ALL THE SINS OF SODOM (Joe Sarno, 1968)

05FICHE TECHNIQUE All the sins of sodom. De Joe Sarno (1921-2010). États-Unis. 1968. 1h23. Avec : Dan Machuen, Sue Akers et Maria Lease. Genre : érotique. Sortie dvd : 02/09/2014 (Arte éditions). Maté en dvd le jeudi 24 août 2017.

DE QUOI ÇA CAUSE ? Henning (Dan Machuen) est un photographe de mode animé par des rêves de gloire artistique. Il est encouragé par son agent littéraire qui l’incite à réaliser un album de nus érotiques. Il travaille donc avec son modèle fétiche, Leslie (Maria Lease), pour créer la composition parfaite. Tout semble aller pour le mieux, jusqu’à l’arrivée d’une mystérieuse jeune femme, Joyce (Sue Akers). Sombre, sensuelle et manipulatrice, Joyce joue avec l’égo du photographe, semant la discorde entre lui et Leslie tout en séduisant l’un de ses autres modèles. Aveuglé par son ambition, Henning ne voit pas la toile funeste que Joyce est en train de tisser autour de lui… Source : boutique.arte.tv

MON AVIS TÉLÉ Z Une petite rareté des 60’s signée Joe Sarno (ou Joseph W. Sarno), l’un des grands maîtres de la sexploitation. Avec All the sins of Sodom, il traite du cas d’un photographe obsédé par son art et par la quête de l’absolu. Le dénommé Henning veut immortaliser les plaisirs de Sodome dans le regard de ses modèles. En faire jaillir le désir, le péché, l’abandon. À force de vouloir capturer le diable dans une boîte à image, celui-ci ne tarde pas à pointer le bout de son nez. C’est là que Joyce apparaît, une troublante autant qu’énigmatique nymphette. La seule nana suffisamment perverse pour offrir à Henning ce qu’il cherche obstinément : l’enfer et l’extase sur pellicule. Bien entendu, ce cadeau a un prix. Le pauvre hère l’apprend à ses dépens lors d’une conclusion désespérée… Nous ne sommes pas dans un thriller et pourtant, Joyce a tout de la femme fatale. Elle avance masquée et tend inexorablement un piège au héros qui ne voit jamais le danger venir (contrairement à son entourage féminin, plus perspicace que lui). Obnubilé par ses photos, il néglige la réalité qui l’entoure et finit par se faire joliment baiser. Le genre de perdant que l’on pourrait croiser dans un roman noir de Jim Thompson… Dans All the sins of Sodom, les femmes dominent l’objectif et domptent l’écran. Leur sexualité, tantôt langoureuse tantôt agressive, ne fait qu’une seule bouchée du mâle Henning. Le bonhomme se met d’ailleurs littéralement aux pieds de ses mannequins quand il manipule son appareil. Sans qu’il ne s’en rende compte, le photographe est un homme soumis. Soumis à la beauté des femmes dont il a bien du mal à saisir l’essence. Ce que le cinéaste Sarno parvient à faire en montrant les effets de l’orgasme féminin sur des visages transcendés par la jouissance (une constante dans l’œuvre du monsieur). Pour cela, le réalisateur d’Abigail Lesley is back in town (dans lequel apparaît le regretté Sonny Predator Landham, disparu le 17 août dernier) cadre les unions charnelles de la tête à la taille, sans se soucier de ce qui se passe en dessous de la ceinture (du moins au niveau de la prise de vue). Même dans la plus stricte intimité, les individus gardent leur identité et ne se réduisent pas à de simples corps en mouvement. En 1968, le porno n’a pas encore envahi les salles et, pour le moment, c’est l’érotisme qui fixe les limites. Ce qui n’empêche pas l’ami Joe de filmer la libido de ses personnages comme il l’entend, c’est-à-dire sans jamais dénaturer ses idées de mise en scène. Car il y a dans cet All the sins of Sodom un peu de Nouvelle Vague et de Bergman, mais en version grindhouse. Le caractère indépendant – pour ne pas dire sans-le-sou – de l’entreprise est trahi par son décor quasi unique, un studio photo à l’exiguïté étouffante. Les mouvements de caméra et les plans d’ensemble sont rares, le découpage se compose essentiellement de plans fixes montés cut. Du coup, le spectateur a un peu de mal à imaginer la topographie des lieux. Du cinoche bricolé avec les moyens du bord mais sulfureux dans son propos, à l’image de la lolita Sue Akers. Avec ses faux airs de Raquel Welch jeune, l’interprète de Joyce surpasse le reste du casting. Lascive à souhait, elle apporte une bonne dose d’ambiguïté à la sensualité qui se dégage de sa simple présence. Une irrésistible tentatrice, pivot d’un drame intimiste sur l’intime et les affres de la création. All the sins of Sodom n’est peut-être pas la plus aboutie des œuvres de Joe Sarno (il faut absolument (re)voir ses films avec les merveilleuses Marie Liljedahl, Christina Lindberg, Marie Forså et Mary Mendum) mais il mérite que l’on découvre son esthétique noire et rose, ainsi que sa chair en clair-obscur. 4/6

06
Une singulière partie à trois qui ne peut que mal se finir. Comme toutes les parties à trois. Surtout les singulières.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

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