REVENGE (Coralie Fargeat, 2018)

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Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres… Les choses dérapent… Dans l’enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie… Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l’homme… Source : allocine.fr

Revenge : un titre direct qui ne trompe pas sur la marchandise et a le bon goût d’évoquer le très beau western romantique de Tony Scott. Mais rien de romantique dans le premier long-métrage de Coralie Fargeat, loin de là. Il y est question de viol et de la vengeance qui en découle. Le tout pour un résultat sacrément bien gaulé et qui fait mal, très mal. Découvrir en salle cet authentique « rape and revenge », qui plus est français, apparaît comme une putain d’aubaine. Car le bien nommé Revenge s’avère être une pure péloche de genre, un grand B sans complexe et sans tentation postmoderniste. Une franchise appréciable, surtout au sein d’un cinoche hexagonal peu porté sur l’imaginaire transgressif et frontal. Ici, pas d’alibi intellectuel pour faire passer la pilule ou vendre sa came à France Télévisions, mais une esthétique « in your face », un pitch sulfureux et une envie de 7ème art palpable à chaque image. Formellement, Fargeat et son chef op’ Robrecht Heyvaert assènent un joli coup de boule à la concurrence gauloise. Que ça fait plaisir de voir une photo soignée et travaillée, avec des textures brûlantes et organiques, des couleurs vivantes et harmonieuses. Quel panard d’admirer des mouvements de caméra fluides et maîtrisés, des plans qui claquent la rétine, tout en livrant de belles idées visuelles. Dès lors, rien d’étonnant à ce que le désert madmaxien du film soit mis en valeur dans ses moindres recoins et finisse par dévorer tous les personnages. Comme dans la jungle du Predator de McT, la nature se fait ici hostile et les prédateurs supposés se font braconner le cul par une proie sous-estimée. Au fur et à mesure de la traque, le rapport de force s’inverse et révèle une combattante qui s’ignorait jusque-là… Dans un cadre dominé par la sauvagerie humaine, il n’y a plus qu’une seule règle : tuer ou être tuer. Vivre pour survivre. Et souffrir un max. Les corps sont mis à rude épreuve, les chairs sont suppliciées. Avec une appétence particulière pour le gros plan, histoire de faire ressentir au spectateur la douleur traduite par des comédien·ne·s investi·e·s et des effets gores haut de gamme (l’infiniment petit – cf. les fourmis – est d’ailleurs régulièrement cadré en insert, comme pour l’opposer à l’infiniment grand – le décor, l’horizon). La partie de chasse prend alors la forme d’un calvaire ultra viscéral et jouissivement horrifique. Cherchant à rendre le spectacle toujours plus percutant, Revenge s’autorise même une éprouvante « résurrection » à l’aura quasi fantastique et une tentative de cautérisation menée sous influence narcotique (la consommation d’une drogue amérindienne contamine la séquence de convulsions hallucinatoires). Autre point remarquable : l’évolution de l’héroïne. Dès les premières minutes, la réalisatrice lui fait assumer son sex-appeal en la montrant peu farouche avec les hommes. Et souligne au passage que – face à de telles pourritures – son attitude et ce qu’elle est n’excusent en rien son viol. La faute est toujours du côté des bourreaux, jamais des victimes. En faisant preuve – au cours des péripéties – d’une intelligence et d’une force supérieures à celles de ses agresseurs, notre ange exterminateur pulvérise les clichés machistes voulant qu’une nana ne peut être l’égale d’un mec, surtout si elle est séduisante… Profondément radical, Revenge n’y va jamais avec le dos de la cuillère, une caractéristique qui le rapproche des films d’exploitation des années 70/80. Le châtiment qu’inflige Matilda Lutz à ses trois antagonistes masculins est à l’aune de l’ignominie de ces derniers. Pas de demi-mesure, comme à la grande époque de Thriller (1973) et Ms. 45 (1981). D’autant plus qu’avec la miss Lutz, on a trouvé la digne héritière de Christina Lindberg et Zoë Lund. Superbement icônisée par la furiosa Fargeat (qui n’hésite pas à transformer son actrice en guerrière post-apo), la protagoniste du récent Rings défend admirablement son rôle de lolita vengeresse à la beauté rouge sang. Déterminée et enragée jusqu’au bout du canon, la Matilda serait capable d’incendier la terre entière. Après avoir craché sur vos tombes, bien sûr.

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Revenge. De Coralie Fargeat. France. 2018. 1h48. Avec : Matilda Lutz, Kevin Janssens et Vincent Colombe. Maté en salle le 11/02/18.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

2 réflexions sur « REVENGE (Coralie Fargeat, 2018) »

  1. Oui, Revenge a d’ailleurs fait l’objet d’un « Pour/Contre » dans le dernier Mad Movies (qui, soit dit en passant, contient un dossier conséquent sur le dernier Guillermo del Toro…). Si les miracles de la distribution existent encore, dommage qu’ils ne couvrent pas l’ensemble du territoire français…

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