DUEL (Steven Spielberg, 1971)

duel-4028FICHE TECHNIQUE Duel (grand prix au festival d’Avoriaz en 1973). De Steven Spielberg. États-Unis. 1971. 1h26. Avec : Dennis Weaver, Jacqueline Scott et Eddie Firestone. Genre : suspense. Sortie France : 21/03/1973. Maté à la téloche le lundi 30 octobre 2017.

DE QUOI ÇA CAUSE ? Sur une route californienne, David Mann (Dennis Weaver), un représentant commercial, est suivi par un énorme camion. Alors qu’il tente de poursuivre son chemin, le routier le laisse passer puis le double, ralentit dangereusement et joue avec ses nerfs. Un combat sans merci s’engage entre les deux conducteurs… Source : arte.tv/fr

MON AVIS TÉLÉ Z À partir d’un concept simple mais fort, Steven Spielberg accomplit des prouesses. Avec Duel, et comme Jaws le confirmera par la suite, le bonhomme s’impose comme le digne héritier d’Hitchcock. Rien n’est laissé au hasard, chaque détail compte afin de crédibiliser l’histoire extraordinaire d’un type ordinaire. S’inspirant du quotidien le plus banal, le film s’ancre dans une réalité qui est aussi la nôtre. Le spectateur doit pouvoir se dire : « Mais putain, ça peut aussi m’arriver un truc pareil ! ». Le premier plan débute d’ailleurs dans un endroit familier, un garage. L’utilisation de la vision subjective nous fait d’emblée prendre la place du héros. Confortablement installé dans sa bagnole comme nous sur notre fauteuil, David Mann entame son voyage sans se douter qu’il s’apprête à passer la pire journée de sa vie. L’insouciance s’estompe quand un élément perturbateur vient soudainement gâcher cette apparente tranquillité. Là encore, inutile de s’affoler face à une situation banale voyant un poids lourd mécontent de se faire doubler. Quel conducteur n’a jamais été confronté à l’incivilité au volant ? Mais il y a ce moment où tout bascule. L’instant t où le danger devient réel. Où l’inquiétude laisse la place au flippe total. Spielberg fait monter la tension crescendo et ne laisse jamais le suspense faiblir, même quand la course-poursuite s’arrête le temps de faire une petite pause au routier du coin. Le réalisateur a la judicieuse idée de masquer l’identité du camionneur fou et d’en dévoiler seulement un bras ou les santiags. Ce qui nous vaut un grand moment de panique lorsque Mann constate que tous les clients d’un snack sont chaussés comme son assaillant. Derrière quelle silhouette anonyme se cache le psychopathe du bitume ? Tout le monde est suspect. Et nous ne savons pas davantage pourquoi il s’acharne à pourrir l’existence d’un pauvre quidam. C’est ce mystère qui donne toute sa valeur à Duel, cauchemar d’une fluidité diabolique, filant tout droit jusqu’en enfer. Si le camion est ici un personnage à part entière, il apparaît surtout comme un monstre d’acier, un boogeyman mécanique. Le véhicule, rongé par la rouille  comme par le mal, semble être possédé par une force extérieure le rendant à la fois omniscient et omnipotent. L’engin anticipe les moindres faits et gestes de sa proie et ne lui laisse aucun répit (dans la plus spectaculaire et surprenante scène du film, il n’hésite pas à foncer dans la cabine téléphonique où Mann tente d’appeler la police). Sa détermination pousse notre moustachu persécuté dans ses derniers retranchements. S’il veut rester en vie, ce dernier n’a dès lors qu’une seule issue : se battre. La violence qu’on lui impose doit être aussi la sienne. Cette épreuve, aux enjeux absurdes parce qu’inexplicables, est aussi l’occasion pour l’homme moderne et civilisé de se confronter à la face la plus sauvage et la plus obscure de l’Amérique, symbolisée ici par un camion crasseux et agressif. Au pays de l’oncle Sam, devenir un homme signifie subir un rite de passage absolument traumatisant. Car au départ, David Mann n’a rien d’un dur à cuire, son épouse lui reprochant même sa lâcheté lors d’une conversation au téléphone. Ce qui n’empêche pas le duel de s’achever sur un constat d’échec : la violence ne résout rien, ne prouve rien et n’est jamais une solution. Si cette terrible expérience a changé son protagoniste, c’est davantage en mal qu’en bien, comme le souligne le crépuscule qui l’accompagne lors du plan final… Question mise en scène, la maîtrise insolente dont fait preuve le jeune Steven Spielberg témoigne du génie précoce du futur roi de l’entertainment. Dans un décor westernien en diable (les étendues désertiques annoncent une autre bombe motorisée : Mad Max), l’auteur de Rencontres du troisième type se permet de chouettes travellings, joue sur la profondeur de champ et cisèle son montage avec un sacré sens du timing. Du travail d’orfèvre qui nous fait réfléchir à deux fois avant de prendre la route… 5/6

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Dennis Weaver : la peur dans le rétro.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

5 réflexions sur « DUEL (Steven Spielberg, 1971) »

  1. Leçon de mise en scène, particulièrement insolent comme tu dis, de la part d’un si jeune réal ! Il confirmera son immense talent et continuera à faire émerger les monstres féroces et préhistoriques.
    Très chouette article une fois encore.

    Aimé par 1 personne

  2. This had a cinema release in Britain. I think one of the British critics had campaigned for it to get a cinema release – it was a made-for-tv movie in the US. I remember being knocked out. The simplicity of the plot and the ever present danger from the truck with the driver out of sight. Amazing. Would love to see it again on the big screen.

    Aimé par 1 personne

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