LE CHAT (Pierre Granier-Deferre, 1971)

MV5BMWI1YTRhZGEtOTkyMC00ZGEwLTkzOGMtODI2N2VlYjdiYWE1XkEyXkFqcGdeQXVyMjQzMzQzODY@__V1_FICHE TECHNIQUE Le Chat (d’après Georges Simenon). De Pierre Granier-Deferre. France/Italie. 1971. 1h26. Avec : Jean Gabin, Simone Signoret et Annie Cordy. Genre : drame. Sortie France : 24/04/1971. Maté à la téloche le lundi 16 octobre 2017.

DE QUOI ÇA CAUSE ? Le vieux Julien Bouin (Jean Gabin), typographe à la retraite, et sa femme Clémence (Simone Signoret), une ancienne trapéziste qu’un accident a rendue boiteuse, ont apparemment cessé de s’aimer, et même de se supporter. Ils ne s’adressent plus la parole depuis longtemps, mais s’obstinent à vivre ensemble dans un sinistre pavillon de Courbevoie, menacé de démolition. En fait, leurs relations ont commencé à se dégrader le jour où Julien a ramené à la maison un chat perdu et reporté toute son affection sur l’animal. Clémence a tout de suite pris le matou en grippe. Un jour, folle de jalousie, elle l’a abattu. Depuis, Julien et Clémence se contentent de ruminer leur haine réciproque… Source : telerama.fr

MON AVIS TÉLÉ Z La fin d’une époque vue à travers le duel entre deux monstres sacrés au crépuscule de leur carrière. Casque d’or et Gueule d’amour appartiennent au temps jadis. La belle équipe a perdu de sa splendeur. Adieu les beaux jours, seul demeure le désordre et la nuit. Bientôt, les chemins de la haute ville ne mèneront plus qu’au cimetière… L’amour, cette grande illusion. Dans Le Chat, Simone Signoret et Jean Gabin ne peuvent plus se supporter. Chacun reproche à l’autre le goût aigre de son existence. Chacun dort de son côté, chacun bouffe à sa place. Quand ils s’adressent la parole, c’est pour s’envoyer des fions, s’engueuler. Le duo infernal s’écharpe au milieu des gravats, au son des pelleteuses. À la décrépitude du lien conjugal répond un décor en ruine, un quartier en démolition. Dans un avenir proche, les travaux balaieront la baraque vétuste des vieux et emporteront ces derniers avec, enterrés à jamais sous ce petit bout de Paname. Le symbole est fort : l’environnement des protagonistes s’écroule en même temps que leur relation. Leurs souvenirs s’ensevelissent sous les débris. Parfois, un simple détail entraîne un flashback, essaimant par-ci par-là les bribes d’un bonheur perdu. Le parfum amer des odeurs d’antan rend la chute encore plus difficile. Face à une jeunesse impossible à retrouver, face à ces regrets qui vous rongent jusqu’à la tombe, le chat devient un enjeu dérisoire, l’ultime excuse pour se foutre sur la tronche. Mais la simple présence du matou accélère la dégradation des rapports entre les époux Bouin. C’est que l’animal a le poil funeste et les moustaches narquoises. Confortablement installé dans son panier, il nargue la pauvre Clémence et s’amuse à compter les points. Le félin provoque la jalousie de la mère Bouin et rend complètement gaga son mari. Dans les deux cas, il révèle ce qu’il y a de plus pathétique dans ce couple à la dérive. L’absurde s’invite alors dans la tragédie et accentue encore plus la noirceur de la situation. La structure non-linéaire du récit permet de montrer comment les choses se sont aggravées (à cause d’un minou, donc), même si ce n’était pas forcément mieux avant. Au fond, ce n’est rien d’autre que la vieillesse qui a éloigné les anciens amants. Cette acharnement à vivre ensemble malgré la haine de l’autre, apparaît comme un renoncement. Il est bien trop tard pour aller voir ailleurs, il faut aller jusqu’au bout. Jusqu’à ce que la mort nous sépare. Bien décidé à voir la vérité en face même si elle n’est pas jolie jolie, Le Chat pulvérise les clichés publicitaires liés au troisième âge et au mariage. Le premier est un naufrage, le second une arnaque. Qu’une œuvre aussi cruelle bénéficie de la présence de stars telles que Signoret et Gabin, montre que le cinéma français de l’époque pouvait aussi sortir de son petit confort. Le face-à-face entre les deux comédiens décuple la puissance du propos. Mention spéciale à la Thérèse Raquin de Marcel Carné dont le personnage a ramené de son passé un handicap amplifiant son désenchantement. La sobriété et la solidité de la mise en image de Pierre Granier-Deferre sont aussi à souligner, tout comme la présence d’Annie Cordy qui – un an après Le passager de la pluie avec Bronson – se frotte encore à des fauves. 5/6

Le chat Year: 1971 Director: Pierre Granier-Deferre Simone Signoret
Simone Signoret s’apprêtant à flinguer le chat de la discorde…

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

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