L’INSPECTEUR HARRY (Don Siegel, 1971)

dirty_harry_xlgL’inspecteur Harry (titre original : Dirty Harry). De Don Siegel (auteur de cinq péloches avec Eastwood). États-Unis. 1971. 1h39. Avec : Clint Eastwood, Harry Guardino et Andrew Robinson (également dans Charley Varrick du même Siegel). Genre : polar. Sortie France : 16/02/1972. Maté à la téloche le dimanche 2 juillet 2017.

De quoi ça cause ? À San Francisco, un tueur fou réclame une importante somme d’argent en contrepartie de la promesse d’arrêter son bain de sang. L’inspecteur Harry Callahan (Clint Eastwood), surnommé « Dirty Harry » car spécialiste des affaires « pourries », mène l’enquête. Loup solitaire aux méthodes expéditives, il est en constant désaccord avec sa hiérarchie quant à la manière de gérer ce cas de chantage mortel. As de la gâchette, Harry ne recule devant rien pour mettre ce criminel hors d’état de nuire, quitte à s’arranger avec la loi… (source : Arte.tv/fr)

Mon avis Télé Z : L’inspecteur Harry reste et restera à tout jamais un modèle de polar. L’archétype du flic aux méthodes expéditives et en conflit avec sa hiérarchie a durablement marqué le genre. Après avoir laissé une trace indélébile sur le western (la fameuse trilogie des « dollars » de Sergio Leone), Clint Eastwood devient une icône du film d’action moderne. Et c’est si peu dire qu’il crève l’écran. La silhouette écrasante, le regard d’acier et le charisme destructeur du comédien font immédiatement entrer son Dirty Harry dans la grande histoire de la pop culture (nul doute que le résultat aurait été moins explosif avec les autres acteurs pressentis pour le rôle, notamment Frank Sinatra). Les punchlines apportent aussi énormément à son personnage. Chacune de ses réparties cinglantes envoyées à la face de ses interlocuteurs demeure absolument jouissive (Callahan à monsieur le Maire : « Quand un gars à poil court derrière une fille la queue en l’air et un couteau de boucher à la main, c’est drôle… j’ai peine à croire qu’il est en train de quêter pour la Croix Rouge »). Mais derrière ses aspects badass, Harry « le charognard » est un homme perdu et désabusé. Si son passé tragique explique en partie la rage qui l’anime (son épouse a été tuée par un chauffard ivre-mort), ce sont surtout la violence des rues de San Francisco qui ont fait de lui ce qu’il est devenu. La ville a déteint sur l’officier de police mais celui-ci reste quand même du bon côté de la loi. Est-il davantage à blâmer que ces bureaucrates tellement soucieux de défendre les bourreaux qu’ils en négligent les victimes ? Même si le film répond à la question par la négative (nous sommes bien dans un western urbain), la réalité semble plus complexe qu’elle n’y paraît. Marginal, frondeur et nihiliste, Callahan ne croit ni au système pour lequel il trime (système de toute façon très perfectible) ni en lui-même (il ne sait pas pourquoi il fait ce métier). Le geste final – lourd de sens – revêt des allures de suicide. La dernière image fait progressivement disparaître notre inspecteur, la caméra s’éloigne de lui et l’efface du monde des vivants… Un sens aigu de la mise en scène que l’on doit au grand Don Siegel. L’inspecteur Harry constitue la preuve éclatante de son indéniable sens du rythme, de sa parfaite gestion de l’espace, de son art consommé du suspense et de son savoir-faire en matière d’action. Frisco a rarement été aussi bien shootée (l’introduction offre un saisissant panorama des lieux) et les plans percutants ne manquent pas (le canon du Magnum 44, fétiche indissociable du rôle-titre, donne de jolies perspectives). Hargneux et viscéraux, certains morceaux de bravoure ne cessent d’impressionner, comme cette interrogatoire douloureux infligé au tueur Scorpio par le père Callahan, en plein milieu d’un stade désert (un sommet de tension déstabilisant de brutalité). La tête de désaxé d’Andrew Robinson fait d’ailleurs merveille dans la peau de ce psychopathe aussi sadique que pathétique (le cri bestial qu’il lâche quand il se ramasse une lame dans la cuisse est proprement stupéfiant !). Question violence, Dirty Harry fait montre d’une férocité qui laisse sur le cul et reflète la société américaine des seventies (en 1971, la guerre du Viêt Nam n’est toujours pas terminée). Autre artisan de la réussite du film, le compositeur Lalo Schifrin livre une B.O funky du plus bel effet (la musique qui accompagne le générique d’ouverture est une authentique tuerie !). Superbement rythmé, le score comprend également un thème plus mélancolique qui vient souligner la part d’ombre de son principal protagoniste. Inutile d’aller plus loin : cette toute première aventure du condé le plus vénère du 7ème art n’a pas pris une seule ride et n’a rien perdu de sa verve. Un classique, un vrai. 6/6

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Clint Eastwood est l’inspecteur Harry Callahan : un bon, une brute mais pas un truand.

Auteur : Zoéline Maddaluna

Cinéphage électrique accro aux terrains vagues de l'imaginaire...

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