BLADE RUNNER (Ridley Scott, 1982)

MV5BMTkwMjI0MDg0M15BMl5BanBnXkFtZTgwMzMwMDY3MTE@._V1_SY1000_CR0,0,661,1000_AL_FICHE TECHNIQUE Blade Runner. De Ridley Scott (juste après son adaptation avortée de Dune). États-Unis/Hong Kong/Royaume-Uni. 1982. 1h50. Avec : Harrison Ford, Sean Young et Rutger Hauer. Genre : science-fiction. Sortie France : 15/09/1982. Maté à la téloche le dimanche 9 octobre 2017.

DE QUOI ÇA CAUSE ? Los Angeles, 2019. Fuyant la Terre, de moins en moins vivable, l’humanité a colonisé une partie de l’espace, et s’est dotée d’esclaves : des androïdes appelés « répliquants », car proches de l’être humain. Après la révolte de certains des plus perfectionnés, les Nexus 6, génération dotée d’une force et d’une intelligence surhumaines, on a proscrit leur usage et une unité policière d’élite, les « Blade Runners », a eu mission de les éliminer. Quand un petit groupe de ces hors-la-loi débarque dans la mégalopole, Rick Deckard (Harrison Ford), un Blade Runner démissionnaire, devenu flic privé, est contraint par son ancien patron de reprendre du service. Son enquête débute au siège de la puissante firme Tyrell, qui a conçu ces répliquants « plus humains que l’humain ». Source : arte.tv/fr

MON AVIS TÉLÉ Z De par leur aura unique et la magie qu’ils dégagent, certains films défient le temps et embrassent l’immortalité. Visionnage après visionnage, année après année, Blade Runner continue d’éblouir la rétine, à l’image de cet œil qui reflète le chaos urbain qu’il observe. Des flammes dansent avec la nuit profonde, des buildings immenses écrasent l’horizon, des enseignes lumineuses aveuglent des fourmis humaines. L’enfer ainsi décrit provoque un orgasme oculaire, la laideur de cette mégalopole crasseuse, asphyxiante et oppressante revêtant à l’écran une étrange et fascinante beauté. Notre esprit entre en totale immersion dans ce véritable film-univers où chaque élément semble flotter dans les airs en suivant les notes du score de Vangelis. Une musique aux vibrations planantes, composée de rêveries sensuelles et hypnotiques, et dont la grâce ferait chialer un terminator. L’ampleur, l’élégance et la précision extrêmes du mouvement cinématographique trahissent chez Ridley Scott un sens de l’esthétique entré depuis dans la légende. La photographie de Jordan Cronenweth participe aussi à cet élan magistral en faisant de chaque plan un tableau vivant où l’ombre et la lumière ne s’opposent pas mais fusionnent. Le design général  de Blade Runner (SFX, décors, costumes) déploie des fastes visuels qui constituent une source d’émerveillement indémodable et d’inspiration inépuisable. À l’image, chaque détail compte, rien n’est laissé au hasard, tout est cohérent, crédible. L’art de la prestidigitation, l’allié majeur de la suspension d’incrédulité, permet de croire à l’incroyable. Si la forme suffit à elle seule à faire du film de Scott un chef-d’œuvre visionnaire, le fond n’est pas non plus en reste et propose de vertigineuses réflexions sur l’identité humaine et ses développements synthétiques. Asservis par l’homme, des androïdes tentent d’échapper à leur condition en partant à la recherche de leurs origines. Conscients que leur temps est compté, ils cherchent un moyen de prolonger leur existence. Les robots veulent tout simplement continuer à vivre car, comme nous, ils ont peur de mourir. Comme nous, ils ressentent des émotions et ont du mal à supporter la perte d’un proche. Au final, les machines se montrent plus humaines que les humains eux-mêmes. Du coup, notre sympathie penche plus pour la bande à Roy Batty que pour celui qui les traque. Désabusé, cynique et brutal, Rick Deckard tient davantage du sale type que du héros positif façon Han Solo ou Indiana Jones. Tuant sans remords la danseuse Zhora de plusieurs bastos dans le dos, le chasseur de répliquants n’est plus que l’ombre de lui-même et n’a d’humain que la carcasse. Le mystère entourant la véritable nature de Deckard apporte une touche d’ambiguïté supplémentaire à un monde dans lequel les repères deviennent flous. C’est au contact de Rachel et de Batty que le flic retrouve son âme, non pas auprès de ses « semblables ». Si l’intelligence est artificielle, elle possède aussi un cœur et peut même pleurer. L’apothéose est atteinte lors de la confrontation finale entre le blade runner et son adversaire, le premier – médusé – assistant au dernier souffle du second. Avant de succomber au sommeil, Batty lègue à la civilisation qui l’a rejeté un héritage miraculeux : l’espoir. L’ultime réplique – inoubliable – de Rutger Hauer sublime la mort de son personnage en lui faisant côtoyer, juste une dernière fois, les étoiles et les chimères qu’elles évoquent… Tout au long de Blade Runner, le magnétisme du Martin de La chair et le sang crève l’écran et le réduit en miettes. Il y a chez lui un mélange d’innocence et de sauvagerie, d’enfance et d’animalité, qui se retrouve aussi chez la superbe Daryl Hannah (ses dévastateurs talents de gymnaste sont dans toutes les mémoires). Et que dire de la bouleversante mélancolie qui se cache dans les yeux dorés de Sean Young (bon sang, quelle classe !), répliquante malgré elle mais capable de sauver la gueule d’un mec complètement usé. Dans Blade Runner, tout est si (néo)noir et en même temps si aérien. Contrairement à l’existence du commun des mortels, la puissance d’évocation de ce monument obscur et céleste ne se perdra jamais dans l’oubli. 6/6

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Rutger Hauer : un ange déchu sentant la fin venir. Dommage qu’il doive mourir mais c’est notre lot à tous.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

9 réflexions sur « BLADE RUNNER (Ridley Scott, 1982) »

  1. « ..dont la grâce ferait chialer un terminator. » Juste excellent ! 😉
    Sinon, si dans le roman Dick parle effectivement d’androïdes (très bon documentaire sur Arte l’autre soir, dispo en replay je pense), dans le film il s’agit de réplicants, donc de copies d’humains plus organiques (voir Blade Runner 2049…) que mécaniques.

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  2. Merci pour cette précision, tu as raison de faire le distinguo entre les deux termes, androïde et répliquant ne sont pas tout à fait la même chose. Tu me fais penser qu’il faut que je mate le doc d’Arte sur Dick, avant que celui-ci ne disparaisse du replay… Quant à Blade Runner 2049, ça sera fait ce week end (j’ai hâte). Sinon, je te conseille la lecture (à moins que ce ne soit déjà fait), du hors-série Mad Movies consacré au classique de Ridley Scott. De la belle ouvrage.

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  3. Oui très juste, j’ai le HS Mad Movies mais pas encore eu le temps de le lire. Suis plongé dans le gros dossier Blade Runner de l’Ecran Fantastique. L’EF qui ce mois-ci propose plusieurs entretiens intéressants à propos de Blade Runner 2049 (réalisateur, les deux scénaristes, et Ryan Gosling), contrairement au Mad Movies d’octobre qui préfère mettre en avant… Chucky !!? Sans moi le Mad du mois.

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  4. J’avoue ne plus lire l’Écran Fantastique depuis un bout de temps. Le dernier numéro que j’ai lu est celui avec une partie Fantastyka dédiée à Peter Cushing. Néanmoins, je conserve mes anciens exemplaires précieusement… J’ai chopé ce matin le dernier Mad et, effectivement, pas de trace de Blade Runner 2049. Il me semble qu’une critique sera publiée dans le prochain numéro (en plus de celle déjà présente sur le site). Pour patienter, il faut se tourner vers le HS Blade Runner dans lequel la production du film de Villeneuve est évoquée.

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  5. Tu permets que je ressorte en soirée le « dont la grâce ferait chialer un terminator »? J’ai ri! Plus sérieusement, ton article est un très bel hommage à cet immense poème qu’est Blade Runner. Je pense que le monologue final de Rutger Hauer est en effet inoubliable et lui a permis de s’inscrire au panthéon parmi les immortels. Et on est bien d’accord, Sean Young incarne la classe, indémodable d’ailleurs, tant par sa pudeur que par ses grands yeux de biche. Je l’ai aussi revu sur Arte (il n’y a pas à chier c’est vraiment la meilleure des chaines…), j’ai vu 2049 mercredi soir et quelle claque, c’est impressionnant de voir comment une suite peut côtoyer la maestria d’un film aussi culte, sans tomber dans le fan service et en créant un univers cohérent.

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  6. Merci Marion ! Oui, heureusement qu’il existe encore Arte pour célébrer comme il se doit la culture et le cinéma. Parce qu’avec la TMT (Télévision Merdique Terrestre), on n’est pas gâté. Tu me donnes envie de voir Blade Runner 2049, il faut que j’y aille, je ne tiens plus !

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  7. Un article qui brille des milles feux qui traversent les portes de Tannhauser!
    « Une musique aux vibrations planantes, composée de rêveries sensuelles et hypnotiques, et dont la grâce ferait chialer un terminator. » visiblement on est tous restés scotchés par cette phrase. 😉 C’est clair que ce n’est pas le pilonnage de Zimmer sur 2049 qui peut rivaliser avec cette grâce adorablement sirupeuse parfois (ce sax so 80’s).
    Je te rejoins sur l’aspect bestial de Deckard, en cela très fidèle aux questionnements existentiels du personnage dans le roman. Il n’en fallait pas plus pour remettre ce qu’il faut de l’esprit Dick dans un script qui fait l’impasse sur beaucoup de choses (pas de mouton électrique dans le film, un serpent à la rigueur).
    Une frontière floue entre intelligence artificielle et « naturelle », poussée à son paroxysme dans la très belle suite que j’ai revue hier soir.

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  8. Je partage ton avis sur le score de « Blade Runner 2049 ». Celui de Zimmer s’oublie aussitôt (contrairement au film de Villeneuve), alors que les notes de Vangelis demeurent à vie dans nos esgourdes…
    Avec le « Shining » de Kubrick, on peut dire que cette adaptation de Dick par Sir Ridley reste l’une des plus belles « trahisons » au texte d’origine…
    Merci mille fois d’avoir pris le temps de consulter mes petites archives. Grâce à toi, elles ne se perdront pas dans l’oubli comme des larmes dans la pluie… 😉

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  9. Damned, j’arrive après mon com sur l’autre article et on a évidemment eu la même idée de conclusion !
    En tout cas, si tu avais vu les choses que j’ai vues avec tes yeux…
    Notamment cette fin de la version 82 avec les stock shots de « Shining » justement. Scott a bien fait de revoir son cut quand même.

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