une à l’autre. Le genre de digression charnelle que ne peut accepter une société cadenassée par une intolérance déguisée en principe moral. Car s’il convoque l’imagerie d’une Amérique rétro fleurant bon la nostalgie (les 60’s servent ici de toile de fond), del Toro ne dénonce pas moins le conservatisme qui gangrène toute une époque. Le rêve qui permet aux marginaux de transcender leur existence a bien du mal à émerger quand la ségrégation raciale interdit aux noirs de consommer au comptoir d’un snack, quand l’homosexualité engendre le rejet et la haine, quand les femmes sont considérées comme des citoyennes de seconde zone. La guerre froide noie sous sa paranoïa et son bellicisme la différence de ceux qui refusent de s’agenouiller devant la sainte bombe. Les véritables « monstres » portent un uniforme ou un costard, écoutent ou donnent des ordres, obéissent au nom d’une quelconque idéologie politique. Ou font jouer leur matraque électrique. Libertaire et humaniste, le réalisateur de Crimson Peak en profite pour défendre les minorités, les opprimés et apporte une dimension sociale à une histoire fantastique dans tous les sens du terme. L’affection que porte le Mexicain pour l’homme poiscaille et ses complices n’est pas feinte. Il parvient à rendre palpable la solitude de chacun, souligne leur capacité à rester digne dans l’adversité. Et cela sans tomber dans le piège du manichéisme et sans naïveté aucune (une certaine pression hiérarchique peut expliquer – en partie – l’attitude néfaste de Strickland, le chercheur/espion soviétique fait preuve de compassion). Même la nature sauvage de la créature n’est pas éludée (mais rassurez-vous, aucun matou n’a été maltraité durant le tournage…). Et nous ne serions pas tout à fait dans un film de Guillermo del Toro sans le soin, la rigueur et l’inventivité qui caractérisent chaque décor. Ce qui se vérifie dès les premières minutes avec ce superbe travelling descendant, partant de l’appartement d’Elisa pour finir dans la grande salle d’un cinoche de quartier, là où les lumières s’éteignent pour embrasser dans l’obscurité des songes nourris de péplums et de comédies musicales… Les petits pas de danse improvisés par Sally Hawkins dans les couloirs de son immeuble, prouvent à eux seuls que la comédienne a parfaitement su capter toute la magie de La Forme de l’eau. Mêlant l’espièglerie à l’innocence, la hardiesse à la générosité, la vaillance à la mélancolie, l’instit de Be Happy vous donne tout simplement l’envie de plonger avec elle dans les profondeurs de l’océan. Pas de doute, le monde est meilleur au fin fond des abysses.

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The Shape of Water. De Guillermo del Toro. États-Unis. 2017. 2h03. Avec : Sally Hawkins, Michael Shannon et Octavia Spencer. Maté en salle le 24/02/18.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

4 réflexions sur « LA FORME DE L’EAU (Guillermo del Toro, 2017) »

  1. Tout est dit, rien à ajouter. Ce film est un bon exemple où il vaut mieux parfois ne rien lire avant la séance, afin de préserver le plaisir de la découverte.

    Aimé par 1 personne

  2. Merci beaucoup BourbonGirl ! Oui, La Forme de l’eau n’a pas volé ses quatre statuettes. Une supplémentaire pour Sally Hawkins n’aurait d’ailleurs pas été de trop…

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